• Accueil
  • > Recherche : table du titanic

Résultats de votre recherche

Titanic 101, The Great Infographic History

Posté par Antoine le 22 août 2014

Parmi les livres publiés à l’occasion du centenaire, Titanic 101, The Great Infographic Story, sorti en 2013, me semblait prometteur. Écrit par Steve Hall, qui a notamment collaboré au précieux Titanic, the Ship Magnificent, il s’annonçait fiable. Aborder le Titanic sous l’angle des chiffres, avec des représentations graphiques destinées à les rendre plus vivants et clairs était par ailleurs une tâche intéressante et qui pouvait offrir un éclairage nouveau sur certains points de l’histoire du paquebot. Mais qu’en est-il réellement ?

Titanic 101, The Great Infographic History dans Ouvrage généraliste 9780752497747_1

La lecture de l’introduction suffit en effet à émettre quelques doutes sur les qualités de l’ouvrage. Dès les premières lignes, en effet, Hall clame que jamais le Titanic ne fut déclaré insubmersible. Cette idée partagée par nombre de passionnés a pourtant été méthodiquement démontée par George Behe, preuves à l’appui. L’erreur, venant d’un auteur moins prestigieux, aurait pu être tolérée. De la part d’une pointure comme Steve Hall, elle ne peut l’être, d’autant qu’il cite Behe dans les remerciements. Dès le départ, donc, un mauvais point. De façon générale, le livre ne fait pas d’erreurs grossières qui sauteront aux yeux des passionnés. Mais il lui arrive de se permettre des approximations qui ne font pas honneur au prestige de leur auteur. Ainsi déclare t-il que l’hélice centrale disposait de quatre pales, alors que de plus en plus d’éléments tendent à penser que contrairement à son jumeau, le Titanic avait une hélice centrale à trois pales. Ici encore, l’erreur pourrait être acceptable si elle n’était pas commise par l’une des personnes reconnues comme spécialistes de la structure du navire. Dans un ouvrage qui s’attache aux chiffres, donc à une certaine précision, ce manque de rigueur fait tache.

L’ouvrage lui-même doit son titre de Titanic 101 au fait qu’il est composé de 101 diagrammes. Passons rapidement sur le concept même de diagramme qui est parfois ici usurpé. Certains sont particulièrement pertinents et intéressants, comme le n°3 qui permet de voir clairement quelle proportion des ouvriers de Harland & Wolff travaillait sur le Titanic, et combien parmi eux travaillaient de nuit. Une série de graphiques montrant les rescapés et victimes répartis par sexe et classe est également très intéressante, bien que l’information soit plus couramment présentée. Le souci, c’est que les graphiques vraiment pertinents pour le passionné sont très peu nombreux. D’autres illustrent de façon inutile certains chiffres. Quel est l’intérêt de présenter, sur une page, dix-huit roses des vents identiques et soigneusement alignées pour indiquer que dix-huit compas se trouvaient à bord ? Ou de présenter de la même manière seize portes closes pour illustrer le nombre de compartiments étanches ? Le lecteur serait donc incapable de compter jusqu’à 20 sans perdre toute idée de ce que représente le chiffre ? Cependant, la catégorie la plus nombreuse de « diagrammes » est en réalité le principe de l’illustration schématisée d’une courte information. Un Titanic schématisé entouré de petits cœurs accompagne ainsi l’information sur le nombre de jeunes mariés à bord. Une simple bouée (même pas fidèle à la réalité) accompagne l’information sur le nombre de bouées. Un Titanic percé d’une grande brèche accompagne une simple phrase précisant que la coque ne contient aucun gros trou. Et ainsi de suite.

Les infographies promises sont ainsi des dessins toujours très simplifiés, colorés pour la plupart en rouge et noir avec, parfois, quelques nuances de gris. Rien de bien esthétique. Ainsi, outre leur inutilité totale pour éclaircir le propos, les images sont également laides, ce qui fait perdre au livre son intérêt. « Un ajout parfait à toute bibliothèque », dit modestement le résumé en quatrième de couverture après avoir vanté la qualité des infographies « pointues ». Il sera permis d’en douter, car au final, le livre ne sera pas satisfaisant pour le nouveau venu qui ne verra ici que des données brutes ou presque, tandis que le passionné n’apprendra pas grand chose de plus. Véritablement, Steve Hall nous avait habitués à bien mieux.

Steve Hall (infographies de Katie Beard), Titanic 101, The Great Infographic History, The History Press, 2013

 

Les plus

  • Quelques infographies valent la peine en illustrant de façon pertinente des informations peu connues…

 

Les moins

  • … mais elles sont noyées dans la masse des infographies inutiles, quand elles ne prennent pas le lecteur pour un imbécile heureux.
  • Des dessins schématiques sans véritable intérêt esthétique.
  • De Steve Hall, et au vu des pointures mentionnées dans les remerciements, on aurait pu attendre plus.

 

Publié dans Ouvrage généraliste, Pas une grosse perte | Pas de Commentaires »

Paul Lee’s Titanic Pages

Posté par Antoine le 24 juin 2014

Pour l’amateur du Titanic, le web regorge de sites plus ou moins approfondis. Ceux qui renferment souvent le plus de potentiel sont les sites personnels de chercheurs qui y publient maints articles. J’ai déjà eu l’occasion de présenter ici le site de George Behe. Voici désormais celui d’une autre sommité, Paul Lee, qui propose un grand nombre de travaux sur plusieurs sujets, mais aussi les retranscriptions de documents originaux particulièrement intéressants. Une mine d’or qui ne pourra que plaire aux plus passionnés.

Lee

 

Dans la sphère du Titanic, Paul Lee est principalement connu pour ses travaux sur le Californian, notamment son livre très apprécié Titanic and the Indifferent Stranger qui tente de faire le point sur le cas du Californian en n’étudiant pas seulement les faits d’époque, mais aussi tous les débats qui se sont déroulés sur le sujet durant le siècle suivant. On retrouve sur le site plusieurs articles sur le sujet : deux pour faire le point (ici et ), mais aussi quelques articles sur Stanley Lord et l’un de ses officiers, Herbert Stone. Cette controverse du Californian est aussi, plus malheureusement, prétexte à deux articles démontant les idées de certains contradicteurs, en l’occurence Senan Molony (ici) et Daniel Allen Butler, auteur du contesté The Other Side of the Night (ici). Les critiques de Lee sont, sur le fond, toujours étayées solidement et intelligentes. C’est pourquoi il est d’autant plus dommage de le voir par moment s’abaisser à quelques piques personnelles. Cela n’altère en rien la qualité du site, mais je dois reconnaître que cela avait suffi à me rebuter et m’éloigner un temps de ces contenus de qualité.

Outre le Californian et au grand bonheur de ceux que cette polémique rebuterait, on trouve sur le site de Paul Lee bien d’autres choses. On pourra ainsi y trouver une synthèse des témoignages au sujet du départ d’Ismay dans un canot, la mort de Frederick Fleet, ou encore le nom original du Britannic. Lee n’hésite pas non plus à soulever certains lièvres concernant l’épave, remettant parfois en doute la version officielle, que cela concerne l’identité de ceux qui l’ont découverte, ou surtout la vitesse de détérioration du site. Parfois, de gros pavés sont lancés dans la mare, mais toujours avec de très bonnes explications. Enfin, là où Lee peut-être vraiment bon, c’est lorsqu’il propose des synthèses de témoignages pour donner une vue d’ensemble de la façon dont la collision a été perçue à bord, ou encore l’idée que l’on peut se faire de la progression de l’eau dans le Titanic durant le naufrage. La liste n’est bien entendu pas exhaustive, d’autant que le contenu est régulièrement renouvelé et mis à jour (la dernière mis à jour remonte à deux jours au moment où j’écris ces lignes).

Bien entendu, tout le monde ne sera pas familier avec ces sujets. Qu’à cela ne tienne, Lee propose d’autres sujets intéressants et plus accessibles, notamment des bêtisiers recensant les erreurs historiques des différents films, mais aussi une carte interactive des mémoriaux, épaves et attractions liés au Titanic. Enfin, Lee nous propose quelques archives personnelles, mais aussi une retranscription de la correspondance qu’avait entretenue Walter Lord avec de nombreux acteurs du drame. Tout cela est particulièrement appréciable. Le seul véritable reproche que l’on pourra faire au site de Paul Lee est son design, clairement daté et peu ergonomique, mais qui a au moins l’avantage de mettre en avant l’essentiel.

En dépit de ces quelques défauts, le site de Paul Lee est clairement un incontournable. Quiconque voudra vraiment aborder ces articles aura peut-être intérêt à les lire sur papier, tant ils sont denses !

 

Les plus

  • Beaucoup d’articles sur divers sujets.
  • Le fond est très solidement étayé et ouvre beaucoup de perspectives de réflexion : on apprend énormément de choses.
  • Les archives disponibles sont un plus non négligeable.
  • Les explications les plus techniques sont souvent accompagnées de schémas pour aider la compréhension.

 

Les moins

  • Malgré tout, ce site s’adresse avant tout au passionné déjà chevronné. Un nouveau risque de se perdre totalement ici.
  • La personnalisation de certains débats peut mettre mal à l’aise.
  • Le design du site n’est clairement pas attrayant.

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Sites | Pas de Commentaires »

Dernier dîner sur le Titanic

Posté par Antoine le 20 juillet 2012

Ceux qui me connaissent savent que la gastronomie n’est pas mon fort : ils pourront donc légitimement se demander pourquoi, après avoir parlé de La Table du Titanic, je récidive avec un ouvrage plus ancien mais consacré au même sujet : Dernier dîner sur le Titanic, par Rick Archbold et Dana McCauley. Je l’avoue, si le sujet ne m’aurait pas poussé à l’achat au premier abord, je me suis rué sur l’ouvrage en le trouvant dans le catalogue de ma bibliothèque : après tout, tout ce qu’on y trouve sur le Titanic est bon à prendre ! (enfin, presque…)

Dernier dîner sur le Titanic dans Coup de coeur Last-Dinner-on-the-Titanic-Archbold-Rick-9780786863037

Rick Archbold est un auteur relativement connu de la sphère Titanicophile. Il a notamment écrit l’ouvrage présentant l’œuvre du peintre Ken Marschall (fort bel ouvrage que je m’empresserai de présenter ici à l’occasion) et a participé à la rédaction d’un ouvrage de Robert Ballard. Dana McCauley l’est moins, et il y a fort à parier qu’elle soit derrière la partie plus « culinaire » du livre, sur laquelle nous reviendrons également. Enfin, force est d’avouer qu’à la vue des remerciements mentionnant Don Lynch et le reste de la Titanic Historical Society, on comprend que toutes les fées se sont penchées sur ce berceau. Cerise sur cet appétissant gâteau : Walter Lord, le « père » spirituel de tous les historiens du Titanic, signe ici la préface en nous offrant une des anecdotes dont il a le secret. Les ingrédients sont de premier choix, les cuisiniers sont prêts : voyons si la recette tient ses promesses.

Comparé à son homologue français sorti cet année, le Dernier dîner a, il faut bien le dire, une longueur d’avance lorsque l’on regarde sa couverture. Exit le motif sobre sur un livre petit format ; place à l’exubérance, aux images colorée et grand format…  De façon générale, voila ce qui différencie le Dernier dîner de La Table du Titanic : une forme plus travaillée. J’avais, dans ma critique de ce dernier, remarqué que l’absence d’images était problématique. Quand on lit des recettes, même si l’on n’est pas gourmet, on aime bien savoir à quoi ressemble le mets ! D’autant plus que, n’est pas un grand cuisinier qui veut, c’est peut-être la seule occasion de voir la recette terminée de la bonne façon !

Le livre entre plus directement dans le vif du sujet que son homologue français : l’exposé du contexte dressé par Xavier Manente dans son ouvrage n’aurait pas dépareillé ici pour se faire une idée de ce qui a mené à un tel niveau de raffinement flottant. Pour le reste, en revanche, le livre d’Archbold et McCauley a largement l’avantage pour une simple raison : les auteurs ont fait parler leurs relations dans le « milieu », ce qui est toujours garantie de succès. Le livre est coloré, illustré, avec des encadrés, des citations : bref, il est agréable à vivre. Quand au contenu, il n’a qu’un seul objectif, vous ramener en 1912. Les auteurs vous présentent ainsi le repas tel qu’on le vivait dans les trois classes en ce soir de 14 avril, à partir des menus et témoignages, avec aussi quelques suppositions, certes, mais en restant rigoureux. On peut cependant regretter que les sources précises ne soient pas mentionnées.

L’autre objectif du livre est de vous faire remonter vous même le temps pour revivre ce dernier repas. Attention : pas question ici de mettre les pieds sous la table en T-shirt baskets. Quitte à faire les choses, on les fait bien. Le livre vous apprendra à préparer les mets, certes, mais aussi à préparer un parfait repas de l’ère edwardienne, avec la mise en scène qui va avec : musique, disposition de la table, étiquette (eh oui, messieurs, apprenez que votre principal rôle à table est de faire la conversation à la dame à votre droite !), service, et bien sûr, habits de soirée ! Les recettes sont expliquées clairement, parfois illustrées, et le livre vous propose même un planning sur plusieurs jours si vous désirez préparer le dîner complet (oui : pour manger comme sur le Titanic, il faut commencer la tambouille trois jours à l’avance !).  Bien entendu, un tel repas n’est pas léger, comme le précise l’auteur : « organisez-le la veille d’un jour où vous pourrez faire la grasse-matinée » ! Nous ne nous étendrons pas sur le prix d’un tel repas…

Le livre lui même, traduit en français en 1999, n’est pas aisé à trouver (la version originale de 1997, peut-être commandée pour un pris légèrement inférieur). Par ailleurs, la traduction pêche par moments. Certes, on est loin des hérésies des Secrets du Titanic, mais le « Rôt de la vieille Angleterre » remplaçant The Roast Beef of Old England, est la salle de réception devenue une simple « antichambre », ça piquera les yeux des passionnés acharnés comme votre serviteur. Malgré cela, vous pouvez vous procurer ce livre sans hésiter (si vous le trouvez) : il se déguste comme… un bon dîner.

Rick Archbold et Diana McCauley, Dernier dîner sur le Titanic, 1999, Madison Press/Jean-Claude Lattès

 

Les plus

  • Une iconographie somptueuse
  • Ce livre nous propose un véritable retour dans le temps : loin de se limiter à l’art culinaire, il fait remonter un art de vivre disparu.
  • Une description fouillée et précise des repas à bord, dans les trois classes

 

Les moins

  • Quelques erreurs de traduction
  • Assez difficile à trouver désormais

 

Publié dans Coup de coeur, Livre spécialisé | 3 Commentaires »

Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur

Posté par Antoine le 26 juin 2012

Ce titre à rallonge, je l’avais déjà entrevu dans une bibliographie il y a plusieurs années et il m’avait intrigué. À n’en point douter, il devait s’agir d’un récit romancé : peu probable qu’un rescapé ait pris note de la dernière conversation de J.J. Astor, quel qu’ait pu être son prestige. En réalité, il s’agit d’une nouvelle d’une dizaine de pages écrite par l’Allemand Gert Hofmann. Et pour tout dire, je suis bien content de l’avoir emprunté à la bibliothèque la plus proche et non acheté, tant ce fut pour moi une déception !

Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur dans Pas une grosse perte 1504240_4624055

Il n’y a pas à dire, le récit commençait bien. Je ne sais pas si c’est le fait de dire que J.J. Astor était propriétaire du Titanic, ou encore celui de le faire courir partout dans le navire pour dire que tout va bien qui m’a le plus atterré à la lecture du premier paragraphe. Dans tous les cas, le choc fut suffisant pour que la trame du récit elle-même ne me choque pas. Le Titanic coule, et donc Astor, fort logiquement, se rend au salon de coiffure du bord (tenu par son coiffeur personnel, bien entendu) pour… se faire raser, les pieds dans l’eau. Seule bonne surprise du récit, le coiffeur porte le nom authentique d’un des coiffeurs du bord, Weikman, mais comme, au final, rien ne correspond à la réalité, il eut tout aussi bien pu s’appeler Dupont. Ou alors le véritable August Weikman servait J.J. Astor depuis 21 ans, mais sans avoir quitté le Royaume-Uni (eh oui, puisqu’il dit dans le récit qu’il n’a jamais pris la mer). Comment pouvait-il donc raser un client américain depuis la Grande Bretagne, nous ne le saurons jamais ; mais le fait que l’auteur se trompe également lourdement en donnant à Astor un titre de noblesse britannique est peut-être un indice satisfaisant.

On l’aura donc compris, le récit lui même n’a a peu près rien à voir avec la véritable histoire du Titanic. En cela, il fera bien rire le passionné. D’autant plus qu’on sent que Hofmann a fait des recherches : il est fort probable qu’il ait en effet eu sous les yeux une liste de passagers dont il aura pris les noms au hasard. Pas beaucoup plus non plus, car, ne rigolez pas, l’auteur conclut son récit sur « M. Gatti, le chef de cuisine du Maxim (sic) qui le vit, alors qu’il se trouvait lui-même à bord d’un canot ». La prochaine fois que vous mettez en scène un rescapé du Titanic, M. Hofmann : assurez vous qu’il a survécu au naufrage ; autrement, ça fait tache. Mais, du fond de sa tombe de la section « Titanic » d’un cimetière de Halifax, Luigi Gatti appréciera l’attention.

D’un point de vue historique, donc, la nouvelle est à peu près aussi fiable qu’un article de Voici. Mais qu’en est-il du point de vue littéraire ? Mes quelques années d’apprentissages de l’Allemand ne m’ont laissé que de maigres souvenirs, mais il me semble bien que nos voisins d’Outre-Rhin utilisent aussi des guillemets pour signaler qu’un personnage parle. Pas le récit. Erreur de l’auteur, facétie du traducteur ? Toujours est-il que quand un dialogue se retrouve rédigé sans tirets et sans guillemets, et que les phrases des deux protagonistes se mélangent aux descriptions, cela engendre un beau magma incompréhensible. Allez savoir quand l’auteur vous fait une remarque de son propre cru, fait parler Weikman ou Astor… Du point de vue typographique, le récit égale à peu près une – mauvaise – rédaction d’élève de CP. Et je vous passe les fautes de Français. C’est bien la première fois qu’un traducteur considère qu’une moitié, c’est masculin.

Si malgré cela vous arrivez à lire, le style est lourd, lourd… L’auteur se perd dans des considérations psychologiquo-sociales avec des insinuations aux ficelles encore plus grosses que le film de Cameron. Par excès de vanité, le propriétaire du Titanic (Astor, donc…) a voulu cacher les hublots par des plantes pour oublier qu’on est en mer, et, bien entendu, même quand le salon de coiffure a les pieds dans l’eau, il reste persuadé que le navire est insubmersible (il me semble que même le film tourné par les Nazis sur le sujet était moins caricatural). On a également le côté conte social : aux portes de la mort (oui, dans les faits, Weikman a survécu, mais pas dans le récit. On a du confondre son corps avec celui de Gatti, voilà), les deux hommes se rendent compte qu’ils sont nés le même mois (bon, en fait ils avaient facilement quatre ans d’écart, mais on n’est plus à ça près), Astor, ce vil patron, s’intéresse enfin aux conditions de travail de son employé, et à la fin, ils se serrent même la main.

On pourra penser que j’ai la critique facile, mais je vous assure que, pour ma part, je n’ai pas caricaturé à un seul moment de ce compte rendu. Décidément, ce livre n’a pas grand intérêt. Pas sûr qu’il soit même à la bonne taille pour caler un meuble. Et si vous me croyez pas, vous pouvez même lire les premiers paragraphes ici.

Gert Hofmann, Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur, Actes Sud, 1993.

Les plus

  • L’auteur a au moins eu le mérite de donner au coiffeur d’Astor le nom d’un des coiffeurs du Titanic. C’est léger, mais c’est le seul point positif que j’aie trouvé à ce récit…

 

Les moins

  • Tout simplement illisible. Style lourd, fautes d’orthographe… L’absence de signes typographiques dans les dialogues achève le tout : on est plus proches de l’épigraphie latine que de la nouvelle… Peut-être les dix pages les plus longues de ma vie…
  • D’un point de vue purement historique, le récit n’a aucune qualité et multiplie les erreurs. La première phrase parle d’elle-même : J.J. Astor propriétaire du Titanic ? Vraiment ?
  • Le fond du dialogue est téléphoné et classique. L’éternel thème du Titanic issu de l’orgueil humain surpassant la nature ; il a parfois été traité avec élégance… Ici, la subtilité n’est pas au rendez-vous. Quant au message sur les classes sociales… ce ne sont plus de grosses ficelles qui sont utilisées ici, mais des cordages !

 

Publié dans Pas une grosse perte, Roman | 1 Commentaire »

Au coeur du Titanic

Posté par Antoine le 13 juin 2012

Ken Marschall est un des grands artistes du Titanic. Peintre depuis de longues années, il s’est spécialisé dans les paquebots, et principalement dans le Titanic, son amour premier. Cela lui a ainsi permis d’être consultant auprès de James Cameron pour la réalisation de son film, et de devenir, progressivement l’un des historiens réputés du navire. Au cœur du Titanic est un des ouvrages qu’il signe, bien que le texte soit en réalité d’Hugh Brewster (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic). Détaillons un peu plus cet ouvrage.

 

Au coeur du Titanic

Marschall s’attribuerait-il des mérites injustifiés en faisant figurer son nom seul en couverture ? Pas vraiment, puisque le livre est assurément un livre de Ken Marschall. Comprenez par là que ses magnifiques peintures occupent la plus grande partie de l’ouvrage (ouvrage très grand format et qui ne rentrera pas dans toutes les bibliothèques, c’est certain !), le texte étant assez mineur. Rédigé avant tout pour les enfants, il se centre sur l’histoire de deux enfants aux vies radicalement opposées, Billy Carter, jeune passager de première classe, et Franck Goldsmith, passager de troisième classe. Le lecteur suit leur traversée de l’embarquement au sauvetage par le Carpathia et le texte, limpide, aide à mieux connaître ces passagers et leurs familles.

Mais l’histoire n’est, somme toute, qu’un prétexte pour montrer les magnifiques peintures de Ken Marschall. Le navire y est représenté sous tous les angles, souvent en vue écorchée permettant au lecteur de situer les lieux les uns par rapport aux autres. Le summum de l’ouvrage est la double page centrale, dépliante, qui cache une gigantesque vue du paquebot fendant les flots, son flanc ouvert pour que l’on puisse en observer les intérieurs. Les vues du naufrage sont également spectaculaires. Il faut le dire, Ken Marschall est un grand peintre aux tableaux particulièrement réalistes.

Au cœur du Titanic et sa trentaine de pages ne vous apprendront pas grand chose sur le Titanic. Vous découvrirez, si vous ne la connaissiez pas déjà, l’histoire émouvante des Goldsmith et des Carter, mais cela s’arrête à peu près là sur le fond. Sur la forme, en revanche, c’est un vrai régal pour les yeux, regorgeant de peintures magnifiques.

 

Ken Marschall, Au cœur du Titanic, Casterman, 1997

 

Les plus

  • Des peintures magnifiques
  • La découverte de l’histoire de deux jeunes passagers

 

Les moins

  • Assez court : vite lu, vite admiré, vite rangé

Publié dans Ouvrage généraliste | 1 Commentaire »

Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal

Posté par Antoine le 22 avril 2012

Il y a des livres qui font école dans leur domaine, et qui restent longtemps une référence. Des livres qui font état de l’étendue des connaissances sur un sujet à un instant T. Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal est de ceux-ci. Véritable Bible du Titanic, le livre compte pas moins de onze auteurs, le gratin des chercheurs spécialistes du sujet, sous la houlette de Samuel Halpern. Mark Chirnside, George Behe, Bruce Beveridge, Steve Hall, Tad Fitch, Bill Wormstedt, Dave Gittins, Cathy Akers-Jordan, Lester J. Mitcham et le capitaine Charles Weeks ont ainsi contribué à cet ouvrage à l’objectif simple : faire le bilan des connaissances sur le naufrage 100 ans après le drame. Et le résultat est réussi.

Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal dans Coup de coeur Report_Into_the__4f60d0055a0a6

Comme en témoigne le site créé pour l’occasion, le livre est exhaustif. On nous présente les enquêtes, sommairement, avec un but avoué : refaire l’enquête 100 ans après en cherchant à répondre à un certain nombre de questions. Depuis les commissions de l’époque, notre connaissance s’est étoffée avec notamment la découverte de l’épave, et cette mise à jour est nécessaire. On le comprend vite, ce livre ne vous donnera pas d’information sur les passagers. Astor, Hays, Guggenheim et autres ne sont que les figurants du drame raconté ici, le livre se centrant sur le pourquoi et le comment plus que sur le qui. Tous les aspects nécessaires à la compréhension des circonstances du drame sont évoqués : structure du navire (avec un chapitre condensé du superbe Titanic, the Ship Magnificent par ses auteurs), route suivie durant la traversée, mesures prises pour éviter les glaces, étendue des dégâts suite à la collision… On en découvre également plus sur la probable propagation de l’eau, sur le chargement des canots et ainsi de suite. De même, les polémiques du Californian et du Mount Temple sont évoquées, et les conclusions sont particulièrement mesurées.

Dans l’ensemble, la grande qualité de ce livre réside dans le nombre d’auteurs. Le but avoué de la méthode est de permettre aux uns et aux autres de corriger mutuellement leurs lacunes, de fournir un ensemble moins partial que s’il était le fruit d’un seul. La synthèse est ainsi claire, précise, et innovante. Les conclusions auxquelles parvient l’ouvrage sont assez claires et ont l’avantage de ne pas sombrer dans le réquisitoire partial que tiennent certains auteurs. Les annexes sont également une mine d’informations inépuisable avec des listes de passagers et de l’équipage, mais aussi une clarification des chronologies en détaillant les questions de changements d’heure. Enfin, une annexe est particulièrement intéressante, celle qui concerne la « question des grilles verrouillées » dont les conclusions déstabiliseront les tenants du manichéisme Cameronien. Par ailleurs, l’ouvrage fait un gros travail de référencement de l’information avec un grand nombre de notes renvoyant aux témoignages originaux.

Le tout n’est pas exempt de défauts, cependant. Assez technique, l’ouvrage est parfois difficile à aborder pour le lecteur lambda qui sautera facilement certains passages. Ce n’est clairement pas le genre d’ouvrage que l’on peut lire dans un état de fatigue avancée ! Plus encore, les schémas de Sam Halpern sont assez effrayants, manquent de clareté et tendent presque à complexifier les choses. Ce serait le point à reprendre en cas de réédition. A Centennial Reappraisal reste un ouvrage de référence pour tous les amateurs du Titanic, et une pièce nécessaire dans toute bibliothèque.

Samuel Halpern (dir.), Report Into The Loss of SS Titanic, A Centennial Reappraisal, The History Press, 2011

 

Les plus

  • Une somme d’information inégalée sur l’histoire du navire et son naufrage. Une véritable Bible d’un point de vue historique.
  • Rédigé par l’élite des chercheurs anglophones sur le sujet
  • De nombreuses explications sur multiples points et des annexes passionnantes

 

Les moins

  • Parfois complexe à lire. Ce livre n’est pas destiné au grand public.
  • Les schémas de Sam Halpern sont assez décevants.

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Livre spécialisé | Pas de Commentaires »

Titanic, la véritable histoire

Posté par Antoine le 10 avril 2012

Il y a comme une malédiction dans le monde des documentaires. Il y a ceux qui ne cherchent pas à trop se montrer, comme les deux que j’ai commentés hier, plaisants à regarder et fiables… Et il y a les bouses, les étrons, les horreurs. Ceux qui enchaînent les lieux communs, erreurs et bouffonneries. De façon intéressante, ceux-ci ont souvent des titres sensationnalistes, clamant détenir « la vérité », comme s’ils sentaient, au fond d’eux, qu’ils allaient dire une immense connerie. Lorsqu’un documentaire s’intitule Titanic, la véritable histoire, on peut sérieusement s’attendre à le placer dans la deuxième catégorie. Et ici, ça ne rate pas.

On peut aisément reconstituer la réflexion des réalisateurs : « Bon, on fait un documentaire sur le Titanic. Il nous faut une histoire d’amour, du suspense, de l’action, des trucs qui bougent. Respect de l’histoire ? On s’en fout. On prend les noms, et on leur fait faire des trucs qu’ils auraient pu faire, ça passera. » Le terme de docu-fiction n’a jamais été aussi malvenu. C’est de la fiction, tout court. Difficile ici de faire une liste des points positifs et négatifs : je n’ai pas trouvé de point digne d’entrer dans la première catégorie. Voici donc la liste (non exhaustive, je n’ai pas tout relevé, je ne suis pas une machine !) de toutes les horreurs proférées dans le documentaire.

  • On suit l’histoire d’une passagère, qui, lors du naufrage, retourne à sa cabine pour récupérer ses affaires, y est enfermée par un steward, sauvée par son amant après avoir vu de l’eau sortir par les lavabos et… Oui, bon, vous l’aurez compris, récit à l’authenticité douteuse (on me souffle dans l’oreillette que Berthe Mayné a envisagé de le faire retourner à sa cabine, mais en a été dissuadée et est partie dans un des premiers canots : on le voit donc, le documentaire est parti d’une supposition pour broder son histoire).
  • On a aussi le marin qui était parti inspecter les compartiments arrière, a vu les portes étanches se fermer, et s’est jeté dessous. Et hop, une jambe coincée. Ce n’est étayé par aucun témoignage (et pour cause, tout individu normal se serait rué vers l’échelle de service plutôt que de se jeter sur une porte jouant les guillotines), mais la scène revient pendant tout le documentaire. Notre marin essaie d’attraper une hache, d’atteindre la valve pour remonter la porte… Rien n’y fait. Répétitives, lassantes, inutiles et inexactes, ces scènes sont le grand moment du documentaire !
  • On a aussi la passagère de troisième classe qui prenait son bain à minuit pour éviter l’affluence (bien, sauf que je doute que les stewards chargés des baignoires, qu’on n’utilisait pas seul, aient travaillé de nuit). Mais ça permet de montrer un bout de sein, et ça, ça fait péter l’audimat. Le reste de son histoire permet de nous sortir le classique coup des troisième classes séquestrés dans les fonds du navire et ainsi de suite, le tout étalé sans recul…
  • On a aussi un inénarrable graisseur envoyé faire on ne sait trop quoi, et qui finit par monter dans la quatrième cheminée pour y… écrire un message dans une bouteille, qui parviendra sur les côtes irlandaises. Oui. Docu-fiction : si ceci c’est vraiment passé à bord, je me fais moine. Mais comme il n’y a pas de témoignages, on dira que c’est une liberté artistique. Dommage quand on clame raconter la véritable histoire…
  • On a aussi le coup du navire qui change brusquement d’inclinaison d’un côté à l’autre, renversant les passagers, la vaisselle, tout. Aucun témoin n’en a parlé, mais ça fait joli à l’écran. Oui, « véritable » histoire.
  • Et bien sur, on a les cloisons étanches. Enfin non : seules les portes sont étanches. Les cloisons autour pètent quand la pression devient trop forte. Comme ça, pouf.
  • Quant à l’électricité, bah pour parodier un chanteur à qui elle n’a pas porté chance, on dira qu’à bord du Titanic, « ça s’en va et ça revient » ! Non, le courant ne s’est pas coupé uniformément à la fin comme le disent tous les témoins. Il alternait. Un peu comme quand Jacquouille la Fripouille joue avec l’interrupteur.
  • Il y a aussi une superbe prise de bec entre le commandant Smith et Bruce Ismay. Je disais récemment qu’étonnamment, il souffrait peu dans les mauvais documentaires. Celui-ci a restauré l’équilibre : toutes les scènes où il est présent ont pour but de le faire passer pour le Diable en personne. Basées sur du rien ou, dans le meilleur des cas, s’inspirant de faits réels pour les modifier allègrement, je me suis surpris à trouver qu’à côté, le Titanic produit par les Nazis en 1943 était un trésor d’objectivité.
  • D’ailleurs, parlons en, du jeu d’acteurs ! Tous sont incroyablement mauvais. Tellement qu’ils auraient pu être recalés aux auditions d’Hélène et les garçons. Leur jeu est caricatural, exagéré, mauvais… Et franchement, Joseph Bell qui devient le sosie de M. Propre ! Rendez nous les acteurs des Héros du Titanic !
  • Les représentations 3D sont décentes. Les décors intérieurs pathétiques. Il n’y a aucune cohérence. Bruce Ismay descend des escaliers pour aller sur la passerelle de navigation… sur le pont le plus élevé. Le jeune Jack Thayer, fils d’un président de ligne de chemin de fer, sort de sa cabine pour errer en… troisième classe…
  • De plus, le documentaire s’attarde pendant près d’une heure (sur une heure et demie) à traiter des dix minutes suivant la collision : coulera ? Coulera pas ? Coulera ? Coulera pas ? Inutile de préciser que ce jeu sur le suspense prend mal. On voit les premiers canots vers la fin et, malgré les nombreuses scènes de panique vues auparavant, personne n’y monte.

Je pourrais continuer longtemps cette liste. Je préfère m’arrêter là. Ce documentaire ne mérite que l’oubli. On se demande comment la BBC a pu produire une telle horreur, et comment France 2 a pu la diffuser. Par pitié, la prochaine fois, demandez de l’aide aux connaisseurs…

Publié dans Documentaire, Pas une grosse perte | 6 Commentaires »

Bientôt sur vos écrans !

Posté par Antoine le 3 avril 2012

À l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, les chaînes de télé se mettent au goût du jour avec de nombreux documentaires sur notre navire préféré. Du bon et du bien moins bon, très certainement. Alors prenez vos pincettes, votre télécommande et le pop corn : les semaines à venir vont être chargées.

On commence dès aujourd’hui, mais sur les ondes, avec le passage de Gérard Piouffre aux Grosses Têtes ! Un spécialiste du Titanic devant Bouvard, ça se fête, alors pensez à mettre RTL cet après-midi de 16 à 18 heures !

On enchaîne demain avec France 3, à 22 h 45 environ (mes sources divergent, visez large) et l’émission de Franck Ferrand L’Ombre d’un doute consacrée au Titanic. Vous y retrouverez, outre le même Gérard Piouffre, un certain nombre de descendants de passagers du Titanic, notamment Elizabeth Navratil.

France Bleu Maine et France Bleu Cotentin consacrent pour leur part une série (10 épisodes de 4 minutes 20) consacrée à l’histoire du Titanic racontée par l’excellent acteur André Dussolier. Le tout est disponible en podcast. Après écoute du premier épisode, le tout s’avère très prometteur.

Le 8 avril, ne ratez pas la soirée spéciale Titanic de Planète Thalassa. La chaîne de la mer nous propose deux documentaires au fort potentiel, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Le héros du Titanic (docu-fiction consacré aux mécaniciens du Titanic), le tout ce dimanche à partir de 19 h 45 sur cette chaîne du câble. Le site de la chaîne organise par ailleurs un grand jeu concours avec entrées à la Cité de la Mer et livres à gagner, à partir du 6 avril. (bande annonce ci-dessous)

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Mardi 10 en prime time, France 2 met en scène l’histoire du Titanic, Titanic, la véritable histoire. Vous savez à quel point je crains ces titres à sensation (les réalisateurs de La Minute de vérité peuvent en témoigner !), mais le documentaire étant anglais, on peut espérer une mauvaise traduction cachant un documentaire sérieux. Verdict dans une semaine.

Le 13, Gérard Piouffre est à nouveau au rendez-vous sur Europe 1 le vendredi à 12 heures 50 pour parler avec Franck Ferrand de l’histoire du Titanic.

Enfin, la mini-série Titanic sera diffusée en intégralité le 14 avril au soir sur TMC. On m’en a principalement dit du mal, mais libre à chacun de se faire son opinion. Personnellement, je ne serai pas devant ma télé pour causes de célébrations du centenaire avec l’Association Française du Titanic.

Bon visionnage, et n’hésitez pas à signaler ici d’autres éventuels documentaires à venir !

Publié dans Documentaire | Pas de Commentaires »

Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

Les Secrets du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782361640873

Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

Publié dans Ouvrage généraliste, Pas une grosse perte | 3 Commentaires »

George Behe’s Titanic Tidbits

Posté par Antoine le 20 mars 2012

Beaucoup d’auteurs anglophones font le choix d’arborer un site à leur nom, ce qui se révèle souvent très utile. Certains, certes, se contentent de faire leur propre promotion sans offrir de véritable contenu, mais il s’agit de la grande minorité. La plupart, s’ils détaillent leur œuvre, nous offrent également quelques articles de recherche inédite et autres précieuses informations. Le site de George Behe est un de ceux-ci.

Site de George Behe

George Behe est un auteur américain très prolifique sur le Titanic, depuis de nombreuses années. Il est notamment au nombre des auteurs de Report into the loss of SS. Titanic, A Centennial Reappraisal dont il sera bientôt question dans ces pages, mais publie également une biographie en trois volumes d’Archibald Butt, aide de camp du président Taft mort dans le naufrage. Il publie également à l’occasion du centenaire deux autres ouvrages : On Board RMS Titanic et The Carpathia and the Titanic, deux livres consacrés au naufrage. Il publie également régulièrement dans la revue de la Titanic Historical Society, The Titanic Commutator.

On le comprend, c’est donc un auteur de qualité qui nous propose ici de goûter à des extraits de son travail. La thématique de son site est assez vaste puisque les 15 articles qu’il présente évoquent des sujets assez divers. Tous ont en commun d’être des points précis, et souvent méconnus (ou que l’histoire a retenu de façon erronée) de l’histoire. Plusieurs se penchent sur la controverse du Californian, essayant, comme de nombreux autres sites, d’ailleurs, de démêler cette histoire fort embrouillée. Il revient notamment sur les positons tenues par Leslie Harrison, un des grands défenseurs du capitaine Stanley Lord. Dans le même ordre d’idées, il reprend un certain nombre d’erreurs commises par le site de la ville natale de l’officier William Murdoch dans sa démonstration pour prouver que l’officier ne s’est pas suicidé.

Mais les points les plus intéressants sont ceux qui cassent un certain nombre d’idées reçues, en étudiant notamment la façon dont le Titanic a gagné sa réputation d’insubmersibilité, ou encore en se penchant sur la question de la mort de Jack Phillips. Le véritable « morceau de bravoure » de ce site est cependant l’article « The Two Deaths of John Jacob Astor » qui démolit méthodiquement et de façon indéniable l’idée, pourtant bien ancré, que le célèbre milliardaire serait mort écrasé par la chute d’une cheminée. Une véritable leçon de recherche historique, que tout passionné du Titanic devrait lire, ne serait-ce que pour retenir cette méthodologie : toujours chercher d’où viennent les faits.

Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce site soit son habillage pour le moins sobre, qui n’appelle pas forcément à la lecture. Un peu plus d’images et de liens hypertextes pour dynamiser tout ça n’auraient pas été de trop. Mais cela n’entache en rien le contenu ; c’est le principal !

 

Les plus

  • Des articles originaux et fouillés.
  • Une rédaction claire et des arguments bien exposés ; parfois de véritables leçons d’historiographie.

 

Les moins

  • La mise en page assez sobre.
  • Assez peu de mises à jour malheureusement

Publié dans Sites | 3 Commentaires »

1234
 

Renaissance et Unification |
Sciences |
collège Adberrahim Bouabid ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | DogPeople
| Géotechnique
| Le Scientifique