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Titanic 101, The Great Infographic History

Posté par Antoine le 22 août 2014

Parmi les livres publiés à l’occasion du centenaire, Titanic 101, The Great Infographic Story, sorti en 2013, me semblait prometteur. Écrit par Steve Hall, qui a notamment collaboré au précieux Titanic, the Ship Magnificent, il s’annonçait fiable. Aborder le Titanic sous l’angle des chiffres, avec des représentations graphiques destinées à les rendre plus vivants et clairs était par ailleurs une tâche intéressante et qui pouvait offrir un éclairage nouveau sur certains points de l’histoire du paquebot. Mais qu’en est-il réellement ?

Titanic 101, The Great Infographic History dans Ouvrage généraliste 9780752497747_1

La lecture de l’introduction suffit en effet à émettre quelques doutes sur les qualités de l’ouvrage. Dès les premières lignes, en effet, Hall clame que jamais le Titanic ne fut déclaré insubmersible. Cette idée partagée par nombre de passionnés a pourtant été méthodiquement démontée par George Behe, preuves à l’appui. L’erreur, venant d’un auteur moins prestigieux, aurait pu être tolérée. De la part d’une pointure comme Steve Hall, elle ne peut l’être, d’autant qu’il cite Behe dans les remerciements. Dès le départ, donc, un mauvais point. De façon générale, le livre ne fait pas d’erreurs grossières qui sauteront aux yeux des passionnés. Mais il lui arrive de se permettre des approximations qui ne font pas honneur au prestige de leur auteur. Ainsi déclare t-il que l’hélice centrale disposait de quatre pales, alors que de plus en plus d’éléments tendent à penser que contrairement à son jumeau, le Titanic avait une hélice centrale à trois pales. Ici encore, l’erreur pourrait être acceptable si elle n’était pas commise par l’une des personnes reconnues comme spécialistes de la structure du navire. Dans un ouvrage qui s’attache aux chiffres, donc à une certaine précision, ce manque de rigueur fait tache.

L’ouvrage lui-même doit son titre de Titanic 101 au fait qu’il est composé de 101 diagrammes. Passons rapidement sur le concept même de diagramme qui est parfois ici usurpé. Certains sont particulièrement pertinents et intéressants, comme le n°3 qui permet de voir clairement quelle proportion des ouvriers de Harland & Wolff travaillait sur le Titanic, et combien parmi eux travaillaient de nuit. Une série de graphiques montrant les rescapés et victimes répartis par sexe et classe est également très intéressante, bien que l’information soit plus couramment présentée. Le souci, c’est que les graphiques vraiment pertinents pour le passionné sont très peu nombreux. D’autres illustrent de façon inutile certains chiffres. Quel est l’intérêt de présenter, sur une page, dix-huit roses des vents identiques et soigneusement alignées pour indiquer que dix-huit compas se trouvaient à bord ? Ou de présenter de la même manière seize portes closes pour illustrer le nombre de compartiments étanches ? Le lecteur serait donc incapable de compter jusqu’à 20 sans perdre toute idée de ce que représente le chiffre ? Cependant, la catégorie la plus nombreuse de « diagrammes » est en réalité le principe de l’illustration schématisée d’une courte information. Un Titanic schématisé entouré de petits cœurs accompagne ainsi l’information sur le nombre de jeunes mariés à bord. Une simple bouée (même pas fidèle à la réalité) accompagne l’information sur le nombre de bouées. Un Titanic percé d’une grande brèche accompagne une simple phrase précisant que la coque ne contient aucun gros trou. Et ainsi de suite.

Les infographies promises sont ainsi des dessins toujours très simplifiés, colorés pour la plupart en rouge et noir avec, parfois, quelques nuances de gris. Rien de bien esthétique. Ainsi, outre leur inutilité totale pour éclaircir le propos, les images sont également laides, ce qui fait perdre au livre son intérêt. « Un ajout parfait à toute bibliothèque », dit modestement le résumé en quatrième de couverture après avoir vanté la qualité des infographies « pointues ». Il sera permis d’en douter, car au final, le livre ne sera pas satisfaisant pour le nouveau venu qui ne verra ici que des données brutes ou presque, tandis que le passionné n’apprendra pas grand chose de plus. Véritablement, Steve Hall nous avait habitués à bien mieux.

Steve Hall (infographies de Katie Beard), Titanic 101, The Great Infographic History, The History Press, 2013

 

Les plus

  • Quelques infographies valent la peine en illustrant de façon pertinente des informations peu connues…

 

Les moins

  • … mais elles sont noyées dans la masse des infographies inutiles, quand elles ne prennent pas le lecteur pour un imbécile heureux.
  • Des dessins schématiques sans véritable intérêt esthétique.
  • De Steve Hall, et au vu des pointures mentionnées dans les remerciements, on aurait pu attendre plus.

 

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Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic

Posté par Antoine le 26 novembre 2012

Le monde du jeu vidéo se divise souvent en deux catégories de joueurs. Les connaisseurs, qui apprécient les jeux solides, avec un scénario et des graphismes travaillés, qui garantissent des heures de jeu ; et les amateurs, qui veulent un jeu vite fait, pas forcément très travaillé ni trop dur. Cette catégorie est particulièrement méprisée par les connaisseurs dont je fais partie. Et pour cause, c’est un peu comme si quelqu’un vous disait : « Ah oui, j’aime beaucoup la grande littérature, j’ai dévoré le dernier tome des aventures de Winnie L’ourson. » Oui, ça fait donc mal aux oreilles. Inutile de dire que ces joueurs amateurs (on dit « casual » dans le jargon), sont très appréciés des créateurs de jeux : en effet, ils ont la fâcheuse tendance à voir apparaître une étiquette indiquant « pigeon » sur le front de ces créatures maudites. Et quand à l’approche d’un tel individu, cumulée à un centenaire, vient aux oreilles d’un producteur de jeux… cela donne… Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic. Inspectons donc les lieux du crime.

Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic dans Jeu vidéo inspector-magnusson-murder-on-the-titanic_1

Car en matière de meurtre, c’est ici le bon goût de nombre de joueurs qui est assassiné avec cet étron vidéoludique. Pire, c’est également leur bon sens qui est littéralement lynché quand on découvre que cette chose se vend à plus de dix euros, qui peuvent très probablement être mieux utilisés. Le scénario est simple : un soutier du Titanic a été assassiné, à vous de découvrir ce qu’il en est. Le jeu met en lumière une relation de la victime avec une dame de première classe… Mais je n’avoue ne pas être allé bien loin, vous comprendrez vite pourquoi. Je ne peux donc juger du dénouement, mais une des rares critiques que j’ai lues sur le sujet dit que c’est le principal point positif du jeu. Donnons lui le bénéfice du doute.

Le scénario déjà bateau (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait) est, qui plus est, desservi par une mise en scène pathétique. Comprenez le : là où des jeux pour « vrais » joueurs iront chercher des doubleurs de qualité, vous présenteront des scènes cinématiques à couper le souffle… Ici, on a une vague animation sous forme de bande dessinée où les personnages ne bougent pas. La seule animation… les cases de la BD se déplacent progressivement, les bulles bougent parfois. Et bien entendu, aucune voix, de tout le jeu. Je sais que le « rétro » est à la mode, mais depuis le début des années 1990, les personnages de jeu vidéo parlent. Avec de vraies voix.

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Cette séance d’objets cachés n’est que la première d’une longue série…L’Inspecteur Magnusson emporte décidément des choses étranges en voyage…

 

Pouvons-nous vraiment juger la vérité historique ? Les décors ressemblent (très) vaguement au paquebot. Vraiment très vaguement. J’ai cru reconnaître le café parisien, et la cabine de troisième classe (où est logé le soutier victime, no comment), semble relativement fidèle. Mention spéciale, aussi, à la morgue du navire, superbement reconstituée… quand on sait qu’elle n’existait pas. Mais à vrai dire, tous les décors sont surchargés par des avalanches d’objets divers. Car ont tombe dans le gros travers, la grosse mode du jeu « casual » à 10€ : les objets cachés. Le jeu est une alternance d’énigme simplissimes et de « saura tu trouver tous les objets demandés dans cette image ? » À vous, alors, de retrouver les écharpes, pièces de monnaie, cordes et bien entendu, les saxophones planqués dans la salle des chaudières. Pour ce qui est des énigmes, il faudra notamment ouvrir le couvercle d’un piano pour libérer un chien. Voilà voilà.

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Encore le coup des objets cachés. Ce jeu nous apprend au moins que l’équipage du Titanic était des plus désordonnés.

C’est ici la grande faiblesse du jeu : il est simplissime. Le QI requis pour le réussir est estimé à celui de la moule (frite). Depuis quelques années, certes, les jeux vidéos, même pour les connaisseurs, ont tendance à se simplifier… Mais il y a des limites ! En 1993, on découvrait le monde du jeu vidéo en se cassant la tête des heures durant sur les énigmes de Myst. Ici, on passe 10 secondes à chercher la cinquième vis manquante pour remettre en place une poignée de porte. Et si cela s’avère trop difficile, il est toujours possible de cliquer sur un bouton d’aide bien visible pour voir un indice apparaître, ou faire clignoter l’objet tant convoité. Et dans le cadre des énigmes… si elles s’avèrent trop compliquées, un bouton bien en évidence permet de, tout simplement, les sauter. Bref, le jeu est très facile… mais il est probable qu’il vous lassera trop vite pour que vous le finissiez.

Malheureusement, la malédiction du casual gaming a massacré tous les jeux touchant au Titanic, et aucun jeu décent ne nous a été offert depuis le magnifique Titanic, une aventure hors du temps… il y a 16 ans déjà. Messieurs les producteurs, laissez tomber les étrons, donnez nous de la qualité !

 

Les plus

  • Que dire ? Il semblerait que le scénario soit pas mal.
  • Les graphismes n’ont que 10 ans de retard. En tapant large. Mais l’esthétique « dessin animé » ne rend pas trop mal : sur une console DS ou un iPhone, ça serait très bien.

 

Les moins

  • Aucun intérêt ludique à moins d’être une huitre. Ressortez les classiques.
  • Aurait-il été trop dur d’enregistrer quelques voix ? Même, je sais pas, le programmeur et sa femme, faisant des voix différentes. Ça aurait été mieux que les bulles façon BD qui rappellent les jeux Game boy de mon enfance : la Game Boy avait l’excuse de ne pas pouvoir, techniquement, recréer la voix. Les PC le font depuis vingt ans.
  • Un coup d’objets cachés à l’occasion, c’est distrayant, et ça permet au concepteur de bâcler un passage en cas de manque d’inspiration. Mais quand tout le jeu ou presque est constitué de ça…
  • Vendu pour plus de 10€ : ce n’est plus de l’arnaque mais du grand banditisme.

 

 

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Les Grands naufrages

Posté par Antoine le 25 juin 2012

Une fois n’est pas coutume, ce livre ne concerne pas directement le Titanic. Et encore : son titre est tout de même Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia. Autant dire que notre paquebot fétiche y reste très présent. C’est une fois de plus Gérard Piouffre qui s’y attèle (troisième critique d’un de ses ouvrages sur Biblio-Titanic : on va commencer à penser que je touche un pourcentage !) : que cache donc cet ouvrage ?

 Les Grands naufrages dans Coup de coeur les_grands_naufrages

Le Titanic fait figure de naufrage d’exception. On pourrait épiloguer longtemps sur ce qui a fait son charme : le nombre de victimes ? L’aura romanesque du drame ? Les célébrités présentes à bord ? Certainement un peu de tout cela, mais une chose est certaine : ce n’est pas le seul grand naufrage dans l’histoire des paquebots. Il faut bien le dire, les catastrophes sont même nombreuses, et le livre de Gérard Piouffre n’a pas la prétention de tous les recenser. Chacun pourra regretter de ne pas y trouver son petit préféré, un naufrage sur lequel il aurait voulu plus d’informations (personnellement, mon coup de cœur aurait été pour le naufrage qualifiable de « naufrage du vous-inquiétez-pas-je-gère-tout », celui de l’Admiral Nakhimov en 1986), mais globalement la sélection est consensuelle et on ne relève aucun manque majeur à l’exception, peut-être, du Britannic.

Le classement est pertinent, puisque les naufrages ont été rangés par cause : le mauvais temps, le feu, les icebergs, les abordages, les échouements, les avaries et défauts de conception, puis les deux Guerres mondiales. Le classement est limpide, et permet de prendre conscience de l’influence de certains aléas les uns par rapport aux autres. On découvre notamment que les icebergs n’ont finalement fait que peu de mal aux paquebots. Outre le Titanic et l’Eplorer, Gérard Piouffre doit aller jusqu’à chercher un naufrage « manqué », le Royal Edward : preuve que, somme toute, la glace n’était qu’un danger peu commun.

De façon générale, chaque naufrage est raconté de façon vivante et précise, dans un style fluide : le livre se dévore en quelques heures. Certains naufrages sont intemporels. Même si elles sont déjà connues, les catastrophes de l’Andrea Doria ou de l’Empress of Ireland continuent à nous marquer. D’autres, peu connus, comme le Lamoricière, nous surprennent par leur horreur. Aucun ne laisse indifférent.

Raisons commerciales oblige, le Costa Concordia est également mis en avant. On pourrait aborder ce chapitre avec méfiance, tant il semble difficile d’écrire un chapitre sur un naufrage encore tout frais (le livre a été terminé fin janvier, une semaine ou deux après le naufrage). Il n’en est rien. Gérard Piouffre a réussi à nous offrir une synthèse claire et neutre des événements, au milieu du magma insipide et contradictoire que nous livrait la presse. Certes, ce chapitre ne restera pas longtemps une référence, tant il est évident que notre vision du naufrage est appelée à évoluer avec le temps.

Les Grands naufrages offre donc une précieuse synthèse sur les catastrophes maritimes ayant touché les paquebots. Une lecture agréable et indispensable pour les passionnés de marine !

Gérard Piouffre, Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia, First étidions, 2012

 

Les plus

  • Clair, concis et vivant : une façon parfaite pour découvrir nombre de naufrages peu connus
  • Les illustrations sont malheureusement rares, mais les dessins d’Alain Coz sont particulièrement jolis, ce qui compense et permet de visualiser les navires dont il est question
  • Le livre nous propose un bon nombre de naufrage, et donne un bon équilibre entre les grands classiques et les inconnus
  • Le chapitre sur le Costa Concordia offre une bonne synthèse plus pondérée que la plupart des écrits sur le sujet

 

Les moins

  • Chacun pourra regretter qu’il manque « son » naufrage préféré.
  • Comme dit plus haut, plus d’illustrations auraient été appréciables, le sujet s’y prêtant pas mal.

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Les Enfants du Titanic (édition 2012)

Posté par Antoine le 7 avril 2012

Il y a quinze ans maintenant, Elisabeth Navratil, fille du rescapé du Titanic Michel Navratil, écrivait Les Enfants du Titanic, roman retraçant l’histoire de sa famille lors du naufrage, qui a profondément modifié le destin de ceux que la presse appelait alors « les orphelins de l’abîme ». J’avais il y a quelques mois produit une critique assez négative de ce livre, portant sur un certain nombre d’erreurs et précisant que tout ce qui y était dit ne devait pas être pris pour argent comptant. À l’occasion du centenaire du Titanic, Elisabeth Navratil publie une version remaniée de son ouvrage. Les changements effectués font qu’il s’agit ici d’un livre à la fois proche et différent du précédent, ce qui lui vaut une nouvelle analyse par Biblio-Titanic.

Les Enfants du Titanic (édition 2012) 9782012023482

C’est donc sous un nouvel habillage qu’apparaît ce roman. Habillage d’ailleurs franchement réussi : l’ancienne couverture, assez terne dessin du naufrage, cède désormais la place à une photo originale des deux enfants au centre du roman. Du point de vue des photographies, d’ailleurs, le lecteur est servi avec un bon nombre de photographies des membres de la famille Navratil au début du siècle, ainsi qu’une reproduction d’une lettre de la main de Michel Navratil sur son vécu du naufrage. À cela s’ajoutent quelques photographies du Titanic (ainsi qu’une photo du capitaine Smith assez rare, datant de 1895). Enfin, pour conclure ce tour sur la forme, il est à noter que s’il est assez épais (dans les 350 pages), le livre est écrit gros. Je ne m’attarderai pas ici sur le style, que j’avais déjà pu apprécier dans ma critique précédente : le livre est bien écrit, donne envie d’être lu, et on parcourt l’intrigue de façon agréable.

J’ai personnellement commencé ma lecture par la fin, et par la postface. C’est en effet dans cette partie que l’auteure explique ses choix, en premier lieu desquels le choix de réécrire son récit quinze ans après la version précédente. On saisit immédiatement la volonté de réécrire cette histoire d’une meilleure façon, en mettant fin à un certain nombre de légendes créées par le récit précédent lui-même. La postface précise ainsi, par exemple, que jamais Michel Navratil père n’avait écrit de lettre à son ex-femme lui proposant de le rejoindre à New York comme le disait la version de 1997. L’ancienne postface, pourtant assez longue, m’avait laissé une impression brouillonne, et un sentiment de ne plus vraiment savoir à quoi s’en tenir (bien que, en la relisant, elle se révèle également assez brève). La nouvelle, nettement plus courte, est pourtant aussi bien plus claire. Elisabeth Navratil y énumère notamment les quelques souvenirs de son père au sujet de la traversée. Devant cette matière brute assez restreinte, on le comprend, il aurait été difficile de consacrer un roman entier aux Navratil sur le Titanic sans romancer.

L’histoire est donc toujours romancée, mais de façon nettement plus cohérente. Certes, la famille Navratil voyage de classe en classe comme elle n’aurait pas pu le faire à l’époque ; certes, le petit Michel Navratil visite le Titanic avec Thomas Andrews ; mais ces éléments sont clairement expliqués comme « inventés » dans la postface, de même qu’un certain nombre de rencontres. Mais le roman n’est, somme toute, pas plus abhérent que l’histoire d’un jeune couple que tout oppose, qui avait connu un léger succès au cinéma il y a quelques années.

Du point de vue de la « grande » Histoire, le lecteur ne trouvera pas forcément son bonheur : le connaisseur relèvera un certain nombre d’erreurs historiques et d’approximations qui, heureusement, sont bien plus anodines que celle qui, dans la version précédente, avait transformé les résèrves du Titanic en galerie marchande ! Par ailleurs, un certain nombre de notes de bas de page émaillent le récit. Si celles sur le Titanic même comportent parfois de légères approximations et confusions, celles sur la famille Navratil elle-même apportent de précieuses informations sur l’histoire des deux « orphelins de l’abîme » et de leur famille. Par certaines allusions, également, Elisabeth Navratil réussit à faire ressentir la façon dont ce naufrage a par la suite été vécu dans sa famille ; la façon dont la mort subite et dramatique de ce père a été apréhendée, et apprivoisée, par les générations suivantes.

Les Enfants du Titanic n’est donc pas un ouvrage historique que l’on lirait si l’on veut en savoir plus sur le Titanic lui-même et sur son histoire. Ce blog a apporté des critiques de nombreux ouvrages et sites aptes à étancher votre soif de ce point de vue. C’est en revanche un roman agréable ayant pour décor notre paquebot favori, et qui permet de saisir quel fut l’histoire de cette famille qui, déjà déchirée avant le naufrage, a vu son destin basculer le 15 avril 1912. Plus encore, c’est la somme définitive d’information sur la famille Navratil avant et après ce naufrage.

Les plus

  • Un roman vivant et bien écrit : c’est, en soi, un livre agréable à lire de ce point de vue.
  • Avec Les Français du Titanic, il s’agit certainement du livre le plus précis et le plus à jour pour aborder la famille Navratil. A travers, notamment, les notes de bas de page et la postface, Elisabeth Navratil tord le cou à certaines idées reçues qui avaient la vie dure depuis des années, en soulignant notamment la citation apocryphe de son père : « Je n’ai vécu que jusqu’à quatre ans. Depuis, je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps et je me laisse aller sur cet océan » (en réalité inventée par les auteurs du roman Navratil)
  • L’illustration du livre est de qualité, avec plusieurs photos de famille : il est émouvant de mettre un visage sur des noms jusque là abstraits.

 

Les moins

  • Encore quelques erreurs factuelles sur le Titanic, mais globalement assez bénignes. Aucune erreur aussi voyante que la dernière fois, ni même de partis pris « à la Cameron ».
  • Le livre n’est, extérieurement, peut-être pas assez présenté comme un roman. Ayant déjà lu la version précédente, je savais à quoi m’en tenir et ne peux vraiment juger : le point de vue d’un néophyte serait ici intéressant.

 

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Titanic, témoignages de survivants

Posté par Antoine le 26 janvier 2012

Jeux vidéos, films, bande dessinée, le Titanic, on a déjà eu l’occasion de le voir, s’exporte sur tous les formats. Mais, le disque est peut-être le plus improbable de tous. En 2000 pourtant, surfant avec un peu de retard sur la vague cameronnienne, est sorti le double CD Titanic, témoignages de survivants. Un titre qui pouvait cacher beaucoup de choses : témoignages oraux ? Lecture par des acteurs de témoignages ? Combien d’entre-eux ? Longs ou courts ? Les questions au sujet de cet objet peuvent être nombreuses… Répondons-y donc.

 Titanic, témoignages de survivants dans Témoignage FA195

L’implication de l’INA dans ce travail, mais aussi de bases sonores britanniques, est clairement un bon point. On se retrouve ainsi avec une collection d’extraits originaux d’interventions d’acteurs de l’histoire du Titanic, de chansons composées au sujet du naufrage, d’extraits de films, et même du son, authentique, d’un des sifflets de cheminée repêchés sur l’épave du paquebot. Le tout est entrecoupé de brèves interventions d’un narrateur relatant de façon très (trop) succincte l’histoire du navire. Ce survol ne donnera clairement pas une vision globale de ce qu’a été le naufrage du Titanic et est assez bâclé (d’autant qu’il contient, avec le recul, des erreurs), mais soit. Le premier disque contient la narration en français et des témoignages majoritairement dans cette langue, le second est en anglais. Deux contenus différents, mais accessibles à condition de parler les deux langues. Faute de traduction, le livret ne contient que de vague résumés des interventions. Fort heureusement, les interventions en Suédois d’Agnes Sändstrom sont, pour leur part, traduites sur ce même livret. C’est déjà ça.

Mais qui parle, justement ? Quelques acteurs importants du drame : Charles Lightoller, Joseph Boxhall, Stanley Lord… Quelques passagers connus interviennent également : Michel Navratil (ainsi que sa petite fille Elizabeth, qui avait commis Les Enfants du Titanic mais apporte ici des informations intéressantes), Edwina Troutt, Eva Hart, Berthe Leroy… Le monde d’aujourd’hui est également à l’honneur avec Paul-Henri Nargeolet, qui intervient sur l’épave. Alléchante sélection, mais qui cache un contenu bien faible. Chacun n’intervient que très peu, moins de 2 minutes par prise de parole, parfois que quelques secondes. Dommage quand on sait que les témoignages de Boxhall et Lightoller peuvent être trouvés en version intégrale (vingt minutes chacun au moins) sur le site de la BBC, gratuitement. Le disque nous fait miroiter des plats délicieux, mais ne nous permet pas de les apprécier vraiment. Dommage.

À cela s’ajoute le fait que l’information n’est pas triée. On recense pas moins de trois témoignages d’imposteurs, dont celui, très savoureux, d’un suisse, monsieur Philipona, qui explique avoir été le secrétaire de Bruce Ismay et du capitaine Smith et les avoir entendu décider d’augmenter la vitesse en pleine zone de glaces. Crédible. Les producteurs du disque n’ont pas pris le temps de préciser qu’il s’agissait d’un faux témoignage : encore aurait-il fallu qu’ils le vérifient. Tous ces défauts laissent bien peu de crédit à ce disque, que je ne vous recommanderais pas d’acheter. Toutefois, entendre Paul-Henri Nargeolet parler de la découverte d’objets à bord, entendre « Lolo » Navratil nous raconter son expérience, ce n’est pas désagréable. Si vous avez l’occasion de tomber dessus sans trop débourser, c’est une jolie pièce pour une collection, sans pouvoir parler de référence, loin de là.

 

Les plus

  • Entendre la voix de Lightoller, Boxhall, Lord, Navratil, ou même Nargeolet, ça fait indéniablement quelque chose. Tous, d’une façon ou d’une autre ont été le Titanic, et ça, tout « fan » frémira en l’entendant.
  • Des témoignages assez divers et assez significatifs.

 

Les moins

  • Les extraits sont tristement courts, surtout quand on sait ce qui est disponible gratuitement et légalement sur Internet.
  • La narration n’apporte pas grand chose, et le livret est mal fait.
  • Non, M. Philipona, John Butler et Arthur Hay n’ont pas existé, et leurs témoignages ne sont qu’un mensonge. Comme quoi les imposteurs sont légion dans l’histoire du Titanic. Un article du n°42 de la revue Latitude 41 de l’Association Française du Titanic traite de différentes impostures de ce type.

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Titanic, un voyage interactif

Posté par Antoine le 10 décembre 2011

En 1996, le CD-ROM était le support de l’avenir pour diffuser la connaissance, à une époque où Internet était encore peu répandu, et dans tous les cas très lent. C’était donc le média idéal pour présenter le Titanic de façon interactive, et c’est ainsi qu’est né le CD-ROM Titanic, un voyage interactif, publié par Havas Interactive.

Jacquette du CD ROM

Sous forme de vidéos, d’images et de textes, ce programme nous propose de découvrir l’histoire du Titanic en prenant plusieurs axes. Une chronologie détaillée et illustrée permet ainsi de découvrir l’histoire du navire de sa conception aux fouilles sur son épave ; tandis que les deux plus grandes parties du logiciel reviennent sur l’histoire du paquebot, et sur son épave. Dans les deux cas, le fonctionnement est le même : des scènes vidéos introduisent et concluent le sujet en montrant des photos d’époque et dessins. Entre les deux, une image figée permet au spectateur de déclencher des vidéos plus courtes sur des sujets précis. À chaque fois, le tout est commenté par la voix batracienne de Frédéric Mitterrand, ce qui peut rendre à beaucoup les choses désagréables. Heureusement, dans la plupart des cas, on peut le faire taire et le remplacer par des textes. Ouf ! Mais ce n’est pas toujours le cas.

En ce qui concerne la partie sur l’histoire du navire, les séquences s’axent autour de la semaine qui suit le naufrage, à partir du 15 avril. Le logiciel ne se concentre cependant pas sur l’enquête et les suites du naufrage comme on aurait pu s’y attendre (même si ces points sont fort bien expliqués), puisqu’il use de nombreux flashbacks pour raconter le naufrage et la traversée. Le tout est bien documenté et était, à l’époque, une source d’information non négligeable pour un novice, même si, bien entendu, il n’ajoutait rien aux classiques littéraires du genre.

La partie sur l’épave se démarque en revanche plus. Nous sommes encore à l’époque qui précède le putsch d’Arnie Geller à la RMS Titanic Inc., et George Tulloch et Paul-Henri Nargeolet sont donc les personnages les plus mis en avant. Une introduction particulièrement intéressante présente le cheminement qui, depuis 1912, a mené à la découverte de l’épave. D’autres séquences similaires à celles sur l’histoire du paquebot lui succèdent, mais les deux morceaux les plus passionnants sont ailleurs. Le logiciel nous propose en effet une « plongée » sur l’épave : à partir d’une vue globale sur laquelle on peut se déplacer (de façon assez rudimentaire toutefois), il est possible d’accéder à des vidéos et diaporamas de différents lieux de l’épave. Le tout est particulièrement intéressant. Mais une deuxième surprise vient à la « remontée », puisque l’on découvre une galerie de quelques centaines d’objets remontés, avec un commentaire. Les pièces en question sont magnifiques, et valent le coup d’oeil.

Ces deux derniers points justifient à eux seuls l’acquisition d’un CD-ROM par ailleurs assez banal, puisqu’il n’apprendra pas grand chose à un passionné de longue date. Plus gênant, ses 15 ans se ressentent, tout d’abord d’un point de vue historique : les choses ont évolué depuis… Mais aussi d’un point de vue technique : impossible de le faire fonctionner sous Windows 7.

 

Les plus

  • Le programme fait globalement le tour du sujet pour l’époque
  • Les séquences consacrées à l’épave sont particulièrement réussies
  • Le fonctionnement est intuitif et l’interface bien conçue

Les moins

  • Frédéric « Kermit the Frog » Mitterrand
  • À l’exception des parties sur l’épave, tout le contenu peut facilement trouver des équivalents gratuits sur le net, souvent plus approfondis… et actualisés
  • Ne fonctionne pas sous Windows 7

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À la recherche de Sir Malcolm

Posté par Antoine le 15 juillet 2011

S’il est un format où on ne s’attendrait pas à trouver le Titanic, c’est bien la bande dessinée de fiction… et pourtant ! Alors que je venais de découvrir le Titanic et que je traquais tout ce qui se faisait sur le sujet, j’ai découvert au détour d’une exposition consacrée à la BD une étrange affiche. Derrière un homme assis dans un fauteuil, le paquebot était clairement visible. Quatre cheminées, une silhouette familière… Ce ne pouvait être que le Titanic. J’ai furtivement noté le titre, et commandé à ce cher Père Noël la BD en question. Que vaut elle ?

À la recherche de Sir Malcolm dans Roman 4441g

Tout d’abord, un peu de contexte. Il s’agit là d’une fiction, se déroulant en partie à bord du Titanic. En 1952 à Londres, Francis Albany attend avec fébrilité l’ouverture du testament de sa tante qui doit apporter des révélations sur la mort de son père, Sir Malcolm, disparu dans le naufrage du paquebot en 1912. Plongé dans un album de souvenirs, il se remémore la traversée, alors qu’enfant avec son amie Olivia, ils faisaient tout pour percer une étrange affaire d’espions allemands et américains, et de messages codés. Avec force retours au présent et faux semblants, l’intrigue serpente jusqu’à un dénouement assez surprenant, dont je ne parlerai pas pour ne pas gâcher la surprise. Quoi qu’il en soit, le tout est particulièrement complexe, et l’enfant que j’étais n’a pas dû y saisir grand chose.

Et le Titanic, dans tout ça ? Est-il bien utilisé ? Il faut avouer que, pour une BD datant de 1984, les décors sont bien fichus, à partir de photos d’époque, même s’ils manquent parfois de couleur. L’histoire est en revanche assez mal utilisée, puisque le naufrage est expédié en deux ou trois pages, de façon confuse, sans même qu’on ne sache vraiment qui meurt ou survit. Quatre pages de texte (avec quelques illustrations reproduisant des documents d’époque) raconte succinctement les faits au début de la bande dessinée, une bonne initiative.

En conclusion, je dirais qu’À la recherche de Sir Malcolm satisfera plus l’amateur de bande dessinée adulte que le passionné du Titanic ; une pièce étonnante mais pas primordiale.

Floch et Rivière, À la recherche de Sir Malcolm, 1984, Dargaud

 

Les plus

  • Des décors bien reconstitués et utilisés qui démontrent un travail de recherche
  • Le dessin est joli et l’action assez prenante et entraînante
  • Les 4 pages présentant le sujet, même si elles ne sont plus d’actualité, sont bien faites

 

Les moins

  • Une histoire franchement complexe même si elle est facile à suivre : on l’a lit d’une traite… pour conclure qu’on n’a pas tout compris.
  • Le paquebot n’est pas franchement mis en valeur par l’histoire. Une BD qui se passe certes à bord du Titanic, mais n’exploite pas vraiment le lieu.

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The Olympic Class Ships : Olympic, Titanic, Britannic

Posté par Antoine le 11 juin 2011

Dans la série des livres essentiels, celui-ci occupe à mon avis une bonne place. The Olympic Class Ships, par Mark Chirnside, tente de proposer une histoire précise des trois géants de classe Olympic. Il y parvient, et plus encore.

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Des trois paquebots, le Titanic est inévitablement le plus connu.  L’histoire de ses deux jumeaux, l’Olympic et le Britannic, n’en est pas moins touffue et intéressante, comme le prouve Chirnside avec son ouvrage. Les trois chapitres centraux sont en effet consacrés à chacun des navires, en accordant en moyenne 80 pages à chacun.  Et ces pages sont bien remplies : le naufrage du Titanic et sa traversée sont racontés en détail, de même que les carrières des deux autres navires, sans parler des nombreuses descriptions. La quantité d’informations données est énorme. S’y ajoutent deux chapitres sur les épaves des deux paquebots disparus, mais pas seulement. Les quatre premiers chapitres, bien que nettement plus courts, introduisent rondement le sujet : présentation de la White Star Line, des chantiers Harland & Wolff, et même des rivaux des paquebots (Lusitania, Mauretania et Aquitania).

À cela s’ajoutent les annexes : plus de cinquante pages proposant des tableaux comparatifs de données sur les navires, une analyse des légendes et « prémonitions » sur le naufrage, une présentation rapide des transbordeurs Nomadic et Traffic, et une analyse de l’énigme du Californian. Le lecteur en a clairement pour son argent. Et le travail est sérieux, comme en témoignent l’avalanche de références en fin d’ouvrage (rigueur peu, ou pas présente dans les ouvrages français), une très dense bibliographie et un grand nombre de photographies et de dessins rares, en noir et blanc. Revers de la médaille, le livre, disponible uniquement en anglais, passe rapidement d’un point à l’autre, mais reste aisé à lire quand on a quelques rudiments de la langue.

La première édition date de 2004 et a été légèrement revue en 2006. C’est de celle-ci que je vous ai parlé. Mais ce n’est pas celle que je vous conseille. Mark Chirnside a en effet annoncé une nouvelle édition produite au printemps 2011 sur son site officiel. Celle-ci est plus dense, mieux illustrée, et contient quelques « mises à jour » dues à l’avancée des recherches de l’auteur. Un achat très chaudement recommandé.

Mark Chirnside, The Olympic Class Ships ; Olympic, Titanic, Britannic, Tempus Publishing, 2004, 2006, 2011. Mark Chirnside a répondu à une interview sur ce blog à lire ici.
 

Les plus

  • Très complet, non seulement sur l’histoire des deux jumeaux méconnus, mais aussi sur celle du Titanic.
  • Regorge d’anecdotes et pousse les recherches très loin.
  • Un travail très sérieux et une méthode d’historien.
  • Des illustrations rares et de qualité.

Les moins

 

  • Parfois difficile à suivre quand on parle mal anglais, mais rien d’insurmontable.
  • Un index très minimal par manque de place, au grand dam de l’auteur. Il est très difficile de retrouver une information dans le livre. (problème peut-être résolu sur l’édition de 2011)

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Livre spécialisé | 2 Commentaires »

 

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