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Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic

Posté par Antoine le 26 novembre 2012

Le monde du jeu vidéo se divise souvent en deux catégories de joueurs. Les connaisseurs, qui apprécient les jeux solides, avec un scénario et des graphismes travaillés, qui garantissent des heures de jeu ; et les amateurs, qui veulent un jeu vite fait, pas forcément très travaillé ni trop dur. Cette catégorie est particulièrement méprisée par les connaisseurs dont je fais partie. Et pour cause, c’est un peu comme si quelqu’un vous disait : « Ah oui, j’aime beaucoup la grande littérature, j’ai dévoré le dernier tome des aventures de Winnie L’ourson. » Oui, ça fait donc mal aux oreilles. Inutile de dire que ces joueurs amateurs (on dit « casual » dans le jargon), sont très appréciés des créateurs de jeux : en effet, ils ont la fâcheuse tendance à voir apparaître une étiquette indiquant « pigeon » sur le front de ces créatures maudites. Et quand à l’approche d’un tel individu, cumulée à un centenaire, vient aux oreilles d’un producteur de jeux… cela donne… Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic. Inspectons donc les lieux du crime.

Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic dans Jeu vidéo inspector-magnusson-murder-on-the-titanic_1

Car en matière de meurtre, c’est ici le bon goût de nombre de joueurs qui est assassiné avec cet étron vidéoludique. Pire, c’est également leur bon sens qui est littéralement lynché quand on découvre que cette chose se vend à plus de dix euros, qui peuvent très probablement être mieux utilisés. Le scénario est simple : un soutier du Titanic a été assassiné, à vous de découvrir ce qu’il en est. Le jeu met en lumière une relation de la victime avec une dame de première classe… Mais je n’avoue ne pas être allé bien loin, vous comprendrez vite pourquoi. Je ne peux donc juger du dénouement, mais une des rares critiques que j’ai lues sur le sujet dit que c’est le principal point positif du jeu. Donnons lui le bénéfice du doute.

Le scénario déjà bateau (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait) est, qui plus est, desservi par une mise en scène pathétique. Comprenez le : là où des jeux pour « vrais » joueurs iront chercher des doubleurs de qualité, vous présenteront des scènes cinématiques à couper le souffle… Ici, on a une vague animation sous forme de bande dessinée où les personnages ne bougent pas. La seule animation… les cases de la BD se déplacent progressivement, les bulles bougent parfois. Et bien entendu, aucune voix, de tout le jeu. Je sais que le « rétro » est à la mode, mais depuis le début des années 1990, les personnages de jeu vidéo parlent. Avec de vraies voix.

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Cette séance d’objets cachés n’est que la première d’une longue série…L’Inspecteur Magnusson emporte décidément des choses étranges en voyage…

 

Pouvons-nous vraiment juger la vérité historique ? Les décors ressemblent (très) vaguement au paquebot. Vraiment très vaguement. J’ai cru reconnaître le café parisien, et la cabine de troisième classe (où est logé le soutier victime, no comment), semble relativement fidèle. Mention spéciale, aussi, à la morgue du navire, superbement reconstituée… quand on sait qu’elle n’existait pas. Mais à vrai dire, tous les décors sont surchargés par des avalanches d’objets divers. Car ont tombe dans le gros travers, la grosse mode du jeu « casual » à 10€ : les objets cachés. Le jeu est une alternance d’énigme simplissimes et de « saura tu trouver tous les objets demandés dans cette image ? » À vous, alors, de retrouver les écharpes, pièces de monnaie, cordes et bien entendu, les saxophones planqués dans la salle des chaudières. Pour ce qui est des énigmes, il faudra notamment ouvrir le couvercle d’un piano pour libérer un chien. Voilà voilà.

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Encore le coup des objets cachés. Ce jeu nous apprend au moins que l’équipage du Titanic était des plus désordonnés.

C’est ici la grande faiblesse du jeu : il est simplissime. Le QI requis pour le réussir est estimé à celui de la moule (frite). Depuis quelques années, certes, les jeux vidéos, même pour les connaisseurs, ont tendance à se simplifier… Mais il y a des limites ! En 1993, on découvrait le monde du jeu vidéo en se cassant la tête des heures durant sur les énigmes de Myst. Ici, on passe 10 secondes à chercher la cinquième vis manquante pour remettre en place une poignée de porte. Et si cela s’avère trop difficile, il est toujours possible de cliquer sur un bouton d’aide bien visible pour voir un indice apparaître, ou faire clignoter l’objet tant convoité. Et dans le cadre des énigmes… si elles s’avèrent trop compliquées, un bouton bien en évidence permet de, tout simplement, les sauter. Bref, le jeu est très facile… mais il est probable qu’il vous lassera trop vite pour que vous le finissiez.

Malheureusement, la malédiction du casual gaming a massacré tous les jeux touchant au Titanic, et aucun jeu décent ne nous a été offert depuis le magnifique Titanic, une aventure hors du temps… il y a 16 ans déjà. Messieurs les producteurs, laissez tomber les étrons, donnez nous de la qualité !

 

Les plus

  • Que dire ? Il semblerait que le scénario soit pas mal.
  • Les graphismes n’ont que 10 ans de retard. En tapant large. Mais l’esthétique « dessin animé » ne rend pas trop mal : sur une console DS ou un iPhone, ça serait très bien.

 

Les moins

  • Aucun intérêt ludique à moins d’être une huitre. Ressortez les classiques.
  • Aurait-il été trop dur d’enregistrer quelques voix ? Même, je sais pas, le programmeur et sa femme, faisant des voix différentes. Ça aurait été mieux que les bulles façon BD qui rappellent les jeux Game boy de mon enfance : la Game Boy avait l’excuse de ne pas pouvoir, techniquement, recréer la voix. Les PC le font depuis vingt ans.
  • Un coup d’objets cachés à l’occasion, c’est distrayant, et ça permet au concepteur de bâcler un passage en cas de manque d’inspiration. Mais quand tout le jeu ou presque est constitué de ça…
  • Vendu pour plus de 10€ : ce n’est plus de l’arnaque mais du grand banditisme.

 

 

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Britannic

Posté par Antoine le 28 décembre 2011

Lorsque j’étais encore un innocent écolier de primaire, mais déjà fiché « Titanicophile », un ami connaissant ma passion m’avait un jour dit : « Mon père a trouvé un film un peu copié de Titanic, ça s’appelle Britannic ». Il ne s’agissait pas d’un plagiat, mais d’un téléfilm consacré au sort du jumeau du Titanic, le Britannic, coulé en 1916 suite à une explosion dont l’origine prête encore aujourd’hui à polémique. Pourtant, il est clair que ce téléfilm de Brian Trenchard-Smith sorti en 1999 a clairement surfé sur la vague du Titanic de James Cameron. Que vaut-il ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Affiche du film

L’action prend donc place en 1916, lors de la dernière traversée du paquebot transformé en navire-hôpital. Une épouse de diplomate, ses deux enfants, et leur gouvernante embarquent à bord du Britannic pour rejoindre leur proche. La famille ignore que la gouvernante, engagée sur le tard, est une espionne au service du Royaume-Uni, chargée de protéger le navire d’agents secrets travaillant pour l’ennemi. Et elle va avoir du travail, puisqu’un vil teuton a assassiné l’aumônier du navire et pris sa place. Sur fond de romance entre les deux agents, qui ignorent bien entendu leurs affiliations respectives, les Allemands tentent de couler le navire (qui transporte des armes au Caire), tout d’abord en organisant une mutinerie au sein des chauffeurs et soutiers irlandais, puis en demandant à un sous-marin de torpiller le paquebot. Notre espionne parvient cependant à contrecarrer ces plans, sans jamais trouver leur instigateur. Lorsqu’elle le démasque enfin, il déclenche sous ses yeux une explosion fatale au navire. Mais, héros au grand cœur, il fait tout pour l’aider à sauver les enfants dont elle a la charge. Elle même redescend le sauver lorsqu’il se trouve en difficulté (oui, on fait dans l’originalité), et tous deux s’échappent finalement du navire. Arrivés dans un canot vide aspiré par les hélices, ils doivent faire face à une mort certaine. L’agent du Kaiser fait alors preuve d’un formidable héroïsme en se sacrifiant pour permettre à sa douce de se mettre en lieu sûr. Sur fond de musique qui fait pleurer, on assiste à la triste fin du navire, puis à d’authentiques vues de son épave avec textes pour nous indiquer qu’il a existé pour de vrai. Fin.

D’un point de vue historique, que vaut cette histoire ? Pas grand chose, il faut bien le dire. Le Britannic n’aurait en aucun cas transporté de tels passagers, puisqu’il était navire-hôpital. Il est par ailleurs avéré depuis la découverte de l’épave en 1975 qu’il ne transportait pas d’armes. La théorie du téléfilm tombe donc à l’eau, d’autant que la même découverte de l’épave indique clairement que le navire a été coulé par une explosion venue de l’extérieur, et non par l’intérieur comme montré ici. À cela s’ajoutent un certain nombre d’invraisemblances : il est probable que si une mutinerie organisée par l’IRA avait pris place à bord et s’était finie par un bain de sang, on en trouverait quelques traces dans les récits des rescapés. De même pour une attaque à la torpille, d’autant que dans le film, un navire de guerre secourt le Britannic.

Les héros de Britannic
Même les acteurs principaux sont désespérés de jouer aussi mal.

Avec tant d’erreurs historiques, le téléfilm perd donc une part de son crédit. Mais reste t-il pour autant un bon divertissement ? Pas vraiment. Il se permet en effet des longueurs qui ont tôt fait s’insupporter le spectateur. Les acteurs principaux, Edward Atterton et Amanda Ryan, sont tout bonnement insupportables, la palme revenant à cette dernière, dont le jeu rappelle globalement le niveau de séries comme Hélène et les garçons. Et encore. Quelques acteurs de prestige sont présents pour remonter le niveau ; Jacqueline Bisset et surtout John Rys-Davies (alias Gimli, dans le Seigneur des Anneaux et Salah dans Indiana Jones) dans le rôle du capitaine Barrett (le vrai s’appelait Bartlett, mais on n’est plus à ça près). Mais leurs rôles sombrent parfois dans la caricature, avec un capitaine bonhomme et macho, et une riche femme un peu simplette ; après tout, ils doivent mettre en valeur les (trop fades) personnages principaux, mais n’y parviennent pas. Au final, on en arrive à se demander si le Britannic était un navire hôpital, ou un asile pour imbéciles. À noter que la version française est particulièrement savoureuse, puisque totalement horrible : les enfants ont les voix les plus insupportables imaginables, façon série américaine ; l’actrice principale donne l’impression d’avoir été doublée par Amanda Lear, et tous semblent lire un texte dans un dynamisme qui ferait passer un épisode de Derrick pour un film d’action. Ajoutez à cela une musique digne d’un documentaire animalier, et des vues en 3D qui ont très très mal vieilli… Et le tableau est complet.

Remarquez qu’au moins, il est drôle à voir, pris au second degré, et si ses longueurs ne vous envoient pas dans les bras de Morphée.

 

Les plus

  • Comme à un devoir d’élève audacieux mais totalement raté, on aurait envie de dire « De bonnes idées, mais a du mal à les réaliser » : le sujet était intéressant, et le réalisateur a du mérite d’avoir essayé de le traiter. Mais c’est malheureusement son seul mérite.
  • Pris au second degré et regardé entre amis, c’est toujours drôle à voir.

 

Les moins

  • Jeu d’acteurs souvent lamentable.
  • Visuellement, le Britannic est assez laid ; et ses intérieurs sont très peu fidèles à la réalité.
  • Musique que l’on pourrait, au mieux, qualifier de somnifère. Mais au moins, ils nous ont épargné Céline Dion.
  • Respect de l’histoire proche de zéro.

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Un film, une histoire : Titanic

Posté par Antoine le 21 août 2011

Diffusé hier sur France 5, l’épisode de la série de documentaires Un film, une histoire consacré au film Titanic de James Cameron pouvait faire saliver : beaucoup de choses pouvaient être détaillées dans une comparaison fiction/vérité, le documentaire aurait pu se pencher sur les inspirations de Cameron pour tel ou tel personnage fictif, sur ses prises de position, bonnes ou mauvaises et ainsi de suite. Malheureusement, il n’en est rien tant les points comparés sont anecdotiques. Au final, le film de Cameron sert de prétexte à un énième documentaire assez bateau sur le Titanic, et loin d’être exempt de reproches.

Un film, une histoire : Titanic dans Documentaire Titanic

Le documentaire part pourtant de bons sentiments et prend même la peine de se fonder sur le récit de Lawrence Beesley, The Loss of S.S. Titanic. Il est aussi fait appel à un « historien » du Titanic, qui se révèle cependant être inconnu dans le « milieu ». Sa présence est finalement un point négatif, puisque sous couvert d’expertise, le bonhomme déblatère un certain nombre d’énormités qu’aucun autre historien ne contre : un documentaire sérieux aurait cherché à recouper les points de vue. Pas celui-ci.

Des expériences sont également menées pour déterminer si plusieurs points du film correspondent à la réalité. La première cherche à évaluer le temps mis par le Titanic pour tourner, et éviter l’iceberg. Problème ? Le « navire virtuel » qui sert à l’expérience semble assez éloigné des proportions du navire original. Comment recréer une expérience qui se veut précise, si toutes les conditions ne sont pas remplies ? Et au passage, savent-il qu’en 1912, le test avait déjà été effectué sur l’Olympic pour déterminer ce même laps de temps ? Les conditions étaient, pour le coup, beaucoup plus proches, mais il faut dire que « le premier Titanic virtuel au monde » est beaucoup plus télégénique qu’une expérience centenaire. Au final, Un film, une histoire souffre de la même tare génétique que La Minute de vérité : il faut faire du vendeur quitte à biaiser les faits ou se moquer du téléspectateur. Au demeurant, les deux documentaires partagent le même hideux Titanic en 3D mal fichu.

E.J. Smith

« Tiens, cette fois c’est moi qui prends tout… »

 

Et puis il y a les jugements à l’emporte pièce de notre « historien » sur le commandant Smith ; particulièrement surprenants. Dans un documentaire sur le film de Cameron, on se serait attendu à ce que le cas d’Ismay soit évoqué, en bien ou en mal (vraisemblablement en mal pour l’audimat).  Eh bien son nom n’est pas cité une seule fois ; Smith lui sert de bouclier. Trop vieux, trop incompétent ; le commandant qui enchaînait les accidents… L’historien autoproclamé oublie de préciser que les accidents (ou plutôt, dans ce cas précis, incidents) de ce type étaient courants sur les gros navires, et oublie également de citer tous les marins qui encensent le capitaine du Titanic. Et puis on l’accuse aussi d’être allé trop vite : La Palisse revient en effet au galop pour nous expliquer que s’il était allé plus lentement, le Titanic n’aurait pas heurté l’iceberg mais serait arrivé en retard. Cela, tout le monde le sait depuis 1912 ; mais on sait aussi qu’aller vite dans ces circonstances revenait à appliquer la procédure habituelle, que le Titanic a justement fait changer. Enfin, il est également responsable de ne pas avoir essayé de surcharger les canots. La logique même : un bateau coule, risquons toutes les vies plutôt que de tout faire pour en sauver certaines. Tout ça part très mal.

 

Rose et Jack sur la planche

Y’a pas à dire, y’avait de la place pour deux sur cette foutue planche !

 

Il y a aussi du moins discutable : le film tente d’analyser l’origine du personnage de Rose. Si les créateurs avaient fait des recherches assez rapides, ils auraient pu constater que Cameron avait déclaré s’être inspiré de femmes de la haute société comme Emily Ryerson ou Helen Churchill Candee. Ils ont préféré se contenter de chercher le nom le plus proche dans la liste des passagers. Et donc de trouver une certaine Rosa Abott, dont Cameron n’a jamais dit mot, et qui n’a que le prénom vaguement en commun avec l’héroïne. Soit. Cela permet au moins de faire un portrait décent de cette personne. De même on tente par de grandes expériences scientifiques de tester la résistance à l’eau, dont on déduit que la femme résiste mieux au froid que l’homme grâce à sa graisse (cela explique d’ailleurs que les rescapés ayant longtemps séjourné dans l’eau soient… des hommes ; merci pour l’explication) et, plus intéressant, que nager accélérait la mort. Certes ; mais cette expérience devait à l’origine chercher à savoir pourquoi Jack était mort et non Rose. Au lieu d’invoquer les questions de graisse, ils auraient pu remarquer que ladite Rose état sur une planche, et pas Jack. Passons : l’expérience apporte au moins un résultat intéressant même si son point de départ est franchement tiré par les cheveux.

media--image-348649-article-ajust_300 dans Pas une grosse perte

Le point de vue du documentaire est parfois un peu tiré par les cheveux…

 

Il y a enfin ce qui est de l’ordre du pas mal, voir très bon. Tout d’abord, on ne nous sert pas l’éternel « pas assez de canots par pure audace », et les réalisateurs ont pris le soin d’expliquer qu’à l’époque, le public ne donnait pas aux canots le même rôle qu’aujourd’hui. De même, alors que l’on analyse le mystère du Californian, Stanley Lord n’est pas immédiatement accusé comme l’aurait fait un documentaire bateau : les auteurs expliquent même qu’il n’aurait de toute façon pas pu aider. Ils expliquent enfin que le navire semblait être plus près du Titanic à cause d’un phénomène de super-réfraction : ce dernier point est particulièrement surprenant et n’a jamais été évoqué : affaire à suivre pour voir si c’est potentiellement vrai, ou du pipeau.

Le documentaire souffre donc finalement de certains partis pris totalement grotesques, qui plombent d’autres parties nettement meilleures. L’historien auquel ils ont fait appel est un sombre incompétent qui se permet de nous expliquer que le Titanic a coulé sans emporter d’objets de valeurs avec lui comme le Coeur de l’Océan du film. C’est d’ailleurs pour cela que la liste des bijoux perdus que Charlotte Drake Cardeza a envoyé à sa compagnie d’assurance s’étalait sur trois pages. On le voit donc, quand le bon côtoie les énormités, il perd en crédibilité. C’est ici le problème de ce programme, que je ne conseillerais à personne à cause de cela : sans un minimum d’esprit critique, et donc de connaissance de sujet, on apprend autant de faux que de vrai ici.

bijoux

« Des objets de valeur sur le Titanic ? Non, jamais vu… »

 

J’attends donc venir les bonnes âmes me dire que « c’est facile de critiquer ; mais je ferais pas mieux » : essayer de faire mieux, je ne demande que ça si on me donnait les moyens. Quant à ceux qui diront que « au moins le Titanic a été mentionné sur une grande chaîne », je répondrai que si c’est pour apprendre aux gens des bêtises, c’est plutôt un mal. D’autant que de vrais documentaires de qualité ont été réalisés ces derniers temps, comme Birth of a Legend etc. Comme quoi c’est aussi possible de faire du bon sur le sujet.

 

Les plus

  • Des efforts de recherche ont été faits, comme le recours au livre de Beesley.
  • Certaines expériences apportent des faits intéressants.
  • Dans l’ensemble, le documentaire réussit à prendre des positions autres que les lieux-communs généralement balancés

Les moins

  • Gros problème d’organisation : le film ne sert que de prétexte vite oublié, et on saute d’une idée à une autre sans véritable fil conducteur.
  • Il y a tant d’historiens compétents sur le sujet… pourquoi avoir sorti ce sombre inconnu qui ne semble pas y connaître grand chose ?
  • Encore et toujours un documentaire réalisé avant tout pour l’audimat, quitte à passer par la trappe la vérité pour du plus « commercial ». Pourtant, certains ont bien réussi à faire du docu intéressant et véritable. Pourquoi pas eux ?

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La Minute de vérité

Posté par Antoine le 31 mai 2011

Les documentaires sur le Titanic sont souvent inégaux. On en trouve des très précis et de bonne qualité, des intéressants malgré leurs partis pris parfois gênants… et des tout pourris. L’épisode de la série La Minute de vérité consacré au Titanic entre clairement dans cette dernière catégorie, et y occupe vraisemblablement la première place. Voyons plutôt. Les plus fous d’entre vous peuvent dores et déjà aller s’abimer les yeux ici.

 

La Minute de vérité dans Documentaire 39851.ThumbL

 Il est beau, hein ? Non, je rigole.

La Minute de vérité est une série documentaire américaine produite par National Geographic, mais qui se révèle ici bien en dessous de la bonne réputation de ses auteurs. Prenons la forme tout d’abord. Il s’agit d’un documentaire tantôt fiction tantôt investigation, mais rassurez vous, aucune partie ne vient rattraper l’autre. En ce qui concerne la fiction, on nous gratifie donc pour la forme d’un Titanic virtuel fort laid et plus large que haut (voir ci-dessus), alors que dix ans plus tôt, Cybeflix était déjà capable d’en réaliser un plus convainquant. Nous avons également droit à un jeu d’acteurs digne d’un épisode d’Hélène et les garçons, la palme allant au pauvre capitaine Smith, qui, comme son navire, a gagné en largeur ce qu’il a perdu en hauteur, y compris au visage. Passons. On a également, bien entendu droit à la voix off rauque qui nous gratifie d’une phrase d’introduction fort originale : « On le croyait insubmersible… c’était une erreur ». Et tant qu’on y est, histoire de faire croire qu’on est dans 24h Chrono, on a aussi le décompte des heures, minutes, secondes, à la minute près (oui, Smith a inspecté le fond du navire à 23 h 48 pile), et tant pis si dans les faits, les historiens se cassent la tête sur les heures trop vagues depuis des lustres…

Côté investigation, c’est encore mieux : on nous sort ici le capitaine de frégate des gardes côtes américains, chargé de « trouver le responsable » et d’expliquer ce drame « dont personne n’a jamais vraiment compris les causes ». Vous l’avez bien compris, personne. Marrant quand même : j’avais quelques papiers sans prétention sur le sujet avant 2007, date de réalisation du documentaire. Passons. Notre capitaine, que nous appellerons capitaine La Palisse, nous sort des propos d’une originalité formidable. Le brave homme a une théorie qu’il juge être un regard nouveau sur le drame : le Titanic n’a pas coulé à cause d’un élément, mais du cumul de plusieurs petits problèmes. Pour ne pas choquer sa sensibilité, nous ne lui dirons pas que l’historien Walter Lord en parlait déjà en 1955, et qu’il n’était probablement pas le premier. Notre amie la voix rauque nous explique également que le capitaine est « chargé de rouvrir l’enquête ». Je ne savais pas que le dossier avait été rouvert de façon officielle, mais ça fait plus classe dit comme ça.  En parlant de classe, notre homme a d’ailleurs dans un premier temps l’idée fixe de trouver le responsable du drame, et, passant en revue plusieurs membre d’équipage, va jusqu’à parler du « principal suspect ». Après 24 heures, on est dans Les Experts. Les américains aiment la mise en scène.

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La Minute de vérité : mieux que Les Experts !

Passons donc au fond. Eh bien, force est d’avouer que ce documentaire le touche, et continue à creuser jusqu’à trouver du pétrole. Les erreurs s’accumulent à une vitesse accablante : on nous parle de William Murdoch, commandant en second (il était pas premier officier ?) ; on zappe totalement les personnages, pourtant clés, de Thomas Andrews et Bruce Ismay ; le Titanic ne coule plus à 2h20 mais a 1h45, et en un seul morceau ; on nous explique qu’il était « une fois et demie plus grand que le Mauretania » (ce qui tape dans les 390 m… à 100 près, on va pas chipoter)… Bref, bravo la rigueur et les recherches précises : nos amis historiens ont eu leurs diplômes dans un Happy Meal de chez McDo. Et ce ne sont là que de petites erreurs sans conséquence : par moment, on nous raconte carrément n’importe quoi, comme lorsque la voix off nous explique que « les constructeurs étaient si confiants qu’ils ont mis à bord moins de canots que nécessaire », et que « la presse s’est emballée face à tant d’audace ». Rappelons juste que c’était la règle à l’époque : La Minute de vérité redéfinit le concept d’audace : être audacieux, c’est faire comme tout le monde. Le monde est rempli de gens audacieux. On nous explique aussi que le Californian serait arrivé sur les lieux en à peine une demi-heure, alors que les historiens s’étripent sur le sujet depuis 100 ans, mais on n’est plus à cela près.

Et que dire de la démarche de ce cher capitaine La Palisse lorsqu’il tente de découvrir le terrible et vil coupable ! Il s’attaque tour à tour à Phillips, l’opérateur radio qui n’a pas écouté le Californian, puis au commandant Smith, qui allait trop vite, ou encore l’inattention des vigies. Rechercher à tout prix un coupable : voila de la méthode historique ! Lui aussi aurait donc pris un Happy Meal ? À chaque fois, par chance, il a l’intelligence de faire appel à des experts, qui lui démontrent que ces braves gens n’ont rien de coupables et se conformaient aux pratiques de l’époque. On est assez étonné (et positivement, pour une fois), que Bruce Ismay, alias Mr. Bouc émissaire, n’apparaisse pas. J’avoue que je l’ai attendu jusqu’à la fin, m’attendant à le voir apparaître sous les traits du Diable détournant l’iceberg en direction du paquebot.

 

J. Bruce Ismay se demande encore par quel miracle il ne s’est pas fait démolir dans ce documentaire

Vient finalement la partie la plus intéressante et rigoureuse du documentaire. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Elle est tout aussi mauvaise, mise en scène et ratée que le reste, mais au moins, on n’y voit pas (trop) d’absurdités, ce qui fait qu’au regard du reste du documentaire, c’est un chef d’oeuvre. Bien entendu, notre ami La Palisse enfonce plus de portes ouvertes qu’un policier un peu trop imbibé, et tente de mettre à l’épreuve la théorie de la longue brèche de plusieurs mètres qui aurait éventré le navire… Théorie déjà démontée et abandonnée depuis les années 1990. 15 ans après la guerre, on sent l’inédit. Il tente aussi de voir si l’incendie qui faisait rage avant le naufrage dans une soute a charbon a pu jouer un rôle, mais un spécialiste charitable lui suggère d’oublier cette hypothèse, avant qu’il ait eu le temps de se ridiculiser. Dommage. Finalement, il s’attaque à la dernière hypothèse, l’hypothèse en béton : les rivets trop fragiles. Et attention, avec des expériences scientifiques et tout à l’appui (d’une rigueur douteuse, mais on va faire comme si). Et La Palisse de nous expliquer que grâce à cette expérience… on a enfin résolu l’énigme du Titanic. Mouais. Sauf que c’est bien gentil, mais le coup des rivets, il est sorti bien avant lui. Rien de nouveau sous le soleil donc.

Et le documentaire finit en fanfare, la voix off nous expliquant ce qui s’est véritablement passé ce soir là. Grosso modo, on nous remet le docu-fiction du début avec une précision de plus sur les rivets, et bonne soirée à vous. Depuis une heure, on essaie de nous apporter « les causes du naufrage, cachées depuis longtemps », et au final, le documentaire nous résume ce qui était déjà connu… en s’attribuant les mérites de la découverte. Ces gens sont géniaux, ont une honnêteté à faire pâlir Patrick Balkany, et viennent de passer leur temps à démontrer ce que l’on savait déjà. La prochaine fois, ils découvriront que les crimes de Jack l’éventreur ont été commis par… Jack l’éventreur. J’ai hâte de voir le résultat.

Non, franchement, en fait, c’était pas la peine de cliquer sur le lien que j’ai donné au début.

 

Les plus

  • Difficile d’en trouver. Comme un mauvais travail d’écolier maladroit, on a envie de dire qu’ils ont essayé en y mettant de la bonne volonté, nous ont sorti deux ou trois images d’archives et un témoignage assez original qui nous change des classiques. Ils ont aussi la décence de faire invalider leurs hypothèses par des experts.
  • Au moins, J. Bruce Ismay n’est pas choisi comme coupable idéal comme le font d’habitude les Américains. En fait, il n’apparaît même pas.

Les moins

  • Un documentaire truffé d’erreurs qui montrent que les recherches ont été faites à la va-vite
  • Une manie quasi maladive de retrouver le coupable… mais pas l’iceberg, ce serait trop facile.
  • La mise en scène assez pathétique avec musiques d’ambiance, minutage à l’écran et plans « émotion ». Et encore, je vous ai pas parlé du naufrage avec la musique qui fait pleurer, les visages abattus, les flashbacks… et la mauvaise heure.
  • Un sentiment d’inachevé, de travail bâclé, qui fait qu’on n’accorde aucun crédit à ce documentaire, et par conséquent aux autres de la série. À éviter  tout prix, donc.

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