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Titanic, la monographie

Posté par Antoine le 7 novembre 2013

Quand on parle de marine, on pense tôt ou tard à une espèce fort répandue dans le monde des passionnés : le modéliste ! J’avais déjà eu l’occasion de parler, il y a fort longtemps, du projet de modélisation virtuelle de Clément d’Esparbès, malheureusement au point mort depuis. Cette fois-ci, il convient de rendre hommage aux maquettistes en « dur » qui peuplent le monde des passionnés du Titanic, vers qui l’Association Française du Titanic et sa revue Latitude 41 portent régulièrement leur attention. C’est pour eux qu’est publié par la revue Bateau-modèle le petit livre Titanic, la monographie, avec un texte de Gérard Piouffre, des illustrations infographiques de Cyril et Lionel Codus, et les photographies des maquettes de Christophe Martinez.

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Soyons d’ores et déjà clairs, Titanic, la monographie s’adresse avant tout aux maquettistes avides de mieux connaître la structure du paquebot, pour mieux la reconstituer. C’est à eux que sont destinés les deux derniers tiers du livre, regorgeant de schémas techniques à l’échelle, qu’il s’agisse des superstructures, des équipements de pont, des canots de sauvetage, mais aussi des schémas de rivetage… Ces pages satisferont certainement les « techies« , pour reprendre la définition donnée par Senan Molony, mais risquent d’effrayer ceux qui ne sont pas fanatiques du comptage de rivets. Plus accessibles sont en revanche les impressionnants schémas de face, profil et dessus du Titanic et de l’Olympic tels qu’ils se tenaient dans leurs cales de construction.

Le premier tiers du livre est pour sa part plus accessible : il revient sur l’histoire du paquebot, contée par la plume de Gérard Piouffre. Certes, le récit n’est pas aussi détaillé que dans Le Titanic ne répond plus ou même Nous étions à bord du Titanic. Ici, le parti est pris de se centrer sur la construction du paquebot : douze pages lui sont consacrées, contre moins de deux à la traversée et au naufrage. Ce qui est paradoxalement satisfaisant : au vu du petit gabarit du livre, un recentrage sur le sujet de la construction lui permet de se créer un intérêt qu’il n’aurait pas eu en essayant d’embrasser la totalité de l’histoire. Le tout est illustré par les très belles reconstitutions des extérieurs du navire par les frères Codus.

C’est en effet l’iconographie qui fait le principal intérêt du livre : les photographies des maquettes de Christophe Martinez, qui occupent quelques pages de l’ouvrage, en témoignent. Ces reconstitutions des trois géants de classe Olympic sont très fidèles, et magnifiques. On prend par exemple conscience de la place qu’occupaient les canots de sauvetage de l’Olympic après le naufrage de son jumeau.On appréciera également de voir nombre de photographies récentes du transbordeur Nomadic, fraîchement restauré à Belfast.

C’est donc un livre à recommander à tous ceux que la construction du Titanic intéresse, et qui cherchent une contrepartie française au Beveridge (bien que Titanic, la monographie reste moins détaillé). Ceux, en revanche, qui ne s’intéressent que peu au navire lui-même seront certainement déçus : il ne leur est pas destiné. Les autres n’ont plus qu’à empoigner colle et pinceaux : ils ont désormais tout pour reconstruire le Titanic !

Gérard Piouffre, Cyril et Lionel Codus, avec la participation de Christophe Martinez, Titanic, la monographie, J2P Editions, 2013

 

Les plus

  • Enfin un éclairage en français sur la construction du Titanic !
  • Les illustrations sont superbes et inédites.
  • Les modélistes trouveront ici une très bonne base de travail.

Les moins

  • Le livre aurait mérité plus de textes explicatifs : il risque de déboussoler ceux qui n’ont pas de connaissances minimales en architecture navale
  • Il est malheureusement assez cher…

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Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe

Posté par Antoine le 10 juillet 2013

Le naufrage du Titanic suscite chez chacun des réactions personnelles. Chez certains, un protagoniste particulier attire l’attention, entraînant des travaux et recherches biographiques. Des travaux de ce genre ont ainsi pu être menés sur les musiciens de l’orchestre, Thomas Andrews, certains passagers fortunés… Parmi eux, les officiers jouissent d’un certain succès, et plusieurs se sont déjà vus consacrer des biographies, notamment William Murdoch et Charles Lightoller. Un personnage de premier plan manquait jusqu’à il y a peu de documentation, l’officier Harold Lowe, souvent considéré comme le héros du naufrage. Grâce à Inger Sheil, ce vide est désormais comblé avec Titanic Valour.

Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe dans Coup de coeur titanic-valour-fcp1

Harold Lowe est-il le héros du naufrage ? Probablement pas autant qu’on pourrait le penser car, s’il est effectivement revenu chercher d’éventuels survivants, il a attendu que les cris s’amenuisent pour assurer sa sécurité (décision pleine de bon sens, par ailleurs). En cela, plusieurs autres canots ont aussi su récupérer des gens tombés à l’eau. D’autres hommes ont sauvé des vies, aidé bien des gens, et mériteraient le titre (souvent galvaudé et généralement malvenu) de « héros ». Il n’en reste pas moins qu’Harold Lowe est l’un des acteurs de premier plan de cette nuit là. On peut donc être un peu gêné par la quatrième de couverture et au prologue, qui semblent faire de Lowe le héros absolu, « l’homme qui est revenu » : doit on craindre des failles de neutralité ?

Fort heureusement, le travail d’Inger Sheil se révèle irréprochable de ce point de vue. Lowe est abordé avec recul, y compris certains aspects qui « fâchent » comme le racisme dont il aurait fait preuve durant le naufrage, selon certains témoins. Loin du panégyrique, l’ouvrage aborde l’homme sous tous les angles. Le livre peut sembler assez court (150 pages environ), il est pourtant plus que complet, et passionnant. La partie consacrée au Titanic n’occupe qu’une quarantaine de ces pages sans pour autant ignorer les aspects importants de cette aventure. On redécouvre notamment les relations de celui qui était un « étranger à bord » (il n’avait jamais servi sur l’Atlantique nord) avec ses collègues ; en quoi consistait son travail d’officier, quelles furent ses actions ce soir là.

Mais le livre d’Inger Sheil se révèle surtout précieux sur l’avant et l’après Titanic. La connaissance de la vie de Lowe se limitait généralement à sa naissance, son départ de la maison pour rejoindre la marine, une carrière peu connue, une entrée à la White Star sur les lignes australiennes, une absence d’avancement après le naufrage, un service dans la Navy et une retraite après guerre. Ce sont ces zones de vide qui sont désormais comblées. On découvre ainsi la famille Lowe, qui paya fort malheureusement un lourd tribut aux eaux. On apprend aussi quelle fut l’évolution de la carrière de Lowe, d’abord sur des voiliers, puis dans des cargos de moins en moins miteux. La Première Guerre mondiale est également détaillée, avec un épisode dont on est surpris qu’il soit passé inaperçu : Harold Lowe a en effet été envoyé avec son navire à Vladivostok pour lutter contre les Bolchéviques, et y a passé plus d’un an dans des conditions difficiles. Plus encore, on découvre que, loin d’avoir pris sa retraite après-guerre, il a continué à servir la White Star pendant dix ans, sans vraiment être récompensé pour sa fidélité. Enfin, on découvre un homme impliqué dans la vie de sa communauté, en dépit d’une fin de vie laborieuse.

Ces découvertes ont été permises par la proximité de l’auteur avec la famille d’Harold Lowe, ce qui lui a permis d’accéder aux souvenirs et archives familiales, notamment à de nombreuses photos.  Seize pages d’images complètent d’ailleurs le livre, et on découvre avec joie qu’aucune des photos de l’officier présentées ici ne sont connues. Au final, c’est un livre très agréable, qui se lit vite, qui nous est offert. Sorti en 2011, il est encore trouvable à très bon prix. Une occasion à saisir, tant on sait que les biographies d’officiers, une fois épuisées, peuvent atteindre des prix astronomiques.

Inger Sheil, Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe, The History Press, 2011, 159 p.

 

Les plus

  • Un livre clair et bien écrit, qui se lit facilement et rapidement.
  • Des recherches totalement inédites et passionnantes, qui nous montrent à quel point Harold Lowe est un homme méconnu.
  • Les illustrations inédites ajoutent beaucoup au cachet du livre.
  • Un prix encore très accessible.

 

Les moins

  • Le résumé et la préface sombrent un peu trop dans l’éloge du héros, sans, heureusement, que le contenu du livre soit atteint.

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Ce blog n’est pas mort, regardez, il bouge encore !

Posté par Antoine le 11 avril 2013

Contrairement aux apparences qui sont parfois bien trompeuses, Biblio-Titanic n’est pas mort. Quelques occupations externes ainsi que la transformation progressive de mon poil dans la main en baobab m’en ont simplement tenu éloigné quelques temps, mais un engraissement récent de ma bibliothèque ne manquera d’ouvrir de nouvelles perspectives, je l’espère ! L’activité titanicienne reste forte, avec l’annonce officielle de la mise en construction du Titanic 2 ainsi que l’authentification plus que douteuse du violon de Wallace Hartley. Ces informations n’ont pourtant qu’un piètre intérêt comparées à la grande nouvelle du moment, le passage à Paris de la célèbre Titanic Artifact Exhibition de 1er juin au 15 septembre. Le sujet a déjà été évoqué avec brio, et je ne saurai qu’ajouter une recommandation, allez-y !

Je profite de ce billet d’annonces pour signaler la sortie de deux excellents ouvrages du non moins excellent Gérard Piouffre, qui n’a plus besoin d’être présenté sur ce blog.


Ce blog n'est pas mort, regardez, il bouge encore ! dans Coup de coeur 2469

Le premier de ces livres est Les Grandes inventions (publié chez First). Imposant volume, il appartient à la même collection que Les Grands naufrages du même auteur. Le sujet est, certes, moins attirant aux yeux des passionnés de marine que nous sommes, mais l’auteur laisse clairement transparaître sa passion pour les transports maritimes et aériens. Entre le feu et la clé USB, l’ouvrage évoque entre autres la naissance du sous-marin, de la turbine à vapeur, l’évolution de la turbine à vapeur, et parvient même à nous expliquer de façon convaincante et claire ce qu’est un rivet. Les Titanicophiles apprécieront. Un livre avant tout destiné aux curieux de toutes sortes, désireux de comprendre d’où viennent bon nombre de ces objets qui font notre quotidien.

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Autre ouvrage, nettement moins épais cette fois-ci, Les traites négrières (publié par Ouest France) revient sur l’horreur du commerce triangulaire. L’affaire est, cette fois-ci, bien plus liée à la marine puisque les charters n’étaient pas encore au point à l’époque. De nombreuses illustrations de qualité accompagnent le texte fluide qui se lit rapidement. C’est une plongée dans un monde à la fois proche et différent du nôtre, avec la froide horreur des méthodes de transport et d’entretien de ce qui n’est alors qu’une « marchandise ». La question de l’abolition de l’esclavage est également mentionnée, et nous renvoie à des débats bien plus contemporains où, une fois encore, la morale et l’éthique se heurtent au bien de l’économie, cette dernière sortant souvent gagnante. Le temps fort du livre est cependant le récit d’une traversée classique, du départ de France à la vente aux Caraïbes, en passant par l’achat des esclaves en Afrique. Un voyage dont certains détails font froid dans le dos.

Deux livres que je recommande donc chaudement, en attendant de nouveaux billets centrés sur le Titanic cette fois-ci !

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Titanic, Psychic Forewarnings of a Tragedy

Posté par Antoine le 24 décembre 2012

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer George Behe, un des prolifiques auteurs sur le Titanic, que j’avais interviewé il y a quelques temps. J’ai déjà, notamment, eu l’occasion de commenter son site passionnant. J’ai récemment pu acquérir un de ses premiers ouvrages à ma connaissance, datant de 1988, Titanic, Psychic Forewarnings of a Tragedy. Le choix du sujet fera certainement sourire certains de mes amis qui me considèrent comme un grand sceptique, et est pour le moins épineux. En effet, Behe cherche à replonger dans les origines d’une part du mythe Titanic : des gens avaient-ils prédit le naufrage avant qu’il ne survienne ? Avec un tel sujet, on peut s’attendre au pire. Heureusement, comme à son habitude, George Behe nous fournit un travail solide et neutre, qui ne cherche à imposer aucun point de vue.

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C’est en effet sous l’angle du « scepticisme intelligent » que l’auteur aborde cette question. Il résume ainsi sa pensée : il faut aborder les faits sans le moindre à priori pour, ou contre, une explication psychique. Se limiter aux faits, aux seuls faits, et voir ce que donnent les pièces du puzzle sans chercher d’explication supplémentaire autre que les faits avérés. Et sa méthode marche, et évite de donner le champ libre aux complotistes comme aux sceptiques profonds. L’ouvrage se répartit donc en cinq parties. La première rassemble les coïncidences (certes troublantes) qui ne vont probablement pas plus loin… qu’une coïncidence. La seconde rapporte les impostures avérées. La troisième se penche sur le cas très particulier de William Thomas Stead et des nombreuses expériences psychiques qui l’ont entouré. La quatrième évoque de « possibles » expériences psychiques, c’est-à-dire des faits étonnants dont on a connaissances, mais qui relèvent probablement de l’imposture ou de la coïncidence, sans qu’on ne puisse le prouver. Enfin, la dernière parle des expériences « probables » qui ont pu survenir : lorsque vraiment, la coïncidence est trop étonnante et que, qui plus est, l’imposture semble impossible à mettre en place.

Pour chaque fait, Behe nous donne une source en fin d’ouvrage (généralement une coupure de presse), explique les faits, et donne généralement un commentaire critique pour éclairer certaines zones d’ombres. Il ne se montre en revanche jamais péremptoires et privilégie l’usage prudent du conditionnel : le sujet est manipulé avec les pincettes nécessaires. Le livre évite par ailleurs de tomber dans les lieux communs. Le cas du Naufrage du Titan est, en particulier, expédié rondement, Behe expliquant que dans les faits, le livre n’a pas grand chose en commun avec son « modèle ». Ces anecdotes se dévorent donc rapidement, et on découvre une époque différente, où les séances de spiritisme étaient monnaie courante et, bien souvent, prétextes à de belles entourloupes.

Dans une partie conclusive, George Behe nous propose quelques arguments « sceptiques » d’ordre général, sur la qualité des sources. Cette partie est un peu plus légère que les autres, mais le fait est qu’on ne peut pas aller beaucoup plus loin : les faits sont rapportés par la presse, mais aucun élément ne pourra jamais prouver ou infirmer que la presse, ou le témoin, a menti. Dont acte, et une conclusion au conditionnel. Un livre agréable et qui, s’il n’est pas essentiel, a le mérite d’offrir un regard neutre sur un sujet controversé.

 

George Behe, Titanic : Psychic Forewarnings of a Tragedy, Harper Collins, 1988, 176 p.

 

Les plus

  • Facile à lire, avec quelques illustrations. La répartition par parties thématiques et petits paragraphes au fil des anecdotes facilite l’étude.
  • Chaque fait est fourni avec des références et sources, primordial dans ce genre de sujet.
  • George Behe réussit à rester neutre sur un sujet glissant, et ne tire jamais de conclusions hâtives.

 

Les moins

  • Peut-être un peu léger dans la conclusion, au sujet des lacunes des sources.
  • Le livre date de 1988 : en 25 ans, la recherche permettrait peut-être d’éclaircir certains de ces faits.

 

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Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal

Posté par Antoine le 22 avril 2012

Il y a des livres qui font école dans leur domaine, et qui restent longtemps une référence. Des livres qui font état de l’étendue des connaissances sur un sujet à un instant T. Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal est de ceux-ci. Véritable Bible du Titanic, le livre compte pas moins de onze auteurs, le gratin des chercheurs spécialistes du sujet, sous la houlette de Samuel Halpern. Mark Chirnside, George Behe, Bruce Beveridge, Steve Hall, Tad Fitch, Bill Wormstedt, Dave Gittins, Cathy Akers-Jordan, Lester J. Mitcham et le capitaine Charles Weeks ont ainsi contribué à cet ouvrage à l’objectif simple : faire le bilan des connaissances sur le naufrage 100 ans après le drame. Et le résultat est réussi.

Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal dans Coup de coeur Report_Into_the__4f60d0055a0a6

Comme en témoigne le site créé pour l’occasion, le livre est exhaustif. On nous présente les enquêtes, sommairement, avec un but avoué : refaire l’enquête 100 ans après en cherchant à répondre à un certain nombre de questions. Depuis les commissions de l’époque, notre connaissance s’est étoffée avec notamment la découverte de l’épave, et cette mise à jour est nécessaire. On le comprend vite, ce livre ne vous donnera pas d’information sur les passagers. Astor, Hays, Guggenheim et autres ne sont que les figurants du drame raconté ici, le livre se centrant sur le pourquoi et le comment plus que sur le qui. Tous les aspects nécessaires à la compréhension des circonstances du drame sont évoqués : structure du navire (avec un chapitre condensé du superbe Titanic, the Ship Magnificent par ses auteurs), route suivie durant la traversée, mesures prises pour éviter les glaces, étendue des dégâts suite à la collision… On en découvre également plus sur la probable propagation de l’eau, sur le chargement des canots et ainsi de suite. De même, les polémiques du Californian et du Mount Temple sont évoquées, et les conclusions sont particulièrement mesurées.

Dans l’ensemble, la grande qualité de ce livre réside dans le nombre d’auteurs. Le but avoué de la méthode est de permettre aux uns et aux autres de corriger mutuellement leurs lacunes, de fournir un ensemble moins partial que s’il était le fruit d’un seul. La synthèse est ainsi claire, précise, et innovante. Les conclusions auxquelles parvient l’ouvrage sont assez claires et ont l’avantage de ne pas sombrer dans le réquisitoire partial que tiennent certains auteurs. Les annexes sont également une mine d’informations inépuisable avec des listes de passagers et de l’équipage, mais aussi une clarification des chronologies en détaillant les questions de changements d’heure. Enfin, une annexe est particulièrement intéressante, celle qui concerne la « question des grilles verrouillées » dont les conclusions déstabiliseront les tenants du manichéisme Cameronien. Par ailleurs, l’ouvrage fait un gros travail de référencement de l’information avec un grand nombre de notes renvoyant aux témoignages originaux.

Le tout n’est pas exempt de défauts, cependant. Assez technique, l’ouvrage est parfois difficile à aborder pour le lecteur lambda qui sautera facilement certains passages. Ce n’est clairement pas le genre d’ouvrage que l’on peut lire dans un état de fatigue avancée ! Plus encore, les schémas de Sam Halpern sont assez effrayants, manquent de clareté et tendent presque à complexifier les choses. Ce serait le point à reprendre en cas de réédition. A Centennial Reappraisal reste un ouvrage de référence pour tous les amateurs du Titanic, et une pièce nécessaire dans toute bibliothèque.

Samuel Halpern (dir.), Report Into The Loss of SS Titanic, A Centennial Reappraisal, The History Press, 2011

 

Les plus

  • Une somme d’information inégalée sur l’histoire du navire et son naufrage. Une véritable Bible d’un point de vue historique.
  • Rédigé par l’élite des chercheurs anglophones sur le sujet
  • De nombreuses explications sur multiples points et des annexes passionnantes

 

Les moins

  • Parfois complexe à lire. Ce livre n’est pas destiné au grand public.
  • Les schémas de Sam Halpern sont assez décevants.

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Soirée Titanic sur Planète Thalassa : « L’iceberg qui a coulé le Titanic » et « Les héros du Titanic »

Posté par Antoine le 9 avril 2012

Dimanche 8 avril, la chaîne Planète Thalassa nous a gratifiés d’une soirée de deux documentaires sur le Titanic pour célébrer le centenaire. On aurait pu s’attendre au pire, on a pourtant eu le meilleur. Les deux documentaires, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Les héros du Titanic, sont de très grande qualité. Je m’en vais donc vous les présenter ici.

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Le premier, L’iceberg qui a coulé le Titanic, concerne finalement plus l’iceberg que le Titanic… et ce n’est pas si mal, car original ! Le documentaire, très rigoureux, nous emmène dans les glaces du Groenland, nous détaille les lieux d’où partent les iceberg, comment ils le font, en suit plusieurs… Les images sont superbes, rares, impressionnantes. On a également droit à des expériences sur la fonte des icebergs, leur visibilité, la façon dont ils se retournent (bluffante)… Côté Titanic, les réalisateurs ont voulu illustrer par des images en mouvement. Souci, on n’en a que quelques secondes pour le Titanic. On se retrouve donc avec le lancement du Britannic, un passage de l’Aquitania au port, avant d’avoir, heureusement, des images tirées de films, déjà plus fidèles. Quelle est l’importance de cette erreur ? Minime dans la mesure où le propos reste clair et exact. Aucune phrase ne m’a fait hurler, moi qui suis si chatouilleux. Le documentaire permet aussi de rappeler une réalité trop souvent ignorée : entre la glace et les navires, la glace est toujours la plus forte.

Le second, Les Héros du Titanic, se penche sur le cas très méconnu des mécaniciens du Titanic. Plus fiction que documentaire, ce film essaie de faire revivre la traversée de ces gens, et le fait de façon fort convaincante.  La méconnaissance que l’on a des protagonistes et de ce qu’ils ont fait fait que très peu des éléments présentés dans ce documentaire sont certains. C’est cependant un bon travail de reconstitution de l’expérience de ces gens à partir de ce que l’on a, un peu comme a pu le faire Gérard Piouffre dans Nous étions à bord du Titanic. Si tout ne doit pas être pris pour argent comptant, s’il y a parfois des longueurs, le documentaire réussit à être crédible que ce soit dans le jeu des acteurs ou dans les décors assez fidèles au Titanic, surtout si on garde à l’esprit les moyens dont a dû disposer la production. Plus encore, il rappelle au monde l’existence de ces héros méconnus qu’on été Joseph Bell, Frederick Barrett, Johnatan Sheperd

Deux excellents documentaires qui prouvent que Planète Thalassa a su choisir avec goût ! On a échappé aux habituels nanards recueils d’idées reçus. Rappelons au passage pour les joueurs que la chaîne vous propose un jeu concours sur son site !

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Titanic, l’ultime scénario

Posté par Antoine le 31 mars 2012

À l’approche du centenaire, on sent venir un flot de documentaires. Comme vous le savez, ce média est souvent le plus touché par les horreurs et hérésies en tout genre en terme de Titanicologie : quand on bosse pour la télé, coco, on se fout de la vérité, on fait vendeur. Je vous l’avais montré avec la tristement célèbre Minute de Vérité, et il semble que les journalistes (ce terme peut-il servir dans ce cas ?) de 50 Minutes Inside aient poussé très loin les limites de la nullité dans le domaine cet après-midi. Heureusement, j’ai été épargné. C’est donc avec un fort émoi que j’ai pu voir, deux soirs de suite, de très bons documentaires. Hier, Thalassa nous a proposé un très bon sujet sur l’épave, sur lequel il n’y a strictement rien à redire : efficacité, simplicité, fidélité. Vous pouvez le voir ici. Ce soir, Arte nous proposait Titanic, l’ultime scénario. Titre sensationnaliste inquiétant donc, mais qui cache un documentaire de qualité décente : c’est donc de lui que je m’en vais vous parler. Pour ceux qui l’ont raté, séance de rattrapage dimanche 1er avril à 13h et quelques.

Officiers du Queen Mary 2 commémorant le Titanic

Pour faire un documentaire sur le Titanic, il y a deux écoles. Ceux qui prennent le premier bouquin venu (et souvent ils tombent sur du mauvais) et ceux qui ont la bonne idée de demander à un spécialiste. Les réalisateurs de l’ultime scénario sont de la deuxième et ont fait appel à un des « héros » de l’histoire du Titanic, Paul-Henri Nargeolet (Français de surcroit pour ceux qui se sentent de fibre patriotique), qui a plusieurs fois plongé sur l’épave et sert ici de fil conducteur. Bonne idée puisque le « P.H. » est un des historiens fiables du domaine. De même, le documentaire fait apparaître les historiens Eaton et Haas, auteurs d’un des ouvrages de référence sur le Titanic, aujourd’hui, certes, dépassé (Titanic, destination désastre).

Plus que ces cautions historiques, le documentaire nous montre également les sources qui ont fait le Titanic, mentionnant les rapports de l’enquête notamment. Il part également à la recherche des icebergs, nous prouvant ce dont beaucoup doutent : un iceberg face à un navire a le même impact qu’un char d’assaut face à une bicyclette. Le documentaire nous fait voyager, à Terre-Neuve, à Belfast, évoque, en à peine une heure, un grand nombre de thèmes importants, jusqu’au petit frère du Titanic, le transbordeur Nomadic, aujourd’hui en cours de rénovation. Et puis il y a l’iconographie, de grande qualité. Belles photos du photographe des chantiers Harland & Wolff, Robert Welsh, et extraits du film Atlantique, Latitude 41° : ça nous change de Rose et Jack !.

Et puis le documentaire ne se limite pas à une vision monolithique du drame : il nous explique l’évolution des points de vue, des connaissances, comment on a découvert que le navire s’était brisé en deux, n’avait pas été déchiré d’une longue et unique brèche… De façon générale, le documentaire évite de sombrer dans les clichés. Mais il le fait parfois. La fin du documentaire tombe dans ce qu’il avait jusque là évité et cherche à donner une explication définitive à un naufrage que l’on expliquera jamais définitivement. Dans le premier cas, on nous ressort la bonne vieille théorie des rivets trop fragiles, portée par la scientifique Jennifer Hooper McCarty. Certes, la théorie se tient et est exacte dans les faits, ou du moins vraisemblable. Mais pourquoi persister à laisser entendre que la compagnie avait bâclé le travail, alors qu’il y a des preuves que c’est faux (et que quelqu’un l’a réfuté de façon explicite dans le même documentaire) ? Il aurait été plus utile de rappeler que même des navires modernes comme l’Explorer ont montré qu’entre la glace et un navire, le gagnant est toujours le même. Plus gênant, le documentaire expose une récente théorie sur la cassure du Titanic, qui se serait faite par le bas, comme l’hypothèse définitive et incontestée. Pas de bol, elle a été réfutée depuis par d’autres. Il aurait été plus malin de la décrire comme ce que c’est : une hypothèse parmi d’autres. De façon générale, c’est là le grand défaut de ce documentaire : une trop grande mise en scène. Je sais qu’il faut tenir en haleine le spectateur, mais les mises en scène façon 24h chrono, c’est obligé ?

 

Les plus

  • Pour une fois, un documentaire qui ne tombe pas (trop) dans les idées reçues
  • De bonnes cautions historiques, merci Paul-Henri Nargeolet !
  • Assez bon travail de recherche en général, bonne iconographie

Les moins

  • Pourquoi tout gâcher en cherchant à tout prix à jouer les enquêteurs qui trouveront la vérité seule et unique ? Au moins, ils nous ont épargné la traque des coupables…
  • Un peu trop péremptoire sur la fin

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Rencontre avec George Behe

Posté par Antoine le 30 mars 2012

Ancien vice-président de la Titanic Historical Society, George Behe est également un très prolifique auteur sur le Titanic. J’ai récemment eu l’occasion de vous détailler son site et d’en vanter les mérites. Je le reçois aujourd’hui dans les pages de Biblio-Titanic afin d’en savoir plus sur son travail en général.

 

Biblio-Titanic : Pouvez-vous expliquer quels sont les sujets de vos ouvrages récents ? Pensez-vous qu’ils apportent de nouvelles choses sur certains points de l’histoire du Titanic ?

George Behe : Le premier de mes travaux récents est intitulé Archie: The Life of Major Archibald Butt from Georgie to the Titanic, et c’est une biographie de 2 400 pages, en trois volumes, sur cette importante victime du Titanic. Ce projet m’a pris huit années de recherche et d’écriture, et a impliqué un voyage en Géorgie afin de pouvoir consulter les documents personnels d’Archie aux archives d’Atlanta où ils sont entreposés. Pendant cette période de huit ans, j’ai « vécu » avec Archie Butt chaque jour et ai été fasciné par ses descriptions des personnes célèbres qu’il a rencontré et l’intéressante manière dont il a passé sa vie de conseiller militaire présidentiel. À la fin de ces huit ans de travail d’écriture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir perdu un ami proche quand j’ai été forcé d’écrire sur la mort d’Archie sur le Titanic. Je n’ai jamais ressenti cela avec aucun des autres passagers du Titanic sur lesquels j’ai fait des recherches, et je suis certain qu’Archie continuera à avoir une influence majeure sur ma propre vie pour le restant de mes jours.

Le deuxième de mes plus récents livres est On Board RMS Titanic: Memories of the Maiden Voyage, qui est une compilation de lettres, cartes postales, extraits de journaux intimes et de mémoires écrits par des passagers et membres d’équipage avant, pendant et après le voyage inaugural (le livre contient aussi une brève biographie de chaque auteur de lettre). Je savais qu’aucun livre antérieur n’avait jamais raconté l’histoire du voyage inaugural du Titanic uniquement avec les propres mots des participants. Un certain nombre de personnes m’ont dit que mon livre leur avait procuré de grandes émotions comme aucun livre sur le Titanic ne l’avait jamais fait, et c’est exactement ce que j’espérais que le livre accomplirait quand je l’ai écrit. Après tout, le drame du Titanic est une tragédie humaine, et ce sont les récits des expériences d’êtres humains qui ont personnellement vécu une tragédie qui font la somme totale de notre connaissance d’un événement historique. Quel meilleur moyen pour nous d’apprendre des choses sur la tragédie que d’écouter les paroles de ceux qui étaient vraiment là ?

Le troisième de les plus récents livres est intitulé The Carpathia and the Titanic: Rescue at Sea. J’ai commencé à écrire ce livre avec dans l’idée de compiler autant de « lettres catastrophe » écrites par des passagers et membres d’équipage du Carpathia que je le pouvais. Cependant, j’ai vite réalisé qu’il était à ma portée de compiler et publier toute interview existante avec les passagers et membres d’équipage du Carpathia qui ait été publiée  dans les journaux de 1912, puisque le nombre de telles interviews est assez réduit pour rendre le projet réalisable par un chercheur seul. J’ai par conséquent modifié l’objectif de mon livre et ai essayé d’en faire la seule source d’information vers laquelle les autres chercheurs se tourneraient s’ils ont besoin de découvrir ce qu’un passager ou marin du Carpathia  a dit à propos du drame. Bien que j’aie presque certainement laissé de côté certaines sources obscures qui contiennent du contenu publié supplémentaire, je suis certain qu’aucun livre à venir ne contiendra de vue globale plus complète des interviews décrivant le rôle qu’a joué le Carpathia dans le naufrage du Titanic.

J’ai décidé d’auto-éditer tous les livres ci-dessus par le biais de Lulu.com de façon à pouvoir y inclure chaque pièce d’information historique qui me semblait importante, mais j’ai récemment retiré On Board RMS Titanic de la liste des ventes de Lulu.com puisque The History Press va publier une édition à l’automne 2012.

 

B.-T. : Avez-vous des projets d’écriture pour les temps à venir ? Sur quel aspect de l’histoire du Titanic aimeriez-vous écrire ?

G. B. : Il y a environ trente ans j’ai commencé à écrire un magnum opus qui racontait l’histoire du Titanic en utilisant les meilleurs témoignages de survivants que j’avais dans mes dossiers. Je n’ai cependant jamais terminé ce projet, et il a maintenant été surpassé par le très similaire On a Sea of Glass, qui vient juste d’être publié par Tad Fitch, Bill Wormstedt et Kent Layton.

Un jour futur, j’espère écrire une courte biographie de la victime du Titanic Harry Widener, mais je n’ai pas d’autre projet de publication spécifique lié au Titanic à l’instant présent.

 

B.-T. : Comment et quand avez-vous commencé à vous intéresser à l’histoire du Titanic ?

G. B. : Quand j’étais petit garçon j’ai trouvé le livre Sinking of the Titanic and Great Sea Disasters de Logan Marshall (1912) dans la bibliothèque de ma grand-mère.  Je feuilletais ce livre chaque fois que je lui rendais visite et étais fasciné par son contenu, et horrifié par une illustration du livre montrant un canot surchargé s’éloignant d’un nageur agonisant alors qu’il tendait sa main aux occupants du canot (je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ma mère, mon petit frère et moi-même dans ce canot, et me demandais comment je me serais senti si l’homme dans l’eau avait été mon père). J’ai été happé par le Titanic à partir de ce moment, et ma fascination pour le navire et ses passagers ne m’a jamais quitté.

 

B.-T. : Quelle part de cette histoire vous intéresse plus que les autres ?

G. B. : Je m’intéresse aux vies et expériences des passagers et membres d’équipage du Titanic. Je n’ai presque aucun intérêt dans la construction et la disposition physique du Titanic puisque, selon moi, le drame du Titanic est une tragédie humaine, tandis que le Titanic lui-même n’est qu’une « scène » inanimé où une pièce tragique a été jouée.

 

B.-T. : Quel est, à votre avis, le meilleur livre sur le Titanic ?

G. B. : Je suis énormément impressionné par On a Sea of Glass (probablement parce que c’est le même genre de livre sur le Titanic que j’avais commencé à écrire dans les années 1970). Je pense que le livre de Bill, Tad et Kent est facilement un des cinq meilleurs livres sur le Titanic jamais publié.

 

B.-T. : Que pensez-vous qu’il reste à découvrir sur le Titanic ?

G. B. : J’espère qu’il y a encore quelques mémoires impubliées du Titanic quelque part qui ont été écrites par des survivants après le drame, puisque chaque « nouvelles » mémoires peut nous révéler de nouvelles choses sur ce qui s’est passé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. En ce qui concerne l’examen des restes de l’épave du Titanic avec comme idée de découvrir ce qui est arrivé au navire après qu’il a coulé sous la surface, j’avoue que j’ai très peu d’intérêt pour le sujet. Puisque tout interaction humaine avec le Titanic a cessé après sa disparition sous la surface de la mer, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir comment cet immense tas de métal inanimé s’est comporté en descendant vers le sol océanique.

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Titanic, un voyage interactif

Posté par Antoine le 10 décembre 2011

En 1996, le CD-ROM était le support de l’avenir pour diffuser la connaissance, à une époque où Internet était encore peu répandu, et dans tous les cas très lent. C’était donc le média idéal pour présenter le Titanic de façon interactive, et c’est ainsi qu’est né le CD-ROM Titanic, un voyage interactif, publié par Havas Interactive.

Jacquette du CD ROM

Sous forme de vidéos, d’images et de textes, ce programme nous propose de découvrir l’histoire du Titanic en prenant plusieurs axes. Une chronologie détaillée et illustrée permet ainsi de découvrir l’histoire du navire de sa conception aux fouilles sur son épave ; tandis que les deux plus grandes parties du logiciel reviennent sur l’histoire du paquebot, et sur son épave. Dans les deux cas, le fonctionnement est le même : des scènes vidéos introduisent et concluent le sujet en montrant des photos d’époque et dessins. Entre les deux, une image figée permet au spectateur de déclencher des vidéos plus courtes sur des sujets précis. À chaque fois, le tout est commenté par la voix batracienne de Frédéric Mitterrand, ce qui peut rendre à beaucoup les choses désagréables. Heureusement, dans la plupart des cas, on peut le faire taire et le remplacer par des textes. Ouf ! Mais ce n’est pas toujours le cas.

En ce qui concerne la partie sur l’histoire du navire, les séquences s’axent autour de la semaine qui suit le naufrage, à partir du 15 avril. Le logiciel ne se concentre cependant pas sur l’enquête et les suites du naufrage comme on aurait pu s’y attendre (même si ces points sont fort bien expliqués), puisqu’il use de nombreux flashbacks pour raconter le naufrage et la traversée. Le tout est bien documenté et était, à l’époque, une source d’information non négligeable pour un novice, même si, bien entendu, il n’ajoutait rien aux classiques littéraires du genre.

La partie sur l’épave se démarque en revanche plus. Nous sommes encore à l’époque qui précède le putsch d’Arnie Geller à la RMS Titanic Inc., et George Tulloch et Paul-Henri Nargeolet sont donc les personnages les plus mis en avant. Une introduction particulièrement intéressante présente le cheminement qui, depuis 1912, a mené à la découverte de l’épave. D’autres séquences similaires à celles sur l’histoire du paquebot lui succèdent, mais les deux morceaux les plus passionnants sont ailleurs. Le logiciel nous propose en effet une « plongée » sur l’épave : à partir d’une vue globale sur laquelle on peut se déplacer (de façon assez rudimentaire toutefois), il est possible d’accéder à des vidéos et diaporamas de différents lieux de l’épave. Le tout est particulièrement intéressant. Mais une deuxième surprise vient à la « remontée », puisque l’on découvre une galerie de quelques centaines d’objets remontés, avec un commentaire. Les pièces en question sont magnifiques, et valent le coup d’oeil.

Ces deux derniers points justifient à eux seuls l’acquisition d’un CD-ROM par ailleurs assez banal, puisqu’il n’apprendra pas grand chose à un passionné de longue date. Plus gênant, ses 15 ans se ressentent, tout d’abord d’un point de vue historique : les choses ont évolué depuis… Mais aussi d’un point de vue technique : impossible de le faire fonctionner sous Windows 7.

 

Les plus

  • Le programme fait globalement le tour du sujet pour l’époque
  • Les séquences consacrées à l’épave sont particulièrement réussies
  • Le fonctionnement est intuitif et l’interface bien conçue

Les moins

  • Frédéric « Kermit the Frog » Mitterrand
  • À l’exception des parties sur l’épave, tout le contenu peut facilement trouver des équivalents gratuits sur le net, souvent plus approfondis… et actualisés
  • Ne fonctionne pas sous Windows 7

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Rencontre avec Clément d’Esparbès

Posté par Antoine le 24 octobre 2011

Clément d’Esparbès est le créateur du superbe Titanic en 3D connu sous le nom de Titanic Walkthrough Project, travail de fort longue haleine et de très bonne qualité que je suis depuis plus d’un an. Son site et son travail feront bientôt l’objet d’une critique séparée. À l’occasion d’une grande mise à jour de son site hier soir, j’ai eu l’occasion de poser à Clément un certain nombre de questions sur son travail et sa relation avec le Titanic. Je le remercie ici encore de ses réponses.

Rencontre avec Clément d'Esparbès dans Rencontre avec... 22

Biblio-Titanic : Pour commencer, quelques questions sur ton travail. Comment t’es venue l’idée d’un Titanic en 3D ? Est-ce le fait de pratiquer la 3D avant qui t’a donné cette envie, ou au contraire l’envie de recréer le paquebot qui t’a poussé à apprendre la technique ?

Clément d’Esparbès : J’ai toujours rêvé de pouvoir parcourir les ponts du Titanic, de pouvoir aller ou bon me semble sur le paquebot, mais c’est hélas impossible à faire dans la réalité. La 3D permet de pouvoir réaliser en partie ce rêve, même si, qu’on le veuille ou non, on sera toujours très loin du ressenti que pouvait procurer le vrai paquebot.

L’idée d’une reproduction en 3D m’est d’abord venue en voyant des plans du paquebot. Je me suis demandé ; pourquoi ne pas donner une troisième dimension à ces plans ? De là est venu un premier modèle assez grossier du Grand escalier de première classe qui s’est étoffé au fil du temps. Tout s’est ensuite construit autour petit à petit.

J’avais déjà quelques bases en 3D à cette époque puisque j’avais fabriqué quelques objets pour un programme de type MMORPG en « beta-test ». Programme qui ne s’est jamais concrétisé finalement. Ensuite, le Titanic m’a permis de progresser petit à petit, même s’il me reste encore beaucoup à apprendre aujourd’hui.

 

B-T :  L’étendue de ce que tu as déjà accompli est assez énorme. Quand as tu commencé ton travail, et globalement, combien de temps te faut il pour créer une pièce ? Dans le cas des cabines, réutilises tu les mêmes ou changes-tu des choses mêmes lorsqu’elles sont « standard » ?

C. d’E. : Mon premier modèle pour le Titanic remonte à Novembre 2008, c’était la première volée du grand escalier au pont A.

Au niveau du temps, des pièces comme le fumoir de première classe ou le salon prennent une quarantaine d’heures de travail en accumulé, avec les diverses modifications qui s’en suivent au fur et à mesures de nouvelles découvertes ou des apports d’informations.

Certaines cabines se ressemblent beaucoup, même si elles ne sont pas toujours homogènes au niveau des dimensions, cela étant essentiellement dû à la forme du navire. Il y a par conséquent plusieurs dimensions de lit et de garde-robes, mais le style se répétant, le travail en est grandement accéléré sur un bloc de cabines donné. Concernant les suites de styles différents, c’est une toute autre histoire !

 

B-T :  Si tu devais citer une pièce emblématique du paquebot dont la modélisation t’a marquée (que ce soit pour sa difficulté ou pour toute autre raison), ce serait… ?

C. d’E. :  La salle froide des bains Turcs (appelée cooling room en Anglais), très axée sur le « texture working« , m’a particulièrement marqué. C’est a mon sens, la pièce qui a vraiment tout changé dans ma façon de reproduire le Titanic. J’y ai fait beaucoup de progrès dans la manipulation et la conception des textures en particulier, et appris de nouvelles techniques lors de sa réalisation. Ce fut très intéressant.

 

B-T :  Quelles sont tes principales sources d’information pour ce travail ? Des gens t’aident-ils ?

C. d’E :  Je me documente surtout à partir de livres récents (en particulier Titanic – The Ship Magnificent de Bruce Beveridge et son équipe), et également pas mal sur les forums comme TRMA (Titanic Research and Modeling Association [NdR]), Encyclopedia Titanica… etc. J’évite en revanche de me référer aux décors du film de James Cameron qui sont certes très beaux mais pas tant fidèles que ça à la réalité (la recherche à beaucoup évolué depuis 1997, donc ça ressort de plus en plus).

J’ai également reçu toutes sortes d’aides jusqu’ici… D’abord au niveau de la conception directement, Nicolas Murgia ayant par exemple réalisé la carte illuminée du Gymnase, la texture bleue des fauteuils du grand escalier et la tapisserie d’Aubusson de la suite C55. Un grand merci à lui pour son travail.
Au niveau du conseil technique, je suis rentré en relation avec Parks Stephenson lors de la réalisation des bains turcs. Depuis peu, Daniel Klistorner m’aide également concernant les suites.

Je reçois également beaucoup de conseils et de suggestions de la part des visiteurs, chacun ayant des connaissances qui leurs sont propres. Je dois donc rassembler toutes ces informations et en faire une synthèse en vue d’améliorations futures. Je souhaitais d’ailleurs dire un grand merci à toutes ces personnes pour les différents feedback, sachez que je suis toujours preneur de conseil ou de critiques, c’est toujours le meilleur moyen de progresser. Quand je passe plusieurs heures sur un modèle en 3D ou une texture, je peut aisément passer à côté de grosses erreurs que je n’aurait même pas remarqué.

 

B-T :  Y’a t-il des moments où tu dois « combler les blancs » avec ton imagination ? Des pièces peu connues, des tableaux… Et comment procèdes-tu dans ce cas là ?

C. d’E. : Hélas, oui, il y aura toujours une part d’incertitude, même si de plus en plus d’informations sont révélées au grand jour depuis quelques années.

Dans le cas où j’ai une incertitude, j’essaie de me mettre à la place du concepteur du navire : qu’est-ce que j’aurais mis à sa place, sachant qu’il faut respecter un style donné, ou telle ou telle contrainte ?

Il y a des choses qu’on ne saura jamais, hélas. Par exemple les tableaux qui ornaient le grand escalier étaient des pièces uniques qu’il n’y avait pas même sur le jumeau du Titanic, l’Olympic. Ces pièces ont été détruites à jamais dans l’océan, et on ne saura certainement jamais ce qu’elles représentaient.

 

B-T :  Quelle pièce as tu hâte de faire ? Et au contraire laquelle t’effraie (par défi technique, ou juste parce qu’elle ne t’intéresse vraiment pas) ?

C. d’E. :  J’ai hâte d’attaquer les salles publiques de seconde et troisième classe parce qu’elles n’ont été que très peu reproduites en 3D jusqu’ici. Naturellement, beaucoup de réalisations que l’on peut voir sur le web représentent des pièces de première classe, mais je suis persuadé que ces autres salles peuvent amener à un défi d’autant plus intéressant à relever qu’elles sont à mon gout trop souvent oubliées.

Plutôt assez effrayé par l’extérieur, non pas parce que cette partie ne m’intéresse pas, mais parce que je sais pertinemment que je vais vouloir m’entêter à vouloir placer le moindre rivet et que ça va me prendre un temps fou ^^ !

 

B-T :  Quelle est la prochaine pièce sur la liste ? Tiphaine, une habituée du blog, demande par ailleurs quand viendront les quartiers des officiers !

C. d’E. :  Actuellement on travaille sur la suite qu’occupaient Ida et Isidor Straus : C55, viendront ensuite les corridors du pont B, les célèbres suites de Joseph Bruce Ismay et Charlotte Drake Cardeza, avec leur promenade privée.
Ensuite, je ne sait pas encore, pourquoi pas le quartier des officiers, pour faire plaisir à Tiphaine ? ^^ Il y aura bien évidemment possibilité de se mettre à la place du quartier-maitre à la barre du navire, j’en fais la promesse ! ^^

 

B-T :  D’un point de vue plus centré sur le Titanic maintenant : comment as tu découvert ce paquebot ?

C. d’E. :  Quand j’étais petit, j’avais un CD-ROM interactif qui racontait l’histoire du Titanic, de la naissance de l’idée entre Ismay et Pirrie à la découverte de l’épave. J’adorais ce truc, j’y passait des heures dessus à revoir en boucle toute les séquences.
J’étais déjà passionné. Ensuite est venu l’incontournable film, évidemment, qui a ravivé la flamme, et un jeu magnifique aussi : Titanic : une aventure hors du temps, auquel je porte une mention spéciale. Pour un jeu de 1996, quelle prouesse technique ! Et une super intrigue en plus, comme quoi on peut très bien marier les plaisirs de visiter le Titanic et la résolution d’énigmes ! (Une critique de ce jeu a été faite sur ce blog [NdR])

 

B-T : T’intéresses tu aussi à son histoire, ou te centres tu totalement sur sa structure et son apparence elle même ?

C. d’E. :  Ce paquebot avait une prestance inégalable à n’en point douter, il était vraiment majestueux. Les paquebots de l’époque en général avaient, à mon sens, beaucoup plus de charisme que les paquebots actuels, aussi gros qu’ils soient.

Mais je pense que si le Titanic est si célèbre, c’est surtout grâce, ou plutôt à cause de son histoire! Je ne suis pas un grand connaisseur au point de connaitre par cœur le nom de tous les passagers, loin de là, mais je m’intéresse beaucoup à la vie qu’il pouvait bien y avoir à bord, la façon dont les gens pouvaient bien vivre durant leur voyage, leurs occupations.

Concernant le naufrage, j’ai lu les rapports des enquêtes U.S et Britanniques, c’est très intéressant de voir comment cet évènement tragique à bien pu être vécu selon que la personne était un soutier, un officier, ou un passager…

 

B-T :  Y’a-t-il un livre qui t’a particulièrement marqué ?

C. d’E. :  Le livre The loss of S.S Titanic m’a beaucoup marqué. Lawrence Beesley, l’auteur, était passager de seconde classe, il y qui raconte son expérience à bord du Titanic. C’est un livre qui est pas mal basé sur le ressenti, et est de ce fait extrêmement prenant et plein d’authenticité.

A ce propos, je n’ai toujours pas lu le livre de Gérard Piouffre, Le Titanic ne répond plus. Il va falloir que je corrige cette bévue au plus vite… En plus on ne m’en a dit que du bien =)

 

B-T :  Et pour finir l’habituelle question troll : Murdoch s’est-il suicidé ? (Attention, la rédaction décline toute responsabilité vis à vis des réactions possibles de son fan club)

C. d’E. :  Personnellement, je ne pense pas, mais je vais éviter d’entrer dans les tentatives de justification, parce que j’en ai pas justement !

Alors là, pour le coup, je sais pas si je me suis fait plus d’amis que d’ennemis ^^
On le verra bien vite en même temps ^^

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