• Accueil
  • > Recherche : nouveau livre titanic

Résultats de votre recherche

Titanic 101, The Great Infographic History

Posté par Antoine le 22 août 2014

Parmi les livres publiés à l’occasion du centenaire, Titanic 101, The Great Infographic Story, sorti en 2013, me semblait prometteur. Écrit par Steve Hall, qui a notamment collaboré au précieux Titanic, the Ship Magnificent, il s’annonçait fiable. Aborder le Titanic sous l’angle des chiffres, avec des représentations graphiques destinées à les rendre plus vivants et clairs était par ailleurs une tâche intéressante et qui pouvait offrir un éclairage nouveau sur certains points de l’histoire du paquebot. Mais qu’en est-il réellement ?

Titanic 101, The Great Infographic History dans Ouvrage généraliste 9780752497747_1

La lecture de l’introduction suffit en effet à émettre quelques doutes sur les qualités de l’ouvrage. Dès les premières lignes, en effet, Hall clame que jamais le Titanic ne fut déclaré insubmersible. Cette idée partagée par nombre de passionnés a pourtant été méthodiquement démontée par George Behe, preuves à l’appui. L’erreur, venant d’un auteur moins prestigieux, aurait pu être tolérée. De la part d’une pointure comme Steve Hall, elle ne peut l’être, d’autant qu’il cite Behe dans les remerciements. Dès le départ, donc, un mauvais point. De façon générale, le livre ne fait pas d’erreurs grossières qui sauteront aux yeux des passionnés. Mais il lui arrive de se permettre des approximations qui ne font pas honneur au prestige de leur auteur. Ainsi déclare t-il que l’hélice centrale disposait de quatre pales, alors que de plus en plus d’éléments tendent à penser que contrairement à son jumeau, le Titanic avait une hélice centrale à trois pales. Ici encore, l’erreur pourrait être acceptable si elle n’était pas commise par l’une des personnes reconnues comme spécialistes de la structure du navire. Dans un ouvrage qui s’attache aux chiffres, donc à une certaine précision, ce manque de rigueur fait tache.

L’ouvrage lui-même doit son titre de Titanic 101 au fait qu’il est composé de 101 diagrammes. Passons rapidement sur le concept même de diagramme qui est parfois ici usurpé. Certains sont particulièrement pertinents et intéressants, comme le n°3 qui permet de voir clairement quelle proportion des ouvriers de Harland & Wolff travaillait sur le Titanic, et combien parmi eux travaillaient de nuit. Une série de graphiques montrant les rescapés et victimes répartis par sexe et classe est également très intéressante, bien que l’information soit plus couramment présentée. Le souci, c’est que les graphiques vraiment pertinents pour le passionné sont très peu nombreux. D’autres illustrent de façon inutile certains chiffres. Quel est l’intérêt de présenter, sur une page, dix-huit roses des vents identiques et soigneusement alignées pour indiquer que dix-huit compas se trouvaient à bord ? Ou de présenter de la même manière seize portes closes pour illustrer le nombre de compartiments étanches ? Le lecteur serait donc incapable de compter jusqu’à 20 sans perdre toute idée de ce que représente le chiffre ? Cependant, la catégorie la plus nombreuse de « diagrammes » est en réalité le principe de l’illustration schématisée d’une courte information. Un Titanic schématisé entouré de petits cœurs accompagne ainsi l’information sur le nombre de jeunes mariés à bord. Une simple bouée (même pas fidèle à la réalité) accompagne l’information sur le nombre de bouées. Un Titanic percé d’une grande brèche accompagne une simple phrase précisant que la coque ne contient aucun gros trou. Et ainsi de suite.

Les infographies promises sont ainsi des dessins toujours très simplifiés, colorés pour la plupart en rouge et noir avec, parfois, quelques nuances de gris. Rien de bien esthétique. Ainsi, outre leur inutilité totale pour éclaircir le propos, les images sont également laides, ce qui fait perdre au livre son intérêt. « Un ajout parfait à toute bibliothèque », dit modestement le résumé en quatrième de couverture après avoir vanté la qualité des infographies « pointues ». Il sera permis d’en douter, car au final, le livre ne sera pas satisfaisant pour le nouveau venu qui ne verra ici que des données brutes ou presque, tandis que le passionné n’apprendra pas grand chose de plus. Véritablement, Steve Hall nous avait habitués à bien mieux.

Steve Hall (infographies de Katie Beard), Titanic 101, The Great Infographic History, The History Press, 2013

 

Les plus

  • Quelques infographies valent la peine en illustrant de façon pertinente des informations peu connues…

 

Les moins

  • … mais elles sont noyées dans la masse des infographies inutiles, quand elles ne prennent pas le lecteur pour un imbécile heureux.
  • Des dessins schématiques sans véritable intérêt esthétique.
  • De Steve Hall, et au vu des pointures mentionnées dans les remerciements, on aurait pu attendre plus.

 

Publié dans Ouvrage généraliste, Pas une grosse perte | Pas de Commentaires »

Paul Lee’s Titanic Pages

Posté par Antoine le 24 juin 2014

Pour l’amateur du Titanic, le web regorge de sites plus ou moins approfondis. Ceux qui renferment souvent le plus de potentiel sont les sites personnels de chercheurs qui y publient maints articles. J’ai déjà eu l’occasion de présenter ici le site de George Behe. Voici désormais celui d’une autre sommité, Paul Lee, qui propose un grand nombre de travaux sur plusieurs sujets, mais aussi les retranscriptions de documents originaux particulièrement intéressants. Une mine d’or qui ne pourra que plaire aux plus passionnés.

Lee

 

Dans la sphère du Titanic, Paul Lee est principalement connu pour ses travaux sur le Californian, notamment son livre très apprécié Titanic and the Indifferent Stranger qui tente de faire le point sur le cas du Californian en n’étudiant pas seulement les faits d’époque, mais aussi tous les débats qui se sont déroulés sur le sujet durant le siècle suivant. On retrouve sur le site plusieurs articles sur le sujet : deux pour faire le point (ici et ), mais aussi quelques articles sur Stanley Lord et l’un de ses officiers, Herbert Stone. Cette controverse du Californian est aussi, plus malheureusement, prétexte à deux articles démontant les idées de certains contradicteurs, en l’occurence Senan Molony (ici) et Daniel Allen Butler, auteur du contesté The Other Side of the Night (ici). Les critiques de Lee sont, sur le fond, toujours étayées solidement et intelligentes. C’est pourquoi il est d’autant plus dommage de le voir par moment s’abaisser à quelques piques personnelles. Cela n’altère en rien la qualité du site, mais je dois reconnaître que cela avait suffi à me rebuter et m’éloigner un temps de ces contenus de qualité.

Outre le Californian et au grand bonheur de ceux que cette polémique rebuterait, on trouve sur le site de Paul Lee bien d’autres choses. On pourra ainsi y trouver une synthèse des témoignages au sujet du départ d’Ismay dans un canot, la mort de Frederick Fleet, ou encore le nom original du Britannic. Lee n’hésite pas non plus à soulever certains lièvres concernant l’épave, remettant parfois en doute la version officielle, que cela concerne l’identité de ceux qui l’ont découverte, ou surtout la vitesse de détérioration du site. Parfois, de gros pavés sont lancés dans la mare, mais toujours avec de très bonnes explications. Enfin, là où Lee peut-être vraiment bon, c’est lorsqu’il propose des synthèses de témoignages pour donner une vue d’ensemble de la façon dont la collision a été perçue à bord, ou encore l’idée que l’on peut se faire de la progression de l’eau dans le Titanic durant le naufrage. La liste n’est bien entendu pas exhaustive, d’autant que le contenu est régulièrement renouvelé et mis à jour (la dernière mis à jour remonte à deux jours au moment où j’écris ces lignes).

Bien entendu, tout le monde ne sera pas familier avec ces sujets. Qu’à cela ne tienne, Lee propose d’autres sujets intéressants et plus accessibles, notamment des bêtisiers recensant les erreurs historiques des différents films, mais aussi une carte interactive des mémoriaux, épaves et attractions liés au Titanic. Enfin, Lee nous propose quelques archives personnelles, mais aussi une retranscription de la correspondance qu’avait entretenue Walter Lord avec de nombreux acteurs du drame. Tout cela est particulièrement appréciable. Le seul véritable reproche que l’on pourra faire au site de Paul Lee est son design, clairement daté et peu ergonomique, mais qui a au moins l’avantage de mettre en avant l’essentiel.

En dépit de ces quelques défauts, le site de Paul Lee est clairement un incontournable. Quiconque voudra vraiment aborder ces articles aura peut-être intérêt à les lire sur papier, tant ils sont denses !

 

Les plus

  • Beaucoup d’articles sur divers sujets.
  • Le fond est très solidement étayé et ouvre beaucoup de perspectives de réflexion : on apprend énormément de choses.
  • Les archives disponibles sont un plus non négligeable.
  • Les explications les plus techniques sont souvent accompagnées de schémas pour aider la compréhension.

 

Les moins

  • Malgré tout, ce site s’adresse avant tout au passionné déjà chevronné. Un nouveau risque de se perdre totalement ici.
  • La personnalisation de certains débats peut mettre mal à l’aise.
  • Le design du site n’est clairement pas attrayant.

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Sites | Pas de Commentaires »

Ce blog n’est pas mort, regardez, il bouge encore !

Posté par Antoine le 11 avril 2013

Contrairement aux apparences qui sont parfois bien trompeuses, Biblio-Titanic n’est pas mort. Quelques occupations externes ainsi que la transformation progressive de mon poil dans la main en baobab m’en ont simplement tenu éloigné quelques temps, mais un engraissement récent de ma bibliothèque ne manquera d’ouvrir de nouvelles perspectives, je l’espère ! L’activité titanicienne reste forte, avec l’annonce officielle de la mise en construction du Titanic 2 ainsi que l’authentification plus que douteuse du violon de Wallace Hartley. Ces informations n’ont pourtant qu’un piètre intérêt comparées à la grande nouvelle du moment, le passage à Paris de la célèbre Titanic Artifact Exhibition de 1er juin au 15 septembre. Le sujet a déjà été évoqué avec brio, et je ne saurai qu’ajouter une recommandation, allez-y !

Je profite de ce billet d’annonces pour signaler la sortie de deux excellents ouvrages du non moins excellent Gérard Piouffre, qui n’a plus besoin d’être présenté sur ce blog.


Ce blog n'est pas mort, regardez, il bouge encore ! dans Coup de coeur 2469

Le premier de ces livres est Les Grandes inventions (publié chez First). Imposant volume, il appartient à la même collection que Les Grands naufrages du même auteur. Le sujet est, certes, moins attirant aux yeux des passionnés de marine que nous sommes, mais l’auteur laisse clairement transparaître sa passion pour les transports maritimes et aériens. Entre le feu et la clé USB, l’ouvrage évoque entre autres la naissance du sous-marin, de la turbine à vapeur, l’évolution de la turbine à vapeur, et parvient même à nous expliquer de façon convaincante et claire ce qu’est un rivet. Les Titanicophiles apprécieront. Un livre avant tout destiné aux curieux de toutes sortes, désireux de comprendre d’où viennent bon nombre de ces objets qui font notre quotidien.

9782737359125 dans Vie du blog

Autre ouvrage, nettement moins épais cette fois-ci, Les traites négrières (publié par Ouest France) revient sur l’horreur du commerce triangulaire. L’affaire est, cette fois-ci, bien plus liée à la marine puisque les charters n’étaient pas encore au point à l’époque. De nombreuses illustrations de qualité accompagnent le texte fluide qui se lit rapidement. C’est une plongée dans un monde à la fois proche et différent du nôtre, avec la froide horreur des méthodes de transport et d’entretien de ce qui n’est alors qu’une « marchandise ». La question de l’abolition de l’esclavage est également mentionnée, et nous renvoie à des débats bien plus contemporains où, une fois encore, la morale et l’éthique se heurtent au bien de l’économie, cette dernière sortant souvent gagnante. Le temps fort du livre est cependant le récit d’une traversée classique, du départ de France à la vente aux Caraïbes, en passant par l’achat des esclaves en Afrique. Un voyage dont certains détails font froid dans le dos.

Deux livres que je recommande donc chaudement, en attendant de nouveaux billets centrés sur le Titanic cette fois-ci !

Publié dans Coup de coeur, Vie du blog | Pas de Commentaires »

Bientôt sur vos écrans !

Posté par Antoine le 3 avril 2012

À l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, les chaînes de télé se mettent au goût du jour avec de nombreux documentaires sur notre navire préféré. Du bon et du bien moins bon, très certainement. Alors prenez vos pincettes, votre télécommande et le pop corn : les semaines à venir vont être chargées.

On commence dès aujourd’hui, mais sur les ondes, avec le passage de Gérard Piouffre aux Grosses Têtes ! Un spécialiste du Titanic devant Bouvard, ça se fête, alors pensez à mettre RTL cet après-midi de 16 à 18 heures !

On enchaîne demain avec France 3, à 22 h 45 environ (mes sources divergent, visez large) et l’émission de Franck Ferrand L’Ombre d’un doute consacrée au Titanic. Vous y retrouverez, outre le même Gérard Piouffre, un certain nombre de descendants de passagers du Titanic, notamment Elizabeth Navratil.

France Bleu Maine et France Bleu Cotentin consacrent pour leur part une série (10 épisodes de 4 minutes 20) consacrée à l’histoire du Titanic racontée par l’excellent acteur André Dussolier. Le tout est disponible en podcast. Après écoute du premier épisode, le tout s’avère très prometteur.

Le 8 avril, ne ratez pas la soirée spéciale Titanic de Planète Thalassa. La chaîne de la mer nous propose deux documentaires au fort potentiel, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Le héros du Titanic (docu-fiction consacré aux mécaniciens du Titanic), le tout ce dimanche à partir de 19 h 45 sur cette chaîne du câble. Le site de la chaîne organise par ailleurs un grand jeu concours avec entrées à la Cité de la Mer et livres à gagner, à partir du 6 avril. (bande annonce ci-dessous)

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Mardi 10 en prime time, France 2 met en scène l’histoire du Titanic, Titanic, la véritable histoire. Vous savez à quel point je crains ces titres à sensation (les réalisateurs de La Minute de vérité peuvent en témoigner !), mais le documentaire étant anglais, on peut espérer une mauvaise traduction cachant un documentaire sérieux. Verdict dans une semaine.

Le 13, Gérard Piouffre est à nouveau au rendez-vous sur Europe 1 le vendredi à 12 heures 50 pour parler avec Franck Ferrand de l’histoire du Titanic.

Enfin, la mini-série Titanic sera diffusée en intégralité le 14 avril au soir sur TMC. On m’en a principalement dit du mal, mais libre à chacun de se faire son opinion. Personnellement, je ne serai pas devant ma télé pour causes de célébrations du centenaire avec l’Association Française du Titanic.

Bon visionnage, et n’hésitez pas à signaler ici d’autres éventuels documentaires à venir !

Publié dans Documentaire | Pas de Commentaires »

Nous étions à bord du Titanic

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

L’année du centenaire voit le Titanic revenir à l’honneur dans les librairies francophones, et c’est tant mieux. Historien de marine auteur d’une trentaine d’ouvrages, Gérard Piouffre avait déjà publié en 2009 l’excellent livre Le Titanic ne répond plus qui, tout en restant simple d’accès, faisait rigoureusement le tour de la question. Il récidive cette année avec Nous étions à bord du Titanic, publié chez First Editions. Que se cache-t-il derrière la superbe couverture de l’ouvrage ? C’est ce que je vous propose de découvrir.

Nous étions à bord du Titanic dans Coup de coeur 9782754029773FS

Si Le Titanic ne répond plus avait pour but de relater l’histoire du Titanic comme un roman, mais de façon rigoureuse, Nous étions à bord du Titanic opte pour une forme beaucoup plus souple et ludique. Le parti pris est ici de raconter l’histoire du navire jour par jour, du 27 mars au 15 avril 1912 (l’accent étant bien entendu mis sur les derniers jours) en recoupant les points de vue de différents acteurs du drame. Ils sont venus, ils sont tous là : Edward Smith, Charles Lightoller, le commissaire McElroy, le chef mécanicien Bell, Violet Jessop, Harold Bride et Jack Philips pour citer l’équipage ; Madeleine Astor, Lawrence Beesley, William Thomas Stead et Helen Churchill Candee parmi les passagers. Et la liste n’est pas exhaustive. Chacun nous raconte, comme dans un journal intime, sa vision de la journée, des événements ; McElroy nous fait découvrir l’approvisionnement du navire ; les opérateurs radio nous racontent leur travail, et le lecteur éteint l’incendie de la soute à charbon aux côtés des mécaniciens et chauffeurs.

C’est là la grande qualité de Nous étions à bord du Titanic. Le style fluide de Gérard Piouffre aide à aborder de nombreux aspects, parfois techniques, sans forcément s’en rendre compte. La lecture est aisée, aidée par la présentation du livre écrit gros. Les pages défilent vite, et l’on découvre la vie à bord, comme si on y était. Car c’est finalement là le but de Nous étions à bord du Titanic : nous faire revivre la seule et unique traversée du géant, de ses préparatifs à sa fin prématurée. Le naufrage lui même n’occupe qu’une part assez réduite de l’ouvrage, et n’est pas racontée de la façon la plus détaillée qui soit (c’était au demeurant déjà le cas dans Le Titanic ne répond plus), mais on en sait suffisamment pour avoir une vision globale de l’événement. De même, la construction du navire et les suites de son naufrage sont rapidement expédiées en quelques pages d’introduction et de conclusion. L’objet du livre est véritablement de nous faire découvrir la vie à bord du Titanic, sous tous les points de vue possibles. Et cet objectif est atteint haut la main.

Que le lecteur ne cherche donc pas une synthèse scientifique des événements, d’autres livres sont nettement plus adaptés. Qu’il ne cherche pas non plus un livre où tout est certain : par moments, l’auteur a dû faire un travail d’imagination pour compléter certains « vides », mais sans jamais trahir l’esprit du Titanic. Rien n’est aberrant, rien n’est à proprement parler irréel, et les ajouts sont anecdotiques. De fait, Nous étions à bord du Titanic ne sera jamais un ouvrage de référence en « titanicologie » . Il sera en revanche un choix plus qu’appréciable pour ceux qui veulent redécouvrir une époque disparue, ou bien aborder l’histoire du Titanic en néophyte. Ce livre, destinés aux publics de connaisseurs comme aux nouveaux venus, sera certainement une bien belle porte d’entrée pour beaucoup de futurs Titanicophiles poussés par le centenaire.

 

Les plus

  • Facile à lire, style fluide, le texte est écrit gros et le livre est beau et bien fait
  • Les nombreux points de vue permettent d’aborder les choses sous tous les angles, de la passerelle à la salle des machines en passant par les salons du Titanic.
  • Une reconstitution très vivante de la vie à bord du paquebot

 

 

Les moins

  • Le naufrage est peut-être sous-évoqué par rapport à la traversée et à sa préparation.
  • Attention : ce n’est pas à proprement parler un ouvrage historique (dans le sens d’ouvrage de référence sur le sujet), mais plus une reconstitution très fidèle de la traversée, qui prend parfois quelques libertés avec la vérité pour reconstituer les vides.

 

 

Publié dans Coup de coeur, Roman | 4 Commentaires »

Du changement pour le centenaire !

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

2012 est arrivée ; cette nouvelle année est, bien entendu, très chère aux Titanicophiles de tous horizons. Il faut dire que l’actualité nous a « gâtés » avec le naufrage du Costa Concordia, qui rappelle à la presse le naufrage du Titanic et le remet sous les projecteurs. En cette année, les nouveaux livres vont fleurir (ils fleurissent déjà, au demeurant), les anciens vont ressortir, et nous allons être abreuvés de bon, de très bon… et d’immonde. Plus que jamais, Biblio-Titanic sera là pour essayer de vous permettre de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Nouvelle année signifie également nouvel habillage, pour rajeunir et donner un peu plus de classe à ce blog qui en avait bien besoin. Le contenu évolue également en essayant de mettre plus que jamais l’accent sur votre participation : une nouvelle page a vu le jour à cet effet. Cette année verra toujours plus de critiques, d’interviews et, je l’espère, quelques surprises !

Enfin, à l’aube de cette année de centenaire, pensez à renouveler (ou inaugurer) votre inscription à l’Association Française du Titanic, qui prépare bien des événements pour cette année de commémoration.

Publié dans Vie du blog | 1 Commentaire »

Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

Publié dans Rencontre avec... | 3 Commentaires »

Rencontre avec Andrew Nelson

Posté par Antoine le 4 novembre 2011

Andrew Nelson est un nom qui ne dira probablement rien à bon nombre de Titanicophiles. Pourtant, ce nom m’avait marqué dans mon enfance, tant il semblait prédestiné. Car, tout comme Thomas Andrews, cet Andrew là a (re)conçu le Titanic et l’a fait naviguer à nouveau. Andrew Nelson est en effet le concepteur du jeu vidéo Titanic, une Aventure hors du temps, qu’il a écrit et réalisé. Alors que le jeu fête aujourd’hui ses 15 ans sans avoir pris une ride, j’ai eu la chance d’interviewer l’homme qui en est à l’origine. Vous pouvez en savoir plus sur ses activités actuelles via son blog.

 

Biblio-Titanic : Avant d’écrire et de réaliser Titanic, vous avez travaillé sur Dust, un jeu de western plutôt déjanté. Comment êtes-vous passé du Far West au Titanic  ? Comment est venue cette idée ? Étiez-vous intéressé par ce navire auparavant ?

Andrew Nelson : Comme beaucoup d’enfants, je me suis intéressé au Titanic, mais la véritable motivation pour faire ce jeu est venue de ma belle-soeur, Debi Lambert, qui m’a demandé : « J’aimerais vraiment jouer à un jeu sur ordinateur, mais ils durent des heures. Peux tu faire un jeu qui ne prenne que deux heures pour être fini ? » Pendant le vol du retour, j’ai lu un article qui m’a fait me rappeler que le Titanic avait justement sombré en deux heures. C’est de là qu’est partie l’idée pour la deuxième partie du jeu. Une foi que vous avez tous les objets en main, le navire heurte l’iceberg et le joueur a alors deux heures seulement pour réunir les éléments et quitter le navire.

 

B-T : J’ai entendu dire que le célèbre historien du Titanic Walter Lord avait donné quelques indications pour la réalisation du jeu. De façon plus générale, qui s’est occupé des recherches historiques et quelles ont été vos principales sources d’information ?

A. N. : J’ai passé un après-midi à parler à Walter Lord dans son appartement de New York. Il m’a montré de nombreux objets sur le Titanic. Ca a vraiment été un merveilleux après-midi avec lui. Les principales sources d’information viennent de son livre, des rapports des audiences du congrès et d’autres sources, notamment un magazine de construction navale présentant en avant première le navire, publié en 1911.

 

B-T : Au cours du jeu, les personnages mentionnent des anecdotes sur ce qui s’est vraiment passé à bord, parlent des véritables passagers du paquebot, mais aucun de ces personnages n’est représenté dans le jeu. Ce choix était-il délibéré, et pourquoi ?

A. N. : Nous pensions qu’il serait trop difficile de recréer ces gens, et qu’il serait plus facile pour nous d’insérer des personnages fictifs – donnant aux personnages réels la possibilité d’ »exister » autour de vous, le personnage.

 

B-T : Combien de temps cela prend-t-il pour écrire un jeu comme Titanic ? Quelles difficultés avez vous rencontré ? Y-a t-il des passages que vous avez particulièrement aimé écrire ?

A.N. : Il a fallu environ quatre mois pour écrire et mettre au point le script – il était très difficile de mettre au point tous les niveaux. J’ai aimé écrire tous les passages, mais j’ai apprécié certains des personnages les plus évidemment drôles.

 

B-T : Quand il a été publié il y a 15 ans, le jeu était l’un des plus beaux réalisés et a connu de très bonnes critiques. En 15 ans, les jeux vidéos ont évolué. Que changeriez vous si vous deviez refaire Titanic aujourd’hui.

A.N. : Ce serait génial d’utiliser la puissance des processeurs et des cartes graphiques actuelles pour placer plus de gens dans les décors et créer un environnement plus largement recréé, avec encore plus de détail et de réalisme. Les personnages n’auraient pas à changer.

 

B-T : À ce sujet, de nombreuses personnes veulent voir un remake de ce jeu (il y a même une pétition !), car aucun jeu sur le Titanic produit depuis n’a su être meilleur qu’Une Aventure hors du temps. Y-a t-il une chance de voir un jour un remake de Titanic, une Aventure hors du temps ?

A.N. : Merci pour vos compliments. Je suis très surpris et heureux d’entendre qu’il y a une pétition pour le refaire. Y-a t-il un lien où jeu peux la voir ? [ici, NdR] Il n’y a pas actuellement de plan pour le refaire, mais on ne sait jamais… il pourrait peut-être y avoir un nouveau jeu sur le Titanic. C’est une des idées les plus séduisantes au sujet de ce navire, il peut être tout ce que vous voulez. C’est l’Histoire, et en tant qu’Histoire, il appartient au monde entier.

 

B-T : Sur une note plus personnelle, vous intéressez vous au Titanic ? Lisez-vous toujours des choses à son sujet depuis la réalisation du jeu ?

Oui. En écriant ces lignes, je regarde mon mur, et il y a une ancienne peinture du navire en train de couler. C’est un artiste candide qui l’a peint sur du verre. Et quand le film de James Cameron est sorti, je suis allé le voir à deux reprises. J’étais tellement heureux de voir un film sur le navire et de ne pas avoir travaillé dessus ! [Titanic de James Cameron est sorti un an après le jeu, NdR]

 

B-T : Y-a t-il un livre sur le sujet que vous recommanderiez ?

A. N. : Je commencerais, et terminerais, par La Nuit du Titanic. C’est le meilleur livre sur le sujet et il a été écrit quand des survivants étaient encore en vie et pouvaient toujours se souvenir du naufrage.

 

B-T : Quels ont été vos projets depuis Titanic ?

A. N. :  J’ai travaillé comme producteur pour Britannica.com et je suis auteur pour la National Geographic Society. Je suis actuellement professeur à l’Université de Loyola à la Nouvelle-Orléans. Concernant les jeux-vidéo, je pense qu’ils avaient besoin de s’améliorer techniquement, mais j’espère qu’ils seront capables de créer des personnages plus complètement développés et travaillés. Il est peut-être temps pour un nouveau navire de quitter le port.

Publié dans Rencontre avec... | 1 Commentaire »

Rencontre avec Mark Chirnside

Posté par Antoine le 31 juillet 2011

Dans la série des rencontres avec des auteurs titanicophiles, j’ai eu la chance d’obtenir de Mark Chirnside (The Olympic Class Ships) qu’il réponde à quelques questions au sujet de ses livres et de sa passion.Voici donc ses réponses. L’interview devrait prochainement être disponible en version anglaise originale sur son site, Mark Chirnside’s Reception Room.

 

Biblio-Titanic : J’ai lu l’édition 2006 de votre livre sur les paquebots de classe Olympic. Outre les nouvelles images et la section en couleur, quels sont les principaux changements ? Y a t-il eu de grandes découvertes entre la première édition et celle de 2011 ? Avez vous changé d’avis concernant certains points de l’histoire du paquebot ?

Mark Chirnside :  L’édition originale, publiée en 2004 et réimprimée en 2005 et 2006 comportait 352 pages. Cette nouvelle édition comporte 32 pages supplémentaires et une section en couleurs de 16 pages, pour un total de 400 pages. Elle est ainsi nettement plus grande.

Tout comme la nouvelle section en couleurs et le texte supplémentaire au sujet des expéditions récentes sur les deux épaves, le texte en général a été amélioré et un grand nombre d’erreurs mineures ont été corrigées. Quelques appendices ont été ajoutés, dont un examinant le Germanic/Homeric, dont on a dit qu’il devait remplacer le Titanic, mais qui devait en réalité servir sur la ligne de Liverpool, et un autre expliquant en détail comment les nouveaux navires ont été financés. Contrairement à une croyance répandue, la White Star Line a rassemblé le capital par elle même,sans assistance directe de J. P. Morgan. L’index a été amélioré, et il y a des ajouts comme une note explicative qui souligne les raisons derrière un certain nombre de changements spécifiques que j’ai faits.

En général, mon point de vue est resté le même, mais dans certains cas, j’ai mis à jour le livre pour refléter des faits dont je n’étais pas au courant quand le livre original a été écrit (2001-02).

 

Biblio-Titanic : Vous avez commencé à écrire des livres d’histoire vers vos 20 ans. Comment cela vous est-il venu ? Avez vous réussi à le relier à vos études et cela a t-il été difficile de le publier ?

Mark Chirnside : J’avais 19 ans lorsque la première édition a été publiée. Je pense que j’ai eu de la chance de trouver un éditeur qui a reconnu que mon travail contenait de nouveaux éléments et était une contribution originale au sujet. J’ai travaillé très dur, mais j’ai pu le combiner à mes études et à une vie sociale active.

 

Biblio-Titanic : L’Olympic, le Titanic et le Britannic sont en bien des points liés, mais ont des histoires très différentes. Et-ce que lune d’elles vous intéresse plus que les deux autres ?

Mark Chirnside : Je les trouve tous les trois intéressants, mais je me centre plus sur l’Olympic et le Britannic.

 

Biblio-Titanic : Y a t-il encore quelque chose à découvrir au sujet des paquebots de classe Olympic ? Quels points voudriez vous encore approfondir ?

Mark Chirnside : Il y a toujours quelque chose de plus à apprendre quel que soit le sujet. Quand on trouve une nouvelle information, cela peut mener à une découverte sur quelque chose d’autre qu’on n’avait jamais envisagé auparavant. De même, si une information inexacte est largement diffusée, il est important de continuer à la corriger, même si ça peut être un procédé lent et frustrant.

Pendant 95 ans, à partir du moment où l’Olympic a terminé son voyage inaugural jusqu’à l’été 2006, on considérait qu’il lui avait fallu 5 jours, 16 heures et 42 minutes,  à une moyenne de 21,17 noeuds, entre Daunt’s Rock (après avoir quitté Queenstown) et le bateau feu du chenal d’Ambrose (en arrivant à New York). Cependant, quand Sam Halpern et moi avons fouillé toutes les preuves disponibles concernant son départ, sa vitesse, et ses heures d’arrivée, il est devenu clair qu’une erreur de 100 minutes s’était glissée dans les calculs. Au lieu de ça, elle avait mis 5 jours, 15 heures et 2 minutes et avoisiné les 21,43 noeuds. Les gens pourront penser que le problème est mineur et ça l’est, peut-être :mais si nous voulons faire l’effort de consigner toutes les performances de l’Olympic pour des besoins historiques, alors nous devons le faire correctement. Même quatre ans après que nous avons publié notre recherche sous le titre Maiden Voyages Mysteries (les mystères du voyage inaugural [NdT]), dans le journal Voyage de la Titanic Historical Society et en ligne sur Encyclopedia Titanica (lisible ici [NdT]), le temps incorrect est encore largement utilisé. En utilisant la durée correcte, on sait que sa vitesse moyenne et sa consommation de charbon étaient légèrement supérieure, ce qui a une influence sur d’autres domaines de recherche, comme la performance du Titanic lors de son voyage inaugural comparée à l’Olympic, et la consommation de charbon du Titanic.

Dans les années passées, j’ai découvert des détails sur les voyages d’Arthur Conan Doyle à bord de l’Olympic et une description intéressante qu’il a faite du navire ; la même chose est vraie avec J. B. Priestley, qui a écrit la célèbre pièce Un inspecteur vous demande, qui se déroule en 1912 et faisant référence à l’insubmersible Titanic. J’espère continuer à trouver des récits de passagers qui ont voyagé à bord de l’Olympic durant sa carrière, tout comme ceux qui étaient à bord durant la guerre.

Nous avons une assez bonne idée de la façon dont la conception des trois navires a évolué, dont les expériences de arland & Wolff avec d’autres navires comme l’Oceanic et l’Adriatic, mais c’est quelque chose qui m’intéresse et je vais continuer à chercher dans ce secteur. Je suis intéressé par beaucoup d’aspects de leur histoire, et je vais essayer de tous les explorer.

 

Biblio-Titanic : Sur une note plus personnelle, comment et quand avez vous commencé à vous intéresser à l’histoire de la classe Olympic ?

Mark Chirnside : J’ai lu le livre pour enfants L’Exploration du Titanic quand j’avais neuf ans, puis j’ai vu A Night to Remember (1958) et Titanic (1997). Mon intérêt pour le Titanic a ensuite débordé sur l’Olympic et le Britannic, dont j’ai fait le centre de mes recherches.

 

Biblio-Titanic : Avez vous une idée du sujet de votre prochain livre ? Vous avez déjà écrit sur l’Aquitania et le Majestic : quelle autre paquebot aimeriez vous étudier ?

Mark Chirnside : Olympic Titanic Britannic: An Illustrated History (Olympic, Titanic, Britannic : une histoire illustrée [NdT]) doit sortir au tout début 2012, donc je vais être occupé cette fin d’année à travailler avec les maquettes du livre et à relire le résultat final. Ce serait aussi agréable d’y aller un peu plus lentement en ce qui concerne mon travail d’écrivain. Toutefois, je prévois des opportunités pour fouiller des navires comme les ‘Big Four’ (Celtic, Cedric, Baltic et Adriatic) et de continuer à examiner certains aspects en particulier des navires de classe Olympic et de leur histoire. Une édition révisée de mon livre sur l’Olympic serait aussi une bonne chose : il est maintenant épuisé et certaines copies d’occasion se sont déjà vendues à plus de 100£ !

 

Biblio-Titanic : Pour finir, la « question troll » : quelle est votre position concernant la polémique tristement célèbre du Californian ?

Mark Chirnside : J’allais dire « no comment », mais ce serait trop facile ! Je souscris aux positions exprimées dans le livre à venir Report into the Loss of the SS Titanic: A Centennial Reappraisal (History Press, 2011)(Rapport sur le naufrage du SS Titanic : une réouverture centenaire [NdT]). C’est une entreprise collaborative menée par Sam Halpern, impliquant un grand nombre de chercheurs, à laquelle j’ai apporté une petite contribution. Le livre devrait être disponible avant la fin de l’année.

Publié dans Rencontre avec... | 2 Commentaires »

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic

Posté par Antoine le 28 juillet 2011

Parmi les ouvrages francophones publiés sur le Titanic, la plupart sont des travaux de synthèse (parfois excellents, comme on a pu le voir). Peu, en revanche, tentent d’apporter du contenu nouveau. C’est pourtant ce qu’arrive à faire l’ouvrage Les Français du Titanic (lire ma critique ici), co-écrit par François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret et Olivier Mendez et publié chez Marines éditions en 2011. J’ai eu la chance de pouvoir poser des questions à deux des auteurs de cet ouvrage, que je remercie chaudement : voici leurs réponses.

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic dans Rencontre avec... les-francais-du-titanic

Biblio-Titanic : Commençons par quelques questions au sujet du livre : comment est né le projet ? Qui a eu l’initiative, et comment l’équipe s’est elle formée ?

Franck Gavard-Perret : L’objectif était surtout de réunir quatre membres de l’Association Française du Titanic (dont son président et le rédacteur en chef de sa revue) afin de mettre en lumière les vies de quarante-neuf Français, aux parcours très différents et atypiques, pourtant tous embarqués sur le même paquebot.

François Codet : le projet d’utilisation des nombreux éléments recueillis par l’AFT sur les Français du Titanic entre 1998 et 2008 avait déjà été envisagé à plusieurs reprises. Il s’est trouvé pouvoir prendre forme à partir de l’été 2009, en particulier grâce aux conseils pratiques de Gérard Piouffre.

 

B-T : Travailler à quatre demande forcément une certaine organisation : comment vous êtes vous partagé les tâches ? Avez vous eu des difficultés de ce point de vue ?

F G-P : L’essentiel du travail repose sur les recherches généalogiques et biographiques réalisées par Alain Dufièf et Olivier Mendez pendant de très longues années, ainsi que sur les connaissances maritimes de François Codet, ancien commandant de vaisseau. Sur cette solide base se sont greffés quelques travaux que j’avais entrepris pour Latitude 41, la revue interne de l’Association Française du Titanic. François Codet a réussi à rassembler nos différents travaux tout en conservant une certaine fluidité du texte. La principale difficulté consistait à éviter toute répétition, un piège qui se tend facilement lorsque quatre personnes apportent leur propre pierre à un édifice. Ainsi, les derniers mois avant l’impression ont été consacrés aux modifications, ajouts, suppressions et bien entendu relectures.

 

B-T : Depuis combien de temps le livre était-il en préparation ?

F G-P : Si l’on excepte les recherches menées en amont, plus d’une année a été nécessaire pour élaborer un texte clair et trouver un éditeur. François Codet, Président de l’AFT, a mené les pourparlers avec Marines éditions.

 

B-T : Quelles ont été vos principales sources d’information ?

F G-P : Il s’agit essentiellement des centres d’archives départementales et municipales pour les recherches biographiques, ainsi que la presse de l’époque. Une bonne bibliographie que nous avons construite tous ensemble nous a également éclairé sur le Titanic, sa construction, ses installations et sa traversée inachevée. Des ouvrages plus spécialisés et des revues d’associations de « titanicologues », abordant souvent des thèmes particuliers, ont aussi retenu notre attention.

 

B-T : Certains sujets étaient probablement déblayés avant votre passage, mais quels sont ceux pour lesquels vous avez presque tout dû chercher ?

F G-P : Avant la sortie de ce livre, peu de Français du Titanic avaient intéressé les chercheurs. Les précédents auteurs relataient l’histoire de la famille Navratil, à la fois tragique, poignante et assez unique en son genre. Roger Bricoux était parfois mentionné car il appartenait au tristement célèbre orchestre de bord. Le nom de Ninette Aubart apparaissait aussi dans les biographies de Benjamin Guggenheim. Mais aucune publication ne traitait des familles Laroche, Mallet, Lefebvre, du personnel français du Restaurant à la carte, du sculpteur Paul Chevré etc… Certaines recherches ont parfois été épiques, comme celle concernant Marie Eugénie Spencer. Nous avons retrouvé ses origines après avoir établi qu’elle était de sa nationalité française quelques semaines avant l’impression du livre !

 

B-T : Y’a t-il des zones d’ombres qui vous ont vraiment résisté, des points que vous aimeriez encore approfondir ?

F G-P : Bien sûr, toutes les biographies ne sont pas complètes. Dans certains cas, les sources manquent, ce qui est fort regrettable pour l’historien ou le généalogiste. Mais nous savons que les familles de certains de nos compatriotes conservent encore des documents auxquels nous aurons peut-être un jour accès.

De formidables découvertes sur l’identité d’Henriette Yvois ont été réalisées par Alain Dufièf juste après la parution de l’ouvrage. De quoi promettre une belle mise à jour du livre lors d’une éventuelle réédition !

 

B-T : Quels sont vos prochains projets en lien avec le Titanic ?

F G-P : Ils sont nombreux et paraîtront prochainement dans les revues internes de l’Association Française du Titanic, la Titanic International Society et la Titanic Verein Schweiz ! J’achève un article sur les cent ans du voyage inaugural de l’Olympic, je co-écris un article avec Günter Bäbler sur la genèse de la Classe Olympic et je poursuis des recherches sur un mémorial de Glasgow en partenariat avec des centres d’archives écossais.

 

B-T : Et pour parler du Titanic, justement ; la question classique : comment l’avez vous découvert ?

F G-P : En 1997 en achetant le livre de Eddie E. O’donnell présentant les photographies du Révérend Père Browne. Mais je ne crois pas avoir contracté la « Titanicomania » consécutive à la sortie du film de James Cameron.

 

 

B-T : Quel est selon vous le meilleur livre sur le sujet (à part le votre, bien sûr !) ?

F G-P : Pour deux raisons, il est impossible pour moi de considérer un meilleur ouvrage parmi tous ceux proposés par le sujet. D’une part, un bon ouvrage représente l’avancée des recherches au moment même de sa parution. Pour chaque décennie, un ouvrage a semblé sortir du lot et devenir une référence absolue, incontestable (« A Night To Remember » en  1956, « The Maiden Voyage » en 1969, « Titanic, Triumph and Tragedy » en 1986 etc…) mais le Titanic occupe encore un centre d’intérêt si fort que le dossier n’est pas clos. En fonction des recherches, de nouvelles théories voient le jour, des débats sont tenus, des points de vue divergent etc…si bien qu’il n’existe aucun livre définitif sur le sujet. En conséquence, certaines informations ou considérations de Walter Lord, Geoffrey Marcus ou John Eaton et Charles Haas sont désormais contestables voire obsolètes.

D’autre part, l’intérêt à long terme peut concerner un livre abordant un thème particulier et précis. Je pense par exemple au débat entourant le Californian pour lequel le travail de Leslie Reade (« The Ship that stodd still »), qui a aujourd’hui 20 ans, reste une référence. Mieux encore, les travaux de Wilton Oldham (« The Ismay Line ») et Roy Anderson (« White Star ») datent respectivement de 1961 et 1964 mais demeurent incontournables pour l’étude de la compagnie maritime White Star. Des ouvrages biographiques ou autobiographiques conservent aussi une crédibilité. Mais un ouvrage très général comporte nécessairement des erreurs ou des observations qu’une partie des spécialistes contestera.

 

B-T : Pour finir, la question troll : Ismay, coupable ou innocent ?

F G-P : Concernant son évacuation critiquée du paquebot, il s’agit pour moi d’un faux débat. Le jugement manichéen du coupable ou de l’innocent ne relève pas de l’historien mais du sociologue, voire du psychologue. Le véritable intérêt pour l’historien est de définir les circonstances dans lesquelles Ismay a quitté le Titanic. Et force est de constater que peu de témoignages fiables viennent étayer une théorie incontestable.

A propos de sa discussion avec EJ Smith, seule la passagère Lines a « entendu » – je n’ai pas écrit « écouté » – quelques mots dans une pièce où un bruit de fond couvrait partiellement les propos tenus par les personnes attablées. Les deux hommes ont évoqué le fonctionnement général des machines et des chaudières. En réalité, Lines a surtout rapporté que Ismay a déclaré « Nous battrons l’Olympic ». Mais elle n’a jamais reconnu que ces mots avaient été prononcés  sur un ton impératif.

Ismay incarnait un dirigeant de prime abord antipathique tenu partiellement responsable de la catastrophe par l’opinion publique. Sa prétendue lâcheté a été grandement véhiculée par la presse américaine en quête de sensationnel et satisfaite de trouver en lui le parfait bouc émissaire. Certes Ismay a eu une discussion avec Joseph Bell à bord du Titanic. Mais pourquoi se focaliser sur cette entrevue qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire ? En effet, Ismay correspondait régulièrement avec les chefs mécaniciens par courrier pour s’informer sur la bonne évolution des machines de ses navires (Laurentic, Olympic…). Lors de leur dernier entretien, Ismay a demandé à Bell si le Titanic pouvait gagner New York plus rapidement que l’Olympic. S’agissait-il d’un ordre ? Plusieurs indices me laissent penser le contraire. Dans l’absolu, une traversée plus rapide était réalisable mais elle aurait nécessité une consommation excessive de charbon à laquelle Ismay s’opposait catégoriquement. De plus, les passagers n’auraient-ils pas été déstabilisés par une arrivée précoce à New-York ? L’organisation de leur séjour aux Etats-Unis aurait été chamboulée… Pour résumer en reprenant déclarations de EJ Smith accordées à la presse en juin 1911, un navire de la classe Olympic était un « Wednesday ship ».

F C : Je suis de ceux qui pensent que l’objectif de la White Star était bien, au minimum, d’égaler les performances obtenues par l’Olympic. Faire moins bien aurait certainement été d’un effet désastreux. Dans ce cas, Ismay était inévitablement partie prenante dans les décisions liées à ce projet (pour dire le moins). Cela dit, record en vue ou pas, même pour une arrivée à New York le mercredi, la vitesse adoptée par le Titanic aurait certainement été excessive face au danger présenté par la barrière de glace, danger dont le personnel du bord n’avait qu’une vision très parcellaire en raison du faible nombre de messages remis pour exploitation à l’officier de navigation. Or, tous les messages importants dans ce domaine ont bien été reçus à bord en temps opportun, et dûment rediffusés à d’autres stations. Même si Ismay n’était pas directement responsable de ces lacunes lourdes de conséquences, en tant que dirigeant de l’armement sa responsabilité personnelle était néanmoins engagée.

Publié dans Rencontre avec... | 1 Commentaire »

12
 

Renaissance et Unification |
Sciences |
collège Adberrahim Bouabid ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | DogPeople
| Géotechnique
| Le Scientifique