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Gilded Lives, Fatal Voyage

Posté par Antoine le 20 mai 2013

Parmi les livres sortis à l’occasion du centenaire, beaucoup ne valaient pas grand chose, et nous avons été, si l’on peut dire, submergés par quelques ouvrages de basse qualité tels que Les Secrets du Titanic, de sinistre mémoire. Ce fait est d’autant plus triste que l’argent utilisé pour acheter ces horreurs n’a pas servi a acheter des livres de bien meilleure qualité, tels que Gilded Lives, Fatal Voyage, d’Hugh Brewster. Jusqu’à il y a peu, je ne pensais pas que Brewster était un auteur particulièrement impliqué dans l’histoire du Titanic ; je ne lui connaissais que le très bon Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic, qui restait très général. Ce n’est que récemment que j’ai découvert que, loin d’être un amateur, il était bien intégré dans les cercles de chercheurs titanicophiles, et qu’il avait plus d’une corde à son arc. Cet ouvrage en témoigne.

Gilded Lives, Fatal Voyage dans Coup de coeur 12478862

Gilded Lives est un de ces ouvrages qui, à l’instar des Français du Titanic, tente de raconter l’histoire du paquebot sous un angle bien précis. Aussi, si la trame est familière, le contenu se révèle bien vite instructif, en nous emmenant sur des chemins inattendus. Dans le cas de cet ouvrage, l’angle choisi est celui du faste de la première classe, d’où ces vies artificiellement « dorées ». Nous sommes donc invités à embarquer à Cherbourg aux côtés de riches passagers comme Francis Davis Millet, Margaret Brown et le couple Astor. À chaque fois, le livre, qui se dévore comme un roman, s’étend sur des vastes parenthèses sur la vie de ces individus, leurs carrières. C’est un petit monde qui s’anime sous nos yeux, où tout le monde ou presque se connaît, s’est croisé, et Brewster recrée à la perfection ce sentiment.

Dans ces jeux d’apparence, le lecteur découvre donc l’émergence de Lucy Duff Gordon comme créatrice de mode, ou la passionnante carrière d’Archibald Butt aux côtés des plus grands. Les aspects moins reluisants sont également évoqués, les médisances sur certains passagers moins populaires, les ragots rapportés par la presse… De la salle à manger aux bains turcs, on suit les aventures de ces gens pour qui le voyage du Titanic n’était qu’une traversée anodine. Tous les aspects sont évoqués, même l’épineuse question de l’homosexualité à bord, décryptée avec beaucoup de talent (et de conditionnel !) à l’aide de lettres de Millet.

Ces lettres, justement, sont au cœur de l’ouvrage, de même que les ouvrages, enquêtes, autobiographies. Le but est donner à chacun de ces protagonistes la parole, car, après tout, qui est mieux placé qu’eux pour parler de cette expérience ? En découle un ouvrage à la fois dense et passionnant, que l’on dévore sans état d’âme.

On notera cependant que j’ai parlé ici de Gilded Lives, Fatal Voyage, et non de sa traduction (Des Vies dorées) parue en France. Ceci pour une raison simple : la traduction est mal faite et bourrée d’erreurs et de contresens, à tel point que la qualité du travail de l’auteur est dépréciée. Comme bien souvent, donc, mieux vaut passer par la V.O.. Le lecteur de la version française ne perdra probablement pas le sens global du livre, mais risque d’apprendre des choses fausses sur des points précis.

Hugh Brewster, Gilded Lives, Fatal Voyage, Broadway Paperbacks, 2012, 338 p.

 

Les plus

  • Une plongée dans le monde finalement peu connu de la première classe ; passionnant.
  • Des illustrations de qualité, souvent rares, et beaucoup de références à des textes originaux.
  • Hugh Brewster a eu la très bonne idée de faire appel à de nombreux autres auteurs, tels que Don Lynch et George Behe. Loin d’être un aveu de faiblesse, cela permet d’assurer la qualité du livre, ce que tous les auteurs ne font malheureusement pas.

 

Les moins

  • La traduction française est, visiblement, assez moyenne. Qui plus est, la différence de prix est très clairement en faveur de la version originale.

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Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal

Posté par Antoine le 22 avril 2012

Il y a des livres qui font école dans leur domaine, et qui restent longtemps une référence. Des livres qui font état de l’étendue des connaissances sur un sujet à un instant T. Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal est de ceux-ci. Véritable Bible du Titanic, le livre compte pas moins de onze auteurs, le gratin des chercheurs spécialistes du sujet, sous la houlette de Samuel Halpern. Mark Chirnside, George Behe, Bruce Beveridge, Steve Hall, Tad Fitch, Bill Wormstedt, Dave Gittins, Cathy Akers-Jordan, Lester J. Mitcham et le capitaine Charles Weeks ont ainsi contribué à cet ouvrage à l’objectif simple : faire le bilan des connaissances sur le naufrage 100 ans après le drame. Et le résultat est réussi.

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Comme en témoigne le site créé pour l’occasion, le livre est exhaustif. On nous présente les enquêtes, sommairement, avec un but avoué : refaire l’enquête 100 ans après en cherchant à répondre à un certain nombre de questions. Depuis les commissions de l’époque, notre connaissance s’est étoffée avec notamment la découverte de l’épave, et cette mise à jour est nécessaire. On le comprend vite, ce livre ne vous donnera pas d’information sur les passagers. Astor, Hays, Guggenheim et autres ne sont que les figurants du drame raconté ici, le livre se centrant sur le pourquoi et le comment plus que sur le qui. Tous les aspects nécessaires à la compréhension des circonstances du drame sont évoqués : structure du navire (avec un chapitre condensé du superbe Titanic, the Ship Magnificent par ses auteurs), route suivie durant la traversée, mesures prises pour éviter les glaces, étendue des dégâts suite à la collision… On en découvre également plus sur la probable propagation de l’eau, sur le chargement des canots et ainsi de suite. De même, les polémiques du Californian et du Mount Temple sont évoquées, et les conclusions sont particulièrement mesurées.

Dans l’ensemble, la grande qualité de ce livre réside dans le nombre d’auteurs. Le but avoué de la méthode est de permettre aux uns et aux autres de corriger mutuellement leurs lacunes, de fournir un ensemble moins partial que s’il était le fruit d’un seul. La synthèse est ainsi claire, précise, et innovante. Les conclusions auxquelles parvient l’ouvrage sont assez claires et ont l’avantage de ne pas sombrer dans le réquisitoire partial que tiennent certains auteurs. Les annexes sont également une mine d’informations inépuisable avec des listes de passagers et de l’équipage, mais aussi une clarification des chronologies en détaillant les questions de changements d’heure. Enfin, une annexe est particulièrement intéressante, celle qui concerne la « question des grilles verrouillées » dont les conclusions déstabiliseront les tenants du manichéisme Cameronien. Par ailleurs, l’ouvrage fait un gros travail de référencement de l’information avec un grand nombre de notes renvoyant aux témoignages originaux.

Le tout n’est pas exempt de défauts, cependant. Assez technique, l’ouvrage est parfois difficile à aborder pour le lecteur lambda qui sautera facilement certains passages. Ce n’est clairement pas le genre d’ouvrage que l’on peut lire dans un état de fatigue avancée ! Plus encore, les schémas de Sam Halpern sont assez effrayants, manquent de clareté et tendent presque à complexifier les choses. Ce serait le point à reprendre en cas de réédition. A Centennial Reappraisal reste un ouvrage de référence pour tous les amateurs du Titanic, et une pièce nécessaire dans toute bibliothèque.

Samuel Halpern (dir.), Report Into The Loss of SS Titanic, A Centennial Reappraisal, The History Press, 2011

 

Les plus

  • Une somme d’information inégalée sur l’histoire du navire et son naufrage. Une véritable Bible d’un point de vue historique.
  • Rédigé par l’élite des chercheurs anglophones sur le sujet
  • De nombreuses explications sur multiples points et des annexes passionnantes

 

Les moins

  • Parfois complexe à lire. Ce livre n’est pas destiné au grand public.
  • Les schémas de Sam Halpern sont assez décevants.

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Titanic, l’ultime scénario

Posté par Antoine le 31 mars 2012

À l’approche du centenaire, on sent venir un flot de documentaires. Comme vous le savez, ce média est souvent le plus touché par les horreurs et hérésies en tout genre en terme de Titanicologie : quand on bosse pour la télé, coco, on se fout de la vérité, on fait vendeur. Je vous l’avais montré avec la tristement célèbre Minute de Vérité, et il semble que les journalistes (ce terme peut-il servir dans ce cas ?) de 50 Minutes Inside aient poussé très loin les limites de la nullité dans le domaine cet après-midi. Heureusement, j’ai été épargné. C’est donc avec un fort émoi que j’ai pu voir, deux soirs de suite, de très bons documentaires. Hier, Thalassa nous a proposé un très bon sujet sur l’épave, sur lequel il n’y a strictement rien à redire : efficacité, simplicité, fidélité. Vous pouvez le voir ici. Ce soir, Arte nous proposait Titanic, l’ultime scénario. Titre sensationnaliste inquiétant donc, mais qui cache un documentaire de qualité décente : c’est donc de lui que je m’en vais vous parler. Pour ceux qui l’ont raté, séance de rattrapage dimanche 1er avril à 13h et quelques.

Officiers du Queen Mary 2 commémorant le Titanic

Pour faire un documentaire sur le Titanic, il y a deux écoles. Ceux qui prennent le premier bouquin venu (et souvent ils tombent sur du mauvais) et ceux qui ont la bonne idée de demander à un spécialiste. Les réalisateurs de l’ultime scénario sont de la deuxième et ont fait appel à un des « héros » de l’histoire du Titanic, Paul-Henri Nargeolet (Français de surcroit pour ceux qui se sentent de fibre patriotique), qui a plusieurs fois plongé sur l’épave et sert ici de fil conducteur. Bonne idée puisque le « P.H. » est un des historiens fiables du domaine. De même, le documentaire fait apparaître les historiens Eaton et Haas, auteurs d’un des ouvrages de référence sur le Titanic, aujourd’hui, certes, dépassé (Titanic, destination désastre).

Plus que ces cautions historiques, le documentaire nous montre également les sources qui ont fait le Titanic, mentionnant les rapports de l’enquête notamment. Il part également à la recherche des icebergs, nous prouvant ce dont beaucoup doutent : un iceberg face à un navire a le même impact qu’un char d’assaut face à une bicyclette. Le documentaire nous fait voyager, à Terre-Neuve, à Belfast, évoque, en à peine une heure, un grand nombre de thèmes importants, jusqu’au petit frère du Titanic, le transbordeur Nomadic, aujourd’hui en cours de rénovation. Et puis il y a l’iconographie, de grande qualité. Belles photos du photographe des chantiers Harland & Wolff, Robert Welsh, et extraits du film Atlantique, Latitude 41° : ça nous change de Rose et Jack !.

Et puis le documentaire ne se limite pas à une vision monolithique du drame : il nous explique l’évolution des points de vue, des connaissances, comment on a découvert que le navire s’était brisé en deux, n’avait pas été déchiré d’une longue et unique brèche… De façon générale, le documentaire évite de sombrer dans les clichés. Mais il le fait parfois. La fin du documentaire tombe dans ce qu’il avait jusque là évité et cherche à donner une explication définitive à un naufrage que l’on expliquera jamais définitivement. Dans le premier cas, on nous ressort la bonne vieille théorie des rivets trop fragiles, portée par la scientifique Jennifer Hooper McCarty. Certes, la théorie se tient et est exacte dans les faits, ou du moins vraisemblable. Mais pourquoi persister à laisser entendre que la compagnie avait bâclé le travail, alors qu’il y a des preuves que c’est faux (et que quelqu’un l’a réfuté de façon explicite dans le même documentaire) ? Il aurait été plus utile de rappeler que même des navires modernes comme l’Explorer ont montré qu’entre la glace et un navire, le gagnant est toujours le même. Plus gênant, le documentaire expose une récente théorie sur la cassure du Titanic, qui se serait faite par le bas, comme l’hypothèse définitive et incontestée. Pas de bol, elle a été réfutée depuis par d’autres. Il aurait été plus malin de la décrire comme ce que c’est : une hypothèse parmi d’autres. De façon générale, c’est là le grand défaut de ce documentaire : une trop grande mise en scène. Je sais qu’il faut tenir en haleine le spectateur, mais les mises en scène façon 24h chrono, c’est obligé ?

 

Les plus

  • Pour une fois, un documentaire qui ne tombe pas (trop) dans les idées reçues
  • De bonnes cautions historiques, merci Paul-Henri Nargeolet !
  • Assez bon travail de recherche en général, bonne iconographie

Les moins

  • Pourquoi tout gâcher en cherchant à tout prix à jouer les enquêteurs qui trouveront la vérité seule et unique ? Au moins, ils nous ont épargné la traque des coupables…
  • Un peu trop péremptoire sur la fin

Publié dans Documentaire | 3 Commentaires »

Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

Les Secrets du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782361640873

Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

Publié dans Ouvrage généraliste, Pas une grosse perte | 3 Commentaires »

Rencontre avec Gérard Piouffre

Posté par Antoine le 27 janvier 2012

Gérard Piouffre est historien, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’histoire de la marine et de l’aviation publiés depuis une vingtaine d’années. Il est l’auteur de deux ouvrages consacrés au Titanic, Le Titanic ne répond plus et Nous étions à bord du Titanic. C’est à l’occasion de la sortie de ce dernier, il y a trois semaines, que j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail.

Biblio-Titanic : Le principe de ce livre est original et tranche pas mal avec Le Titanic ne répond plus ; quelles ont été les grandes différences dans vos démarches pour écrire chacun de ces livres ? Est-ce qu’écrire l’un a été plus dur à écrire que l’autre ?

Gérard Piouffre : Ayant déjà écrit un premier livre chez Larousse, je ne pouvais décemment, reprendre le même schéma. J’ai donc abordé celui-ci sous l’angle de la fiction historique. Fiction, car je me suis glissé dans la peau de mes personnages pour les faire parler. Fiction historique, car tous ces personnages ont existé.

En tant que passionné du Titanic, j’ai pris un énorme plaisir à écrire ces deux livres et j’espère avoir fait partager cette passion à ceux qui me lisent. Pour répondre plus précisément à la question : un livre est toujours difficile à écrire, mais reprendre le même thème est encore plus difficile. Je dirai donc que j’ai eu plus de mal pour le deuxième que pour le premier.

 

B-T. : Quelles sont vos principales sources de travail lorsque vous écrivez sur le Titanic ?

G. P. : Les ouvrages sur le Titanic, bien sûr, et en particulier l’excellent Beveridge. J’ai également utilisé les règlements de l’époque, manuel du matelot timonier de 1878, par exemple. Dans la marine de commerce, ces règlements s’appliquaient pour tous les pays.

J’ai également utilisé les scripts des enquêtes américaines et britanniques ainsi que l’excellent site Encyclopedia Titanica.

 

B-T. : En trois ans, votre point de vue a pu évoluer sur certains sujets : y’a t-il des choses que vous avez abordées différemment dans Nous étions à bord du Titanic par rapport au précédent livre ?

G. P. : Quand j’ai écrit mon premier livre, j’étais persuadé que le feu en soute n’avait eu aucune incidence sur le naufrage. J’en suis moins convaincu aujourd’hui et je pense que l’affaiblissement, puis l’effondrement de la cloison étanche n° 5, consécutive à cet incendie, a accéléré le naufrage.

 

B-T. : Le livre met en scène différents personnages : lequel a été le plus intéressant à raconter ? Lequel a été le plus difficile ? Et si on vous avait donné plus de place, qui auriez-vous aimé rajouter ?

G. P. : Pour moi, les deux opérateurs Marconi sont les héros du Titanic et je suis heureux d’avoir pu leur rendre hommage. J’ai également aimé raconter l’histoire des mécaniciens, des chauffeurs et des soutiers. Anna Sofia Turja a été le personnage le plus difficile à évoquer, car on ne connaît que très peu de choses d’elle.

Si on m’avait donné plus de place… Le rêve ! J’aurais aimé faire parler les musiciens, le steward John Edward Hart qui a sauvé un grands nombre de passagers en 3e classe. J’aurais donné la parole aux dizaines de héros inconnus. Ah si l’on m’avait permis de rédiger une encyclopédie en 45 volumes !

 

B-T. : D’un point de vue plus personnel, quand avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic, et comment ?

G. P. : En lisant le livre de Walter Lord, La nuit du Titanic. C’était en 1958. J’avais 8 ans.

 

B-T. : Si vous deviez conseiller un livre sur le Titanic, ce serait ?

G. P. : Celui de Walter Lord, bien sûr, mais aussi Titanic, la grande histoire illustrée de Don Lynch et Ken Marshall. Titanic de Ferulli Corrado est également un excellent ouvrage. Publié chez Hachette, il est aujourd’hui épuisé, mais on le trouve assez facilement sur l’internet.

 

B-T : Et pour finir, l’habituelle question troll : pour ou contre la remontée des objets qui se trouvent sur le site de l’épave ?

G. P. : Je ne fais aucune différence entre un galion espagnol du XVIe siècle et le Titanic. Pour moi, l’un et l’autre sont des sites archéologiques qui ont beaucoup à nous apprendre, sur la construction navale et la vie quotidienne à leurs époques respectives. N’oublions pas non plus la préservation des objets mis au jour. Ceux du Titanic ont été riches d’enseignements. Il me semble tout à fait possible de regrouper ces objets dans des musées. Je suis en revanche, opposé à ce qu’ils soient vendus à des particuliers.

 

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Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

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Titanic Scandal, the Trial of the Mount Temple

Posté par Antoine le 31 décembre 2011

Comme tous les sujets historiques populaires, le naufrage du Titanic n’a pas échappé à son lot de controverses et de théories plus ou moins sérieuses. Plusieurs fois, des auteurs ont tenté de nous expliquer dans leurs livres que le Titanic avait coulé parce que le quartier-maître ne connaissait pas sa gauche et sa droite, ou même qu’il n’a jamais coulé. De fait, un ouvrage au titre aussi sensationnaliste que « Titanic scandal », « Le scandale du Titanic« , pouvait pousser à douter. Le fait qu’il soit écrit par Senan Molony, auteur prolifique sur Encyclopedia Titanica et chercheur émérite était certainement la seule chose qui le séparait de la pile des livres conspirationnistes à jeter. Pourtant, force est d’avouer que Molony nous présente ici des faits pour le moins intéressants, et de façon plutôt bienvenue.

 Titanic Scandal, the Trial of the Mount Temple dans In english please ! titanic-scandal-the-trial-of-the-mount-temple

Petit rappel historique, tout d’abord. Lorsque le Titanic sombre, un certain nombre de passagers et membres d’équipage aperçoivent au loin les feux d’un navire qui demeure immobile et ne répond pas. Le suspect le plus souvent retenu est le Californian, bien que les preuves actuelles tendent à dire qu’il était trop loin. Le paquebot canadien Mount Temple était également proche du lieu du drame, mais à l’ouest d’un gigantesque champ de glace qui l’a empêché d’atteindre le navire à temps. Pour Molony, le Mount Temple est ce navire « fantôme », et de nombreuses preuves ignorées par les commissions d’enquête, peuvent le démontrer. Il entend donc, près de cent ans après, dresser le procès du Mount Temple, et plus précisément celui de son capitaine, Moore.

Procès n’est ici pas une image puisque le livre est présenté sous cette forme, avec exposé des faits, intervention des témoins (par le biais de leurs déclarations originales), réfutation des arguments de l’auteur par l’avocat du capitaine, conclusion… La forme rend ainsi le tout assez ludique. Autre avantage ? En choisissant cette forme, Molony accepte la contradiction, et relève même le défi de critiquer ses propres arguments. Un chapitre entier, en guise d’avant-conclusion, donne la parole à la défense de Moore, et la conclusion donne la part belle à ceux qui ne seraient pas d’accord avec cette théorie. D’ailleurs, Molony le dit dès le début de son ouvrage : « je ne fait qu’exposer des faits, à vous de voir s’ils vous conviennent ou pas ». Bref, c’est une façon de penser que je juge honnête, et qui, en cela, donne au livre une meilleure honnêteté historique que celui de Daniel Allen Butler, qui ne tolérait aucun argument pouvant contredire son raisonnement.

Le livre de Molony nous donne un grand nombre d’arguments de taille : incohérences dans les témoignages, désertions étranges, questionnements sur les positions des navires, sur les vides dans le livre de bord du Mount Temple qui, pourtant bien rempli les autres jours, ne dit rien entre le 14 et le 19 avril… Un travail de recherche énorme a été fait, et tous les événements sont racontés en détail, dans près de 250 pages. Le tout est accompagné de très belles illustrations et de documents. Les annexes contiennent entre autres les retranscriptions des listes d’équipage et de passagers du navire. Bref, le travail n’a pas été fait à moitié.

C’est peut-être, en fait, le problème de cet ouvrage. Le sujet est complexe, très complexe, et Molony a ici créé un véritable travail d’historien, en essayant d’en mettre le maximum. Chaque intervenant est ainsi présenté en détail : presque tout ce que l’on en sait est exposé pour donner au lecteur un maximum de clés. De fait, Molony a sacrifié l’aspect commercial et accessible de son livre au profit de son exhaustivité et de sa précision. On ne va pas s’en plaindre, c’est certain, mais le livre est à réserver à un public bien entrainé, qui connait l’histoire du Titanic, et qui maîtrise convenablement l’anglais.

Senan Molony, Titanic Scandal, the Trial of the Mount Temple, Amberley Publishing, 2009, 256 p.

 

Les plus

  • Une étude unique sur un acteur du drame qui n’en avait jamais bénéficié : le Mount Temple
  • De nombreux arguments et illustrations posant une théorie bien pensée et étayée
  • L’auteur garde une certaine ouverture d’esprit en donnant également les arguments allant à l’encontre de sa théorie et en laissant au lecteur le choix d’établir sa propre opinion sur le sujet.

 

Les moins

  • Parfois très complexe : des schémas sur les positions des navires estimées par l’auteur pour détailler son idée auraient été les bienvenus.
  • Les recherches ont été très approfondies, et tout est dit dans le livre. Ce n’est pas à proprement parler un point négatif, mais cela complexifie fortement la lecture.
  • On peut être déçu que la carrière du Mount Temple avant et après l’épisode du Titanic ne soit que très peu évoquée. Un chapitre explicatif aurait été bienvenu, puisque c’est ici, finalement, le seul protagoniste à ne pas faire l’objet d’une biographie détaillée. La traversée d’avril 1912 est en revanche remarquablement détaillée.

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Titanic, un voyage interactif

Posté par Antoine le 10 décembre 2011

En 1996, le CD-ROM était le support de l’avenir pour diffuser la connaissance, à une époque où Internet était encore peu répandu, et dans tous les cas très lent. C’était donc le média idéal pour présenter le Titanic de façon interactive, et c’est ainsi qu’est né le CD-ROM Titanic, un voyage interactif, publié par Havas Interactive.

Jacquette du CD ROM

Sous forme de vidéos, d’images et de textes, ce programme nous propose de découvrir l’histoire du Titanic en prenant plusieurs axes. Une chronologie détaillée et illustrée permet ainsi de découvrir l’histoire du navire de sa conception aux fouilles sur son épave ; tandis que les deux plus grandes parties du logiciel reviennent sur l’histoire du paquebot, et sur son épave. Dans les deux cas, le fonctionnement est le même : des scènes vidéos introduisent et concluent le sujet en montrant des photos d’époque et dessins. Entre les deux, une image figée permet au spectateur de déclencher des vidéos plus courtes sur des sujets précis. À chaque fois, le tout est commenté par la voix batracienne de Frédéric Mitterrand, ce qui peut rendre à beaucoup les choses désagréables. Heureusement, dans la plupart des cas, on peut le faire taire et le remplacer par des textes. Ouf ! Mais ce n’est pas toujours le cas.

En ce qui concerne la partie sur l’histoire du navire, les séquences s’axent autour de la semaine qui suit le naufrage, à partir du 15 avril. Le logiciel ne se concentre cependant pas sur l’enquête et les suites du naufrage comme on aurait pu s’y attendre (même si ces points sont fort bien expliqués), puisqu’il use de nombreux flashbacks pour raconter le naufrage et la traversée. Le tout est bien documenté et était, à l’époque, une source d’information non négligeable pour un novice, même si, bien entendu, il n’ajoutait rien aux classiques littéraires du genre.

La partie sur l’épave se démarque en revanche plus. Nous sommes encore à l’époque qui précède le putsch d’Arnie Geller à la RMS Titanic Inc., et George Tulloch et Paul-Henri Nargeolet sont donc les personnages les plus mis en avant. Une introduction particulièrement intéressante présente le cheminement qui, depuis 1912, a mené à la découverte de l’épave. D’autres séquences similaires à celles sur l’histoire du paquebot lui succèdent, mais les deux morceaux les plus passionnants sont ailleurs. Le logiciel nous propose en effet une « plongée » sur l’épave : à partir d’une vue globale sur laquelle on peut se déplacer (de façon assez rudimentaire toutefois), il est possible d’accéder à des vidéos et diaporamas de différents lieux de l’épave. Le tout est particulièrement intéressant. Mais une deuxième surprise vient à la « remontée », puisque l’on découvre une galerie de quelques centaines d’objets remontés, avec un commentaire. Les pièces en question sont magnifiques, et valent le coup d’oeil.

Ces deux derniers points justifient à eux seuls l’acquisition d’un CD-ROM par ailleurs assez banal, puisqu’il n’apprendra pas grand chose à un passionné de longue date. Plus gênant, ses 15 ans se ressentent, tout d’abord d’un point de vue historique : les choses ont évolué depuis… Mais aussi d’un point de vue technique : impossible de le faire fonctionner sous Windows 7.

 

Les plus

  • Le programme fait globalement le tour du sujet pour l’époque
  • Les séquences consacrées à l’épave sont particulièrement réussies
  • Le fonctionnement est intuitif et l’interface bien conçue

Les moins

  • Frédéric « Kermit the Frog » Mitterrand
  • À l’exception des parties sur l’épave, tout le contenu peut facilement trouver des équivalents gratuits sur le net, souvent plus approfondis… et actualisés
  • Ne fonctionne pas sous Windows 7

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Rencontre avec Clément d’Esparbès

Posté par Antoine le 24 octobre 2011

Clément d’Esparbès est le créateur du superbe Titanic en 3D connu sous le nom de Titanic Walkthrough Project, travail de fort longue haleine et de très bonne qualité que je suis depuis plus d’un an. Son site et son travail feront bientôt l’objet d’une critique séparée. À l’occasion d’une grande mise à jour de son site hier soir, j’ai eu l’occasion de poser à Clément un certain nombre de questions sur son travail et sa relation avec le Titanic. Je le remercie ici encore de ses réponses.

Rencontre avec Clément d'Esparbès dans Rencontre avec... 22

Biblio-Titanic : Pour commencer, quelques questions sur ton travail. Comment t’es venue l’idée d’un Titanic en 3D ? Est-ce le fait de pratiquer la 3D avant qui t’a donné cette envie, ou au contraire l’envie de recréer le paquebot qui t’a poussé à apprendre la technique ?

Clément d’Esparbès : J’ai toujours rêvé de pouvoir parcourir les ponts du Titanic, de pouvoir aller ou bon me semble sur le paquebot, mais c’est hélas impossible à faire dans la réalité. La 3D permet de pouvoir réaliser en partie ce rêve, même si, qu’on le veuille ou non, on sera toujours très loin du ressenti que pouvait procurer le vrai paquebot.

L’idée d’une reproduction en 3D m’est d’abord venue en voyant des plans du paquebot. Je me suis demandé ; pourquoi ne pas donner une troisième dimension à ces plans ? De là est venu un premier modèle assez grossier du Grand escalier de première classe qui s’est étoffé au fil du temps. Tout s’est ensuite construit autour petit à petit.

J’avais déjà quelques bases en 3D à cette époque puisque j’avais fabriqué quelques objets pour un programme de type MMORPG en « beta-test ». Programme qui ne s’est jamais concrétisé finalement. Ensuite, le Titanic m’a permis de progresser petit à petit, même s’il me reste encore beaucoup à apprendre aujourd’hui.

 

B-T :  L’étendue de ce que tu as déjà accompli est assez énorme. Quand as tu commencé ton travail, et globalement, combien de temps te faut il pour créer une pièce ? Dans le cas des cabines, réutilises tu les mêmes ou changes-tu des choses mêmes lorsqu’elles sont « standard » ?

C. d’E. : Mon premier modèle pour le Titanic remonte à Novembre 2008, c’était la première volée du grand escalier au pont A.

Au niveau du temps, des pièces comme le fumoir de première classe ou le salon prennent une quarantaine d’heures de travail en accumulé, avec les diverses modifications qui s’en suivent au fur et à mesures de nouvelles découvertes ou des apports d’informations.

Certaines cabines se ressemblent beaucoup, même si elles ne sont pas toujours homogènes au niveau des dimensions, cela étant essentiellement dû à la forme du navire. Il y a par conséquent plusieurs dimensions de lit et de garde-robes, mais le style se répétant, le travail en est grandement accéléré sur un bloc de cabines donné. Concernant les suites de styles différents, c’est une toute autre histoire !

 

B-T :  Si tu devais citer une pièce emblématique du paquebot dont la modélisation t’a marquée (que ce soit pour sa difficulté ou pour toute autre raison), ce serait… ?

C. d’E. :  La salle froide des bains Turcs (appelée cooling room en Anglais), très axée sur le « texture working« , m’a particulièrement marqué. C’est a mon sens, la pièce qui a vraiment tout changé dans ma façon de reproduire le Titanic. J’y ai fait beaucoup de progrès dans la manipulation et la conception des textures en particulier, et appris de nouvelles techniques lors de sa réalisation. Ce fut très intéressant.

 

B-T :  Quelles sont tes principales sources d’information pour ce travail ? Des gens t’aident-ils ?

C. d’E :  Je me documente surtout à partir de livres récents (en particulier Titanic – The Ship Magnificent de Bruce Beveridge et son équipe), et également pas mal sur les forums comme TRMA (Titanic Research and Modeling Association [NdR]), Encyclopedia Titanica… etc. J’évite en revanche de me référer aux décors du film de James Cameron qui sont certes très beaux mais pas tant fidèles que ça à la réalité (la recherche à beaucoup évolué depuis 1997, donc ça ressort de plus en plus).

J’ai également reçu toutes sortes d’aides jusqu’ici… D’abord au niveau de la conception directement, Nicolas Murgia ayant par exemple réalisé la carte illuminée du Gymnase, la texture bleue des fauteuils du grand escalier et la tapisserie d’Aubusson de la suite C55. Un grand merci à lui pour son travail.
Au niveau du conseil technique, je suis rentré en relation avec Parks Stephenson lors de la réalisation des bains turcs. Depuis peu, Daniel Klistorner m’aide également concernant les suites.

Je reçois également beaucoup de conseils et de suggestions de la part des visiteurs, chacun ayant des connaissances qui leurs sont propres. Je dois donc rassembler toutes ces informations et en faire une synthèse en vue d’améliorations futures. Je souhaitais d’ailleurs dire un grand merci à toutes ces personnes pour les différents feedback, sachez que je suis toujours preneur de conseil ou de critiques, c’est toujours le meilleur moyen de progresser. Quand je passe plusieurs heures sur un modèle en 3D ou une texture, je peut aisément passer à côté de grosses erreurs que je n’aurait même pas remarqué.

 

B-T :  Y’a t-il des moments où tu dois « combler les blancs » avec ton imagination ? Des pièces peu connues, des tableaux… Et comment procèdes-tu dans ce cas là ?

C. d’E. : Hélas, oui, il y aura toujours une part d’incertitude, même si de plus en plus d’informations sont révélées au grand jour depuis quelques années.

Dans le cas où j’ai une incertitude, j’essaie de me mettre à la place du concepteur du navire : qu’est-ce que j’aurais mis à sa place, sachant qu’il faut respecter un style donné, ou telle ou telle contrainte ?

Il y a des choses qu’on ne saura jamais, hélas. Par exemple les tableaux qui ornaient le grand escalier étaient des pièces uniques qu’il n’y avait pas même sur le jumeau du Titanic, l’Olympic. Ces pièces ont été détruites à jamais dans l’océan, et on ne saura certainement jamais ce qu’elles représentaient.

 

B-T :  Quelle pièce as tu hâte de faire ? Et au contraire laquelle t’effraie (par défi technique, ou juste parce qu’elle ne t’intéresse vraiment pas) ?

C. d’E. :  J’ai hâte d’attaquer les salles publiques de seconde et troisième classe parce qu’elles n’ont été que très peu reproduites en 3D jusqu’ici. Naturellement, beaucoup de réalisations que l’on peut voir sur le web représentent des pièces de première classe, mais je suis persuadé que ces autres salles peuvent amener à un défi d’autant plus intéressant à relever qu’elles sont à mon gout trop souvent oubliées.

Plutôt assez effrayé par l’extérieur, non pas parce que cette partie ne m’intéresse pas, mais parce que je sais pertinemment que je vais vouloir m’entêter à vouloir placer le moindre rivet et que ça va me prendre un temps fou ^^ !

 

B-T :  Quelle est la prochaine pièce sur la liste ? Tiphaine, une habituée du blog, demande par ailleurs quand viendront les quartiers des officiers !

C. d’E. :  Actuellement on travaille sur la suite qu’occupaient Ida et Isidor Straus : C55, viendront ensuite les corridors du pont B, les célèbres suites de Joseph Bruce Ismay et Charlotte Drake Cardeza, avec leur promenade privée.
Ensuite, je ne sait pas encore, pourquoi pas le quartier des officiers, pour faire plaisir à Tiphaine ? ^^ Il y aura bien évidemment possibilité de se mettre à la place du quartier-maitre à la barre du navire, j’en fais la promesse ! ^^

 

B-T :  D’un point de vue plus centré sur le Titanic maintenant : comment as tu découvert ce paquebot ?

C. d’E. :  Quand j’étais petit, j’avais un CD-ROM interactif qui racontait l’histoire du Titanic, de la naissance de l’idée entre Ismay et Pirrie à la découverte de l’épave. J’adorais ce truc, j’y passait des heures dessus à revoir en boucle toute les séquences.
J’étais déjà passionné. Ensuite est venu l’incontournable film, évidemment, qui a ravivé la flamme, et un jeu magnifique aussi : Titanic : une aventure hors du temps, auquel je porte une mention spéciale. Pour un jeu de 1996, quelle prouesse technique ! Et une super intrigue en plus, comme quoi on peut très bien marier les plaisirs de visiter le Titanic et la résolution d’énigmes ! (Une critique de ce jeu a été faite sur ce blog [NdR])

 

B-T : T’intéresses tu aussi à son histoire, ou te centres tu totalement sur sa structure et son apparence elle même ?

C. d’E. :  Ce paquebot avait une prestance inégalable à n’en point douter, il était vraiment majestueux. Les paquebots de l’époque en général avaient, à mon sens, beaucoup plus de charisme que les paquebots actuels, aussi gros qu’ils soient.

Mais je pense que si le Titanic est si célèbre, c’est surtout grâce, ou plutôt à cause de son histoire! Je ne suis pas un grand connaisseur au point de connaitre par cœur le nom de tous les passagers, loin de là, mais je m’intéresse beaucoup à la vie qu’il pouvait bien y avoir à bord, la façon dont les gens pouvaient bien vivre durant leur voyage, leurs occupations.

Concernant le naufrage, j’ai lu les rapports des enquêtes U.S et Britanniques, c’est très intéressant de voir comment cet évènement tragique à bien pu être vécu selon que la personne était un soutier, un officier, ou un passager…

 

B-T :  Y’a-t-il un livre qui t’a particulièrement marqué ?

C. d’E. :  Le livre The loss of S.S Titanic m’a beaucoup marqué. Lawrence Beesley, l’auteur, était passager de seconde classe, il y qui raconte son expérience à bord du Titanic. C’est un livre qui est pas mal basé sur le ressenti, et est de ce fait extrêmement prenant et plein d’authenticité.

A ce propos, je n’ai toujours pas lu le livre de Gérard Piouffre, Le Titanic ne répond plus. Il va falloir que je corrige cette bévue au plus vite… En plus on ne m’en a dit que du bien =)

 

B-T :  Et pour finir l’habituelle question troll : Murdoch s’est-il suicidé ? (Attention, la rédaction décline toute responsabilité vis à vis des réactions possibles de son fan club)

C. d’E. :  Personnellement, je ne pense pas, mais je vais éviter d’entrer dans les tentatives de justification, parce que j’en ai pas justement !

Alors là, pour le coup, je sais pas si je me suis fait plus d’amis que d’ennemis ^^
On le verra bien vite en même temps ^^

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Le Drame du Titanic

Posté par Antoine le 1 juin 2011

Le Drame du Titanic, par Philippe Masson, occupe une place à part à mes yeux, non pas pour sa qualité, mais parce qu’il s’agit là du tout premier livre que j’ai eu sur le Titanic. J’avais alors huit ans… et j’ai du mal à comprendre comment j’avais pu, à l’époque, le comprendre.

 

Le Drame du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782266085199FS

 

Difficile d’avoir un avis tranché sur ce livre, car il y a du bon… et du moins bon. Pour le bon, tout d’abord, Philippe Masson est historien de marine, et a la méthodologie qui va avec. Il fait donc ce que font peu les autres ouvrages sur le Titanic, à savoir contextualiser un peu son sujet. Si son premier chapitre (sur 6), raconte la traversée à partir de l’embarquement, de façon assez sommaire, il s’attarde également plus longuement sur les moyens de traverser l’Atlantique à l’époque, la concurrence entre les compagnies, la course à la taille. On sent également que Masson a fait des recherches : sa lecture de l’ouvrage autobiographique de Lawrence Beesley, par exemple, ne fait aucun doute. La vie du Titanic est traitée assez rapidement, sur les deux premiers chapitres. Les quatre suivants sont consacrés aux enquêtes, aux mesures qui ont suivi, à la découverte de l’épave, et à l’apparition du Titanic dans la culture populaire. De ce point de vue, le regard d’un historien non spécialisé est intéressant, car il évoque des aspects plus généraux et mieux contextualisé que d’autres ouvrages.

Cependant, cela va également de pair avec un défaut récurant : les erreurs. Celles-ci sont généralement sur des points de détail, et le lecteur lambda ressortira de sa lecture sans s’en être rendu compte. Il aura en ce sens retenu le principal : l’horreur du naufrage, le choc exercé sur les mentalités, et les mesures qui en ont découlé. Pour le chercheur qui veut des renseignements précis sur le Titanic en lui même, le problème est plus grand. Masson se trompe ainsi de façon récurrente sur l’emplacement de la salle à manger, se trompe sur le sort de Jack Phillips, parle d’une salle de bal à bord (ce qui relève de l’hérésie au sein de la communauté Titanicophile). Rien de choquant pour un néophyte, mais plus gênant lorsqu’on cherche des informations sur un fait en particulier. Par ailleurs, le livre est sorti en 1998, et me semble assez daté : certaines théories ont depuis été revues, et certains points de vue exposés ne sont plus forcément d’actualité. Enfin, il est dommage que le livre donne une impression de difficulté : le sujet à beau être passionnant, on est souvent tenté de décrocher.

Un livre de qualité, donc… Mais daté. Je conseillerais aujourd’hui plutôt Le Titanic ne répond plus, qui me semble plus accessible et contient moins d’erreurs. Revers de la médaille, le contexte et les parallèles avec d’autres cas sont moins fréquents.

Philippe Masson, Le Drame du Titanic, Tallendier, 1998, ISBN 9782235021760

Les plus

  • Le livre est complet et fait clairement le tour du sujet
  • L’information est contextualisée et le travail est celui d’un historien chevronné
  • L’impressionnante bibliographie montre que le travail de recherche a été fait

Les moins

  • Un style assez lourd par moment, le livre est en ce sens peu accessible au néophyte.
  • Un certain nombre d’erreurs et d’approximations, qui relèvent cependant du détail.
  • Le livre est assez daté : de meilleurs ouvrages francophones ont vu le jour depuis.

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