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Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie

Posté par Antoine le 23 août 2012

Le centenaire du naufrage du Titanic a vu affluer en librairie un grand nombre d’ouvrages de qualité très variable, mais dont plusieurs ont été assez médiatisés. C’est par exemple le cas de cet imposant livre (grand format, sur plus de 300 pages) dont l’auteur (en réalité coauteur, comme nous le verrons), Patrick Mahé, est apparu à plusieurs reprises dans les médias en avril. Il s’agit dans les faits d’un ouvrage édité il y a une dizaine d’année, écrit par Corrado Ferruli, réédité aujourd’hui avec en bonus une introduction consacré aux relations entre Cherbourg et le Titanic (écrite par Patrick Mahé, donc), histoire de marquer le coup pour l’ouverture de l’exposition permanente sur le sujet à la Cité de la Mer de Cherbourg.

Titanic, l'histoire, le mystère, la tragédie dans Ouvrage généraliste TitanicHistoireMystereTragedie

L’ouvrage est très visible et accrocheur, il faut bien le dire. Sa taille est assez alléchante. Un premier survol se révèle d’ailleurs assez plaisant. L’ouvrage est aéré, illustré, présente des encadrés… Bref, un ouvrage agréable comme les éditions du Chêne savent le faire. L’iconographie est particulièrement travaillée et on trouvera ici de belles images, parfois rares. Leur omniprésence rend d’ailleurs le texte peu fatiguant à lire. Il faut bien le dire, ces images sont la plus grande qualité de l’ouvrage. Il n’en reste pas moins que, bien malheureusement, les légendes qui les accompagnent sont parfois erronées, voir navrantes. Je n’ai, en particulier, pas digéré l’image montrant le poster publié pour rendre hommage à l’orchestre après le naufrage, ici présenté comme une publicité. Des détails, peut-être, mais des détails qui sautent à mes yeux.

Sur le fond, l’ouvrage est particulier. Outre le prologue consacré à Cherbourg, le livre même se fige sur la traversée. Le texte commence lorsque le Titanic quitte Cherbourg le 10 avril, et se termine sur l’arrivée du Carpathia à New-York le 18. C’est donc l’événement lui-même qui est évoqué, la partie « sexy » en quelque sorte, tandis que sa postérité, son ampleur, ses conséquences sont passées à la trappe, tout comme les origines du navire. Ce manque de contextualisation est fort dommageable d’un point de vue historique et fait que l’ouvrage n’est pas une bonne base de départ pour le néophyte. Un livre comme Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic, malgré une plus petite taille, se révèle finalement plus exhaustif.

L’ouvrage est donc centré sur l’événementiel. Est-ce, dans ce cas, bien fait ? Malheureusement, le souci est là. Corrado Ferruli nous offre ici un travail qu’on pourrait presque qualifier de Wikipédesque : on trouve du très bon, et du très mauvais. À la charge du lecteur de sélectionner. Et contrairement à Wikipédia, le livre ne cherche même pas à donner de sources ce qui complique le travail critique. On trouve ainsi des anecdotes intéressantes, le livre soulève parfois des thèmes qui auraient pu passer inaperçus… mais comme, à côté de cela, il lui arrive de parler du Mauretanie au lieu du Mauretania, on est bien obligé de partir vérifier ailleurs les points qui nous intéressent. Le livre est donc un bon point de départ, à condition de l’aborder avec une part d’esprit critique. Autant le dire, entre les mains d’un néophyte, il peut faire quelques dégâts. Quelques clichés ne sont notamment pas épargnés : Ismay est dépeint d’un bout à l’autre comme un mauvais homme : qui fait aller le navire au plus vite suite à une entrevue avec le chef mécanicien (il s’agissait en réalité de prévoir un court essai de vitesse pour plus tard dans la semaine), qui s’enferme mystérieusement avec un officier (je n’avais jamais trouvé trace de ce fait auparavant), et, bien entendu, qui fuit lâchement après avoir passé la soirée à gêner tout le monde. L’ouvrage se clôt sur sa citation à comparaître devant la commission américaine. L’action est laissée en suspens, le livre ne dit pas que la commission n’a rien retenu. Ainsi, le président de la White Star Line reste coupable dans l’idée du lecteur. Sombre mensonge par omission.

Cette édition 2012 apporte en revanche un outil intéressant, le témoignage de l’élève Jules Munsch. Cet étudiant à l’école normale de Rouen était en effet de passage à Cherbourg le 10 avril et a assisté, à bord du transbordeur Traffic, à l’escale du Titanic. Après le naufrage, il raconte son expérience dans le journal de l’école. Bien sûr, le texte mêle le vrai et le faux de façon délicieuse : le jeune homme a certainement voulu étoffer une histoire banale qui ne seyait pas au sensationnel de mise quand on parle du Titanic… Mais le texte vaut le détour, si on l’aborde avec le même esprit critique que le reste du livre !

Corrado Ferruli, Patrick Mahé, Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie, éditions du Chêne, 2012

 

Les plus

  • Belle mise en page, iconographie de qualité
  • Le témoignage de Jules Munsch, document inédit, est bienvenu, même si à prendre avec des pincettes
  • Le texte contient quelques passages intéressants, à condition de toujours vérifier les faits dans d’autres sources

 

Les moins

  • Souvent peu fiable : trop d’erreurs plus ou moins graves.
  • Manque de contextualisation : l’histoire du Titanic commencerait-elle le 10 avril pour finir le 18 ? Non.
  • Que de méchanceté sur Bruce Ismay ! Un peu de mesure aurait été bienvenue dans ces propos mal argumentés !

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Rencontre avec George Behe

Posté par Antoine le 30 mars 2012

Ancien vice-président de la Titanic Historical Society, George Behe est également un très prolifique auteur sur le Titanic. J’ai récemment eu l’occasion de vous détailler son site et d’en vanter les mérites. Je le reçois aujourd’hui dans les pages de Biblio-Titanic afin d’en savoir plus sur son travail en général.

 

Biblio-Titanic : Pouvez-vous expliquer quels sont les sujets de vos ouvrages récents ? Pensez-vous qu’ils apportent de nouvelles choses sur certains points de l’histoire du Titanic ?

George Behe : Le premier de mes travaux récents est intitulé Archie: The Life of Major Archibald Butt from Georgie to the Titanic, et c’est une biographie de 2 400 pages, en trois volumes, sur cette importante victime du Titanic. Ce projet m’a pris huit années de recherche et d’écriture, et a impliqué un voyage en Géorgie afin de pouvoir consulter les documents personnels d’Archie aux archives d’Atlanta où ils sont entreposés. Pendant cette période de huit ans, j’ai « vécu » avec Archie Butt chaque jour et ai été fasciné par ses descriptions des personnes célèbres qu’il a rencontré et l’intéressante manière dont il a passé sa vie de conseiller militaire présidentiel. À la fin de ces huit ans de travail d’écriture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir perdu un ami proche quand j’ai été forcé d’écrire sur la mort d’Archie sur le Titanic. Je n’ai jamais ressenti cela avec aucun des autres passagers du Titanic sur lesquels j’ai fait des recherches, et je suis certain qu’Archie continuera à avoir une influence majeure sur ma propre vie pour le restant de mes jours.

Le deuxième de mes plus récents livres est On Board RMS Titanic: Memories of the Maiden Voyage, qui est une compilation de lettres, cartes postales, extraits de journaux intimes et de mémoires écrits par des passagers et membres d’équipage avant, pendant et après le voyage inaugural (le livre contient aussi une brève biographie de chaque auteur de lettre). Je savais qu’aucun livre antérieur n’avait jamais raconté l’histoire du voyage inaugural du Titanic uniquement avec les propres mots des participants. Un certain nombre de personnes m’ont dit que mon livre leur avait procuré de grandes émotions comme aucun livre sur le Titanic ne l’avait jamais fait, et c’est exactement ce que j’espérais que le livre accomplirait quand je l’ai écrit. Après tout, le drame du Titanic est une tragédie humaine, et ce sont les récits des expériences d’êtres humains qui ont personnellement vécu une tragédie qui font la somme totale de notre connaissance d’un événement historique. Quel meilleur moyen pour nous d’apprendre des choses sur la tragédie que d’écouter les paroles de ceux qui étaient vraiment là ?

Le troisième de les plus récents livres est intitulé The Carpathia and the Titanic: Rescue at Sea. J’ai commencé à écrire ce livre avec dans l’idée de compiler autant de « lettres catastrophe » écrites par des passagers et membres d’équipage du Carpathia que je le pouvais. Cependant, j’ai vite réalisé qu’il était à ma portée de compiler et publier toute interview existante avec les passagers et membres d’équipage du Carpathia qui ait été publiée  dans les journaux de 1912, puisque le nombre de telles interviews est assez réduit pour rendre le projet réalisable par un chercheur seul. J’ai par conséquent modifié l’objectif de mon livre et ai essayé d’en faire la seule source d’information vers laquelle les autres chercheurs se tourneraient s’ils ont besoin de découvrir ce qu’un passager ou marin du Carpathia  a dit à propos du drame. Bien que j’aie presque certainement laissé de côté certaines sources obscures qui contiennent du contenu publié supplémentaire, je suis certain qu’aucun livre à venir ne contiendra de vue globale plus complète des interviews décrivant le rôle qu’a joué le Carpathia dans le naufrage du Titanic.

J’ai décidé d’auto-éditer tous les livres ci-dessus par le biais de Lulu.com de façon à pouvoir y inclure chaque pièce d’information historique qui me semblait importante, mais j’ai récemment retiré On Board RMS Titanic de la liste des ventes de Lulu.com puisque The History Press va publier une édition à l’automne 2012.

 

B.-T. : Avez-vous des projets d’écriture pour les temps à venir ? Sur quel aspect de l’histoire du Titanic aimeriez-vous écrire ?

G. B. : Il y a environ trente ans j’ai commencé à écrire un magnum opus qui racontait l’histoire du Titanic en utilisant les meilleurs témoignages de survivants que j’avais dans mes dossiers. Je n’ai cependant jamais terminé ce projet, et il a maintenant été surpassé par le très similaire On a Sea of Glass, qui vient juste d’être publié par Tad Fitch, Bill Wormstedt et Kent Layton.

Un jour futur, j’espère écrire une courte biographie de la victime du Titanic Harry Widener, mais je n’ai pas d’autre projet de publication spécifique lié au Titanic à l’instant présent.

 

B.-T. : Comment et quand avez-vous commencé à vous intéresser à l’histoire du Titanic ?

G. B. : Quand j’étais petit garçon j’ai trouvé le livre Sinking of the Titanic and Great Sea Disasters de Logan Marshall (1912) dans la bibliothèque de ma grand-mère.  Je feuilletais ce livre chaque fois que je lui rendais visite et étais fasciné par son contenu, et horrifié par une illustration du livre montrant un canot surchargé s’éloignant d’un nageur agonisant alors qu’il tendait sa main aux occupants du canot (je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ma mère, mon petit frère et moi-même dans ce canot, et me demandais comment je me serais senti si l’homme dans l’eau avait été mon père). J’ai été happé par le Titanic à partir de ce moment, et ma fascination pour le navire et ses passagers ne m’a jamais quitté.

 

B.-T. : Quelle part de cette histoire vous intéresse plus que les autres ?

G. B. : Je m’intéresse aux vies et expériences des passagers et membres d’équipage du Titanic. Je n’ai presque aucun intérêt dans la construction et la disposition physique du Titanic puisque, selon moi, le drame du Titanic est une tragédie humaine, tandis que le Titanic lui-même n’est qu’une « scène » inanimé où une pièce tragique a été jouée.

 

B.-T. : Quel est, à votre avis, le meilleur livre sur le Titanic ?

G. B. : Je suis énormément impressionné par On a Sea of Glass (probablement parce que c’est le même genre de livre sur le Titanic que j’avais commencé à écrire dans les années 1970). Je pense que le livre de Bill, Tad et Kent est facilement un des cinq meilleurs livres sur le Titanic jamais publié.

 

B.-T. : Que pensez-vous qu’il reste à découvrir sur le Titanic ?

G. B. : J’espère qu’il y a encore quelques mémoires impubliées du Titanic quelque part qui ont été écrites par des survivants après le drame, puisque chaque « nouvelles » mémoires peut nous révéler de nouvelles choses sur ce qui s’est passé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. En ce qui concerne l’examen des restes de l’épave du Titanic avec comme idée de découvrir ce qui est arrivé au navire après qu’il a coulé sous la surface, j’avoue que j’ai très peu d’intérêt pour le sujet. Puisque tout interaction humaine avec le Titanic a cessé après sa disparition sous la surface de la mer, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir comment cet immense tas de métal inanimé s’est comporté en descendant vers le sol océanique.

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Index

Posté par Antoine le 25 janvier 2012

Cette page recense toutes les critiques faites sur Biblio-Titanic, pour vous permettre de retrouver un ouvrage particulier.

Livres

 

Sites internet

 

Films

 

Documentaires

 

CD-ROM/Jeux-vidéo/disques

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Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

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La Tragédie du Titanic

Posté par Antoine le 2 novembre 2011

La Tragédie du Titanic, par Simon Adams est le type même du livre sorti en 1998/1999 au sujet du Titanic. Classique, il fait le tour du sujet de façon relativement exhaustive et concise (60 pages), mais ne sort pas de la masse de livres de ce type parus à l’époque, comme nous allons le voir. La sortie du Titanic de James Cameron avait en effet entraîné une vague de publication telle que l’on pouvait aisément trouver ce genre de livre : pour tout dire, j’avais acheté ce livre au supermarché du coin. L’émerveillement du petit garçon que j’étais à l’époque face à ce livre doit donc être remis dans son contexte,et s’est depuis clairement tempéré.

La Tragédie du Titanic dans Ouvrage généraliste livre_t_024

Publié dans la collection de Gallimard « Les yeux de la découverte », le livre prend un format judicieux : pour chaque double page, un thème est traité. Un court texte mis en exergue le résume, puis des images légendées servent de prétexte à expliquer brièvement certains points de l’histoire du Titanic. Enfin, le tout est complété par une citation en lien avec le sujet. Ce sont là les grands points forts du livre : l’iconographie est particulièrement recherchée : photos d’époque, affiches de films, photos d’objets remontés : les pages sont très agréables à parcourir, même si internet permet aujourd’hui de les voir bien plus facilement, notamment sur le très bon Site du Titanic.

Les textes sont en revanche plus problématiques. La forme du livre les empêche parfois d’aborder tous les points de vue. Si ce n’est généralement pas gênant (encore que l’on puisse relever quelques erreurs factuelles assez mineures), on voit aussi certaines simplifications problématiques. L’affaire du Californian ou le cas Bruce Ismay sont expédiés en quelques phrases, ce qui empêche fatalement de les aborder avec impartialité.  La page la plus gênante est certainement celle intitulée « Un mauvais sort sur le Titanic ? », qui rapporte certains faits, soit sans recul (Futility, de Morgan Robertson, serait le récit quasi exact du naufrage du Titanic rédigé 14 ans à l’avance ; le livre ne précise pas qu’en réalité un certain nombre de différences existaient), soit carrément erronés : le mythe du Titanian, pêché dans un journal légèrement mythomane, est ainsi une pure légende rapportée depuis tout ce temps.

Le bilan que l’on peut faire de ce livre est donc mitigé. Intéressant pour rentrer dans le sujet ou voir de jolies images, il ne satisfera en aucun cas le passionné et ne doit surtout pas être considéré comme une source de référence sur tous les sujets. Si certaines pages sont de très bonne qualité, d’autres n’ont que peu de valeur. Un livre sympathique, mais loin d’être nécessaire ou même utile.

Simon Adams, La tragédie du Titanic, Les Yeux de la découverte/Gallimard, 1999

 

Les plus

  • Le livre fait le tour du sujet de façon claire et concise. Le lecteur néophyte en tirera une vision globale du sujet, mais doit ensuite chercher à en savoir plus… et vérifier ce qu’il a vu.
  • De très jolies images et une mise en page agréable.

Les moins

  • La forme empêche de faire le tour de certains sujets épineux et entraîne plus ou moins volontairement les partis pris.
  • Pas mal de petites erreurs sur des points de détail.
  • Le livre se démarque peu de nombreux autres publiés à la même époque.

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Titanic Inquiry Project

Posté par Antoine le 29 mai 2011

Dans la série des projets audacieux, le Titanic Inquiry Project occupe une place de choix. Les deux commissions d’enquête qui se sont tenues  en avril/mai 1912 aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sont un élément clé pour comprendre les tenants et aboutissants du naufrage. On peut suivre les incohérences et faiblesses des enquêteurs, et surtout lire les témoignages des acteurs de la tragédie, qu’il s’agisse du récit méthodique du sauvetage que fait Arthur Rostron ou des complaintes déplacées et acides de Mme. Stuart J. White, véritable morceau d’anthologie. En tout plus de 2000 pages de notes étaient restées difficiles d’accès jusqu’au début du nouveau millénaire.

 

Titanic Inquiry Project dans Coup de coeur tip

 

En effet, une équipe d’une douzaine de passionnés américains, britanniques et canadiens se sont attelés à la lourde tâche de transcrire méthodiquement et fidèlement tous les témoignages et l’intégralité des notes prises durant les semaines d’enquête. Le résultat peut-être consulté en ligne audience par audience, ou être téléchargé sous forme de fichier texte (plus de 1000 pages par enquête, mais elles peuvent-être téléchargées par morceaux).

Bien entendu, le texte est en anglais, mais pour une pièce si importante de l’histoire du Titanic, cela vaut le coup de s’initier à la langue. On ne peut pas, à mon humble avis, se considérer comme véritable passionné si l’on ne cherche pas, un jour où l’autre, à se plonger dans ces textes à la fois passionnants et historiquement essentiels.

 

Les plus

  • Deux textes fondateurs de l’histoire du Titanic, essentiels pour remonter à la source
  • Une navigation aisée sur le site
  • La possibilité de télécharger les enquêtes pour les lire comme on le souhaite

Les moins

  • Très long et dense
  • En anglais, jamais traduit jusqu’à présent. Compréhensible cependant, avec un bon dictionnaire pour les plus récalcitrants

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Sites | 1 Commentaire »

 

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