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Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie

Posté par Antoine le 23 août 2012

Le centenaire du naufrage du Titanic a vu affluer en librairie un grand nombre d’ouvrages de qualité très variable, mais dont plusieurs ont été assez médiatisés. C’est par exemple le cas de cet imposant livre (grand format, sur plus de 300 pages) dont l’auteur (en réalité coauteur, comme nous le verrons), Patrick Mahé, est apparu à plusieurs reprises dans les médias en avril. Il s’agit dans les faits d’un ouvrage édité il y a une dizaine d’année, écrit par Corrado Ferruli, réédité aujourd’hui avec en bonus une introduction consacré aux relations entre Cherbourg et le Titanic (écrite par Patrick Mahé, donc), histoire de marquer le coup pour l’ouverture de l’exposition permanente sur le sujet à la Cité de la Mer de Cherbourg.

Titanic, l'histoire, le mystère, la tragédie dans Ouvrage généraliste TitanicHistoireMystereTragedie

L’ouvrage est très visible et accrocheur, il faut bien le dire. Sa taille est assez alléchante. Un premier survol se révèle d’ailleurs assez plaisant. L’ouvrage est aéré, illustré, présente des encadrés… Bref, un ouvrage agréable comme les éditions du Chêne savent le faire. L’iconographie est particulièrement travaillée et on trouvera ici de belles images, parfois rares. Leur omniprésence rend d’ailleurs le texte peu fatiguant à lire. Il faut bien le dire, ces images sont la plus grande qualité de l’ouvrage. Il n’en reste pas moins que, bien malheureusement, les légendes qui les accompagnent sont parfois erronées, voir navrantes. Je n’ai, en particulier, pas digéré l’image montrant le poster publié pour rendre hommage à l’orchestre après le naufrage, ici présenté comme une publicité. Des détails, peut-être, mais des détails qui sautent à mes yeux.

Sur le fond, l’ouvrage est particulier. Outre le prologue consacré à Cherbourg, le livre même se fige sur la traversée. Le texte commence lorsque le Titanic quitte Cherbourg le 10 avril, et se termine sur l’arrivée du Carpathia à New-York le 18. C’est donc l’événement lui-même qui est évoqué, la partie « sexy » en quelque sorte, tandis que sa postérité, son ampleur, ses conséquences sont passées à la trappe, tout comme les origines du navire. Ce manque de contextualisation est fort dommageable d’un point de vue historique et fait que l’ouvrage n’est pas une bonne base de départ pour le néophyte. Un livre comme Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic, malgré une plus petite taille, se révèle finalement plus exhaustif.

L’ouvrage est donc centré sur l’événementiel. Est-ce, dans ce cas, bien fait ? Malheureusement, le souci est là. Corrado Ferruli nous offre ici un travail qu’on pourrait presque qualifier de Wikipédesque : on trouve du très bon, et du très mauvais. À la charge du lecteur de sélectionner. Et contrairement à Wikipédia, le livre ne cherche même pas à donner de sources ce qui complique le travail critique. On trouve ainsi des anecdotes intéressantes, le livre soulève parfois des thèmes qui auraient pu passer inaperçus… mais comme, à côté de cela, il lui arrive de parler du Mauretanie au lieu du Mauretania, on est bien obligé de partir vérifier ailleurs les points qui nous intéressent. Le livre est donc un bon point de départ, à condition de l’aborder avec une part d’esprit critique. Autant le dire, entre les mains d’un néophyte, il peut faire quelques dégâts. Quelques clichés ne sont notamment pas épargnés : Ismay est dépeint d’un bout à l’autre comme un mauvais homme : qui fait aller le navire au plus vite suite à une entrevue avec le chef mécanicien (il s’agissait en réalité de prévoir un court essai de vitesse pour plus tard dans la semaine), qui s’enferme mystérieusement avec un officier (je n’avais jamais trouvé trace de ce fait auparavant), et, bien entendu, qui fuit lâchement après avoir passé la soirée à gêner tout le monde. L’ouvrage se clôt sur sa citation à comparaître devant la commission américaine. L’action est laissée en suspens, le livre ne dit pas que la commission n’a rien retenu. Ainsi, le président de la White Star Line reste coupable dans l’idée du lecteur. Sombre mensonge par omission.

Cette édition 2012 apporte en revanche un outil intéressant, le témoignage de l’élève Jules Munsch. Cet étudiant à l’école normale de Rouen était en effet de passage à Cherbourg le 10 avril et a assisté, à bord du transbordeur Traffic, à l’escale du Titanic. Après le naufrage, il raconte son expérience dans le journal de l’école. Bien sûr, le texte mêle le vrai et le faux de façon délicieuse : le jeune homme a certainement voulu étoffer une histoire banale qui ne seyait pas au sensationnel de mise quand on parle du Titanic… Mais le texte vaut le détour, si on l’aborde avec le même esprit critique que le reste du livre !

Corrado Ferruli, Patrick Mahé, Titanic, l’histoire, le mystère, la tragédie, éditions du Chêne, 2012

 

Les plus

  • Belle mise en page, iconographie de qualité
  • Le témoignage de Jules Munsch, document inédit, est bienvenu, même si à prendre avec des pincettes
  • Le texte contient quelques passages intéressants, à condition de toujours vérifier les faits dans d’autres sources

 

Les moins

  • Souvent peu fiable : trop d’erreurs plus ou moins graves.
  • Manque de contextualisation : l’histoire du Titanic commencerait-elle le 10 avril pour finir le 18 ? Non.
  • Que de méchanceté sur Bruce Ismay ! Un peu de mesure aurait été bienvenue dans ces propos mal argumentés !

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Les Enfants du Titanic (édition 2012)

Posté par Antoine le 7 avril 2012

Il y a quinze ans maintenant, Elisabeth Navratil, fille du rescapé du Titanic Michel Navratil, écrivait Les Enfants du Titanic, roman retraçant l’histoire de sa famille lors du naufrage, qui a profondément modifié le destin de ceux que la presse appelait alors « les orphelins de l’abîme ». J’avais il y a quelques mois produit une critique assez négative de ce livre, portant sur un certain nombre d’erreurs et précisant que tout ce qui y était dit ne devait pas être pris pour argent comptant. À l’occasion du centenaire du Titanic, Elisabeth Navratil publie une version remaniée de son ouvrage. Les changements effectués font qu’il s’agit ici d’un livre à la fois proche et différent du précédent, ce qui lui vaut une nouvelle analyse par Biblio-Titanic.

Les Enfants du Titanic (édition 2012) 9782012023482

C’est donc sous un nouvel habillage qu’apparaît ce roman. Habillage d’ailleurs franchement réussi : l’ancienne couverture, assez terne dessin du naufrage, cède désormais la place à une photo originale des deux enfants au centre du roman. Du point de vue des photographies, d’ailleurs, le lecteur est servi avec un bon nombre de photographies des membres de la famille Navratil au début du siècle, ainsi qu’une reproduction d’une lettre de la main de Michel Navratil sur son vécu du naufrage. À cela s’ajoutent quelques photographies du Titanic (ainsi qu’une photo du capitaine Smith assez rare, datant de 1895). Enfin, pour conclure ce tour sur la forme, il est à noter que s’il est assez épais (dans les 350 pages), le livre est écrit gros. Je ne m’attarderai pas ici sur le style, que j’avais déjà pu apprécier dans ma critique précédente : le livre est bien écrit, donne envie d’être lu, et on parcourt l’intrigue de façon agréable.

J’ai personnellement commencé ma lecture par la fin, et par la postface. C’est en effet dans cette partie que l’auteure explique ses choix, en premier lieu desquels le choix de réécrire son récit quinze ans après la version précédente. On saisit immédiatement la volonté de réécrire cette histoire d’une meilleure façon, en mettant fin à un certain nombre de légendes créées par le récit précédent lui-même. La postface précise ainsi, par exemple, que jamais Michel Navratil père n’avait écrit de lettre à son ex-femme lui proposant de le rejoindre à New York comme le disait la version de 1997. L’ancienne postface, pourtant assez longue, m’avait laissé une impression brouillonne, et un sentiment de ne plus vraiment savoir à quoi s’en tenir (bien que, en la relisant, elle se révèle également assez brève). La nouvelle, nettement plus courte, est pourtant aussi bien plus claire. Elisabeth Navratil y énumère notamment les quelques souvenirs de son père au sujet de la traversée. Devant cette matière brute assez restreinte, on le comprend, il aurait été difficile de consacrer un roman entier aux Navratil sur le Titanic sans romancer.

L’histoire est donc toujours romancée, mais de façon nettement plus cohérente. Certes, la famille Navratil voyage de classe en classe comme elle n’aurait pas pu le faire à l’époque ; certes, le petit Michel Navratil visite le Titanic avec Thomas Andrews ; mais ces éléments sont clairement expliqués comme « inventés » dans la postface, de même qu’un certain nombre de rencontres. Mais le roman n’est, somme toute, pas plus abhérent que l’histoire d’un jeune couple que tout oppose, qui avait connu un léger succès au cinéma il y a quelques années.

Du point de vue de la « grande » Histoire, le lecteur ne trouvera pas forcément son bonheur : le connaisseur relèvera un certain nombre d’erreurs historiques et d’approximations qui, heureusement, sont bien plus anodines que celle qui, dans la version précédente, avait transformé les résèrves du Titanic en galerie marchande ! Par ailleurs, un certain nombre de notes de bas de page émaillent le récit. Si celles sur le Titanic même comportent parfois de légères approximations et confusions, celles sur la famille Navratil elle-même apportent de précieuses informations sur l’histoire des deux « orphelins de l’abîme » et de leur famille. Par certaines allusions, également, Elisabeth Navratil réussit à faire ressentir la façon dont ce naufrage a par la suite été vécu dans sa famille ; la façon dont la mort subite et dramatique de ce père a été apréhendée, et apprivoisée, par les générations suivantes.

Les Enfants du Titanic n’est donc pas un ouvrage historique que l’on lirait si l’on veut en savoir plus sur le Titanic lui-même et sur son histoire. Ce blog a apporté des critiques de nombreux ouvrages et sites aptes à étancher votre soif de ce point de vue. C’est en revanche un roman agréable ayant pour décor notre paquebot favori, et qui permet de saisir quel fut l’histoire de cette famille qui, déjà déchirée avant le naufrage, a vu son destin basculer le 15 avril 1912. Plus encore, c’est la somme définitive d’information sur la famille Navratil avant et après ce naufrage.

Les plus

  • Un roman vivant et bien écrit : c’est, en soi, un livre agréable à lire de ce point de vue.
  • Avec Les Français du Titanic, il s’agit certainement du livre le plus précis et le plus à jour pour aborder la famille Navratil. A travers, notamment, les notes de bas de page et la postface, Elisabeth Navratil tord le cou à certaines idées reçues qui avaient la vie dure depuis des années, en soulignant notamment la citation apocryphe de son père : « Je n’ai vécu que jusqu’à quatre ans. Depuis, je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps et je me laisse aller sur cet océan » (en réalité inventée par les auteurs du roman Navratil)
  • L’illustration du livre est de qualité, avec plusieurs photos de famille : il est émouvant de mettre un visage sur des noms jusque là abstraits.

 

Les moins

  • Encore quelques erreurs factuelles sur le Titanic, mais globalement assez bénignes. Aucune erreur aussi voyante que la dernière fois, ni même de partis pris « à la Cameron ».
  • Le livre n’est, extérieurement, peut-être pas assez présenté comme un roman. Ayant déjà lu la version précédente, je savais à quoi m’en tenir et ne peux vraiment juger : le point de vue d’un néophyte serait ici intéressant.

 

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Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

Les Secrets du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782361640873

Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

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La Table du Titanic

Posté par Antoine le 16 février 2012

Parmi les sujets qui entourent le Titanic, les repas servis à bord sont un des sujets pour lequel j’ai généralement eu le moins d’affinités. Il faut dire que mon palais de fin gourmet ne tolère que des plats sophistiqués de type steak – frites qui n’étaient malheureusement pas servis à bord. C’est pour cela que le livre de Rick Archbold et Dana McCauley Dernier Dîner sur le Titanic n’a jamais atterri dans ma bibliothèque. Le fait qu’un auteur, français de surcroît (il est assez rare que les francophones écrivent sur le Titanic, encore sur des sujets très isolés), tente l’aventure de parler des repas à bord était toutefois plutôt encourageant. Voyons donc ce que renferme La Table du Titanic, par Xavier Manente.

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On peut d’ores et déjà dire que l’auteur, qui se dit amateur de cuisine et d’histoire, maîtrise bien ses deux sujets (du moins, pour le premier, je ne peux que supposer sa compétence, n’y connaissant pas grand chose pour ma part). Son ouvrage est bien contextualisé, et on cerne bien le contexte social et culinaire de l’époque. Très bon point. De même, sa présentation, assez rapide mais exhaustive, des cuisines et restaurants du Titanic, est claire et louable. Enfin, les recettes étalées ici sont précises et détaillées. Un glossaire, retranscrit sur un marque page, est un plus non négligeable pour ceux qui fréquentent peu leurs fourneaux.

On peut cependant regretter que les recettes ne soient pas illustrées. J’aurais personnellement aimé savoir à quoi peut bien ressembler le fameux « consommé Olga » et autres mets d’époque. On peut aussi regretter que l’auteur n’ait pas demandé à un spécialiste du Titanic  de relire son ouvrage, qui contient du coup quelques erreurs assez grossières comme la présence de la momie de John Jacob Astor, en réalité légende assez souvent démentie. Malgré tout, la globalité de l’ouvrage est une somme de recherche très appréciable, et le contenu est intéressant. Sans être le livre de l’année sur le Titanic, c’est une agréable trouvaille, plus sympathique que sa sobre couverture ne le laisserait penser.

Xavier Manente, La Table du Titanic, Alma Editeur, 2012, ISBN 978-2-36279-015-7

 

Les plus

  • Un sujet très original, qui plus est en français.
  • Bien contextualisé, bien écrit, clair
  • Le glossaire, salutaire quand on sait déjà à peine différencier un couteau d’une fourchette

 

Les moins

  • Quelques erreurs qui touchent à l’histoire même du Titanic, heureusement assez rares, mais frappantes (la momie). Dans l’ensemble, ça reste un bon travail de recherche.
  • Quelques illustrations n’auraient pas manqué ; bien au contraire.

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La Tragédie du Titanic

Posté par Antoine le 2 novembre 2011

La Tragédie du Titanic, par Simon Adams est le type même du livre sorti en 1998/1999 au sujet du Titanic. Classique, il fait le tour du sujet de façon relativement exhaustive et concise (60 pages), mais ne sort pas de la masse de livres de ce type parus à l’époque, comme nous allons le voir. La sortie du Titanic de James Cameron avait en effet entraîné une vague de publication telle que l’on pouvait aisément trouver ce genre de livre : pour tout dire, j’avais acheté ce livre au supermarché du coin. L’émerveillement du petit garçon que j’étais à l’époque face à ce livre doit donc être remis dans son contexte,et s’est depuis clairement tempéré.

La Tragédie du Titanic dans Ouvrage généraliste livre_t_024

Publié dans la collection de Gallimard « Les yeux de la découverte », le livre prend un format judicieux : pour chaque double page, un thème est traité. Un court texte mis en exergue le résume, puis des images légendées servent de prétexte à expliquer brièvement certains points de l’histoire du Titanic. Enfin, le tout est complété par une citation en lien avec le sujet. Ce sont là les grands points forts du livre : l’iconographie est particulièrement recherchée : photos d’époque, affiches de films, photos d’objets remontés : les pages sont très agréables à parcourir, même si internet permet aujourd’hui de les voir bien plus facilement, notamment sur le très bon Site du Titanic.

Les textes sont en revanche plus problématiques. La forme du livre les empêche parfois d’aborder tous les points de vue. Si ce n’est généralement pas gênant (encore que l’on puisse relever quelques erreurs factuelles assez mineures), on voit aussi certaines simplifications problématiques. L’affaire du Californian ou le cas Bruce Ismay sont expédiés en quelques phrases, ce qui empêche fatalement de les aborder avec impartialité.  La page la plus gênante est certainement celle intitulée « Un mauvais sort sur le Titanic ? », qui rapporte certains faits, soit sans recul (Futility, de Morgan Robertson, serait le récit quasi exact du naufrage du Titanic rédigé 14 ans à l’avance ; le livre ne précise pas qu’en réalité un certain nombre de différences existaient), soit carrément erronés : le mythe du Titanian, pêché dans un journal légèrement mythomane, est ainsi une pure légende rapportée depuis tout ce temps.

Le bilan que l’on peut faire de ce livre est donc mitigé. Intéressant pour rentrer dans le sujet ou voir de jolies images, il ne satisfera en aucun cas le passionné et ne doit surtout pas être considéré comme une source de référence sur tous les sujets. Si certaines pages sont de très bonne qualité, d’autres n’ont que peu de valeur. Un livre sympathique, mais loin d’être nécessaire ou même utile.

Simon Adams, La tragédie du Titanic, Les Yeux de la découverte/Gallimard, 1999

 

Les plus

  • Le livre fait le tour du sujet de façon claire et concise. Le lecteur néophyte en tirera une vision globale du sujet, mais doit ensuite chercher à en savoir plus… et vérifier ce qu’il a vu.
  • De très jolies images et une mise en page agréable.

Les moins

  • La forme empêche de faire le tour de certains sujets épineux et entraîne plus ou moins volontairement les partis pris.
  • Pas mal de petites erreurs sur des points de détail.
  • Le livre se démarque peu de nombreux autres publiés à la même époque.

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The Band That Played On

Posté par Antoine le 16 juin 2011

Parmi les victimes du naufrage du Titanic, l’orchestre du navire a probablement connu la mort la plus légendaire. Mourir en accomplissant son (pourtant futile) devoir, à une époque où les anciens se plaignaient déjà de la jeunesse décadente, ça avait un bel impact. C’est l’histoire de ces huit héros que Steve Turner entreprend de raconter dans son ouvrage. Un auteur qui ne m’est pas inconnu puisqu’il a également écrit un ouvrage de référence sur mon autre sujet de prédilection, les Beatles, mais c’est une autre histoire.

 

The Band That Played On dans Coup de coeur The%2BBand%2BThat%2BPlayed%2BOn

 

À la vue de la taille du livre (plus de 200 pages), on se rend compte qu’il y a plus à dire sur l’orchestre du Titanic qu’on ne l’aurait cru. Turner a l’idée originale de commencer son récit par la fin, en se concentrant sur l’arrivée du Carpathia à New-York, les témoignages des rescapés dans la presse et la naissance de la légende de l’orchestre. Il présente ensuite dans un deuxième chapitre les employeurs de l’orchestre, et le contexte de l’époque. Puis viennent six chapitres biographiques : cinq des huit membres ont en effet droit à leur chapitre, les trois autres étant regroupé dans le sixième. Dans tous les cas, les recherches ont été vastes et précises et les biographies sont très denses et appréciables.

Viennent ensuite les chapitres plus discutables sur la traversée et le naufrage. Turner annonce dès le départ qu’il ne cherchera pas à entrer dans la grande histoire et se concentrera sur l’orchestre. Mais lorsqu’il explique, probablement plus par simplification que par erreur, que le Titanic heurte l’iceberg à 23h45, ça pique les yeux. Du reste, les chapitres ne sont pas mauvais, au contraire : Turner relève les témoignages et ne cherche pas à établir une version unique des faits. Il se contente du conditionnel, et de reconnaitre que rien n’est sûr.

Enfin, les derniers chapitres étudient les conséquences : qu’il s’agisse des hommages, de la naissance du « mythe de l’orchestre » et de la réaction des contemporains, ou de l’aspect moins reluisant du traitement offert aux proches. Tout le livre est argumenté de nombreuses photographies en noir et blanc, et le livre est pourvu d’une très bonne bibliographie qui témoigne du gros travail de recherche effectué. Un index est également présent, ce qui n’est pas inutile vu la masse d’informations.

Steve Turner, The Band That Played On, Thomas Nelson, 2011, ISBN 978-1-5955-5219-8

 

Les plus

  • Facile à lire, bien organisé, aéré et illustré
  • Des recherches biographiques très approfondies
  • Beaucoup d’anecdotes et d’informations intéressantes

 

Les moins

  • Quelques approximations sur le déroulement des faits, pas forcément involontaires

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The Olympic Class Ships : Olympic, Titanic, Britannic

Posté par Antoine le 11 juin 2011

Dans la série des livres essentiels, celui-ci occupe à mon avis une bonne place. The Olympic Class Ships, par Mark Chirnside, tente de proposer une histoire précise des trois géants de classe Olympic. Il y parvient, et plus encore.

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Des trois paquebots, le Titanic est inévitablement le plus connu.  L’histoire de ses deux jumeaux, l’Olympic et le Britannic, n’en est pas moins touffue et intéressante, comme le prouve Chirnside avec son ouvrage. Les trois chapitres centraux sont en effet consacrés à chacun des navires, en accordant en moyenne 80 pages à chacun.  Et ces pages sont bien remplies : le naufrage du Titanic et sa traversée sont racontés en détail, de même que les carrières des deux autres navires, sans parler des nombreuses descriptions. La quantité d’informations données est énorme. S’y ajoutent deux chapitres sur les épaves des deux paquebots disparus, mais pas seulement. Les quatre premiers chapitres, bien que nettement plus courts, introduisent rondement le sujet : présentation de la White Star Line, des chantiers Harland & Wolff, et même des rivaux des paquebots (Lusitania, Mauretania et Aquitania).

À cela s’ajoutent les annexes : plus de cinquante pages proposant des tableaux comparatifs de données sur les navires, une analyse des légendes et « prémonitions » sur le naufrage, une présentation rapide des transbordeurs Nomadic et Traffic, et une analyse de l’énigme du Californian. Le lecteur en a clairement pour son argent. Et le travail est sérieux, comme en témoignent l’avalanche de références en fin d’ouvrage (rigueur peu, ou pas présente dans les ouvrages français), une très dense bibliographie et un grand nombre de photographies et de dessins rares, en noir et blanc. Revers de la médaille, le livre, disponible uniquement en anglais, passe rapidement d’un point à l’autre, mais reste aisé à lire quand on a quelques rudiments de la langue.

La première édition date de 2004 et a été légèrement revue en 2006. C’est de celle-ci que je vous ai parlé. Mais ce n’est pas celle que je vous conseille. Mark Chirnside a en effet annoncé une nouvelle édition produite au printemps 2011 sur son site officiel. Celle-ci est plus dense, mieux illustrée, et contient quelques « mises à jour » dues à l’avancée des recherches de l’auteur. Un achat très chaudement recommandé.

Mark Chirnside, The Olympic Class Ships ; Olympic, Titanic, Britannic, Tempus Publishing, 2004, 2006, 2011. Mark Chirnside a répondu à une interview sur ce blog à lire ici.
 

Les plus

  • Très complet, non seulement sur l’histoire des deux jumeaux méconnus, mais aussi sur celle du Titanic.
  • Regorge d’anecdotes et pousse les recherches très loin.
  • Un travail très sérieux et une méthode d’historien.
  • Des illustrations rares et de qualité.

Les moins

 

  • Parfois difficile à suivre quand on parle mal anglais, mais rien d’insurmontable.
  • Un index très minimal par manque de place, au grand dam de l’auteur. Il est très difficile de retrouver une information dans le livre. (problème peut-être résolu sur l’édition de 2011)

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Titanic, Birth of a Legend

Posté par Antoine le 8 juin 2011

Lorsque j’ai acheté la semaine dernière le DVD d’A Night to Remember, il était fourni avec un obscur documentaire intitulé Titanic, la légende. Face à ce titre d’une originalité folle, je sentais venir le documentaire épique… Il se trouve par chance que c’était là une traduction lamentable du titre original, Titanic, Birth of a Legend, documentaire dont j’avais entendu nombre d’éloges. Les méritait-il ? C’est ce que nous allons voir. Vous pouvez regarder le documentaire (amputé des premières minutes) ici.

 

Titanic, Birth of a Legend dans Coup de coeur 156_Titanic

 

Première bonne surprise : le sujet est original. Là où la plupart des documentaires se penchent sur le naufrage, quitte à chercher un coupable, ou sur la récupération des objets de l’épave, ou encore, parfois, sur les mystères (réels ou inventés) qui entourent le drame, ce documentaire se penche sur un aspect jamais traité. Birth of a Legend nous rappelle en effet qu’avant de couler, le Titanic a d’abord été imaginé, conçu et construit. Qui sont les hommes qui l’ont pensé ? Comment a t’on travaillé à l’élévation de la coque ? Quelle était la vie des ouvriers ? Telles sont les questions auxquelles essaie de répondre le documentaire.

Sur la forme, la réussite est totale. Visuellement, le rendu est superbe pour un documentaire, et là où le Titanic de La Minute de Vérité faisait pitié, celui-ci est très ressemblant et convainquant. De même, les vues du chantier de construction sont réaliste, et le spectateur croit à ce qu’il voit. Ce n’est plus un documentaire, c’est un film. Et dans cette même veine, le documentaire nous prouve qu’il est possible de faire du docu-fiction au jeu d’acteurs crédible. Bien souvent, les répliques sont artificielles, mal jouées, et les parties fictionnelles sont là pour ne pas ennuyer le spectateur et remplacent juste le commentaire. Ici, le commentaire apporte beaucoup, et le jeu le complète, sans que les deux ne se télescopent (c’est du moins l’impression rendue par la VO).

 

titanicc dans Documentaire

 

Voyons le fond maintenant. Incontestablement, le documentaire a fait l’objet de recherches très fouillées. Il est évident, par exemple, que les créateurs du documentaire ont lu la biographie de Thomas Andrews publiée après sa mort, car des anecdotes présentes dans le documentaire y apparaissent. Plus encore, le documentaire fait ce que je n’ai jamais vu, même dans un livre : il replace la construction du navire dans le contexte politique troublé que connaît l’Irlande à l’époque. Et il y parvient parfaitement. Enfin, Birth of a Legend ne cherche pas à dépasser les limites qu’il s’est fixé : il se cantonne à la construction du navire, et le naufrage n’est traité qu’en guise de conclusion. Au sensationnel qui fait vendre, les réalisateurs ont préféré la qualité.

Restent quelques défauts. Un avertissement pose dès le début problème : « alors que la plupart des personnages de ce documentaire sont réels, certains faits ont été ajoutés pour les besoins du film ». Jamais on ne nous précise quels sont ces faits. Pour en savoir plus, on est donc obligé de vérifier dans les sources. Par ailleurs, le documentaire se permet un peu de manichéisme en opposant un temps le « gentil » Alexander Carlisle au « méchant » Lord Pirrie qui refuse de mettre plus de canots, Carlisle partant en claquant la porte : les faits sont vraisemblablement plus complexes, et le documentaire laisse penser que la seule raison au manque de canots était économique, ce qui est faux.

Titanic, Birth of a Legend, n’en reste pas moins un excellent documentaire qui peut susciter l’intérêt sur une partie peu connue de l’histoire du paquebot. Reste ensuite, cependant, au spectateur la responsabilité de vérifier et approfondir ce qu’il a vu.

 

Les plus

  • Un sujet particulièrement original et peu traité.
  • Visuellement superbe et bien réalisé
  • Le travail de recherche est bien visible

Les moins

 

  • Dommage que l’on nous dise que « des passages ont été inventés »… sans préciser lesquels.
  • Parfois un peu simplificateur.

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