Titanic, de James Cameron

Posté par Antoine le 9 octobre 2011

Attention, sujet sensible : quand on parle du film Titanic de James Cameron, difficile de satisfaire tous les Titanicophiles. Entre ceux qui vouent un culte au Maître, et ceux qui voudraient le crucifier, point de répit. J’avoue que ma position a son sujet a pas mal fluctué, même s’il ne doit être un secret pour personne qu’il y a bien longtemps que la version du film que j’avais sur cassette a succombé à l’usure. Car après tout, quoi que l’on pense de ce film, on ne peut dans tous les cas pas négliger le grand nombre de personnes qu’il a fait tomber dans la marmite. Car Titanic, c’est aussi ça : le souvenir du gosse émerveillé que j’étais quand j’ai découvert ce navire magnifique, personnage principal du film à mon avis.

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Pourtant, mon point de vue sur le film n’est pas totalement positif, ni négatif d’ailleurs. Commençons donc par ce qui, plus jeune, me faisait hurler, et aujourd’hui suscite relativement d’indifférence de ma part : l’histoire du film. Comme ont pu le remarquer certains Odieux Connards autoproclamés, il s’agit d’une trame relativement classique que l’on pourrait aisément retrouver dans pas mal de films de Cameron (et de films tout courts) : un homme et une femme que tout oppose mais qui finissent par se retrouver en dépit d’un contexte particulièrement troublé. Histoire relativement bateau, donc (oui, j’ai osé), mais ce n’est finalement pas plus mal, car elle ne noie pas trop (oui, j’ai encore osé) la grande Histoire en prenant trop de place.  Dans la même veine, je ne m’attarderai pas sur les acteurs principaux, même s’il est vrai qu’un jeune acteur nommé DiCaprio a excité plus d’une adolescentes tandis que certaines scènes de Kate Winslet ont fait de même avec l’autre camp.

Passons maintenant à l’aspect le plus réussi de ce film, c’est indéniablement la reconstitution historique de ce navire, de cette époque. Cameron est un passionné, qui a fait des recherches, et cela se voit. Visuellement, il a rendu vie au Titanic, c’est un fait : les puristes trouveront toujours un quelque chose à reprocher, un bout de plan mal respecté ; mais esthétiquement, le navire est le plus proche de l’original jamais réalisé. Il en va de même pour les personnages historiques : Cameron a volontairement choisi des acteurs peu connus du grand public, mais très ressemblants par rapport aux personnages originaux.  Enfin, il a eu la bonne idée de rajouter, souvent dans le fond, comme des clins d’oeil, une multitude d’anecdotes piochées dans l’histoire véridique, que le spectateur ne pourra parfois comprendre que s’il est familier de l’histoire du navire.

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Y’a quand même un air de famille…

Pourtant, c’est aussi historiquement que le film commet ses plus grandes fautes. Cameron prend un certain nombre de partis pris qui font hurler beaucoup d’historiens du sujet. Je les avais détaillés dans un autre article sur un autre blog, les curieux s’y rendront. Je préfère ici déplorer les effets de ces partis pris malheureux : le succès du film de Cameron ne les rend que trop voyants. Combien de fois les passionnés dont je fais partie ont-ils dû rabâcher les mêmes arguments sur Bruce Ismay qui n’était pas si méchant que ça, ou sur le fait que l’officier Murdoch ne s’est probablement pas suicidé ? Ce genre de propos dans un documentaire de seconde zone a peu de retombées. Dans un film à onze oscars qui déchire le box-office, beaucoup plus.

On retiendra donc de ce film que c’est une fresque historique très agréable à regarder, avec des décors superbes et des seconds rôles souvent fidèles. Mais qu’il doit avant tout être considéré comme un roman, en gardant à l’esprit le fait que des libertés ont été prises, grande ou petites. Trop souvent, malheureusement, ce film est considéré comme une Bible, ou surtout, une référence historique ; ce qu’il n’est pas. C’est en revanche une illustration et une porte d’entrée de très grande classe, qui doit pousser à approfondir le sujet, et non à avoir des idées arrêtées à son sujet.

 

 Les plus

  • Un film distrayant et agréable à regarder (et parfait pour draguer, me soufflent dans l’oreillette ceux qui avaient la chance d’avoir 18/20 ans à l’époque de la sortie)
  • Des décors globalement très fidèles, et des personnages secondaires qui le sont presque autant (mentions spéciales pour Bernard Hill en commandant Smith, Eric Braeden en JJ Astor, Victor Gerber en Thomas Andrews et Kathy Bates en Molly Brown)
  • Un moyen idéal pour rentrer dans la « Titanicophilie »

Les moins

  • Une intrigue principale somme toute assez classique (ce qui n’est finalement pas plus mal puisqu’elle met la véritable histoire en valeur)
  • Quelques partis pris gênants, et personnages très mal représentés (Archibald Gracie et Joseph Bruce Ismay, totalement goujatisés)
  • Céline Dion

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The Loss of S.S. Titanic

Posté par Antoine le 4 septembre 2011

The Loss of S.S. Titanic est un ouvrage particulier, puisqu’il s’agit d’un de ceux qui ont été écrits par un des acteurs du drame. Impossible, donc, de le critiquer de la même façon qu’un ouvrage d’auteur en citant ses points forts et faibles. Il en a, bien entendu, mais en tant que source primaire, on ne peut pas le juger sur les mêmes points qu’un ouvrage écrit avec du recul. Ce genre d’ouvrage est un moyen incontestable de comprendre ce qu’on vécu les gens à bord du Titanic, même s’il faut garder à l’esprit que leurs souvenirs sont parfois erronés.

The Loss of S.S. Titanic dans Coup de coeur best+cover+loss+of+ss+titanic

The Loss of S.S. Titanic (que l’on pourrait traduire par Le naufrage du Titanic) a été écrit en 1912 par Lawrence Beesley. Son témoignage est particulièrement intéressant dans la mesure où il est l’un des rares hommes de 2e classe à avoir survécu au naufrage. Au départ réticent, il a finalement écrit son récit pour mettre fin aux rumeurs qui circulaient dans la presse sur le déroulement du naufrage. Dès le départ, son but est clair : écrire par devoir de mémoire. Ce thème est une constante du livre, Beesley appelant à de nombreuses reprises à ne jamais oublier l’horreur du Titanic pour qu’elle ne se reproduise plus. Ce mot d’ordre n’a, cent ans plus tard, rien perdu de son actualité.

Beesley, professeur de sciences, rapporte les événements avec une précision impressionnante, se souvenant d’idées qui lui sont venues, de tableaux précis qu’il dresse parfois d’après ses souvenirs. Il a en effet une forte tendance à partir dans des comparaisons très élaborées, ou de longues parenthèses qui, si elles rendent son raisonnement parfois dur à suivre, sont en revanche particulièrement intéressantes.

Il a également cherché à faire appel à d’autres témoins pour compléter ce qu’il n’a pas vu. Ceci donne un récit assez complet pour son époque. Bien entendu, il n’en faut pas moins le lire avec le recul d’aujourd’hui. Certains faits n’ont par exemple pu être établis qu’après la découverte de l’épave, comme la théorie de la cassure du navire. Mais de façon générale ; ce livre est une description de l’intérieur du naufrage, qui lui donne une valeur inestimable. Tout passionné du Titanic qui se respecte se devrait de le lire ; et ça tombe bien, il vous attend gratis ici !

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Un film, une histoire : Titanic

Posté par Antoine le 21 août 2011

Diffusé hier sur France 5, l’épisode de la série de documentaires Un film, une histoire consacré au film Titanic de James Cameron pouvait faire saliver : beaucoup de choses pouvaient être détaillées dans une comparaison fiction/vérité, le documentaire aurait pu se pencher sur les inspirations de Cameron pour tel ou tel personnage fictif, sur ses prises de position, bonnes ou mauvaises et ainsi de suite. Malheureusement, il n’en est rien tant les points comparés sont anecdotiques. Au final, le film de Cameron sert de prétexte à un énième documentaire assez bateau sur le Titanic, et loin d’être exempt de reproches.

Un film, une histoire : Titanic dans Documentaire Titanic

Le documentaire part pourtant de bons sentiments et prend même la peine de se fonder sur le récit de Lawrence Beesley, The Loss of S.S. Titanic. Il est aussi fait appel à un « historien » du Titanic, qui se révèle cependant être inconnu dans le « milieu ». Sa présence est finalement un point négatif, puisque sous couvert d’expertise, le bonhomme déblatère un certain nombre d’énormités qu’aucun autre historien ne contre : un documentaire sérieux aurait cherché à recouper les points de vue. Pas celui-ci.

Des expériences sont également menées pour déterminer si plusieurs points du film correspondent à la réalité. La première cherche à évaluer le temps mis par le Titanic pour tourner, et éviter l’iceberg. Problème ? Le « navire virtuel » qui sert à l’expérience semble assez éloigné des proportions du navire original. Comment recréer une expérience qui se veut précise, si toutes les conditions ne sont pas remplies ? Et au passage, savent-il qu’en 1912, le test avait déjà été effectué sur l’Olympic pour déterminer ce même laps de temps ? Les conditions étaient, pour le coup, beaucoup plus proches, mais il faut dire que « le premier Titanic virtuel au monde » est beaucoup plus télégénique qu’une expérience centenaire. Au final, Un film, une histoire souffre de la même tare génétique que La Minute de vérité : il faut faire du vendeur quitte à biaiser les faits ou se moquer du téléspectateur. Au demeurant, les deux documentaires partagent le même hideux Titanic en 3D mal fichu.

E.J. Smith

« Tiens, cette fois c’est moi qui prends tout… »

 

Et puis il y a les jugements à l’emporte pièce de notre « historien » sur le commandant Smith ; particulièrement surprenants. Dans un documentaire sur le film de Cameron, on se serait attendu à ce que le cas d’Ismay soit évoqué, en bien ou en mal (vraisemblablement en mal pour l’audimat).  Eh bien son nom n’est pas cité une seule fois ; Smith lui sert de bouclier. Trop vieux, trop incompétent ; le commandant qui enchaînait les accidents… L’historien autoproclamé oublie de préciser que les accidents (ou plutôt, dans ce cas précis, incidents) de ce type étaient courants sur les gros navires, et oublie également de citer tous les marins qui encensent le capitaine du Titanic. Et puis on l’accuse aussi d’être allé trop vite : La Palisse revient en effet au galop pour nous expliquer que s’il était allé plus lentement, le Titanic n’aurait pas heurté l’iceberg mais serait arrivé en retard. Cela, tout le monde le sait depuis 1912 ; mais on sait aussi qu’aller vite dans ces circonstances revenait à appliquer la procédure habituelle, que le Titanic a justement fait changer. Enfin, il est également responsable de ne pas avoir essayé de surcharger les canots. La logique même : un bateau coule, risquons toutes les vies plutôt que de tout faire pour en sauver certaines. Tout ça part très mal.

 

Rose et Jack sur la planche

Y’a pas à dire, y’avait de la place pour deux sur cette foutue planche !

 

Il y a aussi du moins discutable : le film tente d’analyser l’origine du personnage de Rose. Si les créateurs avaient fait des recherches assez rapides, ils auraient pu constater que Cameron avait déclaré s’être inspiré de femmes de la haute société comme Emily Ryerson ou Helen Churchill Candee. Ils ont préféré se contenter de chercher le nom le plus proche dans la liste des passagers. Et donc de trouver une certaine Rosa Abott, dont Cameron n’a jamais dit mot, et qui n’a que le prénom vaguement en commun avec l’héroïne. Soit. Cela permet au moins de faire un portrait décent de cette personne. De même on tente par de grandes expériences scientifiques de tester la résistance à l’eau, dont on déduit que la femme résiste mieux au froid que l’homme grâce à sa graisse (cela explique d’ailleurs que les rescapés ayant longtemps séjourné dans l’eau soient… des hommes ; merci pour l’explication) et, plus intéressant, que nager accélérait la mort. Certes ; mais cette expérience devait à l’origine chercher à savoir pourquoi Jack était mort et non Rose. Au lieu d’invoquer les questions de graisse, ils auraient pu remarquer que ladite Rose état sur une planche, et pas Jack. Passons : l’expérience apporte au moins un résultat intéressant même si son point de départ est franchement tiré par les cheveux.

media--image-348649-article-ajust_300 dans Pas une grosse perte

Le point de vue du documentaire est parfois un peu tiré par les cheveux…

 

Il y a enfin ce qui est de l’ordre du pas mal, voir très bon. Tout d’abord, on ne nous sert pas l’éternel « pas assez de canots par pure audace », et les réalisateurs ont pris le soin d’expliquer qu’à l’époque, le public ne donnait pas aux canots le même rôle qu’aujourd’hui. De même, alors que l’on analyse le mystère du Californian, Stanley Lord n’est pas immédiatement accusé comme l’aurait fait un documentaire bateau : les auteurs expliquent même qu’il n’aurait de toute façon pas pu aider. Ils expliquent enfin que le navire semblait être plus près du Titanic à cause d’un phénomène de super-réfraction : ce dernier point est particulièrement surprenant et n’a jamais été évoqué : affaire à suivre pour voir si c’est potentiellement vrai, ou du pipeau.

Le documentaire souffre donc finalement de certains partis pris totalement grotesques, qui plombent d’autres parties nettement meilleures. L’historien auquel ils ont fait appel est un sombre incompétent qui se permet de nous expliquer que le Titanic a coulé sans emporter d’objets de valeurs avec lui comme le Coeur de l’Océan du film. C’est d’ailleurs pour cela que la liste des bijoux perdus que Charlotte Drake Cardeza a envoyé à sa compagnie d’assurance s’étalait sur trois pages. On le voit donc, quand le bon côtoie les énormités, il perd en crédibilité. C’est ici le problème de ce programme, que je ne conseillerais à personne à cause de cela : sans un minimum d’esprit critique, et donc de connaissance de sujet, on apprend autant de faux que de vrai ici.

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« Des objets de valeur sur le Titanic ? Non, jamais vu… »

 

J’attends donc venir les bonnes âmes me dire que « c’est facile de critiquer ; mais je ferais pas mieux » : essayer de faire mieux, je ne demande que ça si on me donnait les moyens. Quant à ceux qui diront que « au moins le Titanic a été mentionné sur une grande chaîne », je répondrai que si c’est pour apprendre aux gens des bêtises, c’est plutôt un mal. D’autant que de vrais documentaires de qualité ont été réalisés ces derniers temps, comme Birth of a Legend etc. Comme quoi c’est aussi possible de faire du bon sur le sujet.

 

Les plus

  • Des efforts de recherche ont été faits, comme le recours au livre de Beesley.
  • Certaines expériences apportent des faits intéressants.
  • Dans l’ensemble, le documentaire réussit à prendre des positions autres que les lieux-communs généralement balancés

Les moins

  • Gros problème d’organisation : le film ne sert que de prétexte vite oublié, et on saute d’une idée à une autre sans véritable fil conducteur.
  • Il y a tant d’historiens compétents sur le sujet… pourquoi avoir sorti ce sombre inconnu qui ne semble pas y connaître grand chose ?
  • Encore et toujours un documentaire réalisé avant tout pour l’audimat, quitte à passer par la trappe la vérité pour du plus « commercial ». Pourtant, certains ont bien réussi à faire du docu intéressant et véritable. Pourquoi pas eux ?

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Les Français du Titanic

Posté par Antoine le 6 août 2011

Les ouvrages scientifiques (comprendre par là des travaux qui apportent des connaissances nouvelles, au delà d’une simple synthèse des faits), sont très rares en français quand il s’agit du Titanic. Pourtant, en 2011, quatre courageux membres de l’Association Française du Titanic (AFT) ont décidé de réparer ce manque avec l’ouvrage Les Français du Titanic, publié chez Marines éditions. Du très beau travail, que je vais détailler de plus près.

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Contrairement à ce que le titre laisse entendre, Les Français du Titanic ne traite pas, et de loin, que des Français à bord du Titanic. Il va plus loin en élargissant à un grand nombre de personnes à bord ayant eu un rapport avec la France, même si le thème central reste cette cinquantaine de Français qui ont voyagé, passagers ou équipage, à bord du paquebot. De façon générale, le livre est très vaste et permet d’avoir une vision d’ensemble du sujet, tout en « zoomant » sur certains points et certaines personnes avec une précision plus que satisfaisante. Je m’attendais à trouver dans ses pages de quoi satisfaire ma curiosité sur des passagers français comme Paul Chevré ou Louise Laroche, et je n’ai pas été déçu, mais au delà de tout ça, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir des précisions très détaillées sur Bruce Ismay ou John Jacob Astor ! Plus étonnant encore, le livre va jusqu’à traiter du problème de concordance des heures entre le Titanic et le Californian, ce que ne faisait pas The Oter Side of the Night, pourtant consacré à ce dernier navire.

On pourrait de fait craindre que le livre soit inaccessible au néophyte. Ce n’est que partiellement le cas. Il est certain qu’il est probablement trop dense pour quelqu’un qui veut avant tout connaître l’histoire du Titanic. À cette fin, je persiste à considérer Le Titanic ne répond plus comme plus adapté. Cependant, il n’est pas nécessaire de maîtriser totalement le sujet pour comprendre Les Français du Titanic, ce qui le rend accessible et intéressant pour tous. Par ailleurs, bien qu’écrit par quatre personnes, il conserve un style uniforme et fluide.

À cela s’ajoutent des illustrations, certes assez rares, mais de qualité et souvent peu diffusées ailleurs ; ainsi que de larges extraits de témoignages. Le seul véritable reproche que l’on pourrait faire au livre est de ne pas être allé au total bout de la démarche scientifique, en ne donnant pas de notes et références précises de ses sources comme le font souvent les britanniques, ou avec un index qui aurait été bien pratique vu la masse d’information disponible. Mais il faut également comprendre que les éditions françaises étant très réticentes à publier des ouvrages précis à ce point, ces détails de formes ne sont qu’un maigre prix à payer pour un ouvrage de grande qualité.

François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret, Olivier Mendez, Les Français du Titanic, Marines Editions, 2011. Une interview de deux des auteurs est également disponible sur le blog.

 

Les plus

  • Enfin un livre scientifique sur le Titanic publié en Français !
  • Une mine d’information très bien fournie.
  • Agréable à lire, accessible et illustré.

Les moins

  • Le manque d’index n’aide pas à retrouver facilement une information. Dans un ouvrage si bien fourni, la table des matières est rarement suffisante.

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Rencontre avec Mark Chirnside

Posté par Antoine le 31 juillet 2011

Dans la série des rencontres avec des auteurs titanicophiles, j’ai eu la chance d’obtenir de Mark Chirnside (The Olympic Class Ships) qu’il réponde à quelques questions au sujet de ses livres et de sa passion.Voici donc ses réponses. L’interview devrait prochainement être disponible en version anglaise originale sur son site, Mark Chirnside’s Reception Room.

 

Biblio-Titanic : J’ai lu l’édition 2006 de votre livre sur les paquebots de classe Olympic. Outre les nouvelles images et la section en couleur, quels sont les principaux changements ? Y a t-il eu de grandes découvertes entre la première édition et celle de 2011 ? Avez vous changé d’avis concernant certains points de l’histoire du paquebot ?

Mark Chirnside :  L’édition originale, publiée en 2004 et réimprimée en 2005 et 2006 comportait 352 pages. Cette nouvelle édition comporte 32 pages supplémentaires et une section en couleurs de 16 pages, pour un total de 400 pages. Elle est ainsi nettement plus grande.

Tout comme la nouvelle section en couleurs et le texte supplémentaire au sujet des expéditions récentes sur les deux épaves, le texte en général a été amélioré et un grand nombre d’erreurs mineures ont été corrigées. Quelques appendices ont été ajoutés, dont un examinant le Germanic/Homeric, dont on a dit qu’il devait remplacer le Titanic, mais qui devait en réalité servir sur la ligne de Liverpool, et un autre expliquant en détail comment les nouveaux navires ont été financés. Contrairement à une croyance répandue, la White Star Line a rassemblé le capital par elle même,sans assistance directe de J. P. Morgan. L’index a été amélioré, et il y a des ajouts comme une note explicative qui souligne les raisons derrière un certain nombre de changements spécifiques que j’ai faits.

En général, mon point de vue est resté le même, mais dans certains cas, j’ai mis à jour le livre pour refléter des faits dont je n’étais pas au courant quand le livre original a été écrit (2001-02).

 

Biblio-Titanic : Vous avez commencé à écrire des livres d’histoire vers vos 20 ans. Comment cela vous est-il venu ? Avez vous réussi à le relier à vos études et cela a t-il été difficile de le publier ?

Mark Chirnside : J’avais 19 ans lorsque la première édition a été publiée. Je pense que j’ai eu de la chance de trouver un éditeur qui a reconnu que mon travail contenait de nouveaux éléments et était une contribution originale au sujet. J’ai travaillé très dur, mais j’ai pu le combiner à mes études et à une vie sociale active.

 

Biblio-Titanic : L’Olympic, le Titanic et le Britannic sont en bien des points liés, mais ont des histoires très différentes. Et-ce que lune d’elles vous intéresse plus que les deux autres ?

Mark Chirnside : Je les trouve tous les trois intéressants, mais je me centre plus sur l’Olympic et le Britannic.

 

Biblio-Titanic : Y a t-il encore quelque chose à découvrir au sujet des paquebots de classe Olympic ? Quels points voudriez vous encore approfondir ?

Mark Chirnside : Il y a toujours quelque chose de plus à apprendre quel que soit le sujet. Quand on trouve une nouvelle information, cela peut mener à une découverte sur quelque chose d’autre qu’on n’avait jamais envisagé auparavant. De même, si une information inexacte est largement diffusée, il est important de continuer à la corriger, même si ça peut être un procédé lent et frustrant.

Pendant 95 ans, à partir du moment où l’Olympic a terminé son voyage inaugural jusqu’à l’été 2006, on considérait qu’il lui avait fallu 5 jours, 16 heures et 42 minutes,  à une moyenne de 21,17 noeuds, entre Daunt’s Rock (après avoir quitté Queenstown) et le bateau feu du chenal d’Ambrose (en arrivant à New York). Cependant, quand Sam Halpern et moi avons fouillé toutes les preuves disponibles concernant son départ, sa vitesse, et ses heures d’arrivée, il est devenu clair qu’une erreur de 100 minutes s’était glissée dans les calculs. Au lieu de ça, elle avait mis 5 jours, 15 heures et 2 minutes et avoisiné les 21,43 noeuds. Les gens pourront penser que le problème est mineur et ça l’est, peut-être :mais si nous voulons faire l’effort de consigner toutes les performances de l’Olympic pour des besoins historiques, alors nous devons le faire correctement. Même quatre ans après que nous avons publié notre recherche sous le titre Maiden Voyages Mysteries (les mystères du voyage inaugural [NdT]), dans le journal Voyage de la Titanic Historical Society et en ligne sur Encyclopedia Titanica (lisible ici [NdT]), le temps incorrect est encore largement utilisé. En utilisant la durée correcte, on sait que sa vitesse moyenne et sa consommation de charbon étaient légèrement supérieure, ce qui a une influence sur d’autres domaines de recherche, comme la performance du Titanic lors de son voyage inaugural comparée à l’Olympic, et la consommation de charbon du Titanic.

Dans les années passées, j’ai découvert des détails sur les voyages d’Arthur Conan Doyle à bord de l’Olympic et une description intéressante qu’il a faite du navire ; la même chose est vraie avec J. B. Priestley, qui a écrit la célèbre pièce Un inspecteur vous demande, qui se déroule en 1912 et faisant référence à l’insubmersible Titanic. J’espère continuer à trouver des récits de passagers qui ont voyagé à bord de l’Olympic durant sa carrière, tout comme ceux qui étaient à bord durant la guerre.

Nous avons une assez bonne idée de la façon dont la conception des trois navires a évolué, dont les expériences de arland & Wolff avec d’autres navires comme l’Oceanic et l’Adriatic, mais c’est quelque chose qui m’intéresse et je vais continuer à chercher dans ce secteur. Je suis intéressé par beaucoup d’aspects de leur histoire, et je vais essayer de tous les explorer.

 

Biblio-Titanic : Sur une note plus personnelle, comment et quand avez vous commencé à vous intéresser à l’histoire de la classe Olympic ?

Mark Chirnside : J’ai lu le livre pour enfants L’Exploration du Titanic quand j’avais neuf ans, puis j’ai vu A Night to Remember (1958) et Titanic (1997). Mon intérêt pour le Titanic a ensuite débordé sur l’Olympic et le Britannic, dont j’ai fait le centre de mes recherches.

 

Biblio-Titanic : Avez vous une idée du sujet de votre prochain livre ? Vous avez déjà écrit sur l’Aquitania et le Majestic : quelle autre paquebot aimeriez vous étudier ?

Mark Chirnside : Olympic Titanic Britannic: An Illustrated History (Olympic, Titanic, Britannic : une histoire illustrée [NdT]) doit sortir au tout début 2012, donc je vais être occupé cette fin d’année à travailler avec les maquettes du livre et à relire le résultat final. Ce serait aussi agréable d’y aller un peu plus lentement en ce qui concerne mon travail d’écrivain. Toutefois, je prévois des opportunités pour fouiller des navires comme les ‘Big Four’ (Celtic, Cedric, Baltic et Adriatic) et de continuer à examiner certains aspects en particulier des navires de classe Olympic et de leur histoire. Une édition révisée de mon livre sur l’Olympic serait aussi une bonne chose : il est maintenant épuisé et certaines copies d’occasion se sont déjà vendues à plus de 100£ !

 

Biblio-Titanic : Pour finir, la « question troll » : quelle est votre position concernant la polémique tristement célèbre du Californian ?

Mark Chirnside : J’allais dire « no comment », mais ce serait trop facile ! Je souscris aux positions exprimées dans le livre à venir Report into the Loss of the SS Titanic: A Centennial Reappraisal (History Press, 2011)(Rapport sur le naufrage du SS Titanic : une réouverture centenaire [NdT]). C’est une entreprise collaborative menée par Sam Halpern, impliquant un grand nombre de chercheurs, à laquelle j’ai apporté une petite contribution. Le livre devrait être disponible avant la fin de l’année.

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L’album Titanic du révérand père Browne

Posté par Antoine le 31 juillet 2011

Découvert au détour d’une librairie il y a quelques années, j’avais littéralement dévoré ce livre particulièrement beau. Destiné surtout aux amateurs de photographies, il ravira tous ceux qui veulent voir le Titanic et ces passagers dans des clichés souvent rares.

L'album Titanic du révérand père Browne dans Livre spécialisé titanic-browne

 

Mais tout d’abord un peu d’histoire : qui est le père Browne ? Francis Browne est un prêtre jésuite irlandais passionné de photographie, et amateur de paquebots et de voyages. En avril 1912, il réussit ainsi à obtenir un billet pour une traversée entre Southampton et Queenstown, en Irlande, à bord du Titanic : une journée et une nuit à bord du paquebot de rêve avant de regagner son île natale. Il s’y sent si bien que deux passagers proposent de lui payer le reste de la traversée jusqu’à New York ; mais Browne se voit refuser l’autorisation par ses supérieurs irlandais. Il débarque donc le 11 avril 1912, à quelques jours du naufrage, avec un appareil photo bien rempli. Il transporte avec lui les derniers clichés du Titanic, et de certains de ses passagers.

Outre une rapide biographie de Browne, l’album contient tout d’abord des fac simile des pages de l’album qu’a composé le photographe après le naufrage, ainsi que ses notes. Viennent ensuite des copies en plus grande taille desdites photographies accompagnées de commentaires de l’auteur. On y trouve ainsi les derniers clichés pris de Jacques Futrelle, auteur de romans policiers en pleine ascension ou encore d’Archibald Butt, aide de camp du président américain. On voit également certains intérieurs du navire, et des moment forts comme la collision avec le New York. S’ajoutent enfin des clichés plus rares, écartés par Browne pour leur mauvaise qualité (par exemple une photographie tachée de la salle à manger). Enfin, l’album contient également le récit de la traversée que fit Browne au cours d’une conférence, des années après.

E. E. O’Donnel, L’Album Titanic du Révérend Père Browne, MDV, 1998, 199 p.

 Les plus

  • De très belles photos, souvent difficiles à trouver ailleurs
  • Il est toujours intéressant d’avoir un témoignage de première main, même s’il s’agit ici de quelqu’un qui n’a pas vécu le naufrage.
  • Les photographies de personnes disparues sont particulièrement émouvantes.

Les moins

  • Quelques petites erreurs factuelles, souvent dues à Browne lui même cependant.
  • Assez peu de contextualisation de l’information : mieux vaut connaître l’histoire du Titanic, même si ce n’est pas nécessaire pur apprécier les photos.

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Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic

Posté par Antoine le 28 juillet 2011

Parmi les ouvrages francophones publiés sur le Titanic, la plupart sont des travaux de synthèse (parfois excellents, comme on a pu le voir). Peu, en revanche, tentent d’apporter du contenu nouveau. C’est pourtant ce qu’arrive à faire l’ouvrage Les Français du Titanic (lire ma critique ici), co-écrit par François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret et Olivier Mendez et publié chez Marines éditions en 2011. J’ai eu la chance de pouvoir poser des questions à deux des auteurs de cet ouvrage, que je remercie chaudement : voici leurs réponses.

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic dans Rencontre avec... les-francais-du-titanic

Biblio-Titanic : Commençons par quelques questions au sujet du livre : comment est né le projet ? Qui a eu l’initiative, et comment l’équipe s’est elle formée ?

Franck Gavard-Perret : L’objectif était surtout de réunir quatre membres de l’Association Française du Titanic (dont son président et le rédacteur en chef de sa revue) afin de mettre en lumière les vies de quarante-neuf Français, aux parcours très différents et atypiques, pourtant tous embarqués sur le même paquebot.

François Codet : le projet d’utilisation des nombreux éléments recueillis par l’AFT sur les Français du Titanic entre 1998 et 2008 avait déjà été envisagé à plusieurs reprises. Il s’est trouvé pouvoir prendre forme à partir de l’été 2009, en particulier grâce aux conseils pratiques de Gérard Piouffre.

 

B-T : Travailler à quatre demande forcément une certaine organisation : comment vous êtes vous partagé les tâches ? Avez vous eu des difficultés de ce point de vue ?

F G-P : L’essentiel du travail repose sur les recherches généalogiques et biographiques réalisées par Alain Dufièf et Olivier Mendez pendant de très longues années, ainsi que sur les connaissances maritimes de François Codet, ancien commandant de vaisseau. Sur cette solide base se sont greffés quelques travaux que j’avais entrepris pour Latitude 41, la revue interne de l’Association Française du Titanic. François Codet a réussi à rassembler nos différents travaux tout en conservant une certaine fluidité du texte. La principale difficulté consistait à éviter toute répétition, un piège qui se tend facilement lorsque quatre personnes apportent leur propre pierre à un édifice. Ainsi, les derniers mois avant l’impression ont été consacrés aux modifications, ajouts, suppressions et bien entendu relectures.

 

B-T : Depuis combien de temps le livre était-il en préparation ?

F G-P : Si l’on excepte les recherches menées en amont, plus d’une année a été nécessaire pour élaborer un texte clair et trouver un éditeur. François Codet, Président de l’AFT, a mené les pourparlers avec Marines éditions.

 

B-T : Quelles ont été vos principales sources d’information ?

F G-P : Il s’agit essentiellement des centres d’archives départementales et municipales pour les recherches biographiques, ainsi que la presse de l’époque. Une bonne bibliographie que nous avons construite tous ensemble nous a également éclairé sur le Titanic, sa construction, ses installations et sa traversée inachevée. Des ouvrages plus spécialisés et des revues d’associations de « titanicologues », abordant souvent des thèmes particuliers, ont aussi retenu notre attention.

 

B-T : Certains sujets étaient probablement déblayés avant votre passage, mais quels sont ceux pour lesquels vous avez presque tout dû chercher ?

F G-P : Avant la sortie de ce livre, peu de Français du Titanic avaient intéressé les chercheurs. Les précédents auteurs relataient l’histoire de la famille Navratil, à la fois tragique, poignante et assez unique en son genre. Roger Bricoux était parfois mentionné car il appartenait au tristement célèbre orchestre de bord. Le nom de Ninette Aubart apparaissait aussi dans les biographies de Benjamin Guggenheim. Mais aucune publication ne traitait des familles Laroche, Mallet, Lefebvre, du personnel français du Restaurant à la carte, du sculpteur Paul Chevré etc… Certaines recherches ont parfois été épiques, comme celle concernant Marie Eugénie Spencer. Nous avons retrouvé ses origines après avoir établi qu’elle était de sa nationalité française quelques semaines avant l’impression du livre !

 

B-T : Y’a t-il des zones d’ombres qui vous ont vraiment résisté, des points que vous aimeriez encore approfondir ?

F G-P : Bien sûr, toutes les biographies ne sont pas complètes. Dans certains cas, les sources manquent, ce qui est fort regrettable pour l’historien ou le généalogiste. Mais nous savons que les familles de certains de nos compatriotes conservent encore des documents auxquels nous aurons peut-être un jour accès.

De formidables découvertes sur l’identité d’Henriette Yvois ont été réalisées par Alain Dufièf juste après la parution de l’ouvrage. De quoi promettre une belle mise à jour du livre lors d’une éventuelle réédition !

 

B-T : Quels sont vos prochains projets en lien avec le Titanic ?

F G-P : Ils sont nombreux et paraîtront prochainement dans les revues internes de l’Association Française du Titanic, la Titanic International Society et la Titanic Verein Schweiz ! J’achève un article sur les cent ans du voyage inaugural de l’Olympic, je co-écris un article avec Günter Bäbler sur la genèse de la Classe Olympic et je poursuis des recherches sur un mémorial de Glasgow en partenariat avec des centres d’archives écossais.

 

B-T : Et pour parler du Titanic, justement ; la question classique : comment l’avez vous découvert ?

F G-P : En 1997 en achetant le livre de Eddie E. O’donnell présentant les photographies du Révérend Père Browne. Mais je ne crois pas avoir contracté la « Titanicomania » consécutive à la sortie du film de James Cameron.

 

 

B-T : Quel est selon vous le meilleur livre sur le sujet (à part le votre, bien sûr !) ?

F G-P : Pour deux raisons, il est impossible pour moi de considérer un meilleur ouvrage parmi tous ceux proposés par le sujet. D’une part, un bon ouvrage représente l’avancée des recherches au moment même de sa parution. Pour chaque décennie, un ouvrage a semblé sortir du lot et devenir une référence absolue, incontestable (« A Night To Remember » en  1956, « The Maiden Voyage » en 1969, « Titanic, Triumph and Tragedy » en 1986 etc…) mais le Titanic occupe encore un centre d’intérêt si fort que le dossier n’est pas clos. En fonction des recherches, de nouvelles théories voient le jour, des débats sont tenus, des points de vue divergent etc…si bien qu’il n’existe aucun livre définitif sur le sujet. En conséquence, certaines informations ou considérations de Walter Lord, Geoffrey Marcus ou John Eaton et Charles Haas sont désormais contestables voire obsolètes.

D’autre part, l’intérêt à long terme peut concerner un livre abordant un thème particulier et précis. Je pense par exemple au débat entourant le Californian pour lequel le travail de Leslie Reade (« The Ship that stodd still »), qui a aujourd’hui 20 ans, reste une référence. Mieux encore, les travaux de Wilton Oldham (« The Ismay Line ») et Roy Anderson (« White Star ») datent respectivement de 1961 et 1964 mais demeurent incontournables pour l’étude de la compagnie maritime White Star. Des ouvrages biographiques ou autobiographiques conservent aussi une crédibilité. Mais un ouvrage très général comporte nécessairement des erreurs ou des observations qu’une partie des spécialistes contestera.

 

B-T : Pour finir, la question troll : Ismay, coupable ou innocent ?

F G-P : Concernant son évacuation critiquée du paquebot, il s’agit pour moi d’un faux débat. Le jugement manichéen du coupable ou de l’innocent ne relève pas de l’historien mais du sociologue, voire du psychologue. Le véritable intérêt pour l’historien est de définir les circonstances dans lesquelles Ismay a quitté le Titanic. Et force est de constater que peu de témoignages fiables viennent étayer une théorie incontestable.

A propos de sa discussion avec EJ Smith, seule la passagère Lines a « entendu » – je n’ai pas écrit « écouté » – quelques mots dans une pièce où un bruit de fond couvrait partiellement les propos tenus par les personnes attablées. Les deux hommes ont évoqué le fonctionnement général des machines et des chaudières. En réalité, Lines a surtout rapporté que Ismay a déclaré « Nous battrons l’Olympic ». Mais elle n’a jamais reconnu que ces mots avaient été prononcés  sur un ton impératif.

Ismay incarnait un dirigeant de prime abord antipathique tenu partiellement responsable de la catastrophe par l’opinion publique. Sa prétendue lâcheté a été grandement véhiculée par la presse américaine en quête de sensationnel et satisfaite de trouver en lui le parfait bouc émissaire. Certes Ismay a eu une discussion avec Joseph Bell à bord du Titanic. Mais pourquoi se focaliser sur cette entrevue qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire ? En effet, Ismay correspondait régulièrement avec les chefs mécaniciens par courrier pour s’informer sur la bonne évolution des machines de ses navires (Laurentic, Olympic…). Lors de leur dernier entretien, Ismay a demandé à Bell si le Titanic pouvait gagner New York plus rapidement que l’Olympic. S’agissait-il d’un ordre ? Plusieurs indices me laissent penser le contraire. Dans l’absolu, une traversée plus rapide était réalisable mais elle aurait nécessité une consommation excessive de charbon à laquelle Ismay s’opposait catégoriquement. De plus, les passagers n’auraient-ils pas été déstabilisés par une arrivée précoce à New-York ? L’organisation de leur séjour aux Etats-Unis aurait été chamboulée… Pour résumer en reprenant déclarations de EJ Smith accordées à la presse en juin 1911, un navire de la classe Olympic était un « Wednesday ship ».

F C : Je suis de ceux qui pensent que l’objectif de la White Star était bien, au minimum, d’égaler les performances obtenues par l’Olympic. Faire moins bien aurait certainement été d’un effet désastreux. Dans ce cas, Ismay était inévitablement partie prenante dans les décisions liées à ce projet (pour dire le moins). Cela dit, record en vue ou pas, même pour une arrivée à New York le mercredi, la vitesse adoptée par le Titanic aurait certainement été excessive face au danger présenté par la barrière de glace, danger dont le personnel du bord n’avait qu’une vision très parcellaire en raison du faible nombre de messages remis pour exploitation à l’officier de navigation. Or, tous les messages importants dans ce domaine ont bien été reçus à bord en temps opportun, et dûment rediffusés à d’autres stations. Même si Ismay n’était pas directement responsable de ces lacunes lourdes de conséquences, en tant que dirigeant de l’armement sa responsabilité personnelle était néanmoins engagée.

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À la recherche de Sir Malcolm

Posté par Antoine le 15 juillet 2011

S’il est un format où on ne s’attendrait pas à trouver le Titanic, c’est bien la bande dessinée de fiction… et pourtant ! Alors que je venais de découvrir le Titanic et que je traquais tout ce qui se faisait sur le sujet, j’ai découvert au détour d’une exposition consacrée à la BD une étrange affiche. Derrière un homme assis dans un fauteuil, le paquebot était clairement visible. Quatre cheminées, une silhouette familière… Ce ne pouvait être que le Titanic. J’ai furtivement noté le titre, et commandé à ce cher Père Noël la BD en question. Que vaut elle ?

À la recherche de Sir Malcolm dans Roman 4441g

Tout d’abord, un peu de contexte. Il s’agit là d’une fiction, se déroulant en partie à bord du Titanic. En 1952 à Londres, Francis Albany attend avec fébrilité l’ouverture du testament de sa tante qui doit apporter des révélations sur la mort de son père, Sir Malcolm, disparu dans le naufrage du paquebot en 1912. Plongé dans un album de souvenirs, il se remémore la traversée, alors qu’enfant avec son amie Olivia, ils faisaient tout pour percer une étrange affaire d’espions allemands et américains, et de messages codés. Avec force retours au présent et faux semblants, l’intrigue serpente jusqu’à un dénouement assez surprenant, dont je ne parlerai pas pour ne pas gâcher la surprise. Quoi qu’il en soit, le tout est particulièrement complexe, et l’enfant que j’étais n’a pas dû y saisir grand chose.

Et le Titanic, dans tout ça ? Est-il bien utilisé ? Il faut avouer que, pour une BD datant de 1984, les décors sont bien fichus, à partir de photos d’époque, même s’ils manquent parfois de couleur. L’histoire est en revanche assez mal utilisée, puisque le naufrage est expédié en deux ou trois pages, de façon confuse, sans même qu’on ne sache vraiment qui meurt ou survit. Quatre pages de texte (avec quelques illustrations reproduisant des documents d’époque) raconte succinctement les faits au début de la bande dessinée, une bonne initiative.

En conclusion, je dirais qu’À la recherche de Sir Malcolm satisfera plus l’amateur de bande dessinée adulte que le passionné du Titanic ; une pièce étonnante mais pas primordiale.

Floch et Rivière, À la recherche de Sir Malcolm, 1984, Dargaud

 

Les plus

  • Des décors bien reconstitués et utilisés qui démontrent un travail de recherche
  • Le dessin est joli et l’action assez prenante et entraînante
  • Les 4 pages présentant le sujet, même si elles ne sont plus d’actualité, sont bien faites

 

Les moins

  • Une histoire franchement complexe même si elle est facile à suivre : on l’a lit d’une traite… pour conclure qu’on n’a pas tout compris.
  • Le paquebot n’est pas franchement mis en valeur par l’histoire. Une BD qui se passe certes à bord du Titanic, mais n’exploite pas vraiment le lieu.

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The Other Side of the Night

Posté par Antoine le 27 juin 2011

The Other Side of the Night, de Daniel Allen Butler, est un de ces ouvrages dont on ne sait pas s’il est bon ou mauvais. L’avis sur le sujet varie d’ailleurs maintes fois en cours de lecture. Il est certain, dans tous les cas, que le postulat de départ de l’ouvrage est intéressant : voir ce qui s’est passé « de l’autre côté de la nuit », à bord du Carpathia et du Californian.

 

The Other Side of the Night dans In english please ! Other-Side-of-the-Night

 

Vaste sujet, que Daniel Allen Butler traite en détail, et c’est l’un des points forts de son livre. Les informations abondent sur les carrières tant des navires que des hommes qui les ont dirigé, qu’ils s’agisse des commandants, ou des officiers. Le contexte est également bien décrit et les détails et anecdotes abondent. Toujours en ce qui concerne les points positifs, le style est assez fluide et simple à lire, même pour quelqu’un qui ne lit pas bien l’anglais. Sur la forme, le livre est d’ailleurs assez joli, le texte est écrit gros, et les pages centrales proposent des illustrations. De bons points donc.

Mais l’ouvrage a aussi un gros problème de méthode historique. La polémique du Californian est ancienne, et n’en a pas fini de faire couler de l’encre. Et Daniel Allen Butler annonce dès le départ la couleur : ce sera Saint Arthur Rostron opposé à Stanley « Satan » Lord. Ce dernier est littéralement lynché par l’auteur qui tire une conclusion »psychologique » : Lord était un sociopathe. Tout juste reconnaît-il que le Californian n’aurait pu sauver personne. Cette absence d’objectivité, annoncée dès le début (combien de fois insiste t-il sur le fait que le Titanic attendait « des secours, de n’importe qui dans les environs »de façon surexagérée!), est d’autant plus visible que Butler est étonnamment objectif avec tout le monde, et en particulier J.B. Ismay, le bouc émissaire officiel de la catastrophe. En perdant en objectivité, Butler fait perdre à son livre beaucoup de sa qualité.

Une précieuse source d’informations, donc, à condition de la lire avec beaucoup de recul.

Daniel Allen Butler, The Other Side of the Night, Casemate Publishers, 2009, ISBN 1935149024

Les plus

  • Un sujet original et traité en détail
  • Facile et agréable à lire
  • Le livre en lui même est bien fait

Les moins

 

  • Un manque total d’objectivité
  • Le récit est parfois décousu, puisque le naufrage du Titanic est revécu plusieurs fois selon les chapitres et points de vue

Publié dans In english please !, Livre spécialisé | 2 Commentaires »

The Band That Played On

Posté par Antoine le 16 juin 2011

Parmi les victimes du naufrage du Titanic, l’orchestre du navire a probablement connu la mort la plus légendaire. Mourir en accomplissant son (pourtant futile) devoir, à une époque où les anciens se plaignaient déjà de la jeunesse décadente, ça avait un bel impact. C’est l’histoire de ces huit héros que Steve Turner entreprend de raconter dans son ouvrage. Un auteur qui ne m’est pas inconnu puisqu’il a également écrit un ouvrage de référence sur mon autre sujet de prédilection, les Beatles, mais c’est une autre histoire.

 

The Band That Played On dans Coup de coeur The%2BBand%2BThat%2BPlayed%2BOn

 

À la vue de la taille du livre (plus de 200 pages), on se rend compte qu’il y a plus à dire sur l’orchestre du Titanic qu’on ne l’aurait cru. Turner a l’idée originale de commencer son récit par la fin, en se concentrant sur l’arrivée du Carpathia à New-York, les témoignages des rescapés dans la presse et la naissance de la légende de l’orchestre. Il présente ensuite dans un deuxième chapitre les employeurs de l’orchestre, et le contexte de l’époque. Puis viennent six chapitres biographiques : cinq des huit membres ont en effet droit à leur chapitre, les trois autres étant regroupé dans le sixième. Dans tous les cas, les recherches ont été vastes et précises et les biographies sont très denses et appréciables.

Viennent ensuite les chapitres plus discutables sur la traversée et le naufrage. Turner annonce dès le départ qu’il ne cherchera pas à entrer dans la grande histoire et se concentrera sur l’orchestre. Mais lorsqu’il explique, probablement plus par simplification que par erreur, que le Titanic heurte l’iceberg à 23h45, ça pique les yeux. Du reste, les chapitres ne sont pas mauvais, au contraire : Turner relève les témoignages et ne cherche pas à établir une version unique des faits. Il se contente du conditionnel, et de reconnaitre que rien n’est sûr.

Enfin, les derniers chapitres étudient les conséquences : qu’il s’agisse des hommages, de la naissance du « mythe de l’orchestre » et de la réaction des contemporains, ou de l’aspect moins reluisant du traitement offert aux proches. Tout le livre est argumenté de nombreuses photographies en noir et blanc, et le livre est pourvu d’une très bonne bibliographie qui témoigne du gros travail de recherche effectué. Un index est également présent, ce qui n’est pas inutile vu la masse d’informations.

Steve Turner, The Band That Played On, Thomas Nelson, 2011, ISBN 978-1-5955-5219-8

 

Les plus

  • Facile à lire, bien organisé, aéré et illustré
  • Des recherches biographiques très approfondies
  • Beaucoup d’anecdotes et d’informations intéressantes

 

Les moins

  • Quelques approximations sur le déroulement des faits, pas forcément involontaires

Publié dans Coup de coeur, In english please !, Livre spécialisé | 4 Commentaires »

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