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Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe

Posté par Antoine le 10 juillet 2013

Le naufrage du Titanic suscite chez chacun des réactions personnelles. Chez certains, un protagoniste particulier attire l’attention, entraînant des travaux et recherches biographiques. Des travaux de ce genre ont ainsi pu être menés sur les musiciens de l’orchestre, Thomas Andrews, certains passagers fortunés… Parmi eux, les officiers jouissent d’un certain succès, et plusieurs se sont déjà vus consacrer des biographies, notamment William Murdoch et Charles Lightoller. Un personnage de premier plan manquait jusqu’à il y a peu de documentation, l’officier Harold Lowe, souvent considéré comme le héros du naufrage. Grâce à Inger Sheil, ce vide est désormais comblé avec Titanic Valour.

Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe dans Coup de coeur titanic-valour-fcp1

Harold Lowe est-il le héros du naufrage ? Probablement pas autant qu’on pourrait le penser car, s’il est effectivement revenu chercher d’éventuels survivants, il a attendu que les cris s’amenuisent pour assurer sa sécurité (décision pleine de bon sens, par ailleurs). En cela, plusieurs autres canots ont aussi su récupérer des gens tombés à l’eau. D’autres hommes ont sauvé des vies, aidé bien des gens, et mériteraient le titre (souvent galvaudé et généralement malvenu) de « héros ». Il n’en reste pas moins qu’Harold Lowe est l’un des acteurs de premier plan de cette nuit là. On peut donc être un peu gêné par la quatrième de couverture et au prologue, qui semblent faire de Lowe le héros absolu, « l’homme qui est revenu » : doit on craindre des failles de neutralité ?

Fort heureusement, le travail d’Inger Sheil se révèle irréprochable de ce point de vue. Lowe est abordé avec recul, y compris certains aspects qui « fâchent » comme le racisme dont il aurait fait preuve durant le naufrage, selon certains témoins. Loin du panégyrique, l’ouvrage aborde l’homme sous tous les angles. Le livre peut sembler assez court (150 pages environ), il est pourtant plus que complet, et passionnant. La partie consacrée au Titanic n’occupe qu’une quarantaine de ces pages sans pour autant ignorer les aspects importants de cette aventure. On redécouvre notamment les relations de celui qui était un « étranger à bord » (il n’avait jamais servi sur l’Atlantique nord) avec ses collègues ; en quoi consistait son travail d’officier, quelles furent ses actions ce soir là.

Mais le livre d’Inger Sheil se révèle surtout précieux sur l’avant et l’après Titanic. La connaissance de la vie de Lowe se limitait généralement à sa naissance, son départ de la maison pour rejoindre la marine, une carrière peu connue, une entrée à la White Star sur les lignes australiennes, une absence d’avancement après le naufrage, un service dans la Navy et une retraite après guerre. Ce sont ces zones de vide qui sont désormais comblées. On découvre ainsi la famille Lowe, qui paya fort malheureusement un lourd tribut aux eaux. On apprend aussi quelle fut l’évolution de la carrière de Lowe, d’abord sur des voiliers, puis dans des cargos de moins en moins miteux. La Première Guerre mondiale est également détaillée, avec un épisode dont on est surpris qu’il soit passé inaperçu : Harold Lowe a en effet été envoyé avec son navire à Vladivostok pour lutter contre les Bolchéviques, et y a passé plus d’un an dans des conditions difficiles. Plus encore, on découvre que, loin d’avoir pris sa retraite après-guerre, il a continué à servir la White Star pendant dix ans, sans vraiment être récompensé pour sa fidélité. Enfin, on découvre un homme impliqué dans la vie de sa communauté, en dépit d’une fin de vie laborieuse.

Ces découvertes ont été permises par la proximité de l’auteur avec la famille d’Harold Lowe, ce qui lui a permis d’accéder aux souvenirs et archives familiales, notamment à de nombreuses photos.  Seize pages d’images complètent d’ailleurs le livre, et on découvre avec joie qu’aucune des photos de l’officier présentées ici ne sont connues. Au final, c’est un livre très agréable, qui se lit vite, qui nous est offert. Sorti en 2011, il est encore trouvable à très bon prix. Une occasion à saisir, tant on sait que les biographies d’officiers, une fois épuisées, peuvent atteindre des prix astronomiques.

Inger Sheil, Titanic Valour, The Life of Fifth Officer Harold Lowe, The History Press, 2011, 159 p.

 

Les plus

  • Un livre clair et bien écrit, qui se lit facilement et rapidement.
  • Des recherches totalement inédites et passionnantes, qui nous montrent à quel point Harold Lowe est un homme méconnu.
  • Les illustrations inédites ajoutent beaucoup au cachet du livre.
  • Un prix encore très accessible.

 

Les moins

  • Le résumé et la préface sombrent un peu trop dans l’éloge du héros, sans, heureusement, que le contenu du livre soit atteint.

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Titanic, la véritable histoire

Posté par Antoine le 10 avril 2012

Il y a comme une malédiction dans le monde des documentaires. Il y a ceux qui ne cherchent pas à trop se montrer, comme les deux que j’ai commentés hier, plaisants à regarder et fiables… Et il y a les bouses, les étrons, les horreurs. Ceux qui enchaînent les lieux communs, erreurs et bouffonneries. De façon intéressante, ceux-ci ont souvent des titres sensationnalistes, clamant détenir « la vérité », comme s’ils sentaient, au fond d’eux, qu’ils allaient dire une immense connerie. Lorsqu’un documentaire s’intitule Titanic, la véritable histoire, on peut sérieusement s’attendre à le placer dans la deuxième catégorie. Et ici, ça ne rate pas.

On peut aisément reconstituer la réflexion des réalisateurs : « Bon, on fait un documentaire sur le Titanic. Il nous faut une histoire d’amour, du suspense, de l’action, des trucs qui bougent. Respect de l’histoire ? On s’en fout. On prend les noms, et on leur fait faire des trucs qu’ils auraient pu faire, ça passera. » Le terme de docu-fiction n’a jamais été aussi malvenu. C’est de la fiction, tout court. Difficile ici de faire une liste des points positifs et négatifs : je n’ai pas trouvé de point digne d’entrer dans la première catégorie. Voici donc la liste (non exhaustive, je n’ai pas tout relevé, je ne suis pas une machine !) de toutes les horreurs proférées dans le documentaire.

  • On suit l’histoire d’une passagère, qui, lors du naufrage, retourne à sa cabine pour récupérer ses affaires, y est enfermée par un steward, sauvée par son amant après avoir vu de l’eau sortir par les lavabos et… Oui, bon, vous l’aurez compris, récit à l’authenticité douteuse (on me souffle dans l’oreillette que Berthe Mayné a envisagé de le faire retourner à sa cabine, mais en a été dissuadée et est partie dans un des premiers canots : on le voit donc, le documentaire est parti d’une supposition pour broder son histoire).
  • On a aussi le marin qui était parti inspecter les compartiments arrière, a vu les portes étanches se fermer, et s’est jeté dessous. Et hop, une jambe coincée. Ce n’est étayé par aucun témoignage (et pour cause, tout individu normal se serait rué vers l’échelle de service plutôt que de se jeter sur une porte jouant les guillotines), mais la scène revient pendant tout le documentaire. Notre marin essaie d’attraper une hache, d’atteindre la valve pour remonter la porte… Rien n’y fait. Répétitives, lassantes, inutiles et inexactes, ces scènes sont le grand moment du documentaire !
  • On a aussi la passagère de troisième classe qui prenait son bain à minuit pour éviter l’affluence (bien, sauf que je doute que les stewards chargés des baignoires, qu’on n’utilisait pas seul, aient travaillé de nuit). Mais ça permet de montrer un bout de sein, et ça, ça fait péter l’audimat. Le reste de son histoire permet de nous sortir le classique coup des troisième classes séquestrés dans les fonds du navire et ainsi de suite, le tout étalé sans recul…
  • On a aussi un inénarrable graisseur envoyé faire on ne sait trop quoi, et qui finit par monter dans la quatrième cheminée pour y… écrire un message dans une bouteille, qui parviendra sur les côtes irlandaises. Oui. Docu-fiction : si ceci c’est vraiment passé à bord, je me fais moine. Mais comme il n’y a pas de témoignages, on dira que c’est une liberté artistique. Dommage quand on clame raconter la véritable histoire…
  • On a aussi le coup du navire qui change brusquement d’inclinaison d’un côté à l’autre, renversant les passagers, la vaisselle, tout. Aucun témoin n’en a parlé, mais ça fait joli à l’écran. Oui, « véritable » histoire.
  • Et bien sur, on a les cloisons étanches. Enfin non : seules les portes sont étanches. Les cloisons autour pètent quand la pression devient trop forte. Comme ça, pouf.
  • Quant à l’électricité, bah pour parodier un chanteur à qui elle n’a pas porté chance, on dira qu’à bord du Titanic, « ça s’en va et ça revient » ! Non, le courant ne s’est pas coupé uniformément à la fin comme le disent tous les témoins. Il alternait. Un peu comme quand Jacquouille la Fripouille joue avec l’interrupteur.
  • Il y a aussi une superbe prise de bec entre le commandant Smith et Bruce Ismay. Je disais récemment qu’étonnamment, il souffrait peu dans les mauvais documentaires. Celui-ci a restauré l’équilibre : toutes les scènes où il est présent ont pour but de le faire passer pour le Diable en personne. Basées sur du rien ou, dans le meilleur des cas, s’inspirant de faits réels pour les modifier allègrement, je me suis surpris à trouver qu’à côté, le Titanic produit par les Nazis en 1943 était un trésor d’objectivité.
  • D’ailleurs, parlons en, du jeu d’acteurs ! Tous sont incroyablement mauvais. Tellement qu’ils auraient pu être recalés aux auditions d’Hélène et les garçons. Leur jeu est caricatural, exagéré, mauvais… Et franchement, Joseph Bell qui devient le sosie de M. Propre ! Rendez nous les acteurs des Héros du Titanic !
  • Les représentations 3D sont décentes. Les décors intérieurs pathétiques. Il n’y a aucune cohérence. Bruce Ismay descend des escaliers pour aller sur la passerelle de navigation… sur le pont le plus élevé. Le jeune Jack Thayer, fils d’un président de ligne de chemin de fer, sort de sa cabine pour errer en… troisième classe…
  • De plus, le documentaire s’attarde pendant près d’une heure (sur une heure et demie) à traiter des dix minutes suivant la collision : coulera ? Coulera pas ? Coulera ? Coulera pas ? Inutile de préciser que ce jeu sur le suspense prend mal. On voit les premiers canots vers la fin et, malgré les nombreuses scènes de panique vues auparavant, personne n’y monte.

Je pourrais continuer longtemps cette liste. Je préfère m’arrêter là. Ce documentaire ne mérite que l’oubli. On se demande comment la BBC a pu produire une telle horreur, et comment France 2 a pu la diffuser. Par pitié, la prochaine fois, demandez de l’aide aux connaisseurs…

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Soirée Titanic sur Planète Thalassa : « L’iceberg qui a coulé le Titanic » et « Les héros du Titanic »

Posté par Antoine le 9 avril 2012

Dimanche 8 avril, la chaîne Planète Thalassa nous a gratifiés d’une soirée de deux documentaires sur le Titanic pour célébrer le centenaire. On aurait pu s’attendre au pire, on a pourtant eu le meilleur. Les deux documentaires, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Les héros du Titanic, sont de très grande qualité. Je m’en vais donc vous les présenter ici.

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Le premier, L’iceberg qui a coulé le Titanic, concerne finalement plus l’iceberg que le Titanic… et ce n’est pas si mal, car original ! Le documentaire, très rigoureux, nous emmène dans les glaces du Groenland, nous détaille les lieux d’où partent les iceberg, comment ils le font, en suit plusieurs… Les images sont superbes, rares, impressionnantes. On a également droit à des expériences sur la fonte des icebergs, leur visibilité, la façon dont ils se retournent (bluffante)… Côté Titanic, les réalisateurs ont voulu illustrer par des images en mouvement. Souci, on n’en a que quelques secondes pour le Titanic. On se retrouve donc avec le lancement du Britannic, un passage de l’Aquitania au port, avant d’avoir, heureusement, des images tirées de films, déjà plus fidèles. Quelle est l’importance de cette erreur ? Minime dans la mesure où le propos reste clair et exact. Aucune phrase ne m’a fait hurler, moi qui suis si chatouilleux. Le documentaire permet aussi de rappeler une réalité trop souvent ignorée : entre la glace et les navires, la glace est toujours la plus forte.

Le second, Les Héros du Titanic, se penche sur le cas très méconnu des mécaniciens du Titanic. Plus fiction que documentaire, ce film essaie de faire revivre la traversée de ces gens, et le fait de façon fort convaincante.  La méconnaissance que l’on a des protagonistes et de ce qu’ils ont fait fait que très peu des éléments présentés dans ce documentaire sont certains. C’est cependant un bon travail de reconstitution de l’expérience de ces gens à partir de ce que l’on a, un peu comme a pu le faire Gérard Piouffre dans Nous étions à bord du Titanic. Si tout ne doit pas être pris pour argent comptant, s’il y a parfois des longueurs, le documentaire réussit à être crédible que ce soit dans le jeu des acteurs ou dans les décors assez fidèles au Titanic, surtout si on garde à l’esprit les moyens dont a dû disposer la production. Plus encore, il rappelle au monde l’existence de ces héros méconnus qu’on été Joseph Bell, Frederick Barrett, Johnatan Sheperd

Deux excellents documentaires qui prouvent que Planète Thalassa a su choisir avec goût ! On a échappé aux habituels nanards recueils d’idées reçus. Rappelons au passage pour les joueurs que la chaîne vous propose un jeu concours sur son site !

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Bientôt sur vos écrans !

Posté par Antoine le 3 avril 2012

À l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, les chaînes de télé se mettent au goût du jour avec de nombreux documentaires sur notre navire préféré. Du bon et du bien moins bon, très certainement. Alors prenez vos pincettes, votre télécommande et le pop corn : les semaines à venir vont être chargées.

On commence dès aujourd’hui, mais sur les ondes, avec le passage de Gérard Piouffre aux Grosses Têtes ! Un spécialiste du Titanic devant Bouvard, ça se fête, alors pensez à mettre RTL cet après-midi de 16 à 18 heures !

On enchaîne demain avec France 3, à 22 h 45 environ (mes sources divergent, visez large) et l’émission de Franck Ferrand L’Ombre d’un doute consacrée au Titanic. Vous y retrouverez, outre le même Gérard Piouffre, un certain nombre de descendants de passagers du Titanic, notamment Elizabeth Navratil.

France Bleu Maine et France Bleu Cotentin consacrent pour leur part une série (10 épisodes de 4 minutes 20) consacrée à l’histoire du Titanic racontée par l’excellent acteur André Dussolier. Le tout est disponible en podcast. Après écoute du premier épisode, le tout s’avère très prometteur.

Le 8 avril, ne ratez pas la soirée spéciale Titanic de Planète Thalassa. La chaîne de la mer nous propose deux documentaires au fort potentiel, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Le héros du Titanic (docu-fiction consacré aux mécaniciens du Titanic), le tout ce dimanche à partir de 19 h 45 sur cette chaîne du câble. Le site de la chaîne organise par ailleurs un grand jeu concours avec entrées à la Cité de la Mer et livres à gagner, à partir du 6 avril. (bande annonce ci-dessous)

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Mardi 10 en prime time, France 2 met en scène l’histoire du Titanic, Titanic, la véritable histoire. Vous savez à quel point je crains ces titres à sensation (les réalisateurs de La Minute de vérité peuvent en témoigner !), mais le documentaire étant anglais, on peut espérer une mauvaise traduction cachant un documentaire sérieux. Verdict dans une semaine.

Le 13, Gérard Piouffre est à nouveau au rendez-vous sur Europe 1 le vendredi à 12 heures 50 pour parler avec Franck Ferrand de l’histoire du Titanic.

Enfin, la mini-série Titanic sera diffusée en intégralité le 14 avril au soir sur TMC. On m’en a principalement dit du mal, mais libre à chacun de se faire son opinion. Personnellement, je ne serai pas devant ma télé pour causes de célébrations du centenaire avec l’Association Française du Titanic.

Bon visionnage, et n’hésitez pas à signaler ici d’autres éventuels documentaires à venir !

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Titanic, l’ultime scénario

Posté par Antoine le 31 mars 2012

À l’approche du centenaire, on sent venir un flot de documentaires. Comme vous le savez, ce média est souvent le plus touché par les horreurs et hérésies en tout genre en terme de Titanicologie : quand on bosse pour la télé, coco, on se fout de la vérité, on fait vendeur. Je vous l’avais montré avec la tristement célèbre Minute de Vérité, et il semble que les journalistes (ce terme peut-il servir dans ce cas ?) de 50 Minutes Inside aient poussé très loin les limites de la nullité dans le domaine cet après-midi. Heureusement, j’ai été épargné. C’est donc avec un fort émoi que j’ai pu voir, deux soirs de suite, de très bons documentaires. Hier, Thalassa nous a proposé un très bon sujet sur l’épave, sur lequel il n’y a strictement rien à redire : efficacité, simplicité, fidélité. Vous pouvez le voir ici. Ce soir, Arte nous proposait Titanic, l’ultime scénario. Titre sensationnaliste inquiétant donc, mais qui cache un documentaire de qualité décente : c’est donc de lui que je m’en vais vous parler. Pour ceux qui l’ont raté, séance de rattrapage dimanche 1er avril à 13h et quelques.

Officiers du Queen Mary 2 commémorant le Titanic

Pour faire un documentaire sur le Titanic, il y a deux écoles. Ceux qui prennent le premier bouquin venu (et souvent ils tombent sur du mauvais) et ceux qui ont la bonne idée de demander à un spécialiste. Les réalisateurs de l’ultime scénario sont de la deuxième et ont fait appel à un des « héros » de l’histoire du Titanic, Paul-Henri Nargeolet (Français de surcroit pour ceux qui se sentent de fibre patriotique), qui a plusieurs fois plongé sur l’épave et sert ici de fil conducteur. Bonne idée puisque le « P.H. » est un des historiens fiables du domaine. De même, le documentaire fait apparaître les historiens Eaton et Haas, auteurs d’un des ouvrages de référence sur le Titanic, aujourd’hui, certes, dépassé (Titanic, destination désastre).

Plus que ces cautions historiques, le documentaire nous montre également les sources qui ont fait le Titanic, mentionnant les rapports de l’enquête notamment. Il part également à la recherche des icebergs, nous prouvant ce dont beaucoup doutent : un iceberg face à un navire a le même impact qu’un char d’assaut face à une bicyclette. Le documentaire nous fait voyager, à Terre-Neuve, à Belfast, évoque, en à peine une heure, un grand nombre de thèmes importants, jusqu’au petit frère du Titanic, le transbordeur Nomadic, aujourd’hui en cours de rénovation. Et puis il y a l’iconographie, de grande qualité. Belles photos du photographe des chantiers Harland & Wolff, Robert Welsh, et extraits du film Atlantique, Latitude 41° : ça nous change de Rose et Jack !.

Et puis le documentaire ne se limite pas à une vision monolithique du drame : il nous explique l’évolution des points de vue, des connaissances, comment on a découvert que le navire s’était brisé en deux, n’avait pas été déchiré d’une longue et unique brèche… De façon générale, le documentaire évite de sombrer dans les clichés. Mais il le fait parfois. La fin du documentaire tombe dans ce qu’il avait jusque là évité et cherche à donner une explication définitive à un naufrage que l’on expliquera jamais définitivement. Dans le premier cas, on nous ressort la bonne vieille théorie des rivets trop fragiles, portée par la scientifique Jennifer Hooper McCarty. Certes, la théorie se tient et est exacte dans les faits, ou du moins vraisemblable. Mais pourquoi persister à laisser entendre que la compagnie avait bâclé le travail, alors qu’il y a des preuves que c’est faux (et que quelqu’un l’a réfuté de façon explicite dans le même documentaire) ? Il aurait été plus utile de rappeler que même des navires modernes comme l’Explorer ont montré qu’entre la glace et un navire, le gagnant est toujours le même. Plus gênant, le documentaire expose une récente théorie sur la cassure du Titanic, qui se serait faite par le bas, comme l’hypothèse définitive et incontestée. Pas de bol, elle a été réfutée depuis par d’autres. Il aurait été plus malin de la décrire comme ce que c’est : une hypothèse parmi d’autres. De façon générale, c’est là le grand défaut de ce documentaire : une trop grande mise en scène. Je sais qu’il faut tenir en haleine le spectateur, mais les mises en scène façon 24h chrono, c’est obligé ?

 

Les plus

  • Pour une fois, un documentaire qui ne tombe pas (trop) dans les idées reçues
  • De bonnes cautions historiques, merci Paul-Henri Nargeolet !
  • Assez bon travail de recherche en général, bonne iconographie

Les moins

  • Pourquoi tout gâcher en cherchant à tout prix à jouer les enquêteurs qui trouveront la vérité seule et unique ? Au moins, ils nous ont épargné la traque des coupables…
  • Un peu trop péremptoire sur la fin

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Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

Les Secrets du Titanic dans Ouvrage généraliste 9782361640873

Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

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Rencontre avec Gérard Piouffre

Posté par Antoine le 27 janvier 2012

Gérard Piouffre est historien, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’histoire de la marine et de l’aviation publiés depuis une vingtaine d’années. Il est l’auteur de deux ouvrages consacrés au Titanic, Le Titanic ne répond plus et Nous étions à bord du Titanic. C’est à l’occasion de la sortie de ce dernier, il y a trois semaines, que j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail.

Biblio-Titanic : Le principe de ce livre est original et tranche pas mal avec Le Titanic ne répond plus ; quelles ont été les grandes différences dans vos démarches pour écrire chacun de ces livres ? Est-ce qu’écrire l’un a été plus dur à écrire que l’autre ?

Gérard Piouffre : Ayant déjà écrit un premier livre chez Larousse, je ne pouvais décemment, reprendre le même schéma. J’ai donc abordé celui-ci sous l’angle de la fiction historique. Fiction, car je me suis glissé dans la peau de mes personnages pour les faire parler. Fiction historique, car tous ces personnages ont existé.

En tant que passionné du Titanic, j’ai pris un énorme plaisir à écrire ces deux livres et j’espère avoir fait partager cette passion à ceux qui me lisent. Pour répondre plus précisément à la question : un livre est toujours difficile à écrire, mais reprendre le même thème est encore plus difficile. Je dirai donc que j’ai eu plus de mal pour le deuxième que pour le premier.

 

B-T. : Quelles sont vos principales sources de travail lorsque vous écrivez sur le Titanic ?

G. P. : Les ouvrages sur le Titanic, bien sûr, et en particulier l’excellent Beveridge. J’ai également utilisé les règlements de l’époque, manuel du matelot timonier de 1878, par exemple. Dans la marine de commerce, ces règlements s’appliquaient pour tous les pays.

J’ai également utilisé les scripts des enquêtes américaines et britanniques ainsi que l’excellent site Encyclopedia Titanica.

 

B-T. : En trois ans, votre point de vue a pu évoluer sur certains sujets : y’a t-il des choses que vous avez abordées différemment dans Nous étions à bord du Titanic par rapport au précédent livre ?

G. P. : Quand j’ai écrit mon premier livre, j’étais persuadé que le feu en soute n’avait eu aucune incidence sur le naufrage. J’en suis moins convaincu aujourd’hui et je pense que l’affaiblissement, puis l’effondrement de la cloison étanche n° 5, consécutive à cet incendie, a accéléré le naufrage.

 

B-T. : Le livre met en scène différents personnages : lequel a été le plus intéressant à raconter ? Lequel a été le plus difficile ? Et si on vous avait donné plus de place, qui auriez-vous aimé rajouter ?

G. P. : Pour moi, les deux opérateurs Marconi sont les héros du Titanic et je suis heureux d’avoir pu leur rendre hommage. J’ai également aimé raconter l’histoire des mécaniciens, des chauffeurs et des soutiers. Anna Sofia Turja a été le personnage le plus difficile à évoquer, car on ne connaît que très peu de choses d’elle.

Si on m’avait donné plus de place… Le rêve ! J’aurais aimé faire parler les musiciens, le steward John Edward Hart qui a sauvé un grands nombre de passagers en 3e classe. J’aurais donné la parole aux dizaines de héros inconnus. Ah si l’on m’avait permis de rédiger une encyclopédie en 45 volumes !

 

B-T. : D’un point de vue plus personnel, quand avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic, et comment ?

G. P. : En lisant le livre de Walter Lord, La nuit du Titanic. C’était en 1958. J’avais 8 ans.

 

B-T. : Si vous deviez conseiller un livre sur le Titanic, ce serait ?

G. P. : Celui de Walter Lord, bien sûr, mais aussi Titanic, la grande histoire illustrée de Don Lynch et Ken Marshall. Titanic de Ferulli Corrado est également un excellent ouvrage. Publié chez Hachette, il est aujourd’hui épuisé, mais on le trouve assez facilement sur l’internet.

 

B-T : Et pour finir, l’habituelle question troll : pour ou contre la remontée des objets qui se trouvent sur le site de l’épave ?

G. P. : Je ne fais aucune différence entre un galion espagnol du XVIe siècle et le Titanic. Pour moi, l’un et l’autre sont des sites archéologiques qui ont beaucoup à nous apprendre, sur la construction navale et la vie quotidienne à leurs époques respectives. N’oublions pas non plus la préservation des objets mis au jour. Ceux du Titanic ont été riches d’enseignements. Il me semble tout à fait possible de regrouper ces objets dans des musées. Je suis en revanche, opposé à ce qu’ils soient vendus à des particuliers.

 

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Index

Posté par Antoine le 25 janvier 2012

Cette page recense toutes les critiques faites sur Biblio-Titanic, pour vous permettre de retrouver un ouvrage particulier.

Livres

 

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Films

 

Documentaires

 

CD-ROM/Jeux-vidéo/disques

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Britannic

Posté par Antoine le 28 décembre 2011

Lorsque j’étais encore un innocent écolier de primaire, mais déjà fiché « Titanicophile », un ami connaissant ma passion m’avait un jour dit : « Mon père a trouvé un film un peu copié de Titanic, ça s’appelle Britannic ». Il ne s’agissait pas d’un plagiat, mais d’un téléfilm consacré au sort du jumeau du Titanic, le Britannic, coulé en 1916 suite à une explosion dont l’origine prête encore aujourd’hui à polémique. Pourtant, il est clair que ce téléfilm de Brian Trenchard-Smith sorti en 1999 a clairement surfé sur la vague du Titanic de James Cameron. Que vaut-il ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Affiche du film

L’action prend donc place en 1916, lors de la dernière traversée du paquebot transformé en navire-hôpital. Une épouse de diplomate, ses deux enfants, et leur gouvernante embarquent à bord du Britannic pour rejoindre leur proche. La famille ignore que la gouvernante, engagée sur le tard, est une espionne au service du Royaume-Uni, chargée de protéger le navire d’agents secrets travaillant pour l’ennemi. Et elle va avoir du travail, puisqu’un vil teuton a assassiné l’aumônier du navire et pris sa place. Sur fond de romance entre les deux agents, qui ignorent bien entendu leurs affiliations respectives, les Allemands tentent de couler le navire (qui transporte des armes au Caire), tout d’abord en organisant une mutinerie au sein des chauffeurs et soutiers irlandais, puis en demandant à un sous-marin de torpiller le paquebot. Notre espionne parvient cependant à contrecarrer ces plans, sans jamais trouver leur instigateur. Lorsqu’elle le démasque enfin, il déclenche sous ses yeux une explosion fatale au navire. Mais, héros au grand cœur, il fait tout pour l’aider à sauver les enfants dont elle a la charge. Elle même redescend le sauver lorsqu’il se trouve en difficulté (oui, on fait dans l’originalité), et tous deux s’échappent finalement du navire. Arrivés dans un canot vide aspiré par les hélices, ils doivent faire face à une mort certaine. L’agent du Kaiser fait alors preuve d’un formidable héroïsme en se sacrifiant pour permettre à sa douce de se mettre en lieu sûr. Sur fond de musique qui fait pleurer, on assiste à la triste fin du navire, puis à d’authentiques vues de son épave avec textes pour nous indiquer qu’il a existé pour de vrai. Fin.

D’un point de vue historique, que vaut cette histoire ? Pas grand chose, il faut bien le dire. Le Britannic n’aurait en aucun cas transporté de tels passagers, puisqu’il était navire-hôpital. Il est par ailleurs avéré depuis la découverte de l’épave en 1975 qu’il ne transportait pas d’armes. La théorie du téléfilm tombe donc à l’eau, d’autant que la même découverte de l’épave indique clairement que le navire a été coulé par une explosion venue de l’extérieur, et non par l’intérieur comme montré ici. À cela s’ajoutent un certain nombre d’invraisemblances : il est probable que si une mutinerie organisée par l’IRA avait pris place à bord et s’était finie par un bain de sang, on en trouverait quelques traces dans les récits des rescapés. De même pour une attaque à la torpille, d’autant que dans le film, un navire de guerre secourt le Britannic.

Les héros de Britannic
Même les acteurs principaux sont désespérés de jouer aussi mal.

Avec tant d’erreurs historiques, le téléfilm perd donc une part de son crédit. Mais reste t-il pour autant un bon divertissement ? Pas vraiment. Il se permet en effet des longueurs qui ont tôt fait s’insupporter le spectateur. Les acteurs principaux, Edward Atterton et Amanda Ryan, sont tout bonnement insupportables, la palme revenant à cette dernière, dont le jeu rappelle globalement le niveau de séries comme Hélène et les garçons. Et encore. Quelques acteurs de prestige sont présents pour remonter le niveau ; Jacqueline Bisset et surtout John Rys-Davies (alias Gimli, dans le Seigneur des Anneaux et Salah dans Indiana Jones) dans le rôle du capitaine Barrett (le vrai s’appelait Bartlett, mais on n’est plus à ça près). Mais leurs rôles sombrent parfois dans la caricature, avec un capitaine bonhomme et macho, et une riche femme un peu simplette ; après tout, ils doivent mettre en valeur les (trop fades) personnages principaux, mais n’y parviennent pas. Au final, on en arrive à se demander si le Britannic était un navire hôpital, ou un asile pour imbéciles. À noter que la version française est particulièrement savoureuse, puisque totalement horrible : les enfants ont les voix les plus insupportables imaginables, façon série américaine ; l’actrice principale donne l’impression d’avoir été doublée par Amanda Lear, et tous semblent lire un texte dans un dynamisme qui ferait passer un épisode de Derrick pour un film d’action. Ajoutez à cela une musique digne d’un documentaire animalier, et des vues en 3D qui ont très très mal vieilli… Et le tableau est complet.

Remarquez qu’au moins, il est drôle à voir, pris au second degré, et si ses longueurs ne vous envoient pas dans les bras de Morphée.

 

Les plus

  • Comme à un devoir d’élève audacieux mais totalement raté, on aurait envie de dire « De bonnes idées, mais a du mal à les réaliser » : le sujet était intéressant, et le réalisateur a du mérite d’avoir essayé de le traiter. Mais c’est malheureusement son seul mérite.
  • Pris au second degré et regardé entre amis, c’est toujours drôle à voir.

 

Les moins

  • Jeu d’acteurs souvent lamentable.
  • Visuellement, le Britannic est assez laid ; et ses intérieurs sont très peu fidèles à la réalité.
  • Musique que l’on pourrait, au mieux, qualifier de somnifère. Mais au moins, ils nous ont épargné Céline Dion.
  • Respect de l’histoire proche de zéro.

Publié dans Film, Pas une grosse perte | 8 Commentaires »

The Band That Played On

Posté par Antoine le 16 juin 2011

Parmi les victimes du naufrage du Titanic, l’orchestre du navire a probablement connu la mort la plus légendaire. Mourir en accomplissant son (pourtant futile) devoir, à une époque où les anciens se plaignaient déjà de la jeunesse décadente, ça avait un bel impact. C’est l’histoire de ces huit héros que Steve Turner entreprend de raconter dans son ouvrage. Un auteur qui ne m’est pas inconnu puisqu’il a également écrit un ouvrage de référence sur mon autre sujet de prédilection, les Beatles, mais c’est une autre histoire.

 

The Band That Played On dans Coup de coeur The%2BBand%2BThat%2BPlayed%2BOn

 

À la vue de la taille du livre (plus de 200 pages), on se rend compte qu’il y a plus à dire sur l’orchestre du Titanic qu’on ne l’aurait cru. Turner a l’idée originale de commencer son récit par la fin, en se concentrant sur l’arrivée du Carpathia à New-York, les témoignages des rescapés dans la presse et la naissance de la légende de l’orchestre. Il présente ensuite dans un deuxième chapitre les employeurs de l’orchestre, et le contexte de l’époque. Puis viennent six chapitres biographiques : cinq des huit membres ont en effet droit à leur chapitre, les trois autres étant regroupé dans le sixième. Dans tous les cas, les recherches ont été vastes et précises et les biographies sont très denses et appréciables.

Viennent ensuite les chapitres plus discutables sur la traversée et le naufrage. Turner annonce dès le départ qu’il ne cherchera pas à entrer dans la grande histoire et se concentrera sur l’orchestre. Mais lorsqu’il explique, probablement plus par simplification que par erreur, que le Titanic heurte l’iceberg à 23h45, ça pique les yeux. Du reste, les chapitres ne sont pas mauvais, au contraire : Turner relève les témoignages et ne cherche pas à établir une version unique des faits. Il se contente du conditionnel, et de reconnaitre que rien n’est sûr.

Enfin, les derniers chapitres étudient les conséquences : qu’il s’agisse des hommages, de la naissance du « mythe de l’orchestre » et de la réaction des contemporains, ou de l’aspect moins reluisant du traitement offert aux proches. Tout le livre est argumenté de nombreuses photographies en noir et blanc, et le livre est pourvu d’une très bonne bibliographie qui témoigne du gros travail de recherche effectué. Un index est également présent, ce qui n’est pas inutile vu la masse d’informations.

Steve Turner, The Band That Played On, Thomas Nelson, 2011, ISBN 978-1-5955-5219-8

 

Les plus

  • Facile à lire, bien organisé, aéré et illustré
  • Des recherches biographiques très approfondies
  • Beaucoup d’anecdotes et d’informations intéressantes

 

Les moins

  • Quelques approximations sur le déroulement des faits, pas forcément involontaires

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Livre spécialisé | 4 Commentaires »

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