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Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal

Posté par Antoine le 22 avril 2012

Il y a des livres qui font école dans leur domaine, et qui restent longtemps une référence. Des livres qui font état de l’étendue des connaissances sur un sujet à un instant T. Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal est de ceux-ci. Véritable Bible du Titanic, le livre compte pas moins de onze auteurs, le gratin des chercheurs spécialistes du sujet, sous la houlette de Samuel Halpern. Mark Chirnside, George Behe, Bruce Beveridge, Steve Hall, Tad Fitch, Bill Wormstedt, Dave Gittins, Cathy Akers-Jordan, Lester J. Mitcham et le capitaine Charles Weeks ont ainsi contribué à cet ouvrage à l’objectif simple : faire le bilan des connaissances sur le naufrage 100 ans après le drame. Et le résultat est réussi.

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Comme en témoigne le site créé pour l’occasion, le livre est exhaustif. On nous présente les enquêtes, sommairement, avec un but avoué : refaire l’enquête 100 ans après en cherchant à répondre à un certain nombre de questions. Depuis les commissions de l’époque, notre connaissance s’est étoffée avec notamment la découverte de l’épave, et cette mise à jour est nécessaire. On le comprend vite, ce livre ne vous donnera pas d’information sur les passagers. Astor, Hays, Guggenheim et autres ne sont que les figurants du drame raconté ici, le livre se centrant sur le pourquoi et le comment plus que sur le qui. Tous les aspects nécessaires à la compréhension des circonstances du drame sont évoqués : structure du navire (avec un chapitre condensé du superbe Titanic, the Ship Magnificent par ses auteurs), route suivie durant la traversée, mesures prises pour éviter les glaces, étendue des dégâts suite à la collision… On en découvre également plus sur la probable propagation de l’eau, sur le chargement des canots et ainsi de suite. De même, les polémiques du Californian et du Mount Temple sont évoquées, et les conclusions sont particulièrement mesurées.

Dans l’ensemble, la grande qualité de ce livre réside dans le nombre d’auteurs. Le but avoué de la méthode est de permettre aux uns et aux autres de corriger mutuellement leurs lacunes, de fournir un ensemble moins partial que s’il était le fruit d’un seul. La synthèse est ainsi claire, précise, et innovante. Les conclusions auxquelles parvient l’ouvrage sont assez claires et ont l’avantage de ne pas sombrer dans le réquisitoire partial que tiennent certains auteurs. Les annexes sont également une mine d’informations inépuisable avec des listes de passagers et de l’équipage, mais aussi une clarification des chronologies en détaillant les questions de changements d’heure. Enfin, une annexe est particulièrement intéressante, celle qui concerne la « question des grilles verrouillées » dont les conclusions déstabiliseront les tenants du manichéisme Cameronien. Par ailleurs, l’ouvrage fait un gros travail de référencement de l’information avec un grand nombre de notes renvoyant aux témoignages originaux.

Le tout n’est pas exempt de défauts, cependant. Assez technique, l’ouvrage est parfois difficile à aborder pour le lecteur lambda qui sautera facilement certains passages. Ce n’est clairement pas le genre d’ouvrage que l’on peut lire dans un état de fatigue avancée ! Plus encore, les schémas de Sam Halpern sont assez effrayants, manquent de clareté et tendent presque à complexifier les choses. Ce serait le point à reprendre en cas de réédition. A Centennial Reappraisal reste un ouvrage de référence pour tous les amateurs du Titanic, et une pièce nécessaire dans toute bibliothèque.

Samuel Halpern (dir.), Report Into The Loss of SS Titanic, A Centennial Reappraisal, The History Press, 2011

 

Les plus

  • Une somme d’information inégalée sur l’histoire du navire et son naufrage. Une véritable Bible d’un point de vue historique.
  • Rédigé par l’élite des chercheurs anglophones sur le sujet
  • De nombreuses explications sur multiples points et des annexes passionnantes

 

Les moins

  • Parfois complexe à lire. Ce livre n’est pas destiné au grand public.
  • Les schémas de Sam Halpern sont assez décevants.

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Bientôt sur vos écrans !

Posté par Antoine le 3 avril 2012

À l’occasion du centenaire du naufrage du Titanic, les chaînes de télé se mettent au goût du jour avec de nombreux documentaires sur notre navire préféré. Du bon et du bien moins bon, très certainement. Alors prenez vos pincettes, votre télécommande et le pop corn : les semaines à venir vont être chargées.

On commence dès aujourd’hui, mais sur les ondes, avec le passage de Gérard Piouffre aux Grosses Têtes ! Un spécialiste du Titanic devant Bouvard, ça se fête, alors pensez à mettre RTL cet après-midi de 16 à 18 heures !

On enchaîne demain avec France 3, à 22 h 45 environ (mes sources divergent, visez large) et l’émission de Franck Ferrand L’Ombre d’un doute consacrée au Titanic. Vous y retrouverez, outre le même Gérard Piouffre, un certain nombre de descendants de passagers du Titanic, notamment Elizabeth Navratil.

France Bleu Maine et France Bleu Cotentin consacrent pour leur part une série (10 épisodes de 4 minutes 20) consacrée à l’histoire du Titanic racontée par l’excellent acteur André Dussolier. Le tout est disponible en podcast. Après écoute du premier épisode, le tout s’avère très prometteur.

Le 8 avril, ne ratez pas la soirée spéciale Titanic de Planète Thalassa. La chaîne de la mer nous propose deux documentaires au fort potentiel, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Le héros du Titanic (docu-fiction consacré aux mécaniciens du Titanic), le tout ce dimanche à partir de 19 h 45 sur cette chaîne du câble. Le site de la chaîne organise par ailleurs un grand jeu concours avec entrées à la Cité de la Mer et livres à gagner, à partir du 6 avril. (bande annonce ci-dessous)

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Mardi 10 en prime time, France 2 met en scène l’histoire du Titanic, Titanic, la véritable histoire. Vous savez à quel point je crains ces titres à sensation (les réalisateurs de La Minute de vérité peuvent en témoigner !), mais le documentaire étant anglais, on peut espérer une mauvaise traduction cachant un documentaire sérieux. Verdict dans une semaine.

Le 13, Gérard Piouffre est à nouveau au rendez-vous sur Europe 1 le vendredi à 12 heures 50 pour parler avec Franck Ferrand de l’histoire du Titanic.

Enfin, la mini-série Titanic sera diffusée en intégralité le 14 avril au soir sur TMC. On m’en a principalement dit du mal, mais libre à chacun de se faire son opinion. Personnellement, je ne serai pas devant ma télé pour causes de célébrations du centenaire avec l’Association Française du Titanic.

Bon visionnage, et n’hésitez pas à signaler ici d’autres éventuels documentaires à venir !

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Rencontre avec Mark Chirnside

Posté par Antoine le 31 juillet 2011

Dans la série des rencontres avec des auteurs titanicophiles, j’ai eu la chance d’obtenir de Mark Chirnside (The Olympic Class Ships) qu’il réponde à quelques questions au sujet de ses livres et de sa passion.Voici donc ses réponses. L’interview devrait prochainement être disponible en version anglaise originale sur son site, Mark Chirnside’s Reception Room.

 

Biblio-Titanic : J’ai lu l’édition 2006 de votre livre sur les paquebots de classe Olympic. Outre les nouvelles images et la section en couleur, quels sont les principaux changements ? Y a t-il eu de grandes découvertes entre la première édition et celle de 2011 ? Avez vous changé d’avis concernant certains points de l’histoire du paquebot ?

Mark Chirnside :  L’édition originale, publiée en 2004 et réimprimée en 2005 et 2006 comportait 352 pages. Cette nouvelle édition comporte 32 pages supplémentaires et une section en couleurs de 16 pages, pour un total de 400 pages. Elle est ainsi nettement plus grande.

Tout comme la nouvelle section en couleurs et le texte supplémentaire au sujet des expéditions récentes sur les deux épaves, le texte en général a été amélioré et un grand nombre d’erreurs mineures ont été corrigées. Quelques appendices ont été ajoutés, dont un examinant le Germanic/Homeric, dont on a dit qu’il devait remplacer le Titanic, mais qui devait en réalité servir sur la ligne de Liverpool, et un autre expliquant en détail comment les nouveaux navires ont été financés. Contrairement à une croyance répandue, la White Star Line a rassemblé le capital par elle même,sans assistance directe de J. P. Morgan. L’index a été amélioré, et il y a des ajouts comme une note explicative qui souligne les raisons derrière un certain nombre de changements spécifiques que j’ai faits.

En général, mon point de vue est resté le même, mais dans certains cas, j’ai mis à jour le livre pour refléter des faits dont je n’étais pas au courant quand le livre original a été écrit (2001-02).

 

Biblio-Titanic : Vous avez commencé à écrire des livres d’histoire vers vos 20 ans. Comment cela vous est-il venu ? Avez vous réussi à le relier à vos études et cela a t-il été difficile de le publier ?

Mark Chirnside : J’avais 19 ans lorsque la première édition a été publiée. Je pense que j’ai eu de la chance de trouver un éditeur qui a reconnu que mon travail contenait de nouveaux éléments et était une contribution originale au sujet. J’ai travaillé très dur, mais j’ai pu le combiner à mes études et à une vie sociale active.

 

Biblio-Titanic : L’Olympic, le Titanic et le Britannic sont en bien des points liés, mais ont des histoires très différentes. Et-ce que lune d’elles vous intéresse plus que les deux autres ?

Mark Chirnside : Je les trouve tous les trois intéressants, mais je me centre plus sur l’Olympic et le Britannic.

 

Biblio-Titanic : Y a t-il encore quelque chose à découvrir au sujet des paquebots de classe Olympic ? Quels points voudriez vous encore approfondir ?

Mark Chirnside : Il y a toujours quelque chose de plus à apprendre quel que soit le sujet. Quand on trouve une nouvelle information, cela peut mener à une découverte sur quelque chose d’autre qu’on n’avait jamais envisagé auparavant. De même, si une information inexacte est largement diffusée, il est important de continuer à la corriger, même si ça peut être un procédé lent et frustrant.

Pendant 95 ans, à partir du moment où l’Olympic a terminé son voyage inaugural jusqu’à l’été 2006, on considérait qu’il lui avait fallu 5 jours, 16 heures et 42 minutes,  à une moyenne de 21,17 noeuds, entre Daunt’s Rock (après avoir quitté Queenstown) et le bateau feu du chenal d’Ambrose (en arrivant à New York). Cependant, quand Sam Halpern et moi avons fouillé toutes les preuves disponibles concernant son départ, sa vitesse, et ses heures d’arrivée, il est devenu clair qu’une erreur de 100 minutes s’était glissée dans les calculs. Au lieu de ça, elle avait mis 5 jours, 15 heures et 2 minutes et avoisiné les 21,43 noeuds. Les gens pourront penser que le problème est mineur et ça l’est, peut-être :mais si nous voulons faire l’effort de consigner toutes les performances de l’Olympic pour des besoins historiques, alors nous devons le faire correctement. Même quatre ans après que nous avons publié notre recherche sous le titre Maiden Voyages Mysteries (les mystères du voyage inaugural [NdT]), dans le journal Voyage de la Titanic Historical Society et en ligne sur Encyclopedia Titanica (lisible ici [NdT]), le temps incorrect est encore largement utilisé. En utilisant la durée correcte, on sait que sa vitesse moyenne et sa consommation de charbon étaient légèrement supérieure, ce qui a une influence sur d’autres domaines de recherche, comme la performance du Titanic lors de son voyage inaugural comparée à l’Olympic, et la consommation de charbon du Titanic.

Dans les années passées, j’ai découvert des détails sur les voyages d’Arthur Conan Doyle à bord de l’Olympic et une description intéressante qu’il a faite du navire ; la même chose est vraie avec J. B. Priestley, qui a écrit la célèbre pièce Un inspecteur vous demande, qui se déroule en 1912 et faisant référence à l’insubmersible Titanic. J’espère continuer à trouver des récits de passagers qui ont voyagé à bord de l’Olympic durant sa carrière, tout comme ceux qui étaient à bord durant la guerre.

Nous avons une assez bonne idée de la façon dont la conception des trois navires a évolué, dont les expériences de arland & Wolff avec d’autres navires comme l’Oceanic et l’Adriatic, mais c’est quelque chose qui m’intéresse et je vais continuer à chercher dans ce secteur. Je suis intéressé par beaucoup d’aspects de leur histoire, et je vais essayer de tous les explorer.

 

Biblio-Titanic : Sur une note plus personnelle, comment et quand avez vous commencé à vous intéresser à l’histoire de la classe Olympic ?

Mark Chirnside : J’ai lu le livre pour enfants L’Exploration du Titanic quand j’avais neuf ans, puis j’ai vu A Night to Remember (1958) et Titanic (1997). Mon intérêt pour le Titanic a ensuite débordé sur l’Olympic et le Britannic, dont j’ai fait le centre de mes recherches.

 

Biblio-Titanic : Avez vous une idée du sujet de votre prochain livre ? Vous avez déjà écrit sur l’Aquitania et le Majestic : quelle autre paquebot aimeriez vous étudier ?

Mark Chirnside : Olympic Titanic Britannic: An Illustrated History (Olympic, Titanic, Britannic : une histoire illustrée [NdT]) doit sortir au tout début 2012, donc je vais être occupé cette fin d’année à travailler avec les maquettes du livre et à relire le résultat final. Ce serait aussi agréable d’y aller un peu plus lentement en ce qui concerne mon travail d’écrivain. Toutefois, je prévois des opportunités pour fouiller des navires comme les ‘Big Four’ (Celtic, Cedric, Baltic et Adriatic) et de continuer à examiner certains aspects en particulier des navires de classe Olympic et de leur histoire. Une édition révisée de mon livre sur l’Olympic serait aussi une bonne chose : il est maintenant épuisé et certaines copies d’occasion se sont déjà vendues à plus de 100£ !

 

Biblio-Titanic : Pour finir, la « question troll » : quelle est votre position concernant la polémique tristement célèbre du Californian ?

Mark Chirnside : J’allais dire « no comment », mais ce serait trop facile ! Je souscris aux positions exprimées dans le livre à venir Report into the Loss of the SS Titanic: A Centennial Reappraisal (History Press, 2011)(Rapport sur le naufrage du SS Titanic : une réouverture centenaire [NdT]). C’est une entreprise collaborative menée par Sam Halpern, impliquant un grand nombre de chercheurs, à laquelle j’ai apporté une petite contribution. Le livre devrait être disponible avant la fin de l’année.

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Titanic, The Ship Magnificent

Posté par Antoine le 2 juin 2011

Pour tous les modélistes et artistes titanicophiles, ou plus largement pour tous ceux qui sont intéressés par la structure et les interviews du Titanic, Titanic, The Ship Magnificent, de Bruce Beveridge, est la référence. Plus de 1100 pages divisées en deux tomes d’une précision énorme.

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Le premier tome est probablement le plus difficile d’accès. Il traite de la construction du navire, et de tous les aspects techniques. Tout est passé en revue : la forme de la coque, les compartiments étanches, les formes des superstructures, des portes et fenêtres, l’installation électrique, la propulsion, et même les équipements de sauvetage et les appareils radio. Si tout cela est passionnant, on peut regretter que le livre soit très technique, et donc difficile d’accès, d’autant plus lorsqu’on ne parle pas un anglais parfait.

Le deuxième tome est à mon avis les plus passionnant : on y trouve en effet toute la description des intérieurs du navire. Après quatre chapitres thématiques (un sur la vie à bord, un sur les styles décoratifs, un sur l’hygiène et un sur la cuisine), les chapitres suivants décrivent pont par pont toutes les installations du navire, photographies à l’appui. Dans la mesure où ces descriptions se rapprochent plus de la vie des passagers et d’aspects plus commun, le livre est bien plus accessible.

Dans les deux cas, ces livres, s’ils coûtent fort cher (envisager plus de 100€ les deux), sont un investissement pour le passionné. Les photographies (rares et superbes) suffisent, d’ailleurs à elles seules à justifier l’achat quand bien même l’anglais ne serait pas votre fort.

Bruce Beveridge, Titanic, The Ship Magnificent, 2 tomes, The History Press, 2009, ISBN 978-0-7524-4626-4

Les plus

  • Le sujet est passionnant et traité de la façon la plus détaillée possible. On serait presque tenté de dire que ce qui n’est pas dans le livre de Beveridge… n’existait pas.
  • Les photos sont magnifiques, et souvent inédites.

Les moins

 

  • Le prix : le livre n’est pas à la portée de toutes les bourses
  • Les parties les plus techniques ne sont pas accessibles à ceux qui ont des difficultés avec l’anglais. Elles ne représentent pas la majorité de l’ouvrage. Je conseille en priorité le tome 2.

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La Minute de vérité

Posté par Antoine le 31 mai 2011

Les documentaires sur le Titanic sont souvent inégaux. On en trouve des très précis et de bonne qualité, des intéressants malgré leurs partis pris parfois gênants… et des tout pourris. L’épisode de la série La Minute de vérité consacré au Titanic entre clairement dans cette dernière catégorie, et y occupe vraisemblablement la première place. Voyons plutôt. Les plus fous d’entre vous peuvent dores et déjà aller s’abimer les yeux ici.

 

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 Il est beau, hein ? Non, je rigole.

La Minute de vérité est une série documentaire américaine produite par National Geographic, mais qui se révèle ici bien en dessous de la bonne réputation de ses auteurs. Prenons la forme tout d’abord. Il s’agit d’un documentaire tantôt fiction tantôt investigation, mais rassurez vous, aucune partie ne vient rattraper l’autre. En ce qui concerne la fiction, on nous gratifie donc pour la forme d’un Titanic virtuel fort laid et plus large que haut (voir ci-dessus), alors que dix ans plus tôt, Cybeflix était déjà capable d’en réaliser un plus convainquant. Nous avons également droit à un jeu d’acteurs digne d’un épisode d’Hélène et les garçons, la palme allant au pauvre capitaine Smith, qui, comme son navire, a gagné en largeur ce qu’il a perdu en hauteur, y compris au visage. Passons. On a également, bien entendu droit à la voix off rauque qui nous gratifie d’une phrase d’introduction fort originale : « On le croyait insubmersible… c’était une erreur ». Et tant qu’on y est, histoire de faire croire qu’on est dans 24h Chrono, on a aussi le décompte des heures, minutes, secondes, à la minute près (oui, Smith a inspecté le fond du navire à 23 h 48 pile), et tant pis si dans les faits, les historiens se cassent la tête sur les heures trop vagues depuis des lustres…

Côté investigation, c’est encore mieux : on nous sort ici le capitaine de frégate des gardes côtes américains, chargé de « trouver le responsable » et d’expliquer ce drame « dont personne n’a jamais vraiment compris les causes ». Vous l’avez bien compris, personne. Marrant quand même : j’avais quelques papiers sans prétention sur le sujet avant 2007, date de réalisation du documentaire. Passons. Notre capitaine, que nous appellerons capitaine La Palisse, nous sort des propos d’une originalité formidable. Le brave homme a une théorie qu’il juge être un regard nouveau sur le drame : le Titanic n’a pas coulé à cause d’un élément, mais du cumul de plusieurs petits problèmes. Pour ne pas choquer sa sensibilité, nous ne lui dirons pas que l’historien Walter Lord en parlait déjà en 1955, et qu’il n’était probablement pas le premier. Notre amie la voix rauque nous explique également que le capitaine est « chargé de rouvrir l’enquête ». Je ne savais pas que le dossier avait été rouvert de façon officielle, mais ça fait plus classe dit comme ça.  En parlant de classe, notre homme a d’ailleurs dans un premier temps l’idée fixe de trouver le responsable du drame, et, passant en revue plusieurs membre d’équipage, va jusqu’à parler du « principal suspect ». Après 24 heures, on est dans Les Experts. Les américains aiment la mise en scène.

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La Minute de vérité : mieux que Les Experts !

Passons donc au fond. Eh bien, force est d’avouer que ce documentaire le touche, et continue à creuser jusqu’à trouver du pétrole. Les erreurs s’accumulent à une vitesse accablante : on nous parle de William Murdoch, commandant en second (il était pas premier officier ?) ; on zappe totalement les personnages, pourtant clés, de Thomas Andrews et Bruce Ismay ; le Titanic ne coule plus à 2h20 mais a 1h45, et en un seul morceau ; on nous explique qu’il était « une fois et demie plus grand que le Mauretania » (ce qui tape dans les 390 m… à 100 près, on va pas chipoter)… Bref, bravo la rigueur et les recherches précises : nos amis historiens ont eu leurs diplômes dans un Happy Meal de chez McDo. Et ce ne sont là que de petites erreurs sans conséquence : par moment, on nous raconte carrément n’importe quoi, comme lorsque la voix off nous explique que « les constructeurs étaient si confiants qu’ils ont mis à bord moins de canots que nécessaire », et que « la presse s’est emballée face à tant d’audace ». Rappelons juste que c’était la règle à l’époque : La Minute de vérité redéfinit le concept d’audace : être audacieux, c’est faire comme tout le monde. Le monde est rempli de gens audacieux. On nous explique aussi que le Californian serait arrivé sur les lieux en à peine une demi-heure, alors que les historiens s’étripent sur le sujet depuis 100 ans, mais on n’est plus à cela près.

Et que dire de la démarche de ce cher capitaine La Palisse lorsqu’il tente de découvrir le terrible et vil coupable ! Il s’attaque tour à tour à Phillips, l’opérateur radio qui n’a pas écouté le Californian, puis au commandant Smith, qui allait trop vite, ou encore l’inattention des vigies. Rechercher à tout prix un coupable : voila de la méthode historique ! Lui aussi aurait donc pris un Happy Meal ? À chaque fois, par chance, il a l’intelligence de faire appel à des experts, qui lui démontrent que ces braves gens n’ont rien de coupables et se conformaient aux pratiques de l’époque. On est assez étonné (et positivement, pour une fois), que Bruce Ismay, alias Mr. Bouc émissaire, n’apparaisse pas. J’avoue que je l’ai attendu jusqu’à la fin, m’attendant à le voir apparaître sous les traits du Diable détournant l’iceberg en direction du paquebot.

 

J. Bruce Ismay se demande encore par quel miracle il ne s’est pas fait démolir dans ce documentaire

Vient finalement la partie la plus intéressante et rigoureuse du documentaire. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Elle est tout aussi mauvaise, mise en scène et ratée que le reste, mais au moins, on n’y voit pas (trop) d’absurdités, ce qui fait qu’au regard du reste du documentaire, c’est un chef d’oeuvre. Bien entendu, notre ami La Palisse enfonce plus de portes ouvertes qu’un policier un peu trop imbibé, et tente de mettre à l’épreuve la théorie de la longue brèche de plusieurs mètres qui aurait éventré le navire… Théorie déjà démontée et abandonnée depuis les années 1990. 15 ans après la guerre, on sent l’inédit. Il tente aussi de voir si l’incendie qui faisait rage avant le naufrage dans une soute a charbon a pu jouer un rôle, mais un spécialiste charitable lui suggère d’oublier cette hypothèse, avant qu’il ait eu le temps de se ridiculiser. Dommage. Finalement, il s’attaque à la dernière hypothèse, l’hypothèse en béton : les rivets trop fragiles. Et attention, avec des expériences scientifiques et tout à l’appui (d’une rigueur douteuse, mais on va faire comme si). Et La Palisse de nous expliquer que grâce à cette expérience… on a enfin résolu l’énigme du Titanic. Mouais. Sauf que c’est bien gentil, mais le coup des rivets, il est sorti bien avant lui. Rien de nouveau sous le soleil donc.

Et le documentaire finit en fanfare, la voix off nous expliquant ce qui s’est véritablement passé ce soir là. Grosso modo, on nous remet le docu-fiction du début avec une précision de plus sur les rivets, et bonne soirée à vous. Depuis une heure, on essaie de nous apporter « les causes du naufrage, cachées depuis longtemps », et au final, le documentaire nous résume ce qui était déjà connu… en s’attribuant les mérites de la découverte. Ces gens sont géniaux, ont une honnêteté à faire pâlir Patrick Balkany, et viennent de passer leur temps à démontrer ce que l’on savait déjà. La prochaine fois, ils découvriront que les crimes de Jack l’éventreur ont été commis par… Jack l’éventreur. J’ai hâte de voir le résultat.

Non, franchement, en fait, c’était pas la peine de cliquer sur le lien que j’ai donné au début.

 

Les plus

  • Difficile d’en trouver. Comme un mauvais travail d’écolier maladroit, on a envie de dire qu’ils ont essayé en y mettant de la bonne volonté, nous ont sorti deux ou trois images d’archives et un témoignage assez original qui nous change des classiques. Ils ont aussi la décence de faire invalider leurs hypothèses par des experts.
  • Au moins, J. Bruce Ismay n’est pas choisi comme coupable idéal comme le font d’habitude les Américains. En fait, il n’apparaît même pas.

Les moins

  • Un documentaire truffé d’erreurs qui montrent que les recherches ont été faites à la va-vite
  • Une manie quasi maladive de retrouver le coupable… mais pas l’iceberg, ce serait trop facile.
  • La mise en scène assez pathétique avec musiques d’ambiance, minutage à l’écran et plans « émotion ». Et encore, je vous ai pas parlé du naufrage avec la musique qui fait pleurer, les visages abattus, les flashbacks… et la mauvaise heure.
  • Un sentiment d’inachevé, de travail bâclé, qui fait qu’on n’accorde aucun crédit à ce documentaire, et par conséquent aux autres de la série. À éviter  tout prix, donc.

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Titanic Inquiry Project

Posté par Antoine le 29 mai 2011

Dans la série des projets audacieux, le Titanic Inquiry Project occupe une place de choix. Les deux commissions d’enquête qui se sont tenues  en avril/mai 1912 aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sont un élément clé pour comprendre les tenants et aboutissants du naufrage. On peut suivre les incohérences et faiblesses des enquêteurs, et surtout lire les témoignages des acteurs de la tragédie, qu’il s’agisse du récit méthodique du sauvetage que fait Arthur Rostron ou des complaintes déplacées et acides de Mme. Stuart J. White, véritable morceau d’anthologie. En tout plus de 2000 pages de notes étaient restées difficiles d’accès jusqu’au début du nouveau millénaire.

 

Titanic Inquiry Project dans Coup de coeur tip

 

En effet, une équipe d’une douzaine de passionnés américains, britanniques et canadiens se sont attelés à la lourde tâche de transcrire méthodiquement et fidèlement tous les témoignages et l’intégralité des notes prises durant les semaines d’enquête. Le résultat peut-être consulté en ligne audience par audience, ou être téléchargé sous forme de fichier texte (plus de 1000 pages par enquête, mais elles peuvent-être téléchargées par morceaux).

Bien entendu, le texte est en anglais, mais pour une pièce si importante de l’histoire du Titanic, cela vaut le coup de s’initier à la langue. On ne peut pas, à mon humble avis, se considérer comme véritable passionné si l’on ne cherche pas, un jour où l’autre, à se plonger dans ces textes à la fois passionnants et historiquement essentiels.

 

Les plus

  • Deux textes fondateurs de l’histoire du Titanic, essentiels pour remonter à la source
  • Une navigation aisée sur le site
  • La possibilité de télécharger les enquêtes pour les lire comme on le souhaite

Les moins

  • Très long et dense
  • En anglais, jamais traduit jusqu’à présent. Compréhensible cependant, avec un bon dictionnaire pour les plus récalcitrants

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Le Site du Titanic

Posté par Antoine le 29 mai 2011

S’il ne devait rester qu’un site francophone sur le Titanic, ce serait celui-ci : Le Site du Titanic. Créé en 1998 par Alain Dufief, le site est rapidement devenu la référence incontournable sur le sujet, et a également bien pris en volume. Il traite de tous les aspects de la vie du navire : techniques, historiques, sociaux, mais aussi des films, de l’épave et des explorations… Plus de 150 pages web ont en tout été créées, avec un niveau de détail impressionnant dans l’information.

 

Le Site du Titanic dans Coup de coeur sdt

 

Lorsque j’ai découvert ce site pour la première fois, le 14 avril (ça ne s’invente pas) 2000, il était déjà dense et regorgeait d’infos. Avec les années, de nombreuses autres pages se sont ajoutées et mises à jour dans un véritable travail de titan. Il est d’ailleurs dommage que les mises à jour se soient faites plus rares ces dernières années, et toutes sont guettées avec impatience par les amateurs du navire. L’auteur a par ailleurs gagné ses lettres de noblesse en devenant récemment le co-auteur du très bon ouvrage Les Français du Titanic dont une critique suivra prochainement.

Quelques petits détails peuvent toutefois être reprochés à ce site par ailleurs excellent, en premier lieu desquels vient son problème de compatibilité avec Firefox : pour un geek comme moi, devoir repasser sous Internet Explorer relève de l’hérésie. Petit souci cumulé (ou peut-être dû) à la musique diffusée sur le site, ce qui est assez gênant quand, comme moi, on navigue avec un playlist. Sur le fond, on peut également reprocher un manque de grosses biographies des personnages importants comme Ismay, Andrews ou les officiers. La page consacrée au commandant Smith montre pourtant que l’auteur est capable de rédiger des biographies de très haute tenue. Pour cet aspect, qui est le seul gros manque du site, on conseillera la visite d’Encyclopedia Titanica (malgré une ergonomie douteuse et un traitement de l’information inégal) ou, pour être chauvin, du portail du Titanic sur Wikipédia. Pour tous les autres aspects, le Site du Titanic peut-être consulté sans crainte : la réponse à vos questions s’y trouve certainement.
Le Site du Titanic est consultable à cette adresse : http://titanic.pagesperso-orange.fr/

Points forts

 

  • Très agréable à lire, bien écrit, aéré et illustré
  • De nombreux aspects, notamment techniques et sur la vie à bord, sont traités de façon très rigoureuse de façon thématique, détaillée et exhaustive
  • Le site a l’avantage d’être en français, ce qui est rare sur ce sujet

Points faibles

 

  • Peu d’articles biographiques détaillés
  • L’ergonomie pourtant très bonne est en partie gâchée par les problèmes de compatibilité avec Firefox est par la musique : pour une bonne visite, il vaut mieux revenir sous IE (et se flageller 100 fois pour la peine)

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