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Titanic 101, The Great Infographic History

Posté par Antoine le 22 août 2014

Parmi les livres publiés à l’occasion du centenaire, Titanic 101, The Great Infographic Story, sorti en 2013, me semblait prometteur. Écrit par Steve Hall, qui a notamment collaboré au précieux Titanic, the Ship Magnificent, il s’annonçait fiable. Aborder le Titanic sous l’angle des chiffres, avec des représentations graphiques destinées à les rendre plus vivants et clairs était par ailleurs une tâche intéressante et qui pouvait offrir un éclairage nouveau sur certains points de l’histoire du paquebot. Mais qu’en est-il réellement ?

Titanic 101, The Great Infographic History dans Ouvrage généraliste 9780752497747_1

La lecture de l’introduction suffit en effet à émettre quelques doutes sur les qualités de l’ouvrage. Dès les premières lignes, en effet, Hall clame que jamais le Titanic ne fut déclaré insubmersible. Cette idée partagée par nombre de passionnés a pourtant été méthodiquement démontée par George Behe, preuves à l’appui. L’erreur, venant d’un auteur moins prestigieux, aurait pu être tolérée. De la part d’une pointure comme Steve Hall, elle ne peut l’être, d’autant qu’il cite Behe dans les remerciements. Dès le départ, donc, un mauvais point. De façon générale, le livre ne fait pas d’erreurs grossières qui sauteront aux yeux des passionnés. Mais il lui arrive de se permettre des approximations qui ne font pas honneur au prestige de leur auteur. Ainsi déclare t-il que l’hélice centrale disposait de quatre pales, alors que de plus en plus d’éléments tendent à penser que contrairement à son jumeau, le Titanic avait une hélice centrale à trois pales. Ici encore, l’erreur pourrait être acceptable si elle n’était pas commise par l’une des personnes reconnues comme spécialistes de la structure du navire. Dans un ouvrage qui s’attache aux chiffres, donc à une certaine précision, ce manque de rigueur fait tache.

L’ouvrage lui-même doit son titre de Titanic 101 au fait qu’il est composé de 101 diagrammes. Passons rapidement sur le concept même de diagramme qui est parfois ici usurpé. Certains sont particulièrement pertinents et intéressants, comme le n°3 qui permet de voir clairement quelle proportion des ouvriers de Harland & Wolff travaillait sur le Titanic, et combien parmi eux travaillaient de nuit. Une série de graphiques montrant les rescapés et victimes répartis par sexe et classe est également très intéressante, bien que l’information soit plus couramment présentée. Le souci, c’est que les graphiques vraiment pertinents pour le passionné sont très peu nombreux. D’autres illustrent de façon inutile certains chiffres. Quel est l’intérêt de présenter, sur une page, dix-huit roses des vents identiques et soigneusement alignées pour indiquer que dix-huit compas se trouvaient à bord ? Ou de présenter de la même manière seize portes closes pour illustrer le nombre de compartiments étanches ? Le lecteur serait donc incapable de compter jusqu’à 20 sans perdre toute idée de ce que représente le chiffre ? Cependant, la catégorie la plus nombreuse de « diagrammes » est en réalité le principe de l’illustration schématisée d’une courte information. Un Titanic schématisé entouré de petits cœurs accompagne ainsi l’information sur le nombre de jeunes mariés à bord. Une simple bouée (même pas fidèle à la réalité) accompagne l’information sur le nombre de bouées. Un Titanic percé d’une grande brèche accompagne une simple phrase précisant que la coque ne contient aucun gros trou. Et ainsi de suite.

Les infographies promises sont ainsi des dessins toujours très simplifiés, colorés pour la plupart en rouge et noir avec, parfois, quelques nuances de gris. Rien de bien esthétique. Ainsi, outre leur inutilité totale pour éclaircir le propos, les images sont également laides, ce qui fait perdre au livre son intérêt. « Un ajout parfait à toute bibliothèque », dit modestement le résumé en quatrième de couverture après avoir vanté la qualité des infographies « pointues ». Il sera permis d’en douter, car au final, le livre ne sera pas satisfaisant pour le nouveau venu qui ne verra ici que des données brutes ou presque, tandis que le passionné n’apprendra pas grand chose de plus. Véritablement, Steve Hall nous avait habitués à bien mieux.

Steve Hall (infographies de Katie Beard), Titanic 101, The Great Infographic History, The History Press, 2013

 

Les plus

  • Quelques infographies valent la peine en illustrant de façon pertinente des informations peu connues…

 

Les moins

  • … mais elles sont noyées dans la masse des infographies inutiles, quand elles ne prennent pas le lecteur pour un imbécile heureux.
  • Des dessins schématiques sans véritable intérêt esthétique.
  • De Steve Hall, et au vu des pointures mentionnées dans les remerciements, on aurait pu attendre plus.

 

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Paul Lee’s Titanic Pages

Posté par Antoine le 24 juin 2014

Pour l’amateur du Titanic, le web regorge de sites plus ou moins approfondis. Ceux qui renferment souvent le plus de potentiel sont les sites personnels de chercheurs qui y publient maints articles. J’ai déjà eu l’occasion de présenter ici le site de George Behe. Voici désormais celui d’une autre sommité, Paul Lee, qui propose un grand nombre de travaux sur plusieurs sujets, mais aussi les retranscriptions de documents originaux particulièrement intéressants. Une mine d’or qui ne pourra que plaire aux plus passionnés.

Lee

 

Dans la sphère du Titanic, Paul Lee est principalement connu pour ses travaux sur le Californian, notamment son livre très apprécié Titanic and the Indifferent Stranger qui tente de faire le point sur le cas du Californian en n’étudiant pas seulement les faits d’époque, mais aussi tous les débats qui se sont déroulés sur le sujet durant le siècle suivant. On retrouve sur le site plusieurs articles sur le sujet : deux pour faire le point (ici et ), mais aussi quelques articles sur Stanley Lord et l’un de ses officiers, Herbert Stone. Cette controverse du Californian est aussi, plus malheureusement, prétexte à deux articles démontant les idées de certains contradicteurs, en l’occurence Senan Molony (ici) et Daniel Allen Butler, auteur du contesté The Other Side of the Night (ici). Les critiques de Lee sont, sur le fond, toujours étayées solidement et intelligentes. C’est pourquoi il est d’autant plus dommage de le voir par moment s’abaisser à quelques piques personnelles. Cela n’altère en rien la qualité du site, mais je dois reconnaître que cela avait suffi à me rebuter et m’éloigner un temps de ces contenus de qualité.

Outre le Californian et au grand bonheur de ceux que cette polémique rebuterait, on trouve sur le site de Paul Lee bien d’autres choses. On pourra ainsi y trouver une synthèse des témoignages au sujet du départ d’Ismay dans un canot, la mort de Frederick Fleet, ou encore le nom original du Britannic. Lee n’hésite pas non plus à soulever certains lièvres concernant l’épave, remettant parfois en doute la version officielle, que cela concerne l’identité de ceux qui l’ont découverte, ou surtout la vitesse de détérioration du site. Parfois, de gros pavés sont lancés dans la mare, mais toujours avec de très bonnes explications. Enfin, là où Lee peut-être vraiment bon, c’est lorsqu’il propose des synthèses de témoignages pour donner une vue d’ensemble de la façon dont la collision a été perçue à bord, ou encore l’idée que l’on peut se faire de la progression de l’eau dans le Titanic durant le naufrage. La liste n’est bien entendu pas exhaustive, d’autant que le contenu est régulièrement renouvelé et mis à jour (la dernière mis à jour remonte à deux jours au moment où j’écris ces lignes).

Bien entendu, tout le monde ne sera pas familier avec ces sujets. Qu’à cela ne tienne, Lee propose d’autres sujets intéressants et plus accessibles, notamment des bêtisiers recensant les erreurs historiques des différents films, mais aussi une carte interactive des mémoriaux, épaves et attractions liés au Titanic. Enfin, Lee nous propose quelques archives personnelles, mais aussi une retranscription de la correspondance qu’avait entretenue Walter Lord avec de nombreux acteurs du drame. Tout cela est particulièrement appréciable. Le seul véritable reproche que l’on pourra faire au site de Paul Lee est son design, clairement daté et peu ergonomique, mais qui a au moins l’avantage de mettre en avant l’essentiel.

En dépit de ces quelques défauts, le site de Paul Lee est clairement un incontournable. Quiconque voudra vraiment aborder ces articles aura peut-être intérêt à les lire sur papier, tant ils sont denses !

 

Les plus

  • Beaucoup d’articles sur divers sujets.
  • Le fond est très solidement étayé et ouvre beaucoup de perspectives de réflexion : on apprend énormément de choses.
  • Les archives disponibles sont un plus non négligeable.
  • Les explications les plus techniques sont souvent accompagnées de schémas pour aider la compréhension.

 

Les moins

  • Malgré tout, ce site s’adresse avant tout au passionné déjà chevronné. Un nouveau risque de se perdre totalement ici.
  • La personnalisation de certains débats peut mettre mal à l’aise.
  • Le design du site n’est clairement pas attrayant.

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Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe

Posté par Antoine le 10 juillet 2013

Le naufrage du Titanic suscite chez chacun des réactions personnelles. Chez certains, un protagoniste particulier attire l’attention, entraînant des travaux et recherches biographiques. Des travaux de ce genre ont ainsi pu être menés sur les musiciens de l’orchestre, Thomas Andrews, certains passagers fortunés… Parmi eux, les officiers jouissent d’un certain succès, et plusieurs se sont déjà vus consacrer des biographies, notamment William Murdoch et Charles Lightoller. Un personnage de premier plan manquait jusqu’à il y a peu de documentation, l’officier Harold Lowe, souvent considéré comme le héros du naufrage. Grâce à Inger Sheil, ce vide est désormais comblé avec Titanic Valour.

Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe dans Coup de coeur titanic-valour-fcp1

Harold Lowe est-il le héros du naufrage ? Probablement pas autant qu’on pourrait le penser car, s’il est effectivement revenu chercher d’éventuels survivants, il a attendu que les cris s’amenuisent pour assurer sa sécurité (décision pleine de bon sens, par ailleurs). En cela, plusieurs autres canots ont aussi su récupérer des gens tombés à l’eau. D’autres hommes ont sauvé des vies, aidé bien des gens, et mériteraient le titre (souvent galvaudé et généralement malvenu) de « héros ». Il n’en reste pas moins qu’Harold Lowe est l’un des acteurs de premier plan de cette nuit là. On peut donc être un peu gêné par la quatrième de couverture et au prologue, qui semblent faire de Lowe le héros absolu, « l’homme qui est revenu » : doit on craindre des failles de neutralité ?

Fort heureusement, le travail d’Inger Sheil se révèle irréprochable de ce point de vue. Lowe est abordé avec recul, y compris certains aspects qui « fâchent » comme le racisme dont il aurait fait preuve durant le naufrage, selon certains témoins. Loin du panégyrique, l’ouvrage aborde l’homme sous tous les angles. Le livre peut sembler assez court (150 pages environ), il est pourtant plus que complet, et passionnant. La partie consacrée au Titanic n’occupe qu’une quarantaine de ces pages sans pour autant ignorer les aspects importants de cette aventure. On redécouvre notamment les relations de celui qui était un « étranger à bord » (il n’avait jamais servi sur l’Atlantique nord) avec ses collègues ; en quoi consistait son travail d’officier, quelles furent ses actions ce soir là.

Mais le livre d’Inger Sheil se révèle surtout précieux sur l’avant et l’après Titanic. La connaissance de la vie de Lowe se limitait généralement à sa naissance, son départ de la maison pour rejoindre la marine, une carrière peu connue, une entrée à la White Star sur les lignes australiennes, une absence d’avancement après le naufrage, un service dans la Navy et une retraite après guerre. Ce sont ces zones de vide qui sont désormais comblées. On découvre ainsi la famille Lowe, qui paya fort malheureusement un lourd tribut aux eaux. On apprend aussi quelle fut l’évolution de la carrière de Lowe, d’abord sur des voiliers, puis dans des cargos de moins en moins miteux. La Première Guerre mondiale est également détaillée, avec un épisode dont on est surpris qu’il soit passé inaperçu : Harold Lowe a en effet été envoyé avec son navire à Vladivostok pour lutter contre les Bolchéviques, et y a passé plus d’un an dans des conditions difficiles. Plus encore, on découvre que, loin d’avoir pris sa retraite après-guerre, il a continué à servir la White Star pendant dix ans, sans vraiment être récompensé pour sa fidélité. Enfin, on découvre un homme impliqué dans la vie de sa communauté, en dépit d’une fin de vie laborieuse.

Ces découvertes ont été permises par la proximité de l’auteur avec la famille d’Harold Lowe, ce qui lui a permis d’accéder aux souvenirs et archives familiales, notamment à de nombreuses photos.  Seize pages d’images complètent d’ailleurs le livre, et on découvre avec joie qu’aucune des photos de l’officier présentées ici ne sont connues. Au final, c’est un livre très agréable, qui se lit vite, qui nous est offert. Sorti en 2011, il est encore trouvable à très bon prix. Une occasion à saisir, tant on sait que les biographies d’officiers, une fois épuisées, peuvent atteindre des prix astronomiques.

Inger Sheil, Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe, The History Press, 2011, 159 p.

 

Les plus

  • Un livre clair et bien écrit, qui se lit facilement et rapidement.
  • Des recherches totalement inédites et passionnantes, qui nous montrent à quel point Harold Lowe est un homme méconnu.
  • Les illustrations inédites ajoutent beaucoup au cachet du livre.
  • Un prix encore très accessible.

 

Les moins

  • Le résumé et la préface sombrent un peu trop dans l’éloge du héros, sans, heureusement, que le contenu du livre soit atteint.

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Titanic, Psychic Forewarnings of a Tragedy

Posté par Antoine le 24 décembre 2012

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer George Behe, un des prolifiques auteurs sur le Titanic, que j’avais interviewé il y a quelques temps. J’ai déjà, notamment, eu l’occasion de commenter son site passionnant. J’ai récemment pu acquérir un de ses premiers ouvrages à ma connaissance, datant de 1988, Titanic, Psychic Forewarnings of a Tragedy. Le choix du sujet fera certainement sourire certains de mes amis qui me considèrent comme un grand sceptique, et est pour le moins épineux. En effet, Behe cherche à replonger dans les origines d’une part du mythe Titanic : des gens avaient-ils prédit le naufrage avant qu’il ne survienne ? Avec un tel sujet, on peut s’attendre au pire. Heureusement, comme à son habitude, George Behe nous fournit un travail solide et neutre, qui ne cherche à imposer aucun point de vue.

Titanic, Psychic Forewarnings of a Tragedy dans Coup de coeur book1

C’est en effet sous l’angle du « scepticisme intelligent » que l’auteur aborde cette question. Il résume ainsi sa pensée : il faut aborder les faits sans le moindre à priori pour, ou contre, une explication psychique. Se limiter aux faits, aux seuls faits, et voir ce que donnent les pièces du puzzle sans chercher d’explication supplémentaire autre que les faits avérés. Et sa méthode marche, et évite de donner le champ libre aux complotistes comme aux sceptiques profonds. L’ouvrage se répartit donc en cinq parties. La première rassemble les coïncidences (certes troublantes) qui ne vont probablement pas plus loin… qu’une coïncidence. La seconde rapporte les impostures avérées. La troisième se penche sur le cas très particulier de William Thomas Stead et des nombreuses expériences psychiques qui l’ont entouré. La quatrième évoque de « possibles » expériences psychiques, c’est-à-dire des faits étonnants dont on a connaissances, mais qui relèvent probablement de l’imposture ou de la coïncidence, sans qu’on ne puisse le prouver. Enfin, la dernière parle des expériences « probables » qui ont pu survenir : lorsque vraiment, la coïncidence est trop étonnante et que, qui plus est, l’imposture semble impossible à mettre en place.

Pour chaque fait, Behe nous donne une source en fin d’ouvrage (généralement une coupure de presse), explique les faits, et donne généralement un commentaire critique pour éclairer certaines zones d’ombres. Il ne se montre en revanche jamais péremptoires et privilégie l’usage prudent du conditionnel : le sujet est manipulé avec les pincettes nécessaires. Le livre évite par ailleurs de tomber dans les lieux communs. Le cas du Naufrage du Titan est, en particulier, expédié rondement, Behe expliquant que dans les faits, le livre n’a pas grand chose en commun avec son « modèle ». Ces anecdotes se dévorent donc rapidement, et on découvre une époque différente, où les séances de spiritisme étaient monnaie courante et, bien souvent, prétextes à de belles entourloupes.

Dans une partie conclusive, George Behe nous propose quelques arguments « sceptiques » d’ordre général, sur la qualité des sources. Cette partie est un peu plus légère que les autres, mais le fait est qu’on ne peut pas aller beaucoup plus loin : les faits sont rapportés par la presse, mais aucun élément ne pourra jamais prouver ou infirmer que la presse, ou le témoin, a menti. Dont acte, et une conclusion au conditionnel. Un livre agréable et qui, s’il n’est pas essentiel, a le mérite d’offrir un regard neutre sur un sujet controversé.

 

George Behe, Titanic : Psychic Forewarnings of a Tragedy, Harper Collins, 1988, 176 p.

 

Les plus

  • Facile à lire, avec quelques illustrations. La répartition par parties thématiques et petits paragraphes au fil des anecdotes facilite l’étude.
  • Chaque fait est fourni avec des références et sources, primordial dans ce genre de sujet.
  • George Behe réussit à rester neutre sur un sujet glissant, et ne tire jamais de conclusions hâtives.

 

Les moins

  • Peut-être un peu léger dans la conclusion, au sujet des lacunes des sources.
  • Le livre date de 1988 : en 25 ans, la recherche permettrait peut-être d’éclaircir certains de ces faits.

 

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Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic

Posté par Antoine le 26 novembre 2012

Le monde du jeu vidéo se divise souvent en deux catégories de joueurs. Les connaisseurs, qui apprécient les jeux solides, avec un scénario et des graphismes travaillés, qui garantissent des heures de jeu ; et les amateurs, qui veulent un jeu vite fait, pas forcément très travaillé ni trop dur. Cette catégorie est particulièrement méprisée par les connaisseurs dont je fais partie. Et pour cause, c’est un peu comme si quelqu’un vous disait : « Ah oui, j’aime beaucoup la grande littérature, j’ai dévoré le dernier tome des aventures de Winnie L’ourson. » Oui, ça fait donc mal aux oreilles. Inutile de dire que ces joueurs amateurs (on dit « casual » dans le jargon), sont très appréciés des créateurs de jeux : en effet, ils ont la fâcheuse tendance à voir apparaître une étiquette indiquant « pigeon » sur le front de ces créatures maudites. Et quand à l’approche d’un tel individu, cumulée à un centenaire, vient aux oreilles d’un producteur de jeux… cela donne… Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic. Inspectons donc les lieux du crime.

Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic dans Jeu vidéo inspector-magnusson-murder-on-the-titanic_1

Car en matière de meurtre, c’est ici le bon goût de nombre de joueurs qui est assassiné avec cet étron vidéoludique. Pire, c’est également leur bon sens qui est littéralement lynché quand on découvre que cette chose se vend à plus de dix euros, qui peuvent très probablement être mieux utilisés. Le scénario est simple : un soutier du Titanic a été assassiné, à vous de découvrir ce qu’il en est. Le jeu met en lumière une relation de la victime avec une dame de première classe… Mais je n’avoue ne pas être allé bien loin, vous comprendrez vite pourquoi. Je ne peux donc juger du dénouement, mais une des rares critiques que j’ai lues sur le sujet dit que c’est le principal point positif du jeu. Donnons lui le bénéfice du doute.

Le scénario déjà bateau (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait) est, qui plus est, desservi par une mise en scène pathétique. Comprenez le : là où des jeux pour « vrais » joueurs iront chercher des doubleurs de qualité, vous présenteront des scènes cinématiques à couper le souffle… Ici, on a une vague animation sous forme de bande dessinée où les personnages ne bougent pas. La seule animation… les cases de la BD se déplacent progressivement, les bulles bougent parfois. Et bien entendu, aucune voix, de tout le jeu. Je sais que le « rétro » est à la mode, mais depuis le début des années 1990, les personnages de jeu vidéo parlent. Avec de vraies voix.

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Cette séance d’objets cachés n’est que la première d’une longue série…L’Inspecteur Magnusson emporte décidément des choses étranges en voyage…

 

Pouvons-nous vraiment juger la vérité historique ? Les décors ressemblent (très) vaguement au paquebot. Vraiment très vaguement. J’ai cru reconnaître le café parisien, et la cabine de troisième classe (où est logé le soutier victime, no comment), semble relativement fidèle. Mention spéciale, aussi, à la morgue du navire, superbement reconstituée… quand on sait qu’elle n’existait pas. Mais à vrai dire, tous les décors sont surchargés par des avalanches d’objets divers. Car ont tombe dans le gros travers, la grosse mode du jeu « casual » à 10€ : les objets cachés. Le jeu est une alternance d’énigme simplissimes et de « saura tu trouver tous les objets demandés dans cette image ? » À vous, alors, de retrouver les écharpes, pièces de monnaie, cordes et bien entendu, les saxophones planqués dans la salle des chaudières. Pour ce qui est des énigmes, il faudra notamment ouvrir le couvercle d’un piano pour libérer un chien. Voilà voilà.

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Encore le coup des objets cachés. Ce jeu nous apprend au moins que l’équipage du Titanic était des plus désordonnés.

C’est ici la grande faiblesse du jeu : il est simplissime. Le QI requis pour le réussir est estimé à celui de la moule (frite). Depuis quelques années, certes, les jeux vidéos, même pour les connaisseurs, ont tendance à se simplifier… Mais il y a des limites ! En 1993, on découvrait le monde du jeu vidéo en se cassant la tête des heures durant sur les énigmes de Myst. Ici, on passe 10 secondes à chercher la cinquième vis manquante pour remettre en place une poignée de porte. Et si cela s’avère trop difficile, il est toujours possible de cliquer sur un bouton d’aide bien visible pour voir un indice apparaître, ou faire clignoter l’objet tant convoité. Et dans le cadre des énigmes… si elles s’avèrent trop compliquées, un bouton bien en évidence permet de, tout simplement, les sauter. Bref, le jeu est très facile… mais il est probable qu’il vous lassera trop vite pour que vous le finissiez.

Malheureusement, la malédiction du casual gaming a massacré tous les jeux touchant au Titanic, et aucun jeu décent ne nous a été offert depuis le magnifique Titanic, une aventure hors du temps… il y a 16 ans déjà. Messieurs les producteurs, laissez tomber les étrons, donnez nous de la qualité !

 

Les plus

  • Que dire ? Il semblerait que le scénario soit pas mal.
  • Les graphismes n’ont que 10 ans de retard. En tapant large. Mais l’esthétique « dessin animé » ne rend pas trop mal : sur une console DS ou un iPhone, ça serait très bien.

 

Les moins

  • Aucun intérêt ludique à moins d’être une huitre. Ressortez les classiques.
  • Aurait-il été trop dur d’enregistrer quelques voix ? Même, je sais pas, le programmeur et sa femme, faisant des voix différentes. Ça aurait été mieux que les bulles façon BD qui rappellent les jeux Game boy de mon enfance : la Game Boy avait l’excuse de ne pas pouvoir, techniquement, recréer la voix. Les PC le font depuis vingt ans.
  • Un coup d’objets cachés à l’occasion, c’est distrayant, et ça permet au concepteur de bâcler un passage en cas de manque d’inspiration. Mais quand tout le jeu ou presque est constitué de ça…
  • Vendu pour plus de 10€ : ce n’est plus de l’arnaque mais du grand banditisme.

 

 

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Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie

Posté par Antoine le 23 août 2012

Le centenaire du naufrage du Titanic a vu affluer en librairie un grand nombre d’ouvrages de qualité très variable, mais dont plusieurs ont été assez médiatisés. C’est par exemple le cas de cet imposant livre (grand format, sur plus de 300 pages) dont l’auteur (en réalité coauteur, comme nous le verrons), Patrick Mahé, est apparu à plusieurs reprises dans les médias en avril. Il s’agit dans les faits d’un ouvrage édité il y a une dizaine d’année, écrit par Corrado Ferruli, réédité aujourd’hui avec en bonus une introduction consacré aux relations entre Cherbourg et le Titanic (écrite par Patrick Mahé, donc), histoire de marquer le coup pour l’ouverture de l’exposition permanente sur le sujet à la Cité de la Mer de Cherbourg.

Titanic, l'histoire, le mystère, la tragédie dans Ouvrage généraliste TitanicHistoireMystereTragedie

L’ouvrage est très visible et accrocheur, il faut bien le dire. Sa taille est assez alléchante. Un premier survol se révèle d’ailleurs assez plaisant. L’ouvrage est aéré, illustré, présente des encadrés… Bref, un ouvrage agréable comme les éditions du Chêne savent le faire. L’iconographie est particulièrement travaillée et on trouvera ici de belles images, parfois rares. Leur omniprésence rend d’ailleurs le texte peu fatiguant à lire. Il faut bien le dire, ces images sont la plus grande qualité de l’ouvrage. Il n’en reste pas moins que, bien malheureusement, les légendes qui les accompagnent sont parfois erronées, voir navrantes. Je n’ai, en particulier, pas digéré l’image montrant le poster publié pour rendre hommage à l’orchestre après le naufrage, ici présenté comme une publicité. Des détails, peut-être, mais des détails qui sautent à mes yeux.

Sur le fond, l’ouvrage est particulier. Outre le prologue consacré à Cherbourg, le livre même se fige sur la traversée. Le texte commence lorsque le Titanic quitte Cherbourg le 10 avril, et se termine sur l’arrivée du Carpathia à New-York le 18. C’est donc l’événement lui-même qui est évoqué, la partie « sexy » en quelque sorte, tandis que sa postérité, son ampleur, ses conséquences sont passées à la trappe, tout comme les origines du navire. Ce manque de contextualisation est fort dommageable d’un point de vue historique et fait que l’ouvrage n’est pas une bonne base de départ pour le néophyte. Un livre comme Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic, malgré une plus petite taille, se révèle finalement plus exhaustif.

L’ouvrage est donc centré sur l’événementiel. Est-ce, dans ce cas, bien fait ? Malheureusement, le souci est là. Corrado Ferruli nous offre ici un travail qu’on pourrait presque qualifier de Wikipédesque : on trouve du très bon, et du très mauvais. À la charge du lecteur de sélectionner. Et contrairement à Wikipédia, le livre ne cherche même pas à donner de sources ce qui complique le travail critique. On trouve ainsi des anecdotes intéressantes, le livre soulève parfois des thèmes qui auraient pu passer inaperçus… mais comme, à côté de cela, il lui arrive de parler du Mauretanie au lieu du Mauretania, on est bien obligé de partir vérifier ailleurs les points qui nous intéressent. Le livre est donc un bon point de départ, à condition de l’aborder avec une part d’esprit critique. Autant le dire, entre les mains d’un néophyte, il peut faire quelques dégâts. Quelques clichés ne sont notamment pas épargnés : Ismay est dépeint d’un bout à l’autre comme un mauvais homme : qui fait aller le navire au plus vite suite à une entrevue avec le chef mécanicien (il s’agissait en réalité de prévoir un court essai de vitesse pour plus tard dans la semaine), qui s’enferme mystérieusement avec un officier (je n’avais jamais trouvé trace de ce fait auparavant), et, bien entendu, qui fuit lâchement après avoir passé la soirée à gêner tout le monde. L’ouvrage se clôt sur sa citation à comparaître devant la commission américaine. L’action est laissée en suspens, le livre ne dit pas que la commission n’a rien retenu. Ainsi, le président de la White Star Line reste coupable dans l’idée du lecteur. Sombre mensonge par omission.

Cette édition 2012 apporte en revanche un outil intéressant, le témoignage de l’élève Jules Munsch. Cet étudiant à l’école normale de Rouen était en effet de passage à Cherbourg le 10 avril et a assisté, à bord du transbordeur Traffic, à l’escale du Titanic. Après le naufrage, il raconte son expérience dans le journal de l’école. Bien sûr, le texte mêle le vrai et le faux de façon délicieuse : le jeune homme a certainement voulu étoffer une histoire banale qui ne seyait pas au sensationnel de mise quand on parle du Titanic… Mais le texte vaut le détour, si on l’aborde avec le même esprit critique que le reste du livre !

Corrado Ferruli, Patrick Mahé, Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie, éditions du Chêne, 2012

 

Les plus

  • Belle mise en page, iconographie de qualité
  • Le témoignage de Jules Munsch, document inédit, est bienvenu, même si à prendre avec des pincettes
  • Le texte contient quelques passages intéressants, à condition de toujours vérifier les faits dans d’autres sources

 

Les moins

  • Souvent peu fiable : trop d’erreurs plus ou moins graves.
  • Manque de contextualisation : l’histoire du Titanic commencerait-elle le 10 avril pour finir le 18 ? Non.
  • Que de méchanceté sur Bruce Ismay ! Un peu de mesure aurait été bienvenue dans ces propos mal argumentés !

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Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur

Posté par Antoine le 26 juin 2012

Ce titre à rallonge, je l’avais déjà entrevu dans une bibliographie il y a plusieurs années et il m’avait intrigué. À n’en point douter, il devait s’agir d’un récit romancé : peu probable qu’un rescapé ait pris note de la dernière conversation de J.J. Astor, quel qu’ait pu être son prestige. En réalité, il s’agit d’une nouvelle d’une dizaine de pages écrite par l’Allemand Gert Hofmann. Et pour tout dire, je suis bien content de l’avoir emprunté à la bibliothèque la plus proche et non acheté, tant ce fut pour moi une déception !

Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur dans Pas une grosse perte 1504240_4624055

Il n’y a pas à dire, le récit commençait bien. Je ne sais pas si c’est le fait de dire que J.J. Astor était propriétaire du Titanic, ou encore celui de le faire courir partout dans le navire pour dire que tout va bien qui m’a le plus atterré à la lecture du premier paragraphe. Dans tous les cas, le choc fut suffisant pour que la trame du récit elle-même ne me choque pas. Le Titanic coule, et donc Astor, fort logiquement, se rend au salon de coiffure du bord (tenu par son coiffeur personnel, bien entendu) pour… se faire raser, les pieds dans l’eau. Seule bonne surprise du récit, le coiffeur porte le nom authentique d’un des coiffeurs du bord, Weikman, mais comme, au final, rien ne correspond à la réalité, il eut tout aussi bien pu s’appeler Dupont. Ou alors le véritable August Weikman servait J.J. Astor depuis 21 ans, mais sans avoir quitté le Royaume-Uni (eh oui, puisqu’il dit dans le récit qu’il n’a jamais pris la mer). Comment pouvait-il donc raser un client américain depuis la Grande Bretagne, nous ne le saurons jamais ; mais le fait que l’auteur se trompe également lourdement en donnant à Astor un titre de noblesse britannique est peut-être un indice satisfaisant.

On l’aura donc compris, le récit lui même n’a a peu près rien à voir avec la véritable histoire du Titanic. En cela, il fera bien rire le passionné. D’autant plus qu’on sent que Hofmann a fait des recherches : il est fort probable qu’il ait en effet eu sous les yeux une liste de passagers dont il aura pris les noms au hasard. Pas beaucoup plus non plus, car, ne rigolez pas, l’auteur conclut son récit sur « M. Gatti, le chef de cuisine du Maxim (sic) qui le vit, alors qu’il se trouvait lui-même à bord d’un canot ». La prochaine fois que vous mettez en scène un rescapé du Titanic, M. Hofmann : assurez vous qu’il a survécu au naufrage ; autrement, ça fait tache. Mais, du fond de sa tombe de la section « Titanic » d’un cimetière de Halifax, Luigi Gatti appréciera l’attention.

D’un point de vue historique, donc, la nouvelle est à peu près aussi fiable qu’un article de Voici. Mais qu’en est-il du point de vue littéraire ? Mes quelques années d’apprentissages de l’Allemand ne m’ont laissé que de maigres souvenirs, mais il me semble bien que nos voisins d’Outre-Rhin utilisent aussi des guillemets pour signaler qu’un personnage parle. Pas le récit. Erreur de l’auteur, facétie du traducteur ? Toujours est-il que quand un dialogue se retrouve rédigé sans tirets et sans guillemets, et que les phrases des deux protagonistes se mélangent aux descriptions, cela engendre un beau magma incompréhensible. Allez savoir quand l’auteur vous fait une remarque de son propre cru, fait parler Weikman ou Astor… Du point de vue typographique, le récit égale à peu près une – mauvaise – rédaction d’élève de CP. Et je vous passe les fautes de Français. C’est bien la première fois qu’un traducteur considère qu’une moitié, c’est masculin.

Si malgré cela vous arrivez à lire, le style est lourd, lourd… L’auteur se perd dans des considérations psychologiquo-sociales avec des insinuations aux ficelles encore plus grosses que le film de Cameron. Par excès de vanité, le propriétaire du Titanic (Astor, donc…) a voulu cacher les hublots par des plantes pour oublier qu’on est en mer, et, bien entendu, même quand le salon de coiffure a les pieds dans l’eau, il reste persuadé que le navire est insubmersible (il me semble que même le film tourné par les Nazis sur le sujet était moins caricatural). On a également le côté conte social : aux portes de la mort (oui, dans les faits, Weikman a survécu, mais pas dans le récit. On a du confondre son corps avec celui de Gatti, voilà), les deux hommes se rendent compte qu’ils sont nés le même mois (bon, en fait ils avaient facilement quatre ans d’écart, mais on n’est plus à ça près), Astor, ce vil patron, s’intéresse enfin aux conditions de travail de son employé, et à la fin, ils se serrent même la main.

On pourra penser que j’ai la critique facile, mais je vous assure que, pour ma part, je n’ai pas caricaturé à un seul moment de ce compte rendu. Décidément, ce livre n’a pas grand intérêt. Pas sûr qu’il soit même à la bonne taille pour caler un meuble. Et si vous me croyez pas, vous pouvez même lire les premiers paragraphes ici.

Gert Hofmann, Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur, Actes Sud, 1993.

Les plus

  • L’auteur a au moins eu le mérite de donner au coiffeur d’Astor le nom d’un des coiffeurs du Titanic. C’est léger, mais c’est le seul point positif que j’aie trouvé à ce récit…

 

Les moins

  • Tout simplement illisible. Style lourd, fautes d’orthographe… L’absence de signes typographiques dans les dialogues achève le tout : on est plus proches de l’épigraphie latine que de la nouvelle… Peut-être les dix pages les plus longues de ma vie…
  • D’un point de vue purement historique, le récit n’a aucune qualité et multiplie les erreurs. La première phrase parle d’elle-même : J.J. Astor propriétaire du Titanic ? Vraiment ?
  • Le fond du dialogue est téléphoné et classique. L’éternel thème du Titanic issu de l’orgueil humain surpassant la nature ; il a parfois été traité avec élégance… Ici, la subtilité n’est pas au rendez-vous. Quant au message sur les classes sociales… ce ne sont plus de grosses ficelles qui sont utilisées ici, mais des cordages !

 

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Les Grands naufrages

Posté par Antoine le 25 juin 2012

Une fois n’est pas coutume, ce livre ne concerne pas directement le Titanic. Et encore : son titre est tout de même Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia. Autant dire que notre paquebot fétiche y reste très présent. C’est une fois de plus Gérard Piouffre qui s’y attèle (troisième critique d’un de ses ouvrages sur Biblio-Titanic : on va commencer à penser que je touche un pourcentage !) : que cache donc cet ouvrage ?

 Les Grands naufrages dans Coup de coeur les_grands_naufrages

Le Titanic fait figure de naufrage d’exception. On pourrait épiloguer longtemps sur ce qui a fait son charme : le nombre de victimes ? L’aura romanesque du drame ? Les célébrités présentes à bord ? Certainement un peu de tout cela, mais une chose est certaine : ce n’est pas le seul grand naufrage dans l’histoire des paquebots. Il faut bien le dire, les catastrophes sont même nombreuses, et le livre de Gérard Piouffre n’a pas la prétention de tous les recenser. Chacun pourra regretter de ne pas y trouver son petit préféré, un naufrage sur lequel il aurait voulu plus d’informations (personnellement, mon coup de cœur aurait été pour le naufrage qualifiable de « naufrage du vous-inquiétez-pas-je-gère-tout », celui de l’Admiral Nakhimov en 1986), mais globalement la sélection est consensuelle et on ne relève aucun manque majeur à l’exception, peut-être, du Britannic.

Le classement est pertinent, puisque les naufrages ont été rangés par cause : le mauvais temps, le feu, les icebergs, les abordages, les échouements, les avaries et défauts de conception, puis les deux Guerres mondiales. Le classement est limpide, et permet de prendre conscience de l’influence de certains aléas les uns par rapport aux autres. On découvre notamment que les icebergs n’ont finalement fait que peu de mal aux paquebots. Outre le Titanic et l’Eplorer, Gérard Piouffre doit aller jusqu’à chercher un naufrage « manqué », le Royal Edward : preuve que, somme toute, la glace n’était qu’un danger peu commun.

De façon générale, chaque naufrage est raconté de façon vivante et précise, dans un style fluide : le livre se dévore en quelques heures. Certains naufrages sont intemporels. Même si elles sont déjà connues, les catastrophes de l’Andrea Doria ou de l’Empress of Ireland continuent à nous marquer. D’autres, peu connus, comme le Lamoricière, nous surprennent par leur horreur. Aucun ne laisse indifférent.

Raisons commerciales oblige, le Costa Concordia est également mis en avant. On pourrait aborder ce chapitre avec méfiance, tant il semble difficile d’écrire un chapitre sur un naufrage encore tout frais (le livre a été terminé fin janvier, une semaine ou deux après le naufrage). Il n’en est rien. Gérard Piouffre a réussi à nous offrir une synthèse claire et neutre des événements, au milieu du magma insipide et contradictoire que nous livrait la presse. Certes, ce chapitre ne restera pas longtemps une référence, tant il est évident que notre vision du naufrage est appelée à évoluer avec le temps.

Les Grands naufrages offre donc une précieuse synthèse sur les catastrophes maritimes ayant touché les paquebots. Une lecture agréable et indispensable pour les passionnés de marine !

Gérard Piouffre, Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia, First étidions, 2012

 

Les plus

  • Clair, concis et vivant : une façon parfaite pour découvrir nombre de naufrages peu connus
  • Les illustrations sont malheureusement rares, mais les dessins d’Alain Coz sont particulièrement jolis, ce qui compense et permet de visualiser les navires dont il est question
  • Le livre nous propose un bon nombre de naufrage, et donne un bon équilibre entre les grands classiques et les inconnus
  • Le chapitre sur le Costa Concordia offre une bonne synthèse plus pondérée que la plupart des écrits sur le sujet

 

Les moins

  • Chacun pourra regretter qu’il manque « son » naufrage préféré.
  • Comme dit plus haut, plus d’illustrations auraient été appréciables, le sujet s’y prêtant pas mal.

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Au coeur du Titanic

Posté par Antoine le 13 juin 2012

Ken Marschall est un des grands artistes du Titanic. Peintre depuis de longues années, il s’est spécialisé dans les paquebots, et principalement dans le Titanic, son amour premier. Cela lui a ainsi permis d’être consultant auprès de James Cameron pour la réalisation de son film, et de devenir, progressivement l’un des historiens réputés du navire. Au cœur du Titanic est un des ouvrages qu’il signe, bien que le texte soit en réalité d’Hugh Brewster (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic). Détaillons un peu plus cet ouvrage.

 

Au coeur du Titanic

Marschall s’attribuerait-il des mérites injustifiés en faisant figurer son nom seul en couverture ? Pas vraiment, puisque le livre est assurément un livre de Ken Marschall. Comprenez par là que ses magnifiques peintures occupent la plus grande partie de l’ouvrage (ouvrage très grand format et qui ne rentrera pas dans toutes les bibliothèques, c’est certain !), le texte étant assez mineur. Rédigé avant tout pour les enfants, il se centre sur l’histoire de deux enfants aux vies radicalement opposées, Billy Carter, jeune passager de première classe, et Franck Goldsmith, passager de troisième classe. Le lecteur suit leur traversée de l’embarquement au sauvetage par le Carpathia et le texte, limpide, aide à mieux connaître ces passagers et leurs familles.

Mais l’histoire n’est, somme toute, qu’un prétexte pour montrer les magnifiques peintures de Ken Marschall. Le navire y est représenté sous tous les angles, souvent en vue écorchée permettant au lecteur de situer les lieux les uns par rapport aux autres. Le summum de l’ouvrage est la double page centrale, dépliante, qui cache une gigantesque vue du paquebot fendant les flots, son flanc ouvert pour que l’on puisse en observer les intérieurs. Les vues du naufrage sont également spectaculaires. Il faut le dire, Ken Marschall est un grand peintre aux tableaux particulièrement réalistes.

Au cœur du Titanic et sa trentaine de pages ne vous apprendront pas grand chose sur le Titanic. Vous découvrirez, si vous ne la connaissiez pas déjà, l’histoire émouvante des Goldsmith et des Carter, mais cela s’arrête à peu près là sur le fond. Sur la forme, en revanche, c’est un vrai régal pour les yeux, regorgeant de peintures magnifiques.

 

Ken Marschall, Au cœur du Titanic, Casterman, 1997

 

Les plus

  • Des peintures magnifiques
  • La découverte de l’histoire de deux jeunes passagers

 

Les moins

  • Assez court : vite lu, vite admiré, vite rangé

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Titanic, la véritable histoire

Posté par Antoine le 10 avril 2012

Il y a comme une malédiction dans le monde des documentaires. Il y a ceux qui ne cherchent pas à trop se montrer, comme les deux que j’ai commentés hier, plaisants à regarder et fiables… Et il y a les bouses, les étrons, les horreurs. Ceux qui enchaînent les lieux communs, erreurs et bouffonneries. De façon intéressante, ceux-ci ont souvent des titres sensationnalistes, clamant détenir « la vérité », comme s’ils sentaient, au fond d’eux, qu’ils allaient dire une immense connerie. Lorsqu’un documentaire s’intitule Titanic, la véritable histoire, on peut sérieusement s’attendre à le placer dans la deuxième catégorie. Et ici, ça ne rate pas.

On peut aisément reconstituer la réflexion des réalisateurs : « Bon, on fait un documentaire sur le Titanic. Il nous faut une histoire d’amour, du suspense, de l’action, des trucs qui bougent. Respect de l’histoire ? On s’en fout. On prend les noms, et on leur fait faire des trucs qu’ils auraient pu faire, ça passera. » Le terme de docu-fiction n’a jamais été aussi malvenu. C’est de la fiction, tout court. Difficile ici de faire une liste des points positifs et négatifs : je n’ai pas trouvé de point digne d’entrer dans la première catégorie. Voici donc la liste (non exhaustive, je n’ai pas tout relevé, je ne suis pas une machine !) de toutes les horreurs proférées dans le documentaire.

  • On suit l’histoire d’une passagère, qui, lors du naufrage, retourne à sa cabine pour récupérer ses affaires, y est enfermée par un steward, sauvée par son amant après avoir vu de l’eau sortir par les lavabos et… Oui, bon, vous l’aurez compris, récit à l’authenticité douteuse (on me souffle dans l’oreillette que Berthe Mayné a envisagé de le faire retourner à sa cabine, mais en a été dissuadée et est partie dans un des premiers canots : on le voit donc, le documentaire est parti d’une supposition pour broder son histoire).
  • On a aussi le marin qui était parti inspecter les compartiments arrière, a vu les portes étanches se fermer, et s’est jeté dessous. Et hop, une jambe coincée. Ce n’est étayé par aucun témoignage (et pour cause, tout individu normal se serait rué vers l’échelle de service plutôt que de se jeter sur une porte jouant les guillotines), mais la scène revient pendant tout le documentaire. Notre marin essaie d’attraper une hache, d’atteindre la valve pour remonter la porte… Rien n’y fait. Répétitives, lassantes, inutiles et inexactes, ces scènes sont le grand moment du documentaire !
  • On a aussi la passagère de troisième classe qui prenait son bain à minuit pour éviter l’affluence (bien, sauf que je doute que les stewards chargés des baignoires, qu’on n’utilisait pas seul, aient travaillé de nuit). Mais ça permet de montrer un bout de sein, et ça, ça fait péter l’audimat. Le reste de son histoire permet de nous sortir le classique coup des troisième classes séquestrés dans les fonds du navire et ainsi de suite, le tout étalé sans recul…
  • On a aussi un inénarrable graisseur envoyé faire on ne sait trop quoi, et qui finit par monter dans la quatrième cheminée pour y… écrire un message dans une bouteille, qui parviendra sur les côtes irlandaises. Oui. Docu-fiction : si ceci c’est vraiment passé à bord, je me fais moine. Mais comme il n’y a pas de témoignages, on dira que c’est une liberté artistique. Dommage quand on clame raconter la véritable histoire…
  • On a aussi le coup du navire qui change brusquement d’inclinaison d’un côté à l’autre, renversant les passagers, la vaisselle, tout. Aucun témoin n’en a parlé, mais ça fait joli à l’écran. Oui, « véritable » histoire.
  • Et bien sur, on a les cloisons étanches. Enfin non : seules les portes sont étanches. Les cloisons autour pètent quand la pression devient trop forte. Comme ça, pouf.
  • Quant à l’électricité, bah pour parodier un chanteur à qui elle n’a pas porté chance, on dira qu’à bord du Titanic, « ça s’en va et ça revient » ! Non, le courant ne s’est pas coupé uniformément à la fin comme le disent tous les témoins. Il alternait. Un peu comme quand Jacquouille la Fripouille joue avec l’interrupteur.
  • Il y a aussi une superbe prise de bec entre le commandant Smith et Bruce Ismay. Je disais récemment qu’étonnamment, il souffrait peu dans les mauvais documentaires. Celui-ci a restauré l’équilibre : toutes les scènes où il est présent ont pour but de le faire passer pour le Diable en personne. Basées sur du rien ou, dans le meilleur des cas, s’inspirant de faits réels pour les modifier allègrement, je me suis surpris à trouver qu’à côté, le Titanic produit par les Nazis en 1943 était un trésor d’objectivité.
  • D’ailleurs, parlons en, du jeu d’acteurs ! Tous sont incroyablement mauvais. Tellement qu’ils auraient pu être recalés aux auditions d’Hélène et les garçons. Leur jeu est caricatural, exagéré, mauvais… Et franchement, Joseph Bell qui devient le sosie de M. Propre ! Rendez nous les acteurs des Héros du Titanic !
  • Les représentations 3D sont décentes. Les décors intérieurs pathétiques. Il n’y a aucune cohérence. Bruce Ismay descend des escaliers pour aller sur la passerelle de navigation… sur le pont le plus élevé. Le jeune Jack Thayer, fils d’un président de ligne de chemin de fer, sort de sa cabine pour errer en… troisième classe…
  • De plus, le documentaire s’attarde pendant près d’une heure (sur une heure et demie) à traiter des dix minutes suivant la collision : coulera ? Coulera pas ? Coulera ? Coulera pas ? Inutile de préciser que ce jeu sur le suspense prend mal. On voit les premiers canots vers la fin et, malgré les nombreuses scènes de panique vues auparavant, personne n’y monte.

Je pourrais continuer longtemps cette liste. Je préfère m’arrêter là. Ce documentaire ne mérite que l’oubli. On se demande comment la BBC a pu produire une telle horreur, et comment France 2 a pu la diffuser. Par pitié, la prochaine fois, demandez de l’aide aux connaisseurs…

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