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Dernier dîner sur le Titanic

Posté par Antoine le 20 juillet 2012

Ceux qui me connaissent savent que la gastronomie n’est pas mon fort : ils pourront donc légitimement se demander pourquoi, après avoir parlé de La Table du Titanic, je récidive avec un ouvrage plus ancien mais consacré au même sujet : Dernier dîner sur le Titanic, par Rick Archbold et Dana McCauley. Je l’avoue, si le sujet ne m’aurait pas poussé à l’achat au premier abord, je me suis rué sur l’ouvrage en le trouvant dans le catalogue de ma bibliothèque : après tout, tout ce qu’on y trouve sur le Titanic est bon à prendre ! (enfin, presque…)

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Rick Archbold est un auteur relativement connu de la sphère Titanicophile. Il a notamment écrit l’ouvrage présentant l’œuvre du peintre Ken Marschall (fort bel ouvrage que je m’empresserai de présenter ici à l’occasion) et a participé à la rédaction d’un ouvrage de Robert Ballard. Dana McCauley l’est moins, et il y a fort à parier qu’elle soit derrière la partie plus « culinaire » du livre, sur laquelle nous reviendrons également. Enfin, force est d’avouer qu’à la vue des remerciements mentionnant Don Lynch et le reste de la Titanic Historical Society, on comprend que toutes les fées se sont penchées sur ce berceau. Cerise sur cet appétissant gâteau : Walter Lord, le « père » spirituel de tous les historiens du Titanic, signe ici la préface en nous offrant une des anecdotes dont il a le secret. Les ingrédients sont de premier choix, les cuisiniers sont prêts : voyons si la recette tient ses promesses.

Comparé à son homologue français sorti cet année, le Dernier dîner a, il faut bien le dire, une longueur d’avance lorsque l’on regarde sa couverture. Exit le motif sobre sur un livre petit format ; place à l’exubérance, aux images colorée et grand format…  De façon générale, voila ce qui différencie le Dernier dîner de La Table du Titanic : une forme plus travaillée. J’avais, dans ma critique de ce dernier, remarqué que l’absence d’images était problématique. Quand on lit des recettes, même si l’on n’est pas gourmet, on aime bien savoir à quoi ressemble le mets ! D’autant plus que, n’est pas un grand cuisinier qui veut, c’est peut-être la seule occasion de voir la recette terminée de la bonne façon !

Le livre entre plus directement dans le vif du sujet que son homologue français : l’exposé du contexte dressé par Xavier Manente dans son ouvrage n’aurait pas dépareillé ici pour se faire une idée de ce qui a mené à un tel niveau de raffinement flottant. Pour le reste, en revanche, le livre d’Archbold et McCauley a largement l’avantage pour une simple raison : les auteurs ont fait parler leurs relations dans le « milieu », ce qui est toujours garantie de succès. Le livre est coloré, illustré, avec des encadrés, des citations : bref, il est agréable à vivre. Quand au contenu, il n’a qu’un seul objectif, vous ramener en 1912. Les auteurs vous présentent ainsi le repas tel qu’on le vivait dans les trois classes en ce soir de 14 avril, à partir des menus et témoignages, avec aussi quelques suppositions, certes, mais en restant rigoureux. On peut cependant regretter que les sources précises ne soient pas mentionnées.

L’autre objectif du livre est de vous faire remonter vous même le temps pour revivre ce dernier repas. Attention : pas question ici de mettre les pieds sous la table en T-shirt baskets. Quitte à faire les choses, on les fait bien. Le livre vous apprendra à préparer les mets, certes, mais aussi à préparer un parfait repas de l’ère edwardienne, avec la mise en scène qui va avec : musique, disposition de la table, étiquette (eh oui, messieurs, apprenez que votre principal rôle à table est de faire la conversation à la dame à votre droite !), service, et bien sûr, habits de soirée ! Les recettes sont expliquées clairement, parfois illustrées, et le livre vous propose même un planning sur plusieurs jours si vous désirez préparer le dîner complet (oui : pour manger comme sur le Titanic, il faut commencer la tambouille trois jours à l’avance !).  Bien entendu, un tel repas n’est pas léger, comme le précise l’auteur : « organisez-le la veille d’un jour où vous pourrez faire la grasse-matinée » ! Nous ne nous étendrons pas sur le prix d’un tel repas…

Le livre lui même, traduit en français en 1999, n’est pas aisé à trouver (la version originale de 1997, peut-être commandée pour un pris légèrement inférieur). Par ailleurs, la traduction pêche par moments. Certes, on est loin des hérésies des Secrets du Titanic, mais le « Rôt de la vieille Angleterre » remplaçant The Roast Beef of Old England, est la salle de réception devenue une simple « antichambre », ça piquera les yeux des passionnés acharnés comme votre serviteur. Malgré cela, vous pouvez vous procurer ce livre sans hésiter (si vous le trouvez) : il se déguste comme… un bon dîner.

Rick Archbold et Diana McCauley, Dernier dîner sur le Titanic, 1999, Madison Press/Jean-Claude Lattès

 

Les plus

  • Une iconographie somptueuse
  • Ce livre nous propose un véritable retour dans le temps : loin de se limiter à l’art culinaire, il fait remonter un art de vivre disparu.
  • Une description fouillée et précise des repas à bord, dans les trois classes

 

Les moins

  • Quelques erreurs de traduction
  • Assez difficile à trouver désormais

 

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Les Enfants du Titanic (édition 2012)

Posté par Antoine le 7 avril 2012

Il y a quinze ans maintenant, Elisabeth Navratil, fille du rescapé du Titanic Michel Navratil, écrivait Les Enfants du Titanic, roman retraçant l’histoire de sa famille lors du naufrage, qui a profondément modifié le destin de ceux que la presse appelait alors « les orphelins de l’abîme ». J’avais il y a quelques mois produit une critique assez négative de ce livre, portant sur un certain nombre d’erreurs et précisant que tout ce qui y était dit ne devait pas être pris pour argent comptant. À l’occasion du centenaire du Titanic, Elisabeth Navratil publie une version remaniée de son ouvrage. Les changements effectués font qu’il s’agit ici d’un livre à la fois proche et différent du précédent, ce qui lui vaut une nouvelle analyse par Biblio-Titanic.

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C’est donc sous un nouvel habillage qu’apparaît ce roman. Habillage d’ailleurs franchement réussi : l’ancienne couverture, assez terne dessin du naufrage, cède désormais la place à une photo originale des deux enfants au centre du roman. Du point de vue des photographies, d’ailleurs, le lecteur est servi avec un bon nombre de photographies des membres de la famille Navratil au début du siècle, ainsi qu’une reproduction d’une lettre de la main de Michel Navratil sur son vécu du naufrage. À cela s’ajoutent quelques photographies du Titanic (ainsi qu’une photo du capitaine Smith assez rare, datant de 1895). Enfin, pour conclure ce tour sur la forme, il est à noter que s’il est assez épais (dans les 350 pages), le livre est écrit gros. Je ne m’attarderai pas ici sur le style, que j’avais déjà pu apprécier dans ma critique précédente : le livre est bien écrit, donne envie d’être lu, et on parcourt l’intrigue de façon agréable.

J’ai personnellement commencé ma lecture par la fin, et par la postface. C’est en effet dans cette partie que l’auteure explique ses choix, en premier lieu desquels le choix de réécrire son récit quinze ans après la version précédente. On saisit immédiatement la volonté de réécrire cette histoire d’une meilleure façon, en mettant fin à un certain nombre de légendes créées par le récit précédent lui-même. La postface précise ainsi, par exemple, que jamais Michel Navratil père n’avait écrit de lettre à son ex-femme lui proposant de le rejoindre à New York comme le disait la version de 1997. L’ancienne postface, pourtant assez longue, m’avait laissé une impression brouillonne, et un sentiment de ne plus vraiment savoir à quoi s’en tenir (bien que, en la relisant, elle se révèle également assez brève). La nouvelle, nettement plus courte, est pourtant aussi bien plus claire. Elisabeth Navratil y énumère notamment les quelques souvenirs de son père au sujet de la traversée. Devant cette matière brute assez restreinte, on le comprend, il aurait été difficile de consacrer un roman entier aux Navratil sur le Titanic sans romancer.

L’histoire est donc toujours romancée, mais de façon nettement plus cohérente. Certes, la famille Navratil voyage de classe en classe comme elle n’aurait pas pu le faire à l’époque ; certes, le petit Michel Navratil visite le Titanic avec Thomas Andrews ; mais ces éléments sont clairement expliqués comme « inventés » dans la postface, de même qu’un certain nombre de rencontres. Mais le roman n’est, somme toute, pas plus abhérent que l’histoire d’un jeune couple que tout oppose, qui avait connu un léger succès au cinéma il y a quelques années.

Du point de vue de la « grande » Histoire, le lecteur ne trouvera pas forcément son bonheur : le connaisseur relèvera un certain nombre d’erreurs historiques et d’approximations qui, heureusement, sont bien plus anodines que celle qui, dans la version précédente, avait transformé les résèrves du Titanic en galerie marchande ! Par ailleurs, un certain nombre de notes de bas de page émaillent le récit. Si celles sur le Titanic même comportent parfois de légères approximations et confusions, celles sur la famille Navratil elle-même apportent de précieuses informations sur l’histoire des deux « orphelins de l’abîme » et de leur famille. Par certaines allusions, également, Elisabeth Navratil réussit à faire ressentir la façon dont ce naufrage a par la suite été vécu dans sa famille ; la façon dont la mort subite et dramatique de ce père a été apréhendée, et apprivoisée, par les générations suivantes.

Les Enfants du Titanic n’est donc pas un ouvrage historique que l’on lirait si l’on veut en savoir plus sur le Titanic lui-même et sur son histoire. Ce blog a apporté des critiques de nombreux ouvrages et sites aptes à étancher votre soif de ce point de vue. C’est en revanche un roman agréable ayant pour décor notre paquebot favori, et qui permet de saisir quel fut l’histoire de cette famille qui, déjà déchirée avant le naufrage, a vu son destin basculer le 15 avril 1912. Plus encore, c’est la somme définitive d’information sur la famille Navratil avant et après ce naufrage.

Les plus

  • Un roman vivant et bien écrit : c’est, en soi, un livre agréable à lire de ce point de vue.
  • Avec Les Français du Titanic, il s’agit certainement du livre le plus précis et le plus à jour pour aborder la famille Navratil. A travers, notamment, les notes de bas de page et la postface, Elisabeth Navratil tord le cou à certaines idées reçues qui avaient la vie dure depuis des années, en soulignant notamment la citation apocryphe de son père : « Je n’ai vécu que jusqu’à quatre ans. Depuis, je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps et je me laisse aller sur cet océan » (en réalité inventée par les auteurs du roman Navratil)
  • L’illustration du livre est de qualité, avec plusieurs photos de famille : il est émouvant de mettre un visage sur des noms jusque là abstraits.

 

Les moins

  • Encore quelques erreurs factuelles sur le Titanic, mais globalement assez bénignes. Aucune erreur aussi voyante que la dernière fois, ni même de partis pris « à la Cameron ».
  • Le livre n’est, extérieurement, peut-être pas assez présenté comme un roman. Ayant déjà lu la version précédente, je savais à quoi m’en tenir et ne peux vraiment juger : le point de vue d’un néophyte serait ici intéressant.

 

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Rencontre avec George Behe

Posté par Antoine le 30 mars 2012

Ancien vice-président de la Titanic Historical Society, George Behe est également un très prolifique auteur sur le Titanic. J’ai récemment eu l’occasion de vous détailler son site et d’en vanter les mérites. Je le reçois aujourd’hui dans les pages de Biblio-Titanic afin d’en savoir plus sur son travail en général.

 

Biblio-Titanic : Pouvez-vous expliquer quels sont les sujets de vos ouvrages récents ? Pensez-vous qu’ils apportent de nouvelles choses sur certains points de l’histoire du Titanic ?

George Behe : Le premier de mes travaux récents est intitulé Archie: The Life of Major Archibald Butt from Georgie to the Titanic, et c’est une biographie de 2 400 pages, en trois volumes, sur cette importante victime du Titanic. Ce projet m’a pris huit années de recherche et d’écriture, et a impliqué un voyage en Géorgie afin de pouvoir consulter les documents personnels d’Archie aux archives d’Atlanta où ils sont entreposés. Pendant cette période de huit ans, j’ai « vécu » avec Archie Butt chaque jour et ai été fasciné par ses descriptions des personnes célèbres qu’il a rencontré et l’intéressante manière dont il a passé sa vie de conseiller militaire présidentiel. À la fin de ces huit ans de travail d’écriture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir perdu un ami proche quand j’ai été forcé d’écrire sur la mort d’Archie sur le Titanic. Je n’ai jamais ressenti cela avec aucun des autres passagers du Titanic sur lesquels j’ai fait des recherches, et je suis certain qu’Archie continuera à avoir une influence majeure sur ma propre vie pour le restant de mes jours.

Le deuxième de mes plus récents livres est On Board RMS Titanic: Memories of the Maiden Voyage, qui est une compilation de lettres, cartes postales, extraits de journaux intimes et de mémoires écrits par des passagers et membres d’équipage avant, pendant et après le voyage inaugural (le livre contient aussi une brève biographie de chaque auteur de lettre). Je savais qu’aucun livre antérieur n’avait jamais raconté l’histoire du voyage inaugural du Titanic uniquement avec les propres mots des participants. Un certain nombre de personnes m’ont dit que mon livre leur avait procuré de grandes émotions comme aucun livre sur le Titanic ne l’avait jamais fait, et c’est exactement ce que j’espérais que le livre accomplirait quand je l’ai écrit. Après tout, le drame du Titanic est une tragédie humaine, et ce sont les récits des expériences d’êtres humains qui ont personnellement vécu une tragédie qui font la somme totale de notre connaissance d’un événement historique. Quel meilleur moyen pour nous d’apprendre des choses sur la tragédie que d’écouter les paroles de ceux qui étaient vraiment là ?

Le troisième de les plus récents livres est intitulé The Carpathia and the Titanic: Rescue at Sea. J’ai commencé à écrire ce livre avec dans l’idée de compiler autant de « lettres catastrophe » écrites par des passagers et membres d’équipage du Carpathia que je le pouvais. Cependant, j’ai vite réalisé qu’il était à ma portée de compiler et publier toute interview existante avec les passagers et membres d’équipage du Carpathia qui ait été publiée  dans les journaux de 1912, puisque le nombre de telles interviews est assez réduit pour rendre le projet réalisable par un chercheur seul. J’ai par conséquent modifié l’objectif de mon livre et ai essayé d’en faire la seule source d’information vers laquelle les autres chercheurs se tourneraient s’ils ont besoin de découvrir ce qu’un passager ou marin du Carpathia  a dit à propos du drame. Bien que j’aie presque certainement laissé de côté certaines sources obscures qui contiennent du contenu publié supplémentaire, je suis certain qu’aucun livre à venir ne contiendra de vue globale plus complète des interviews décrivant le rôle qu’a joué le Carpathia dans le naufrage du Titanic.

J’ai décidé d’auto-éditer tous les livres ci-dessus par le biais de Lulu.com de façon à pouvoir y inclure chaque pièce d’information historique qui me semblait importante, mais j’ai récemment retiré On Board RMS Titanic de la liste des ventes de Lulu.com puisque The History Press va publier une édition à l’automne 2012.

 

B.-T. : Avez-vous des projets d’écriture pour les temps à venir ? Sur quel aspect de l’histoire du Titanic aimeriez-vous écrire ?

G. B. : Il y a environ trente ans j’ai commencé à écrire un magnum opus qui racontait l’histoire du Titanic en utilisant les meilleurs témoignages de survivants que j’avais dans mes dossiers. Je n’ai cependant jamais terminé ce projet, et il a maintenant été surpassé par le très similaire On a Sea of Glass, qui vient juste d’être publié par Tad Fitch, Bill Wormstedt et Kent Layton.

Un jour futur, j’espère écrire une courte biographie de la victime du Titanic Harry Widener, mais je n’ai pas d’autre projet de publication spécifique lié au Titanic à l’instant présent.

 

B.-T. : Comment et quand avez-vous commencé à vous intéresser à l’histoire du Titanic ?

G. B. : Quand j’étais petit garçon j’ai trouvé le livre Sinking of the Titanic and Great Sea Disasters de Logan Marshall (1912) dans la bibliothèque de ma grand-mère.  Je feuilletais ce livre chaque fois que je lui rendais visite et étais fasciné par son contenu, et horrifié par une illustration du livre montrant un canot surchargé s’éloignant d’un nageur agonisant alors qu’il tendait sa main aux occupants du canot (je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ma mère, mon petit frère et moi-même dans ce canot, et me demandais comment je me serais senti si l’homme dans l’eau avait été mon père). J’ai été happé par le Titanic à partir de ce moment, et ma fascination pour le navire et ses passagers ne m’a jamais quitté.

 

B.-T. : Quelle part de cette histoire vous intéresse plus que les autres ?

G. B. : Je m’intéresse aux vies et expériences des passagers et membres d’équipage du Titanic. Je n’ai presque aucun intérêt dans la construction et la disposition physique du Titanic puisque, selon moi, le drame du Titanic est une tragédie humaine, tandis que le Titanic lui-même n’est qu’une « scène » inanimé où une pièce tragique a été jouée.

 

B.-T. : Quel est, à votre avis, le meilleur livre sur le Titanic ?

G. B. : Je suis énormément impressionné par On a Sea of Glass (probablement parce que c’est le même genre de livre sur le Titanic que j’avais commencé à écrire dans les années 1970). Je pense que le livre de Bill, Tad et Kent est facilement un des cinq meilleurs livres sur le Titanic jamais publié.

 

B.-T. : Que pensez-vous qu’il reste à découvrir sur le Titanic ?

G. B. : J’espère qu’il y a encore quelques mémoires impubliées du Titanic quelque part qui ont été écrites par des survivants après le drame, puisque chaque « nouvelles » mémoires peut nous révéler de nouvelles choses sur ce qui s’est passé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. En ce qui concerne l’examen des restes de l’épave du Titanic avec comme idée de découvrir ce qui est arrivé au navire après qu’il a coulé sous la surface, j’avoue que j’ai très peu d’intérêt pour le sujet. Puisque tout interaction humaine avec le Titanic a cessé après sa disparition sous la surface de la mer, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir comment cet immense tas de métal inanimé s’est comporté en descendant vers le sol océanique.

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Du changement pour le centenaire !

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

2012 est arrivée ; cette nouvelle année est, bien entendu, très chère aux Titanicophiles de tous horizons. Il faut dire que l’actualité nous a « gâtés » avec le naufrage du Costa Concordia, qui rappelle à la presse le naufrage du Titanic et le remet sous les projecteurs. En cette année, les nouveaux livres vont fleurir (ils fleurissent déjà, au demeurant), les anciens vont ressortir, et nous allons être abreuvés de bon, de très bon… et d’immonde. Plus que jamais, Biblio-Titanic sera là pour essayer de vous permettre de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Nouvelle année signifie également nouvel habillage, pour rajeunir et donner un peu plus de classe à ce blog qui en avait bien besoin. Le contenu évolue également en essayant de mettre plus que jamais l’accent sur votre participation : une nouvelle page a vu le jour à cet effet. Cette année verra toujours plus de critiques, d’interviews et, je l’espère, quelques surprises !

Enfin, à l’aube de cette année de centenaire, pensez à renouveler (ou inaugurer) votre inscription à l’Association Française du Titanic, qui prépare bien des événements pour cette année de commémoration.

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Rencontre avec Andrew Nelson

Posté par Antoine le 4 novembre 2011

Andrew Nelson est un nom qui ne dira probablement rien à bon nombre de Titanicophiles. Pourtant, ce nom m’avait marqué dans mon enfance, tant il semblait prédestiné. Car, tout comme Thomas Andrews, cet Andrew là a (re)conçu le Titanic et l’a fait naviguer à nouveau. Andrew Nelson est en effet le concepteur du jeu vidéo Titanic, une Aventure hors du temps, qu’il a écrit et réalisé. Alors que le jeu fête aujourd’hui ses 15 ans sans avoir pris une ride, j’ai eu la chance d’interviewer l’homme qui en est à l’origine. Vous pouvez en savoir plus sur ses activités actuelles via son blog.

 

Biblio-Titanic : Avant d’écrire et de réaliser Titanic, vous avez travaillé sur Dust, un jeu de western plutôt déjanté. Comment êtes-vous passé du Far West au Titanic  ? Comment est venue cette idée ? Étiez-vous intéressé par ce navire auparavant ?

Andrew Nelson : Comme beaucoup d’enfants, je me suis intéressé au Titanic, mais la véritable motivation pour faire ce jeu est venue de ma belle-soeur, Debi Lambert, qui m’a demandé : « J’aimerais vraiment jouer à un jeu sur ordinateur, mais ils durent des heures. Peux tu faire un jeu qui ne prenne que deux heures pour être fini ? » Pendant le vol du retour, j’ai lu un article qui m’a fait me rappeler que le Titanic avait justement sombré en deux heures. C’est de là qu’est partie l’idée pour la deuxième partie du jeu. Une foi que vous avez tous les objets en main, le navire heurte l’iceberg et le joueur a alors deux heures seulement pour réunir les éléments et quitter le navire.

 

B-T : J’ai entendu dire que le célèbre historien du Titanic Walter Lord avait donné quelques indications pour la réalisation du jeu. De façon plus générale, qui s’est occupé des recherches historiques et quelles ont été vos principales sources d’information ?

A. N. : J’ai passé un après-midi à parler à Walter Lord dans son appartement de New York. Il m’a montré de nombreux objets sur le Titanic. Ca a vraiment été un merveilleux après-midi avec lui. Les principales sources d’information viennent de son livre, des rapports des audiences du congrès et d’autres sources, notamment un magazine de construction navale présentant en avant première le navire, publié en 1911.

 

B-T : Au cours du jeu, les personnages mentionnent des anecdotes sur ce qui s’est vraiment passé à bord, parlent des véritables passagers du paquebot, mais aucun de ces personnages n’est représenté dans le jeu. Ce choix était-il délibéré, et pourquoi ?

A. N. : Nous pensions qu’il serait trop difficile de recréer ces gens, et qu’il serait plus facile pour nous d’insérer des personnages fictifs – donnant aux personnages réels la possibilité d’ »exister » autour de vous, le personnage.

 

B-T : Combien de temps cela prend-t-il pour écrire un jeu comme Titanic ? Quelles difficultés avez vous rencontré ? Y-a t-il des passages que vous avez particulièrement aimé écrire ?

A.N. : Il a fallu environ quatre mois pour écrire et mettre au point le script – il était très difficile de mettre au point tous les niveaux. J’ai aimé écrire tous les passages, mais j’ai apprécié certains des personnages les plus évidemment drôles.

 

B-T : Quand il a été publié il y a 15 ans, le jeu était l’un des plus beaux réalisés et a connu de très bonnes critiques. En 15 ans, les jeux vidéos ont évolué. Que changeriez vous si vous deviez refaire Titanic aujourd’hui.

A.N. : Ce serait génial d’utiliser la puissance des processeurs et des cartes graphiques actuelles pour placer plus de gens dans les décors et créer un environnement plus largement recréé, avec encore plus de détail et de réalisme. Les personnages n’auraient pas à changer.

 

B-T : À ce sujet, de nombreuses personnes veulent voir un remake de ce jeu (il y a même une pétition !), car aucun jeu sur le Titanic produit depuis n’a su être meilleur qu’Une Aventure hors du temps. Y-a t-il une chance de voir un jour un remake de Titanic, une Aventure hors du temps ?

A.N. : Merci pour vos compliments. Je suis très surpris et heureux d’entendre qu’il y a une pétition pour le refaire. Y-a t-il un lien où jeu peux la voir ? [ici, NdR] Il n’y a pas actuellement de plan pour le refaire, mais on ne sait jamais… il pourrait peut-être y avoir un nouveau jeu sur le Titanic. C’est une des idées les plus séduisantes au sujet de ce navire, il peut être tout ce que vous voulez. C’est l’Histoire, et en tant qu’Histoire, il appartient au monde entier.

 

B-T : Sur une note plus personnelle, vous intéressez vous au Titanic ? Lisez-vous toujours des choses à son sujet depuis la réalisation du jeu ?

Oui. En écriant ces lignes, je regarde mon mur, et il y a une ancienne peinture du navire en train de couler. C’est un artiste candide qui l’a peint sur du verre. Et quand le film de James Cameron est sorti, je suis allé le voir à deux reprises. J’étais tellement heureux de voir un film sur le navire et de ne pas avoir travaillé dessus ! [Titanic de James Cameron est sorti un an après le jeu, NdR]

 

B-T : Y-a t-il un livre sur le sujet que vous recommanderiez ?

A. N. : Je commencerais, et terminerais, par La Nuit du Titanic. C’est le meilleur livre sur le sujet et il a été écrit quand des survivants étaient encore en vie et pouvaient toujours se souvenir du naufrage.

 

B-T : Quels ont été vos projets depuis Titanic ?

A. N. :  J’ai travaillé comme producteur pour Britannica.com et je suis auteur pour la National Geographic Society. Je suis actuellement professeur à l’Université de Loyola à la Nouvelle-Orléans. Concernant les jeux-vidéo, je pense qu’ils avaient besoin de s’améliorer techniquement, mais j’espère qu’ils seront capables de créer des personnages plus complètement développés et travaillés. Il est peut-être temps pour un nouveau navire de quitter le port.

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Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic

Posté par Antoine le 28 juillet 2011

Parmi les ouvrages francophones publiés sur le Titanic, la plupart sont des travaux de synthèse (parfois excellents, comme on a pu le voir). Peu, en revanche, tentent d’apporter du contenu nouveau. C’est pourtant ce qu’arrive à faire l’ouvrage Les Français du Titanic (lire ma critique ici), co-écrit par François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret et Olivier Mendez et publié chez Marines éditions en 2011. J’ai eu la chance de pouvoir poser des questions à deux des auteurs de cet ouvrage, que je remercie chaudement : voici leurs réponses.

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic dans Rencontre avec... les-francais-du-titanic

Biblio-Titanic : Commençons par quelques questions au sujet du livre : comment est né le projet ? Qui a eu l’initiative, et comment l’équipe s’est elle formée ?

Franck Gavard-Perret : L’objectif était surtout de réunir quatre membres de l’Association Française du Titanic (dont son président et le rédacteur en chef de sa revue) afin de mettre en lumière les vies de quarante-neuf Français, aux parcours très différents et atypiques, pourtant tous embarqués sur le même paquebot.

François Codet : le projet d’utilisation des nombreux éléments recueillis par l’AFT sur les Français du Titanic entre 1998 et 2008 avait déjà été envisagé à plusieurs reprises. Il s’est trouvé pouvoir prendre forme à partir de l’été 2009, en particulier grâce aux conseils pratiques de Gérard Piouffre.

 

B-T : Travailler à quatre demande forcément une certaine organisation : comment vous êtes vous partagé les tâches ? Avez vous eu des difficultés de ce point de vue ?

F G-P : L’essentiel du travail repose sur les recherches généalogiques et biographiques réalisées par Alain Dufièf et Olivier Mendez pendant de très longues années, ainsi que sur les connaissances maritimes de François Codet, ancien commandant de vaisseau. Sur cette solide base se sont greffés quelques travaux que j’avais entrepris pour Latitude 41, la revue interne de l’Association Française du Titanic. François Codet a réussi à rassembler nos différents travaux tout en conservant une certaine fluidité du texte. La principale difficulté consistait à éviter toute répétition, un piège qui se tend facilement lorsque quatre personnes apportent leur propre pierre à un édifice. Ainsi, les derniers mois avant l’impression ont été consacrés aux modifications, ajouts, suppressions et bien entendu relectures.

 

B-T : Depuis combien de temps le livre était-il en préparation ?

F G-P : Si l’on excepte les recherches menées en amont, plus d’une année a été nécessaire pour élaborer un texte clair et trouver un éditeur. François Codet, Président de l’AFT, a mené les pourparlers avec Marines éditions.

 

B-T : Quelles ont été vos principales sources d’information ?

F G-P : Il s’agit essentiellement des centres d’archives départementales et municipales pour les recherches biographiques, ainsi que la presse de l’époque. Une bonne bibliographie que nous avons construite tous ensemble nous a également éclairé sur le Titanic, sa construction, ses installations et sa traversée inachevée. Des ouvrages plus spécialisés et des revues d’associations de « titanicologues », abordant souvent des thèmes particuliers, ont aussi retenu notre attention.

 

B-T : Certains sujets étaient probablement déblayés avant votre passage, mais quels sont ceux pour lesquels vous avez presque tout dû chercher ?

F G-P : Avant la sortie de ce livre, peu de Français du Titanic avaient intéressé les chercheurs. Les précédents auteurs relataient l’histoire de la famille Navratil, à la fois tragique, poignante et assez unique en son genre. Roger Bricoux était parfois mentionné car il appartenait au tristement célèbre orchestre de bord. Le nom de Ninette Aubart apparaissait aussi dans les biographies de Benjamin Guggenheim. Mais aucune publication ne traitait des familles Laroche, Mallet, Lefebvre, du personnel français du Restaurant à la carte, du sculpteur Paul Chevré etc… Certaines recherches ont parfois été épiques, comme celle concernant Marie Eugénie Spencer. Nous avons retrouvé ses origines après avoir établi qu’elle était de sa nationalité française quelques semaines avant l’impression du livre !

 

B-T : Y’a t-il des zones d’ombres qui vous ont vraiment résisté, des points que vous aimeriez encore approfondir ?

F G-P : Bien sûr, toutes les biographies ne sont pas complètes. Dans certains cas, les sources manquent, ce qui est fort regrettable pour l’historien ou le généalogiste. Mais nous savons que les familles de certains de nos compatriotes conservent encore des documents auxquels nous aurons peut-être un jour accès.

De formidables découvertes sur l’identité d’Henriette Yvois ont été réalisées par Alain Dufièf juste après la parution de l’ouvrage. De quoi promettre une belle mise à jour du livre lors d’une éventuelle réédition !

 

B-T : Quels sont vos prochains projets en lien avec le Titanic ?

F G-P : Ils sont nombreux et paraîtront prochainement dans les revues internes de l’Association Française du Titanic, la Titanic International Society et la Titanic Verein Schweiz ! J’achève un article sur les cent ans du voyage inaugural de l’Olympic, je co-écris un article avec Günter Bäbler sur la genèse de la Classe Olympic et je poursuis des recherches sur un mémorial de Glasgow en partenariat avec des centres d’archives écossais.

 

B-T : Et pour parler du Titanic, justement ; la question classique : comment l’avez vous découvert ?

F G-P : En 1997 en achetant le livre de Eddie E. O’donnell présentant les photographies du Révérend Père Browne. Mais je ne crois pas avoir contracté la « Titanicomania » consécutive à la sortie du film de James Cameron.

 

 

B-T : Quel est selon vous le meilleur livre sur le sujet (à part le votre, bien sûr !) ?

F G-P : Pour deux raisons, il est impossible pour moi de considérer un meilleur ouvrage parmi tous ceux proposés par le sujet. D’une part, un bon ouvrage représente l’avancée des recherches au moment même de sa parution. Pour chaque décennie, un ouvrage a semblé sortir du lot et devenir une référence absolue, incontestable (« A Night To Remember » en  1956, « The Maiden Voyage » en 1969, « Titanic, Triumph and Tragedy » en 1986 etc…) mais le Titanic occupe encore un centre d’intérêt si fort que le dossier n’est pas clos. En fonction des recherches, de nouvelles théories voient le jour, des débats sont tenus, des points de vue divergent etc…si bien qu’il n’existe aucun livre définitif sur le sujet. En conséquence, certaines informations ou considérations de Walter Lord, Geoffrey Marcus ou John Eaton et Charles Haas sont désormais contestables voire obsolètes.

D’autre part, l’intérêt à long terme peut concerner un livre abordant un thème particulier et précis. Je pense par exemple au débat entourant le Californian pour lequel le travail de Leslie Reade (« The Ship that stodd still »), qui a aujourd’hui 20 ans, reste une référence. Mieux encore, les travaux de Wilton Oldham (« The Ismay Line ») et Roy Anderson (« White Star ») datent respectivement de 1961 et 1964 mais demeurent incontournables pour l’étude de la compagnie maritime White Star. Des ouvrages biographiques ou autobiographiques conservent aussi une crédibilité. Mais un ouvrage très général comporte nécessairement des erreurs ou des observations qu’une partie des spécialistes contestera.

 

B-T : Pour finir, la question troll : Ismay, coupable ou innocent ?

F G-P : Concernant son évacuation critiquée du paquebot, il s’agit pour moi d’un faux débat. Le jugement manichéen du coupable ou de l’innocent ne relève pas de l’historien mais du sociologue, voire du psychologue. Le véritable intérêt pour l’historien est de définir les circonstances dans lesquelles Ismay a quitté le Titanic. Et force est de constater que peu de témoignages fiables viennent étayer une théorie incontestable.

A propos de sa discussion avec EJ Smith, seule la passagère Lines a « entendu » – je n’ai pas écrit « écouté » – quelques mots dans une pièce où un bruit de fond couvrait partiellement les propos tenus par les personnes attablées. Les deux hommes ont évoqué le fonctionnement général des machines et des chaudières. En réalité, Lines a surtout rapporté que Ismay a déclaré « Nous battrons l’Olympic ». Mais elle n’a jamais reconnu que ces mots avaient été prononcés  sur un ton impératif.

Ismay incarnait un dirigeant de prime abord antipathique tenu partiellement responsable de la catastrophe par l’opinion publique. Sa prétendue lâcheté a été grandement véhiculée par la presse américaine en quête de sensationnel et satisfaite de trouver en lui le parfait bouc émissaire. Certes Ismay a eu une discussion avec Joseph Bell à bord du Titanic. Mais pourquoi se focaliser sur cette entrevue qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire ? En effet, Ismay correspondait régulièrement avec les chefs mécaniciens par courrier pour s’informer sur la bonne évolution des machines de ses navires (Laurentic, Olympic…). Lors de leur dernier entretien, Ismay a demandé à Bell si le Titanic pouvait gagner New York plus rapidement que l’Olympic. S’agissait-il d’un ordre ? Plusieurs indices me laissent penser le contraire. Dans l’absolu, une traversée plus rapide était réalisable mais elle aurait nécessité une consommation excessive de charbon à laquelle Ismay s’opposait catégoriquement. De plus, les passagers n’auraient-ils pas été déstabilisés par une arrivée précoce à New-York ? L’organisation de leur séjour aux Etats-Unis aurait été chamboulée… Pour résumer en reprenant déclarations de EJ Smith accordées à la presse en juin 1911, un navire de la classe Olympic était un « Wednesday ship ».

F C : Je suis de ceux qui pensent que l’objectif de la White Star était bien, au minimum, d’égaler les performances obtenues par l’Olympic. Faire moins bien aurait certainement été d’un effet désastreux. Dans ce cas, Ismay était inévitablement partie prenante dans les décisions liées à ce projet (pour dire le moins). Cela dit, record en vue ou pas, même pour une arrivée à New York le mercredi, la vitesse adoptée par le Titanic aurait certainement été excessive face au danger présenté par la barrière de glace, danger dont le personnel du bord n’avait qu’une vision très parcellaire en raison du faible nombre de messages remis pour exploitation à l’officier de navigation. Or, tous les messages importants dans ce domaine ont bien été reçus à bord en temps opportun, et dûment rediffusés à d’autres stations. Même si Ismay n’était pas directement responsable de ces lacunes lourdes de conséquences, en tant que dirigeant de l’armement sa responsabilité personnelle était néanmoins engagée.

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The Other Side of the Night

Posté par Antoine le 27 juin 2011

The Other Side of the Night, de Daniel Allen Butler, est un de ces ouvrages dont on ne sait pas s’il est bon ou mauvais. L’avis sur le sujet varie d’ailleurs maintes fois en cours de lecture. Il est certain, dans tous les cas, que le postulat de départ de l’ouvrage est intéressant : voir ce qui s’est passé « de l’autre côté de la nuit », à bord du Carpathia et du Californian.

 

The Other Side of the Night dans In english please ! Other-Side-of-the-Night

 

Vaste sujet, que Daniel Allen Butler traite en détail, et c’est l’un des points forts de son livre. Les informations abondent sur les carrières tant des navires que des hommes qui les ont dirigé, qu’ils s’agisse des commandants, ou des officiers. Le contexte est également bien décrit et les détails et anecdotes abondent. Toujours en ce qui concerne les points positifs, le style est assez fluide et simple à lire, même pour quelqu’un qui ne lit pas bien l’anglais. Sur la forme, le livre est d’ailleurs assez joli, le texte est écrit gros, et les pages centrales proposent des illustrations. De bons points donc.

Mais l’ouvrage a aussi un gros problème de méthode historique. La polémique du Californian est ancienne, et n’en a pas fini de faire couler de l’encre. Et Daniel Allen Butler annonce dès le départ la couleur : ce sera Saint Arthur Rostron opposé à Stanley « Satan » Lord. Ce dernier est littéralement lynché par l’auteur qui tire une conclusion »psychologique » : Lord était un sociopathe. Tout juste reconnaît-il que le Californian n’aurait pu sauver personne. Cette absence d’objectivité, annoncée dès le début (combien de fois insiste t-il sur le fait que le Titanic attendait « des secours, de n’importe qui dans les environs »de façon surexagérée!), est d’autant plus visible que Butler est étonnamment objectif avec tout le monde, et en particulier J.B. Ismay, le bouc émissaire officiel de la catastrophe. En perdant en objectivité, Butler fait perdre à son livre beaucoup de sa qualité.

Une précieuse source d’informations, donc, à condition de la lire avec beaucoup de recul.

Daniel Allen Butler, The Other Side of the Night, Casemate Publishers, 2009, ISBN 1935149024

Les plus

  • Un sujet original et traité en détail
  • Facile et agréable à lire
  • Le livre en lui même est bien fait

Les moins

 

  • Un manque total d’objectivité
  • Le récit est parfois décousu, puisque le naufrage du Titanic est revécu plusieurs fois selon les chapitres et points de vue

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The Band That Played On

Posté par Antoine le 16 juin 2011

Parmi les victimes du naufrage du Titanic, l’orchestre du navire a probablement connu la mort la plus légendaire. Mourir en accomplissant son (pourtant futile) devoir, à une époque où les anciens se plaignaient déjà de la jeunesse décadente, ça avait un bel impact. C’est l’histoire de ces huit héros que Steve Turner entreprend de raconter dans son ouvrage. Un auteur qui ne m’est pas inconnu puisqu’il a également écrit un ouvrage de référence sur mon autre sujet de prédilection, les Beatles, mais c’est une autre histoire.

 

The Band That Played On dans Coup de coeur The%2BBand%2BThat%2BPlayed%2BOn

 

À la vue de la taille du livre (plus de 200 pages), on se rend compte qu’il y a plus à dire sur l’orchestre du Titanic qu’on ne l’aurait cru. Turner a l’idée originale de commencer son récit par la fin, en se concentrant sur l’arrivée du Carpathia à New-York, les témoignages des rescapés dans la presse et la naissance de la légende de l’orchestre. Il présente ensuite dans un deuxième chapitre les employeurs de l’orchestre, et le contexte de l’époque. Puis viennent six chapitres biographiques : cinq des huit membres ont en effet droit à leur chapitre, les trois autres étant regroupé dans le sixième. Dans tous les cas, les recherches ont été vastes et précises et les biographies sont très denses et appréciables.

Viennent ensuite les chapitres plus discutables sur la traversée et le naufrage. Turner annonce dès le départ qu’il ne cherchera pas à entrer dans la grande histoire et se concentrera sur l’orchestre. Mais lorsqu’il explique, probablement plus par simplification que par erreur, que le Titanic heurte l’iceberg à 23h45, ça pique les yeux. Du reste, les chapitres ne sont pas mauvais, au contraire : Turner relève les témoignages et ne cherche pas à établir une version unique des faits. Il se contente du conditionnel, et de reconnaitre que rien n’est sûr.

Enfin, les derniers chapitres étudient les conséquences : qu’il s’agisse des hommages, de la naissance du « mythe de l’orchestre » et de la réaction des contemporains, ou de l’aspect moins reluisant du traitement offert aux proches. Tout le livre est argumenté de nombreuses photographies en noir et blanc, et le livre est pourvu d’une très bonne bibliographie qui témoigne du gros travail de recherche effectué. Un index est également présent, ce qui n’est pas inutile vu la masse d’informations.

Steve Turner, The Band That Played On, Thomas Nelson, 2011, ISBN 978-1-5955-5219-8

 

Les plus

  • Facile à lire, bien organisé, aéré et illustré
  • Des recherches biographiques très approfondies
  • Beaucoup d’anecdotes et d’informations intéressantes

 

Les moins

  • Quelques approximations sur le déroulement des faits, pas forcément involontaires

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