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Gilded Lives, Fatal Voyage

Posté par Antoine le 20 mai 2013

Parmi les livres sortis à l’occasion du centenaire, beaucoup ne valaient pas grand chose, et nous avons été, si l’on peut dire, submergés par quelques ouvrages de basse qualité tels que Les Secrets du Titanic, de sinistre mémoire. Ce fait est d’autant plus triste que l’argent utilisé pour acheter ces horreurs n’a pas servi a acheter des livres de bien meilleure qualité, tels que Gilded Lives, Fatal Voyage, d’Hugh Brewster. Jusqu’à il y a peu, je ne pensais pas que Brewster était un auteur particulièrement impliqué dans l’histoire du Titanic ; je ne lui connaissais que le très bon Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic, qui restait très général. Ce n’est que récemment que j’ai découvert que, loin d’être un amateur, il était bien intégré dans les cercles de chercheurs titanicophiles, et qu’il avait plus d’une corde à son arc. Cet ouvrage en témoigne.

Gilded Lives, Fatal Voyage dans Coup de coeur 12478862

Gilded Lives est un de ces ouvrages qui, à l’instar des Français du Titanic, tente de raconter l’histoire du paquebot sous un angle bien précis. Aussi, si la trame est familière, le contenu se révèle bien vite instructif, en nous emmenant sur des chemins inattendus. Dans le cas de cet ouvrage, l’angle choisi est celui du faste de la première classe, d’où ces vies artificiellement « dorées ». Nous sommes donc invités à embarquer à Cherbourg aux côtés de riches passagers comme Francis Davis Millet, Margaret Brown et le couple Astor. À chaque fois, le livre, qui se dévore comme un roman, s’étend sur des vastes parenthèses sur la vie de ces individus, leurs carrières. C’est un petit monde qui s’anime sous nos yeux, où tout le monde ou presque se connaît, s’est croisé, et Brewster recrée à la perfection ce sentiment.

Dans ces jeux d’apparence, le lecteur découvre donc l’émergence de Lucy Duff Gordon comme créatrice de mode, ou la passionnante carrière d’Archibald Butt aux côtés des plus grands. Les aspects moins reluisants sont également évoqués, les médisances sur certains passagers moins populaires, les ragots rapportés par la presse… De la salle à manger aux bains turcs, on suit les aventures de ces gens pour qui le voyage du Titanic n’était qu’une traversée anodine. Tous les aspects sont évoqués, même l’épineuse question de l’homosexualité à bord, décryptée avec beaucoup de talent (et de conditionnel !) à l’aide de lettres de Millet.

Ces lettres, justement, sont au cœur de l’ouvrage, de même que les ouvrages, enquêtes, autobiographies. Le but est donner à chacun de ces protagonistes la parole, car, après tout, qui est mieux placé qu’eux pour parler de cette expérience ? En découle un ouvrage à la fois dense et passionnant, que l’on dévore sans état d’âme.

On notera cependant que j’ai parlé ici de Gilded Lives, Fatal Voyage, et non de sa traduction (Des Vies dorées) parue en France. Ceci pour une raison simple : la traduction est mal faite et bourrée d’erreurs et de contresens, à tel point que la qualité du travail de l’auteur est dépréciée. Comme bien souvent, donc, mieux vaut passer par la V.O.. Le lecteur de la version française ne perdra probablement pas le sens global du livre, mais risque d’apprendre des choses fausses sur des points précis.

Hugh Brewster, Gilded Lives, Fatal Voyage, Broadway Paperbacks, 2012, 338 p.

 

Les plus

  • Une plongée dans le monde finalement peu connu de la première classe ; passionnant.
  • Des illustrations de qualité, souvent rares, et beaucoup de références à des textes originaux.
  • Hugh Brewster a eu la très bonne idée de faire appel à de nombreux autres auteurs, tels que Don Lynch et George Behe. Loin d’être un aveu de faiblesse, cela permet d’assurer la qualité du livre, ce que tous les auteurs ne font malheureusement pas.

 

Les moins

  • La traduction française est, visiblement, assez moyenne. Qui plus est, la différence de prix est très clairement en faveur de la version originale.

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Livre spécialisé | Pas de Commentaires »

Dernier dîner sur le Titanic

Posté par Antoine le 20 juillet 2012

Ceux qui me connaissent savent que la gastronomie n’est pas mon fort : ils pourront donc légitimement se demander pourquoi, après avoir parlé de La Table du Titanic, je récidive avec un ouvrage plus ancien mais consacré au même sujet : Dernier dîner sur le Titanic, par Rick Archbold et Dana McCauley. Je l’avoue, si le sujet ne m’aurait pas poussé à l’achat au premier abord, je me suis rué sur l’ouvrage en le trouvant dans le catalogue de ma bibliothèque : après tout, tout ce qu’on y trouve sur le Titanic est bon à prendre ! (enfin, presque…)

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Rick Archbold est un auteur relativement connu de la sphère Titanicophile. Il a notamment écrit l’ouvrage présentant l’œuvre du peintre Ken Marschall (fort bel ouvrage que je m’empresserai de présenter ici à l’occasion) et a participé à la rédaction d’un ouvrage de Robert Ballard. Dana McCauley l’est moins, et il y a fort à parier qu’elle soit derrière la partie plus « culinaire » du livre, sur laquelle nous reviendrons également. Enfin, force est d’avouer qu’à la vue des remerciements mentionnant Don Lynch et le reste de la Titanic Historical Society, on comprend que toutes les fées se sont penchées sur ce berceau. Cerise sur cet appétissant gâteau : Walter Lord, le « père » spirituel de tous les historiens du Titanic, signe ici la préface en nous offrant une des anecdotes dont il a le secret. Les ingrédients sont de premier choix, les cuisiniers sont prêts : voyons si la recette tient ses promesses.

Comparé à son homologue français sorti cet année, le Dernier dîner a, il faut bien le dire, une longueur d’avance lorsque l’on regarde sa couverture. Exit le motif sobre sur un livre petit format ; place à l’exubérance, aux images colorée et grand format…  De façon générale, voila ce qui différencie le Dernier dîner de La Table du Titanic : une forme plus travaillée. J’avais, dans ma critique de ce dernier, remarqué que l’absence d’images était problématique. Quand on lit des recettes, même si l’on n’est pas gourmet, on aime bien savoir à quoi ressemble le mets ! D’autant plus que, n’est pas un grand cuisinier qui veut, c’est peut-être la seule occasion de voir la recette terminée de la bonne façon !

Le livre entre plus directement dans le vif du sujet que son homologue français : l’exposé du contexte dressé par Xavier Manente dans son ouvrage n’aurait pas dépareillé ici pour se faire une idée de ce qui a mené à un tel niveau de raffinement flottant. Pour le reste, en revanche, le livre d’Archbold et McCauley a largement l’avantage pour une simple raison : les auteurs ont fait parler leurs relations dans le « milieu », ce qui est toujours garantie de succès. Le livre est coloré, illustré, avec des encadrés, des citations : bref, il est agréable à vivre. Quand au contenu, il n’a qu’un seul objectif, vous ramener en 1912. Les auteurs vous présentent ainsi le repas tel qu’on le vivait dans les trois classes en ce soir de 14 avril, à partir des menus et témoignages, avec aussi quelques suppositions, certes, mais en restant rigoureux. On peut cependant regretter que les sources précises ne soient pas mentionnées.

L’autre objectif du livre est de vous faire remonter vous même le temps pour revivre ce dernier repas. Attention : pas question ici de mettre les pieds sous la table en T-shirt baskets. Quitte à faire les choses, on les fait bien. Le livre vous apprendra à préparer les mets, certes, mais aussi à préparer un parfait repas de l’ère edwardienne, avec la mise en scène qui va avec : musique, disposition de la table, étiquette (eh oui, messieurs, apprenez que votre principal rôle à table est de faire la conversation à la dame à votre droite !), service, et bien sûr, habits de soirée ! Les recettes sont expliquées clairement, parfois illustrées, et le livre vous propose même un planning sur plusieurs jours si vous désirez préparer le dîner complet (oui : pour manger comme sur le Titanic, il faut commencer la tambouille trois jours à l’avance !).  Bien entendu, un tel repas n’est pas léger, comme le précise l’auteur : « organisez-le la veille d’un jour où vous pourrez faire la grasse-matinée » ! Nous ne nous étendrons pas sur le prix d’un tel repas…

Le livre lui même, traduit en français en 1999, n’est pas aisé à trouver (la version originale de 1997, peut-être commandée pour un pris légèrement inférieur). Par ailleurs, la traduction pêche par moments. Certes, on est loin des hérésies des Secrets du Titanic, mais le « Rôt de la vieille Angleterre » remplaçant The Roast Beef of Old England, est la salle de réception devenue une simple « antichambre », ça piquera les yeux des passionnés acharnés comme votre serviteur. Malgré cela, vous pouvez vous procurer ce livre sans hésiter (si vous le trouvez) : il se déguste comme… un bon dîner.

Rick Archbold et Diana McCauley, Dernier dîner sur le Titanic, 1999, Madison Press/Jean-Claude Lattès

 

Les plus

  • Une iconographie somptueuse
  • Ce livre nous propose un véritable retour dans le temps : loin de se limiter à l’art culinaire, il fait remonter un art de vivre disparu.
  • Une description fouillée et précise des repas à bord, dans les trois classes

 

Les moins

  • Quelques erreurs de traduction
  • Assez difficile à trouver désormais

 

Publié dans Coup de coeur, Livre spécialisé | 3 Commentaires »

Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

Les Secrets du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782361640873

Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

Publié dans Ouvrage généraliste, Pas une grosse perte | 3 Commentaires »

Titanic, témoignages de survivants

Posté par Antoine le 26 janvier 2012

Jeux vidéos, films, bande dessinée, le Titanic, on a déjà eu l’occasion de le voir, s’exporte sur tous les formats. Mais, le disque est peut-être le plus improbable de tous. En 2000 pourtant, surfant avec un peu de retard sur la vague cameronnienne, est sorti le double CD Titanic, témoignages de survivants. Un titre qui pouvait cacher beaucoup de choses : témoignages oraux ? Lecture par des acteurs de témoignages ? Combien d’entre-eux ? Longs ou courts ? Les questions au sujet de cet objet peuvent être nombreuses… Répondons-y donc.

 Titanic, témoignages de survivants dans Témoignage FA195

L’implication de l’INA dans ce travail, mais aussi de bases sonores britanniques, est clairement un bon point. On se retrouve ainsi avec une collection d’extraits originaux d’interventions d’acteurs de l’histoire du Titanic, de chansons composées au sujet du naufrage, d’extraits de films, et même du son, authentique, d’un des sifflets de cheminée repêchés sur l’épave du paquebot. Le tout est entrecoupé de brèves interventions d’un narrateur relatant de façon très (trop) succincte l’histoire du navire. Ce survol ne donnera clairement pas une vision globale de ce qu’a été le naufrage du Titanic et est assez bâclé (d’autant qu’il contient, avec le recul, des erreurs), mais soit. Le premier disque contient la narration en français et des témoignages majoritairement dans cette langue, le second est en anglais. Deux contenus différents, mais accessibles à condition de parler les deux langues. Faute de traduction, le livret ne contient que de vague résumés des interventions. Fort heureusement, les interventions en Suédois d’Agnes Sändstrom sont, pour leur part, traduites sur ce même livret. C’est déjà ça.

Mais qui parle, justement ? Quelques acteurs importants du drame : Charles Lightoller, Joseph Boxhall, Stanley Lord… Quelques passagers connus interviennent également : Michel Navratil (ainsi que sa petite fille Elizabeth, qui avait commis Les Enfants du Titanic mais apporte ici des informations intéressantes), Edwina Troutt, Eva Hart, Berthe Leroy… Le monde d’aujourd’hui est également à l’honneur avec Paul-Henri Nargeolet, qui intervient sur l’épave. Alléchante sélection, mais qui cache un contenu bien faible. Chacun n’intervient que très peu, moins de 2 minutes par prise de parole, parfois que quelques secondes. Dommage quand on sait que les témoignages de Boxhall et Lightoller peuvent être trouvés en version intégrale (vingt minutes chacun au moins) sur le site de la BBC, gratuitement. Le disque nous fait miroiter des plats délicieux, mais ne nous permet pas de les apprécier vraiment. Dommage.

À cela s’ajoute le fait que l’information n’est pas triée. On recense pas moins de trois témoignages d’imposteurs, dont celui, très savoureux, d’un suisse, monsieur Philipona, qui explique avoir été le secrétaire de Bruce Ismay et du capitaine Smith et les avoir entendu décider d’augmenter la vitesse en pleine zone de glaces. Crédible. Les producteurs du disque n’ont pas pris le temps de préciser qu’il s’agissait d’un faux témoignage : encore aurait-il fallu qu’ils le vérifient. Tous ces défauts laissent bien peu de crédit à ce disque, que je ne vous recommanderais pas d’acheter. Toutefois, entendre Paul-Henri Nargeolet parler de la découverte d’objets à bord, entendre « Lolo » Navratil nous raconter son expérience, ce n’est pas désagréable. Si vous avez l’occasion de tomber dessus sans trop débourser, c’est une jolie pièce pour une collection, sans pouvoir parler de référence, loin de là.

 

Les plus

  • Entendre la voix de Lightoller, Boxhall, Lord, Navratil, ou même Nargeolet, ça fait indéniablement quelque chose. Tous, d’une façon ou d’une autre ont été le Titanic, et ça, tout « fan » frémira en l’entendant.
  • Des témoignages assez divers et assez significatifs.

 

Les moins

  • Les extraits sont tristement courts, surtout quand on sait ce qui est disponible gratuitement et légalement sur Internet.
  • La narration n’apporte pas grand chose, et le livret est mal fait.
  • Non, M. Philipona, John Butler et Arthur Hay n’ont pas existé, et leurs témoignages ne sont qu’un mensonge. Comme quoi les imposteurs sont légion dans l’histoire du Titanic. Un article du n°42 de la revue Latitude 41 de l’Association Française du Titanic traite de différentes impostures de ce type.

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Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

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Britannic

Posté par Antoine le 28 décembre 2011

Lorsque j’étais encore un innocent écolier de primaire, mais déjà fiché « Titanicophile », un ami connaissant ma passion m’avait un jour dit : « Mon père a trouvé un film un peu copié de Titanic, ça s’appelle Britannic ». Il ne s’agissait pas d’un plagiat, mais d’un téléfilm consacré au sort du jumeau du Titanic, le Britannic, coulé en 1916 suite à une explosion dont l’origine prête encore aujourd’hui à polémique. Pourtant, il est clair que ce téléfilm de Brian Trenchard-Smith sorti en 1999 a clairement surfé sur la vague du Titanic de James Cameron. Que vaut-il ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Affiche du film

L’action prend donc place en 1916, lors de la dernière traversée du paquebot transformé en navire-hôpital. Une épouse de diplomate, ses deux enfants, et leur gouvernante embarquent à bord du Britannic pour rejoindre leur proche. La famille ignore que la gouvernante, engagée sur le tard, est une espionne au service du Royaume-Uni, chargée de protéger le navire d’agents secrets travaillant pour l’ennemi. Et elle va avoir du travail, puisqu’un vil teuton a assassiné l’aumônier du navire et pris sa place. Sur fond de romance entre les deux agents, qui ignorent bien entendu leurs affiliations respectives, les Allemands tentent de couler le navire (qui transporte des armes au Caire), tout d’abord en organisant une mutinerie au sein des chauffeurs et soutiers irlandais, puis en demandant à un sous-marin de torpiller le paquebot. Notre espionne parvient cependant à contrecarrer ces plans, sans jamais trouver leur instigateur. Lorsqu’elle le démasque enfin, il déclenche sous ses yeux une explosion fatale au navire. Mais, héros au grand cœur, il fait tout pour l’aider à sauver les enfants dont elle a la charge. Elle même redescend le sauver lorsqu’il se trouve en difficulté (oui, on fait dans l’originalité), et tous deux s’échappent finalement du navire. Arrivés dans un canot vide aspiré par les hélices, ils doivent faire face à une mort certaine. L’agent du Kaiser fait alors preuve d’un formidable héroïsme en se sacrifiant pour permettre à sa douce de se mettre en lieu sûr. Sur fond de musique qui fait pleurer, on assiste à la triste fin du navire, puis à d’authentiques vues de son épave avec textes pour nous indiquer qu’il a existé pour de vrai. Fin.

D’un point de vue historique, que vaut cette histoire ? Pas grand chose, il faut bien le dire. Le Britannic n’aurait en aucun cas transporté de tels passagers, puisqu’il était navire-hôpital. Il est par ailleurs avéré depuis la découverte de l’épave en 1975 qu’il ne transportait pas d’armes. La théorie du téléfilm tombe donc à l’eau, d’autant que la même découverte de l’épave indique clairement que le navire a été coulé par une explosion venue de l’extérieur, et non par l’intérieur comme montré ici. À cela s’ajoutent un certain nombre d’invraisemblances : il est probable que si une mutinerie organisée par l’IRA avait pris place à bord et s’était finie par un bain de sang, on en trouverait quelques traces dans les récits des rescapés. De même pour une attaque à la torpille, d’autant que dans le film, un navire de guerre secourt le Britannic.

Les héros de Britannic
Même les acteurs principaux sont désespérés de jouer aussi mal.

Avec tant d’erreurs historiques, le téléfilm perd donc une part de son crédit. Mais reste t-il pour autant un bon divertissement ? Pas vraiment. Il se permet en effet des longueurs qui ont tôt fait s’insupporter le spectateur. Les acteurs principaux, Edward Atterton et Amanda Ryan, sont tout bonnement insupportables, la palme revenant à cette dernière, dont le jeu rappelle globalement le niveau de séries comme Hélène et les garçons. Et encore. Quelques acteurs de prestige sont présents pour remonter le niveau ; Jacqueline Bisset et surtout John Rys-Davies (alias Gimli, dans le Seigneur des Anneaux et Salah dans Indiana Jones) dans le rôle du capitaine Barrett (le vrai s’appelait Bartlett, mais on n’est plus à ça près). Mais leurs rôles sombrent parfois dans la caricature, avec un capitaine bonhomme et macho, et une riche femme un peu simplette ; après tout, ils doivent mettre en valeur les (trop fades) personnages principaux, mais n’y parviennent pas. Au final, on en arrive à se demander si le Britannic était un navire hôpital, ou un asile pour imbéciles. À noter que la version française est particulièrement savoureuse, puisque totalement horrible : les enfants ont les voix les plus insupportables imaginables, façon série américaine ; l’actrice principale donne l’impression d’avoir été doublée par Amanda Lear, et tous semblent lire un texte dans un dynamisme qui ferait passer un épisode de Derrick pour un film d’action. Ajoutez à cela une musique digne d’un documentaire animalier, et des vues en 3D qui ont très très mal vieilli… Et le tableau est complet.

Remarquez qu’au moins, il est drôle à voir, pris au second degré, et si ses longueurs ne vous envoient pas dans les bras de Morphée.

 

Les plus

  • Comme à un devoir d’élève audacieux mais totalement raté, on aurait envie de dire « De bonnes idées, mais a du mal à les réaliser » : le sujet était intéressant, et le réalisateur a du mérite d’avoir essayé de le traiter. Mais c’est malheureusement son seul mérite.
  • Pris au second degré et regardé entre amis, c’est toujours drôle à voir.

 

Les moins

  • Jeu d’acteurs souvent lamentable.
  • Visuellement, le Britannic est assez laid ; et ses intérieurs sont très peu fidèles à la réalité.
  • Musique que l’on pourrait, au mieux, qualifier de somnifère. Mais au moins, ils nous ont épargné Céline Dion.
  • Respect de l’histoire proche de zéro.

Publié dans Film, Pas une grosse perte | 8 Commentaires »

Titanic, de James Cameron

Posté par Antoine le 9 octobre 2011

Attention, sujet sensible : quand on parle du film Titanic de James Cameron, difficile de satisfaire tous les Titanicophiles. Entre ceux qui vouent un culte au Maître, et ceux qui voudraient le crucifier, point de répit. J’avoue que ma position a son sujet a pas mal fluctué, même s’il ne doit être un secret pour personne qu’il y a bien longtemps que la version du film que j’avais sur cassette a succombé à l’usure. Car après tout, quoi que l’on pense de ce film, on ne peut dans tous les cas pas négliger le grand nombre de personnes qu’il a fait tomber dans la marmite. Car Titanic, c’est aussi ça : le souvenir du gosse émerveillé que j’étais quand j’ai découvert ce navire magnifique, personnage principal du film à mon avis.

Titanic, de James Cameron dans Film 220px-Titanic_poster

Pourtant, mon point de vue sur le film n’est pas totalement positif, ni négatif d’ailleurs. Commençons donc par ce qui, plus jeune, me faisait hurler, et aujourd’hui suscite relativement d’indifférence de ma part : l’histoire du film. Comme ont pu le remarquer certains Odieux Connards autoproclamés, il s’agit d’une trame relativement classique que l’on pourrait aisément retrouver dans pas mal de films de Cameron (et de films tout courts) : un homme et une femme que tout oppose mais qui finissent par se retrouver en dépit d’un contexte particulièrement troublé. Histoire relativement bateau, donc (oui, j’ai osé), mais ce n’est finalement pas plus mal, car elle ne noie pas trop (oui, j’ai encore osé) la grande Histoire en prenant trop de place.  Dans la même veine, je ne m’attarderai pas sur les acteurs principaux, même s’il est vrai qu’un jeune acteur nommé DiCaprio a excité plus d’une adolescentes tandis que certaines scènes de Kate Winslet ont fait de même avec l’autre camp.

Passons maintenant à l’aspect le plus réussi de ce film, c’est indéniablement la reconstitution historique de ce navire, de cette époque. Cameron est un passionné, qui a fait des recherches, et cela se voit. Visuellement, il a rendu vie au Titanic, c’est un fait : les puristes trouveront toujours un quelque chose à reprocher, un bout de plan mal respecté ; mais esthétiquement, le navire est le plus proche de l’original jamais réalisé. Il en va de même pour les personnages historiques : Cameron a volontairement choisi des acteurs peu connus du grand public, mais très ressemblants par rapport aux personnages originaux.  Enfin, il a eu la bonne idée de rajouter, souvent dans le fond, comme des clins d’oeil, une multitude d’anecdotes piochées dans l’histoire véridique, que le spectateur ne pourra parfois comprendre que s’il est familier de l’histoire du navire.

Real_People_Behind_Movie_Characters_18 dans Film

Y’a quand même un air de famille…

Pourtant, c’est aussi historiquement que le film commet ses plus grandes fautes. Cameron prend un certain nombre de partis pris qui font hurler beaucoup d’historiens du sujet. Je les avais détaillés dans un autre article sur un autre blog, les curieux s’y rendront. Je préfère ici déplorer les effets de ces partis pris malheureux : le succès du film de Cameron ne les rend que trop voyants. Combien de fois les passionnés dont je fais partie ont-ils dû rabâcher les mêmes arguments sur Bruce Ismay qui n’était pas si méchant que ça, ou sur le fait que l’officier Murdoch ne s’est probablement pas suicidé ? Ce genre de propos dans un documentaire de seconde zone a peu de retombées. Dans un film à onze oscars qui déchire le box-office, beaucoup plus.

On retiendra donc de ce film que c’est une fresque historique très agréable à regarder, avec des décors superbes et des seconds rôles souvent fidèles. Mais qu’il doit avant tout être considéré comme un roman, en gardant à l’esprit le fait que des libertés ont été prises, grande ou petites. Trop souvent, malheureusement, ce film est considéré comme une Bible, ou surtout, une référence historique ; ce qu’il n’est pas. C’est en revanche une illustration et une porte d’entrée de très grande classe, qui doit pousser à approfondir le sujet, et non à avoir des idées arrêtées à son sujet.

 

 Les plus

  • Un film distrayant et agréable à regarder (et parfait pour draguer, me soufflent dans l’oreillette ceux qui avaient la chance d’avoir 18/20 ans à l’époque de la sortie)
  • Des décors globalement très fidèles, et des personnages secondaires qui le sont presque autant (mentions spéciales pour Bernard Hill en commandant Smith, Eric Braeden en JJ Astor, Victor Gerber en Thomas Andrews et Kathy Bates en Molly Brown)
  • Un moyen idéal pour rentrer dans la « Titanicophilie »

Les moins

  • Une intrigue principale somme toute assez classique (ce qui n’est finalement pas plus mal puisqu’elle met la véritable histoire en valeur)
  • Quelques partis pris gênants, et personnages très mal représentés (Archibald Gracie et Joseph Bruce Ismay, totalement goujatisés)
  • Céline Dion

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Titanic, une aventure hors du temps

Posté par Antoine le 31 mai 2011

Le Titanic s’exporte sous tous les formats, y compris le jeu vidéo. Et quel jeu ! S’il devait y avoir un coup de coeur sur ce site, ce serait celui-ci. Titanic, une aventure hors du temps est en effet celui qui m’a donné le virus lorsque je l’ai acheté du haut de mes huit ans.

 

Titanic, une aventure hors du temps dans Coup de coeur titanic

 

Le scénario ? Franck Carlson, agent secret de son état, se repent dans son appartement miteux de son échec au cours d’une mission secrète à bord du Titanic, 30 ans plus tôt. Nous sommes en effet à Londres, en avril 1942, et une bombe mal placée a tôt fait de renvoyer le pauvre homme ad patres. Enfin, pas exactement : le voila de retour le 14 avril 1912 dans sa cabine à bord du Titanic, en début de soirée. Il n’a que quelques heures pour accomplir sa mission : localiser un livre précieux, le Rubaiyat (qui se trouvait véritablement à bord), volé par un colonel allemand. Bien vite, l’affaire connait des rebondissement, et au fur et à mesure des rencontres, Carlson se rend compte que les enjeux sont très élevés. Une autre rencontre, avec un iceberg, accélère également les événements…

Graphiquement, le jeu était superbe. Mais plus encore, 15 ans après sa sortie, il reste très agréable à regarder. La reconstitution est assez fidèle au véritable Titanic. Certes, on n’a pas là un travail au détail près (pour cela, voyez plutôt ici), mais c’est clairement le Titanic le plus fidèle vu dans un jeu vidéo. La musique est sympathique et les dialogues agréables tant en français qu’en anglais. Les concepteurs ont pris le parti (plutôt judicieux d’ailleurs), de ne faire figurer aucun personnage réel dans le jeu, pour ne pas prêter atteinte à la mémoire des acteurs du drame. Cependant, la véritable histoire du Titanic n’est jamais loin, et il n’est pas rare qu’un personnage du jeu y aille d’une petite anecdote réelle sur le navire et ses occupants. Le travail de recherche des concepteurs a été poussé, très poussé, (l’historien Walter Lord a servi de conseiller) et mieux encore, les choses ne paraissent pas artificielles et n’empiètent jamais sur l’action.

 

Le jeuest graphiquement superbe

 

L’action, parlons en. Le scénario est bien ficelé, avec de nombreux personnages au caractère bien trempé. Plusieurs heures sont nécessaires pour arriver au bout lorsque l’on connaît la solution, d’autant que les chemins sont multiples. Comme dans les jeux d’enquête classiques, le joueur se promène (en vue subjective s’il vous plait !) dans les coursives du navire, aidant les passagers en espérant un retour d’ascenseur, et tentant de sauver le monde. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : à condition qu’il emporte avec lui différents objets clé dans le canot de sauvetage (en supposant qu’il y embarque), Carlson peut empêcher les deux Guerres mondiales et la révolution russe ! Un épilogue montrera en images le sort du monde en 1942 selon les actes de notre héros… Un échec, et on en revient au Blitz… ou pire !

Mais je m’emporte et ne voudrais pas vous gâcher la surprise. Le jeu est difficilement trouvable dans le commerce aujourd’hui. Et pour cause : il est sorti en 1996. Cependant, on peut le télécharger gratuitement et (quasi) légalement sur LTF Abandonwares, ici. Les anglophones trouveront également un blog très détaillé sur le jeu à cette adresse, avec captures d’écran, extraits audio, solution, anecdotes… Le site que j’aurais aimé faire, en somme !

Titanic, une aventure hors du temps, Cyberflix, 1996

Les plus

  • Un scénario béton, à rebondissements, et cohérent.
  • Une foule d’anecdotes authentiques, notamment dans le mode visite guidée.
  • Graphiquement très beau pour un jeu de cet âge.
  • Bonne durée de vie.

Les moins

 

  • Parfois quelques problèmes de compatibilité. Paradoxalement, j’ai eu moins de bugs avec lui sous Vista que sous les versions précédentes.
  • Dommage que les visites guidées téléchargeables ne soient que partiellement traduites, donnant un côté inachevé au tout.
  • Introuvable dans le commerce.

Publié dans Coup de coeur, Jeu vidéo | 3 Commentaires »

 

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