Dernier dîner sur le Titanic

Posté par Antoine le 20 juillet 2012

Ceux qui me connaissent savent que la gastronomie n’est pas mon fort : ils pourront donc légitimement se demander pourquoi, après avoir parlé de La Table du Titanic, je récidive avec un ouvrage plus ancien mais consacré au même sujet : Dernier dîner sur le Titanic, par Rick Archbold et Dana McCauley. Je l’avoue, si le sujet ne m’aurait pas poussé à l’achat au premier abord, je me suis rué sur l’ouvrage en le trouvant dans le catalogue de ma bibliothèque : après tout, tout ce qu’on y trouve sur le Titanic est bon à prendre ! (enfin, presque…)

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Rick Archbold est un auteur relativement connu de la sphère Titanicophile. Il a notamment écrit l’ouvrage présentant l’œuvre du peintre Ken Marschall (fort bel ouvrage que je m’empresserai de présenter ici à l’occasion) et a participé à la rédaction d’un ouvrage de Robert Ballard. Dana McCauley l’est moins, et il y a fort à parier qu’elle soit derrière la partie plus « culinaire » du livre, sur laquelle nous reviendrons également. Enfin, force est d’avouer qu’à la vue des remerciements mentionnant Don Lynch et le reste de la Titanic Historical Society, on comprend que toutes les fées se sont penchées sur ce berceau. Cerise sur cet appétissant gâteau : Walter Lord, le « père » spirituel de tous les historiens du Titanic, signe ici la préface en nous offrant une des anecdotes dont il a le secret. Les ingrédients sont de premier choix, les cuisiniers sont prêts : voyons si la recette tient ses promesses.

Comparé à son homologue français sorti cet année, le Dernier dîner a, il faut bien le dire, une longueur d’avance lorsque l’on regarde sa couverture. Exit le motif sobre sur un livre petit format ; place à l’exubérance, aux images colorée et grand format…  De façon générale, voila ce qui différencie le Dernier dîner de La Table du Titanic : une forme plus travaillée. J’avais, dans ma critique de ce dernier, remarqué que l’absence d’images était problématique. Quand on lit des recettes, même si l’on n’est pas gourmet, on aime bien savoir à quoi ressemble le mets ! D’autant plus que, n’est pas un grand cuisinier qui veut, c’est peut-être la seule occasion de voir la recette terminée de la bonne façon !

Le livre entre plus directement dans le vif du sujet que son homologue français : l’exposé du contexte dressé par Xavier Manente dans son ouvrage n’aurait pas dépareillé ici pour se faire une idée de ce qui a mené à un tel niveau de raffinement flottant. Pour le reste, en revanche, le livre d’Archbold et McCauley a largement l’avantage pour une simple raison : les auteurs ont fait parler leurs relations dans le « milieu », ce qui est toujours garantie de succès. Le livre est coloré, illustré, avec des encadrés, des citations : bref, il est agréable à vivre. Quand au contenu, il n’a qu’un seul objectif, vous ramener en 1912. Les auteurs vous présentent ainsi le repas tel qu’on le vivait dans les trois classes en ce soir de 14 avril, à partir des menus et témoignages, avec aussi quelques suppositions, certes, mais en restant rigoureux. On peut cependant regretter que les sources précises ne soient pas mentionnées.

L’autre objectif du livre est de vous faire remonter vous même le temps pour revivre ce dernier repas. Attention : pas question ici de mettre les pieds sous la table en T-shirt baskets. Quitte à faire les choses, on les fait bien. Le livre vous apprendra à préparer les mets, certes, mais aussi à préparer un parfait repas de l’ère edwardienne, avec la mise en scène qui va avec : musique, disposition de la table, étiquette (eh oui, messieurs, apprenez que votre principal rôle à table est de faire la conversation à la dame à votre droite !), service, et bien sûr, habits de soirée ! Les recettes sont expliquées clairement, parfois illustrées, et le livre vous propose même un planning sur plusieurs jours si vous désirez préparer le dîner complet (oui : pour manger comme sur le Titanic, il faut commencer la tambouille trois jours à l’avance !).  Bien entendu, un tel repas n’est pas léger, comme le précise l’auteur : « organisez-le la veille d’un jour où vous pourrez faire la grasse-matinée » ! Nous ne nous étendrons pas sur le prix d’un tel repas…

Le livre lui même, traduit en français en 1999, n’est pas aisé à trouver (la version originale de 1997, peut-être commandée pour un pris légèrement inférieur). Par ailleurs, la traduction pêche par moments. Certes, on est loin des hérésies des Secrets du Titanic, mais le « Rôt de la vieille Angleterre » remplaçant The Roast Beef of Old England, est la salle de réception devenue une simple « antichambre », ça piquera les yeux des passionnés acharnés comme votre serviteur. Malgré cela, vous pouvez vous procurer ce livre sans hésiter (si vous le trouvez) : il se déguste comme… un bon dîner.

Rick Archbold et Diana McCauley, Dernier dîner sur le Titanic, 1999, Madison Press/Jean-Claude Lattès

 

Les plus

  • Une iconographie somptueuse
  • Ce livre nous propose un véritable retour dans le temps : loin de se limiter à l’art culinaire, il fait remonter un art de vivre disparu.
  • Une description fouillée et précise des repas à bord, dans les trois classes

 

Les moins

  • Quelques erreurs de traduction
  • Assez difficile à trouver désormais

 

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Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur

Posté par Antoine le 26 juin 2012

Ce titre à rallonge, je l’avais déjà entrevu dans une bibliographie il y a plusieurs années et il m’avait intrigué. À n’en point douter, il devait s’agir d’un récit romancé : peu probable qu’un rescapé ait pris note de la dernière conversation de J.J. Astor, quel qu’ait pu être son prestige. En réalité, il s’agit d’une nouvelle d’une dizaine de pages écrite par l’Allemand Gert Hofmann. Et pour tout dire, je suis bien content de l’avoir emprunté à la bibliothèque la plus proche et non acheté, tant ce fut pour moi une déception !

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Il n’y a pas à dire, le récit commençait bien. Je ne sais pas si c’est le fait de dire que J.J. Astor était propriétaire du Titanic, ou encore celui de le faire courir partout dans le navire pour dire que tout va bien qui m’a le plus atterré à la lecture du premier paragraphe. Dans tous les cas, le choc fut suffisant pour que la trame du récit elle-même ne me choque pas. Le Titanic coule, et donc Astor, fort logiquement, se rend au salon de coiffure du bord (tenu par son coiffeur personnel, bien entendu) pour… se faire raser, les pieds dans l’eau. Seule bonne surprise du récit, le coiffeur porte le nom authentique d’un des coiffeurs du bord, Weikman, mais comme, au final, rien ne correspond à la réalité, il eut tout aussi bien pu s’appeler Dupont. Ou alors le véritable August Weikman servait J.J. Astor depuis 21 ans, mais sans avoir quitté le Royaume-Uni (eh oui, puisqu’il dit dans le récit qu’il n’a jamais pris la mer). Comment pouvait-il donc raser un client américain depuis la Grande Bretagne, nous ne le saurons jamais ; mais le fait que l’auteur se trompe également lourdement en donnant à Astor un titre de noblesse britannique est peut-être un indice satisfaisant.

On l’aura donc compris, le récit lui même n’a a peu près rien à voir avec la véritable histoire du Titanic. En cela, il fera bien rire le passionné. D’autant plus qu’on sent que Hofmann a fait des recherches : il est fort probable qu’il ait en effet eu sous les yeux une liste de passagers dont il aura pris les noms au hasard. Pas beaucoup plus non plus, car, ne rigolez pas, l’auteur conclut son récit sur « M. Gatti, le chef de cuisine du Maxim (sic) qui le vit, alors qu’il se trouvait lui-même à bord d’un canot ». La prochaine fois que vous mettez en scène un rescapé du Titanic, M. Hofmann : assurez vous qu’il a survécu au naufrage ; autrement, ça fait tache. Mais, du fond de sa tombe de la section « Titanic » d’un cimetière de Halifax, Luigi Gatti appréciera l’attention.

D’un point de vue historique, donc, la nouvelle est à peu près aussi fiable qu’un article de Voici. Mais qu’en est-il du point de vue littéraire ? Mes quelques années d’apprentissages de l’Allemand ne m’ont laissé que de maigres souvenirs, mais il me semble bien que nos voisins d’Outre-Rhin utilisent aussi des guillemets pour signaler qu’un personnage parle. Pas le récit. Erreur de l’auteur, facétie du traducteur ? Toujours est-il que quand un dialogue se retrouve rédigé sans tirets et sans guillemets, et que les phrases des deux protagonistes se mélangent aux descriptions, cela engendre un beau magma incompréhensible. Allez savoir quand l’auteur vous fait une remarque de son propre cru, fait parler Weikman ou Astor… Du point de vue typographique, le récit égale à peu près une – mauvaise – rédaction d’élève de CP. Et je vous passe les fautes de Français. C’est bien la première fois qu’un traducteur considère qu’une moitié, c’est masculin.

Si malgré cela vous arrivez à lire, le style est lourd, lourd… L’auteur se perd dans des considérations psychologiquo-sociales avec des insinuations aux ficelles encore plus grosses que le film de Cameron. Par excès de vanité, le propriétaire du Titanic (Astor, donc…) a voulu cacher les hublots par des plantes pour oublier qu’on est en mer, et, bien entendu, même quand le salon de coiffure a les pieds dans l’eau, il reste persuadé que le navire est insubmersible (il me semble que même le film tourné par les Nazis sur le sujet était moins caricatural). On a également le côté conte social : aux portes de la mort (oui, dans les faits, Weikman a survécu, mais pas dans le récit. On a du confondre son corps avec celui de Gatti, voilà), les deux hommes se rendent compte qu’ils sont nés le même mois (bon, en fait ils avaient facilement quatre ans d’écart, mais on n’est plus à ça près), Astor, ce vil patron, s’intéresse enfin aux conditions de travail de son employé, et à la fin, ils se serrent même la main.

On pourra penser que j’ai la critique facile, mais je vous assure que, pour ma part, je n’ai pas caricaturé à un seul moment de ce compte rendu. Décidément, ce livre n’a pas grand intérêt. Pas sûr qu’il soit même à la bonne taille pour caler un meuble. Et si vous me croyez pas, vous pouvez même lire les premiers paragraphes ici.

Gert Hofmann, Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur, Actes Sud, 1993.

Les plus

  • L’auteur a au moins eu le mérite de donner au coiffeur d’Astor le nom d’un des coiffeurs du Titanic. C’est léger, mais c’est le seul point positif que j’aie trouvé à ce récit…

 

Les moins

  • Tout simplement illisible. Style lourd, fautes d’orthographe… L’absence de signes typographiques dans les dialogues achève le tout : on est plus proches de l’épigraphie latine que de la nouvelle… Peut-être les dix pages les plus longues de ma vie…
  • D’un point de vue purement historique, le récit n’a aucune qualité et multiplie les erreurs. La première phrase parle d’elle-même : J.J. Astor propriétaire du Titanic ? Vraiment ?
  • Le fond du dialogue est téléphoné et classique. L’éternel thème du Titanic issu de l’orgueil humain surpassant la nature ; il a parfois été traité avec élégance… Ici, la subtilité n’est pas au rendez-vous. Quant au message sur les classes sociales… ce ne sont plus de grosses ficelles qui sont utilisées ici, mais des cordages !

 

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Les Grands naufrages

Posté par Antoine le 25 juin 2012

Une fois n’est pas coutume, ce livre ne concerne pas directement le Titanic. Et encore : son titre est tout de même Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia. Autant dire que notre paquebot fétiche y reste très présent. C’est une fois de plus Gérard Piouffre qui s’y attèle (troisième critique d’un de ses ouvrages sur Biblio-Titanic : on va commencer à penser que je touche un pourcentage !) : que cache donc cet ouvrage ?

 Les Grands naufrages dans Coup de coeur les_grands_naufrages

Le Titanic fait figure de naufrage d’exception. On pourrait épiloguer longtemps sur ce qui a fait son charme : le nombre de victimes ? L’aura romanesque du drame ? Les célébrités présentes à bord ? Certainement un peu de tout cela, mais une chose est certaine : ce n’est pas le seul grand naufrage dans l’histoire des paquebots. Il faut bien le dire, les catastrophes sont même nombreuses, et le livre de Gérard Piouffre n’a pas la prétention de tous les recenser. Chacun pourra regretter de ne pas y trouver son petit préféré, un naufrage sur lequel il aurait voulu plus d’informations (personnellement, mon coup de cœur aurait été pour le naufrage qualifiable de « naufrage du vous-inquiétez-pas-je-gère-tout », celui de l’Admiral Nakhimov en 1986), mais globalement la sélection est consensuelle et on ne relève aucun manque majeur à l’exception, peut-être, du Britannic.

Le classement est pertinent, puisque les naufrages ont été rangés par cause : le mauvais temps, le feu, les icebergs, les abordages, les échouements, les avaries et défauts de conception, puis les deux Guerres mondiales. Le classement est limpide, et permet de prendre conscience de l’influence de certains aléas les uns par rapport aux autres. On découvre notamment que les icebergs n’ont finalement fait que peu de mal aux paquebots. Outre le Titanic et l’Eplorer, Gérard Piouffre doit aller jusqu’à chercher un naufrage « manqué », le Royal Edward : preuve que, somme toute, la glace n’était qu’un danger peu commun.

De façon générale, chaque naufrage est raconté de façon vivante et précise, dans un style fluide : le livre se dévore en quelques heures. Certains naufrages sont intemporels. Même si elles sont déjà connues, les catastrophes de l’Andrea Doria ou de l’Empress of Ireland continuent à nous marquer. D’autres, peu connus, comme le Lamoricière, nous surprennent par leur horreur. Aucun ne laisse indifférent.

Raisons commerciales oblige, le Costa Concordia est également mis en avant. On pourrait aborder ce chapitre avec méfiance, tant il semble difficile d’écrire un chapitre sur un naufrage encore tout frais (le livre a été terminé fin janvier, une semaine ou deux après le naufrage). Il n’en est rien. Gérard Piouffre a réussi à nous offrir une synthèse claire et neutre des événements, au milieu du magma insipide et contradictoire que nous livrait la presse. Certes, ce chapitre ne restera pas longtemps une référence, tant il est évident que notre vision du naufrage est appelée à évoluer avec le temps.

Les Grands naufrages offre donc une précieuse synthèse sur les catastrophes maritimes ayant touché les paquebots. Une lecture agréable et indispensable pour les passionnés de marine !

Gérard Piouffre, Les Grands naufrages, du Titanic au Costa Concordia, First étidions, 2012

 

Les plus

  • Clair, concis et vivant : une façon parfaite pour découvrir nombre de naufrages peu connus
  • Les illustrations sont malheureusement rares, mais les dessins d’Alain Coz sont particulièrement jolis, ce qui compense et permet de visualiser les navires dont il est question
  • Le livre nous propose un bon nombre de naufrage, et donne un bon équilibre entre les grands classiques et les inconnus
  • Le chapitre sur le Costa Concordia offre une bonne synthèse plus pondérée que la plupart des écrits sur le sujet

 

Les moins

  • Chacun pourra regretter qu’il manque « son » naufrage préféré.
  • Comme dit plus haut, plus d’illustrations auraient été appréciables, le sujet s’y prêtant pas mal.

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Au coeur du Titanic

Posté par Antoine le 13 juin 2012

Ken Marschall est un des grands artistes du Titanic. Peintre depuis de longues années, il s’est spécialisé dans les paquebots, et principalement dans le Titanic, son amour premier. Cela lui a ainsi permis d’être consultant auprès de James Cameron pour la réalisation de son film, et de devenir, progressivement l’un des historiens réputés du navire. Au cœur du Titanic est un des ouvrages qu’il signe, bien que le texte soit en réalité d’Hugh Brewster (Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Titanic). Détaillons un peu plus cet ouvrage.

 

Au coeur du Titanic

Marschall s’attribuerait-il des mérites injustifiés en faisant figurer son nom seul en couverture ? Pas vraiment, puisque le livre est assurément un livre de Ken Marschall. Comprenez par là que ses magnifiques peintures occupent la plus grande partie de l’ouvrage (ouvrage très grand format et qui ne rentrera pas dans toutes les bibliothèques, c’est certain !), le texte étant assez mineur. Rédigé avant tout pour les enfants, il se centre sur l’histoire de deux enfants aux vies radicalement opposées, Billy Carter, jeune passager de première classe, et Franck Goldsmith, passager de troisième classe. Le lecteur suit leur traversée de l’embarquement au sauvetage par le Carpathia et le texte, limpide, aide à mieux connaître ces passagers et leurs familles.

Mais l’histoire n’est, somme toute, qu’un prétexte pour montrer les magnifiques peintures de Ken Marschall. Le navire y est représenté sous tous les angles, souvent en vue écorchée permettant au lecteur de situer les lieux les uns par rapport aux autres. Le summum de l’ouvrage est la double page centrale, dépliante, qui cache une gigantesque vue du paquebot fendant les flots, son flanc ouvert pour que l’on puisse en observer les intérieurs. Les vues du naufrage sont également spectaculaires. Il faut le dire, Ken Marschall est un grand peintre aux tableaux particulièrement réalistes.

Au cœur du Titanic et sa trentaine de pages ne vous apprendront pas grand chose sur le Titanic. Vous découvrirez, si vous ne la connaissiez pas déjà, l’histoire émouvante des Goldsmith et des Carter, mais cela s’arrête à peu près là sur le fond. Sur la forme, en revanche, c’est un vrai régal pour les yeux, regorgeant de peintures magnifiques.

 

Ken Marschall, Au cœur du Titanic, Casterman, 1997

 

Les plus

  • Des peintures magnifiques
  • La découverte de l’histoire de deux jeunes passagers

 

Les moins

  • Assez court : vite lu, vite admiré, vite rangé

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Titanic-Titanic.com

Posté par Antoine le 23 mai 2012

Les sites sur le Titanic sont légion. On pourrait les classer en trois catégories : les sites généralistes de qualité, souvent écrits par une communauté de passionnés (type Encyclopedia Titanica), les sites et blogs tenus par un passionné ou historien faisant part de ses recherches (comme celui de George Behe), et les mauvais sites, souvent limités à une ou deux pages bateau ou au fanclub de Jack et Rose. Ces derniers sont assez faciles à repérer, aussi n’en étudierai-je pas ici, à moins d’en trouver de particulièrement savoureux… C’est aujourd’hui un site de la première catégorie que je vous propose d’étudier ; une des références anglophones sur le sujet, le site Titanic-Titanic.com.

Titanic-Titanic.com

Ce site est un des sites de référence, certes, mais disons le clairement, il se situe à un niveau moindre par rapport à, par exemple, un site comme Encyclopedia Titanica. Leur principe est vaguement similaire, avec des articles écrits, souvent, par des membres de la communauté et un forum de prestige ; mais joue en défaveur de notre sujet du jour. Toute communauté connaît une sorte de « sélection naturelle » qui fait que plus ou moins de membres s’y joindront ; et en termes de nombre et de prestige, « ET » domine sans conteste. Reste que tout n’est pas à jeter sur Titanic-Titanic.com, loin de là.

La comparaison avec Encyclopedia Titanica passe avant tout par le point noir de ce dernier : la navigation et l’ergonomie. Titanic-Titanic.com marque indéniablement un point dans ce domaine. Certes, les publicités y sont nombreuses et encombrantes, mais le décor est légèrement moins spartiate. Et surtout, surtout, il y a cette page : un plan du site, avec liens vers toutes les pages. Fini les heures de galère pour trouver quelque chose, tout le contenu est ici exposé. Autant le dire tout de suite, ça fait du bien. Le site fait par ailleurs la part belle à l’illustration en en fournissant chaque fois que possible.

Du point de vue du contenu, la différence est là, également. Encyclopedia Titanica est très forte sur les biographies (chaque personne à bord en a une, généralement bien fournie) et les articles signés. Sur Titanic-Titanic.com, les biographies sont assez décevantes. On a souvent une simple fiche de signalement, et les fiches de certains passagers pourtant bien connus comme J.J. Astor sont ridiculement vides. Restent certaines de valeur, telles que les biographies des officiers. Du point de vue des articles signés, le site est déjà plus incontournable, avec un certain nombre de contributions de poids ; même si, du point de vue de la quantité, la concurrence domine.

Enfin, Titanic-Titanic.com tente de combler un vide de son concurrent : le manque d’articles sur l’histoire globale du navire. À aucun endroit Encyclopedia Titanica ne propose de découvrir l’histoire du Titanic dans une version synthétique. Titanic-Titanic.com tente d’y revenir, de façon souvent concise, mais ça a le mérite d’y être. On pourra sans trop de souci parcourir ces pages, mais là encore, on trouve mieux ailleurs (et en français !) notamment avec le Site du Titanic. Dernier point exclusif, qui peut toujours servir au généalogistes : le site comprend une jolie collection de certificats de décès grâce au travail de Phil Gowan. Bref, Titanic-Titanic.com est un site décent, qui gagne à être consulté, mais qui ne sera pas une référence aussi systématique que d’autres.

 

Les plus

  • Une mise en page moins sobre qu’Encyclopedia Titanica
  • Quelques aspects inédits (certificats de décès, quelques articles intéressants)
  • La volonté, honorable, de faire un site revenant globalement sur l’histoire du Titanic

 

Les moins

  • De la pub, de la pub, encore de la pub… Même les pages bibliographiques par auteur sont en fait des liens cachés vers Amazon !
  • Souvent moins complet qu’Encyclopedia Titanica
  • Dommage qu’il soit impossible d’en recopier le contenu pour ses archives personnelles ou pour faciliter l’impression…

 

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Titanic, le guide du passager

Posté par Antoine le 16 mai 2012

Parmi les ouvrages publiés pour commémorer le centenaire du naufrage du Titanic, celui-ci ne paye pas de mine. Petit, à la couverture assez neutre, il passe inaperçu au milieu des couvertures massives et colorées d’ouvrages de qualité plus ou moins avérée publiés ces derniers temps. Plus gênant encore, il est souvent sous plastique, empêchant l’acheteur curieux d’en savoir plus sur son contenu. L’achat devient donc un pari sur la qualité, pari qui, vu le prix actuel des livres, peut s’avérer coûteux. Autant dire que pour beaucoup, dont moi d’ailleurs au premier abord, ce livre ne semblait pas être un achat prioritaire. Pourtant, j’ai finalement pu l’obtenir, et je m’en vais ici vous dire ce qu’il vaut.

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Mais au fait, qu’est-ce que le guide du passager ? C’est un fascicule que recevaient les passagers de première classe en début de traversée. Une présentation des espaces communs du navire, des dispositions à prendre durant le voyage, à laquelle s’ajoutent une liste des passagers en vue et des informations sur la vie à bord. Bref, une somme d’information importante dont Le Site du Titanic nous donne un aperçu. Il n’en reste pas moins que ce guide, du moins dans sa version distribuée sur le Titanic, n’a jamais été retrouvé. Ce guide qui nous est proposé est donc un travail d’imagination, rédigé à partir de documents d’époque.

Car de tels documents, on en dispose : l’Olympic, jumeau du Titanic, a eu une carrière suffisamment longue pour que de nombreux passagers puissent conserver leur brochure, dont des photographies avaient été publiées dans Titanic, the Ship Magnificent, de l’équipe de Bruce Beveridge. Les photos y apparaissent, de même que de nombreux clichés publicitaires d’époque. Enfin, ces documents connaissent une traduction française que beaucoup apprécieront. Les documents retranscrits sont rares et intéressants. On pourra reprocher quelques erreurs de traductions, et autres approximations dans la préface, mais l’ensemble reste fiable et intéressant.

Plus encore, le parti pris est intéressant : présenter le Titanic non plus comme le paquebot condamné qui a coulé durant sa traversée inaugurale, mais comme un navire à bord duquel nous sommes sur le point d’amorcer une traversée. Nul mot sur le naufrage donc, juste une présentation du Titanic et de la vie à bord comme si vous y étiez. Et ça, ça vaut le coup.

Titanic, le guide du passager, Arthaud, 2012

 

Les plus

  • Un sujet original pour une présentation intéressante
  • Une iconographie travaillée et rare
  • Malgré la petite taille du livre, le texte est dense et regorge d’informations

 

Les moins

  • Quelques erreurs de traductions, et approximations dans les textes qui ne sont pas d’époque. Rien de bien méchant cependant.

 

 

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Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal

Posté par Antoine le 22 avril 2012

Il y a des livres qui font école dans leur domaine, et qui restent longtemps une référence. Des livres qui font état de l’étendue des connaissances sur un sujet à un instant T. Report Into The Loss of SS Titanic : A Centennial Reappraisal est de ceux-ci. Véritable Bible du Titanic, le livre compte pas moins de onze auteurs, le gratin des chercheurs spécialistes du sujet, sous la houlette de Samuel Halpern. Mark Chirnside, George Behe, Bruce Beveridge, Steve Hall, Tad Fitch, Bill Wormstedt, Dave Gittins, Cathy Akers-Jordan, Lester J. Mitcham et le capitaine Charles Weeks ont ainsi contribué à cet ouvrage à l’objectif simple : faire le bilan des connaissances sur le naufrage 100 ans après le drame. Et le résultat est réussi.

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Comme en témoigne le site créé pour l’occasion, le livre est exhaustif. On nous présente les enquêtes, sommairement, avec un but avoué : refaire l’enquête 100 ans après en cherchant à répondre à un certain nombre de questions. Depuis les commissions de l’époque, notre connaissance s’est étoffée avec notamment la découverte de l’épave, et cette mise à jour est nécessaire. On le comprend vite, ce livre ne vous donnera pas d’information sur les passagers. Astor, Hays, Guggenheim et autres ne sont que les figurants du drame raconté ici, le livre se centrant sur le pourquoi et le comment plus que sur le qui. Tous les aspects nécessaires à la compréhension des circonstances du drame sont évoqués : structure du navire (avec un chapitre condensé du superbe Titanic, the Ship Magnificent par ses auteurs), route suivie durant la traversée, mesures prises pour éviter les glaces, étendue des dégâts suite à la collision… On en découvre également plus sur la probable propagation de l’eau, sur le chargement des canots et ainsi de suite. De même, les polémiques du Californian et du Mount Temple sont évoquées, et les conclusions sont particulièrement mesurées.

Dans l’ensemble, la grande qualité de ce livre réside dans le nombre d’auteurs. Le but avoué de la méthode est de permettre aux uns et aux autres de corriger mutuellement leurs lacunes, de fournir un ensemble moins partial que s’il était le fruit d’un seul. La synthèse est ainsi claire, précise, et innovante. Les conclusions auxquelles parvient l’ouvrage sont assez claires et ont l’avantage de ne pas sombrer dans le réquisitoire partial que tiennent certains auteurs. Les annexes sont également une mine d’informations inépuisable avec des listes de passagers et de l’équipage, mais aussi une clarification des chronologies en détaillant les questions de changements d’heure. Enfin, une annexe est particulièrement intéressante, celle qui concerne la « question des grilles verrouillées » dont les conclusions déstabiliseront les tenants du manichéisme Cameronien. Par ailleurs, l’ouvrage fait un gros travail de référencement de l’information avec un grand nombre de notes renvoyant aux témoignages originaux.

Le tout n’est pas exempt de défauts, cependant. Assez technique, l’ouvrage est parfois difficile à aborder pour le lecteur lambda qui sautera facilement certains passages. Ce n’est clairement pas le genre d’ouvrage que l’on peut lire dans un état de fatigue avancée ! Plus encore, les schémas de Sam Halpern sont assez effrayants, manquent de clareté et tendent presque à complexifier les choses. Ce serait le point à reprendre en cas de réédition. A Centennial Reappraisal reste un ouvrage de référence pour tous les amateurs du Titanic, et une pièce nécessaire dans toute bibliothèque.

Samuel Halpern (dir.), Report Into The Loss of SS Titanic, A Centennial Reappraisal, The History Press, 2011

 

Les plus

  • Une somme d’information inégalée sur l’histoire du navire et son naufrage. Une véritable Bible d’un point de vue historique.
  • Rédigé par l’élite des chercheurs anglophones sur le sujet
  • De nombreuses explications sur multiples points et des annexes passionnantes

 

Les moins

  • Parfois complexe à lire. Ce livre n’est pas destiné au grand public.
  • Les schémas de Sam Halpern sont assez décevants.

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Titanic, la véritable histoire

Posté par Antoine le 10 avril 2012

Il y a comme une malédiction dans le monde des documentaires. Il y a ceux qui ne cherchent pas à trop se montrer, comme les deux que j’ai commentés hier, plaisants à regarder et fiables… Et il y a les bouses, les étrons, les horreurs. Ceux qui enchaînent les lieux communs, erreurs et bouffonneries. De façon intéressante, ceux-ci ont souvent des titres sensationnalistes, clamant détenir « la vérité », comme s’ils sentaient, au fond d’eux, qu’ils allaient dire une immense connerie. Lorsqu’un documentaire s’intitule Titanic, la véritable histoire, on peut sérieusement s’attendre à le placer dans la deuxième catégorie. Et ici, ça ne rate pas.

On peut aisément reconstituer la réflexion des réalisateurs : « Bon, on fait un documentaire sur le Titanic. Il nous faut une histoire d’amour, du suspense, de l’action, des trucs qui bougent. Respect de l’histoire ? On s’en fout. On prend les noms, et on leur fait faire des trucs qu’ils auraient pu faire, ça passera. » Le terme de docu-fiction n’a jamais été aussi malvenu. C’est de la fiction, tout court. Difficile ici de faire une liste des points positifs et négatifs : je n’ai pas trouvé de point digne d’entrer dans la première catégorie. Voici donc la liste (non exhaustive, je n’ai pas tout relevé, je ne suis pas une machine !) de toutes les horreurs proférées dans le documentaire.

  • On suit l’histoire d’une passagère, qui, lors du naufrage, retourne à sa cabine pour récupérer ses affaires, y est enfermée par un steward, sauvée par son amant après avoir vu de l’eau sortir par les lavabos et… Oui, bon, vous l’aurez compris, récit à l’authenticité douteuse (on me souffle dans l’oreillette que Berthe Mayné a envisagé de le faire retourner à sa cabine, mais en a été dissuadée et est partie dans un des premiers canots : on le voit donc, le documentaire est parti d’une supposition pour broder son histoire).
  • On a aussi le marin qui était parti inspecter les compartiments arrière, a vu les portes étanches se fermer, et s’est jeté dessous. Et hop, une jambe coincée. Ce n’est étayé par aucun témoignage (et pour cause, tout individu normal se serait rué vers l’échelle de service plutôt que de se jeter sur une porte jouant les guillotines), mais la scène revient pendant tout le documentaire. Notre marin essaie d’attraper une hache, d’atteindre la valve pour remonter la porte… Rien n’y fait. Répétitives, lassantes, inutiles et inexactes, ces scènes sont le grand moment du documentaire !
  • On a aussi la passagère de troisième classe qui prenait son bain à minuit pour éviter l’affluence (bien, sauf que je doute que les stewards chargés des baignoires, qu’on n’utilisait pas seul, aient travaillé de nuit). Mais ça permet de montrer un bout de sein, et ça, ça fait péter l’audimat. Le reste de son histoire permet de nous sortir le classique coup des troisième classes séquestrés dans les fonds du navire et ainsi de suite, le tout étalé sans recul…
  • On a aussi un inénarrable graisseur envoyé faire on ne sait trop quoi, et qui finit par monter dans la quatrième cheminée pour y… écrire un message dans une bouteille, qui parviendra sur les côtes irlandaises. Oui. Docu-fiction : si ceci c’est vraiment passé à bord, je me fais moine. Mais comme il n’y a pas de témoignages, on dira que c’est une liberté artistique. Dommage quand on clame raconter la véritable histoire…
  • On a aussi le coup du navire qui change brusquement d’inclinaison d’un côté à l’autre, renversant les passagers, la vaisselle, tout. Aucun témoin n’en a parlé, mais ça fait joli à l’écran. Oui, « véritable » histoire.
  • Et bien sur, on a les cloisons étanches. Enfin non : seules les portes sont étanches. Les cloisons autour pètent quand la pression devient trop forte. Comme ça, pouf.
  • Quant à l’électricité, bah pour parodier un chanteur à qui elle n’a pas porté chance, on dira qu’à bord du Titanic, « ça s’en va et ça revient » ! Non, le courant ne s’est pas coupé uniformément à la fin comme le disent tous les témoins. Il alternait. Un peu comme quand Jacquouille la Fripouille joue avec l’interrupteur.
  • Il y a aussi une superbe prise de bec entre le commandant Smith et Bruce Ismay. Je disais récemment qu’étonnamment, il souffrait peu dans les mauvais documentaires. Celui-ci a restauré l’équilibre : toutes les scènes où il est présent ont pour but de le faire passer pour le Diable en personne. Basées sur du rien ou, dans le meilleur des cas, s’inspirant de faits réels pour les modifier allègrement, je me suis surpris à trouver qu’à côté, le Titanic produit par les Nazis en 1943 était un trésor d’objectivité.
  • D’ailleurs, parlons en, du jeu d’acteurs ! Tous sont incroyablement mauvais. Tellement qu’ils auraient pu être recalés aux auditions d’Hélène et les garçons. Leur jeu est caricatural, exagéré, mauvais… Et franchement, Joseph Bell qui devient le sosie de M. Propre ! Rendez nous les acteurs des Héros du Titanic !
  • Les représentations 3D sont décentes. Les décors intérieurs pathétiques. Il n’y a aucune cohérence. Bruce Ismay descend des escaliers pour aller sur la passerelle de navigation… sur le pont le plus élevé. Le jeune Jack Thayer, fils d’un président de ligne de chemin de fer, sort de sa cabine pour errer en… troisième classe…
  • De plus, le documentaire s’attarde pendant près d’une heure (sur une heure et demie) à traiter des dix minutes suivant la collision : coulera ? Coulera pas ? Coulera ? Coulera pas ? Inutile de préciser que ce jeu sur le suspense prend mal. On voit les premiers canots vers la fin et, malgré les nombreuses scènes de panique vues auparavant, personne n’y monte.

Je pourrais continuer longtemps cette liste. Je préfère m’arrêter là. Ce documentaire ne mérite que l’oubli. On se demande comment la BBC a pu produire une telle horreur, et comment France 2 a pu la diffuser. Par pitié, la prochaine fois, demandez de l’aide aux connaisseurs…

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Soirée Titanic sur Planète Thalassa : « L’iceberg qui a coulé le Titanic » et « Les héros du Titanic »

Posté par Antoine le 9 avril 2012

Dimanche 8 avril, la chaîne Planète Thalassa nous a gratifiés d’une soirée de deux documentaires sur le Titanic pour célébrer le centenaire. On aurait pu s’attendre au pire, on a pourtant eu le meilleur. Les deux documentaires, L’iceberg qui a coulé le Titanic et Les héros du Titanic, sont de très grande qualité. Je m’en vais donc vous les présenter ici.

http://www.dailymotion.com/video/xpvl54

Le premier, L’iceberg qui a coulé le Titanic, concerne finalement plus l’iceberg que le Titanic… et ce n’est pas si mal, car original ! Le documentaire, très rigoureux, nous emmène dans les glaces du Groenland, nous détaille les lieux d’où partent les iceberg, comment ils le font, en suit plusieurs… Les images sont superbes, rares, impressionnantes. On a également droit à des expériences sur la fonte des icebergs, leur visibilité, la façon dont ils se retournent (bluffante)… Côté Titanic, les réalisateurs ont voulu illustrer par des images en mouvement. Souci, on n’en a que quelques secondes pour le Titanic. On se retrouve donc avec le lancement du Britannic, un passage de l’Aquitania au port, avant d’avoir, heureusement, des images tirées de films, déjà plus fidèles. Quelle est l’importance de cette erreur ? Minime dans la mesure où le propos reste clair et exact. Aucune phrase ne m’a fait hurler, moi qui suis si chatouilleux. Le documentaire permet aussi de rappeler une réalité trop souvent ignorée : entre la glace et les navires, la glace est toujours la plus forte.

Le second, Les Héros du Titanic, se penche sur le cas très méconnu des mécaniciens du Titanic. Plus fiction que documentaire, ce film essaie de faire revivre la traversée de ces gens, et le fait de façon fort convaincante.  La méconnaissance que l’on a des protagonistes et de ce qu’ils ont fait fait que très peu des éléments présentés dans ce documentaire sont certains. C’est cependant un bon travail de reconstitution de l’expérience de ces gens à partir de ce que l’on a, un peu comme a pu le faire Gérard Piouffre dans Nous étions à bord du Titanic. Si tout ne doit pas être pris pour argent comptant, s’il y a parfois des longueurs, le documentaire réussit à être crédible que ce soit dans le jeu des acteurs ou dans les décors assez fidèles au Titanic, surtout si on garde à l’esprit les moyens dont a dû disposer la production. Plus encore, il rappelle au monde l’existence de ces héros méconnus qu’on été Joseph Bell, Frederick Barrett, Johnatan Sheperd

Deux excellents documentaires qui prouvent que Planète Thalassa a su choisir avec goût ! On a échappé aux habituels nanards recueils d’idées reçus. Rappelons au passage pour les joueurs que la chaîne vous propose un jeu concours sur son site !

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Les Enfants du Titanic (édition 2012)

Posté par Antoine le 7 avril 2012

Il y a quinze ans maintenant, Elisabeth Navratil, fille du rescapé du Titanic Michel Navratil, écrivait Les Enfants du Titanic, roman retraçant l’histoire de sa famille lors du naufrage, qui a profondément modifié le destin de ceux que la presse appelait alors « les orphelins de l’abîme ». J’avais il y a quelques mois produit une critique assez négative de ce livre, portant sur un certain nombre d’erreurs et précisant que tout ce qui y était dit ne devait pas être pris pour argent comptant. À l’occasion du centenaire du Titanic, Elisabeth Navratil publie une version remaniée de son ouvrage. Les changements effectués font qu’il s’agit ici d’un livre à la fois proche et différent du précédent, ce qui lui vaut une nouvelle analyse par Biblio-Titanic.

Les Enfants du Titanic (édition 2012) 9782012023482

C’est donc sous un nouvel habillage qu’apparaît ce roman. Habillage d’ailleurs franchement réussi : l’ancienne couverture, assez terne dessin du naufrage, cède désormais la place à une photo originale des deux enfants au centre du roman. Du point de vue des photographies, d’ailleurs, le lecteur est servi avec un bon nombre de photographies des membres de la famille Navratil au début du siècle, ainsi qu’une reproduction d’une lettre de la main de Michel Navratil sur son vécu du naufrage. À cela s’ajoutent quelques photographies du Titanic (ainsi qu’une photo du capitaine Smith assez rare, datant de 1895). Enfin, pour conclure ce tour sur la forme, il est à noter que s’il est assez épais (dans les 350 pages), le livre est écrit gros. Je ne m’attarderai pas ici sur le style, que j’avais déjà pu apprécier dans ma critique précédente : le livre est bien écrit, donne envie d’être lu, et on parcourt l’intrigue de façon agréable.

J’ai personnellement commencé ma lecture par la fin, et par la postface. C’est en effet dans cette partie que l’auteure explique ses choix, en premier lieu desquels le choix de réécrire son récit quinze ans après la version précédente. On saisit immédiatement la volonté de réécrire cette histoire d’une meilleure façon, en mettant fin à un certain nombre de légendes créées par le récit précédent lui-même. La postface précise ainsi, par exemple, que jamais Michel Navratil père n’avait écrit de lettre à son ex-femme lui proposant de le rejoindre à New York comme le disait la version de 1997. L’ancienne postface, pourtant assez longue, m’avait laissé une impression brouillonne, et un sentiment de ne plus vraiment savoir à quoi s’en tenir (bien que, en la relisant, elle se révèle également assez brève). La nouvelle, nettement plus courte, est pourtant aussi bien plus claire. Elisabeth Navratil y énumère notamment les quelques souvenirs de son père au sujet de la traversée. Devant cette matière brute assez restreinte, on le comprend, il aurait été difficile de consacrer un roman entier aux Navratil sur le Titanic sans romancer.

L’histoire est donc toujours romancée, mais de façon nettement plus cohérente. Certes, la famille Navratil voyage de classe en classe comme elle n’aurait pas pu le faire à l’époque ; certes, le petit Michel Navratil visite le Titanic avec Thomas Andrews ; mais ces éléments sont clairement expliqués comme « inventés » dans la postface, de même qu’un certain nombre de rencontres. Mais le roman n’est, somme toute, pas plus abhérent que l’histoire d’un jeune couple que tout oppose, qui avait connu un léger succès au cinéma il y a quelques années.

Du point de vue de la « grande » Histoire, le lecteur ne trouvera pas forcément son bonheur : le connaisseur relèvera un certain nombre d’erreurs historiques et d’approximations qui, heureusement, sont bien plus anodines que celle qui, dans la version précédente, avait transformé les résèrves du Titanic en galerie marchande ! Par ailleurs, un certain nombre de notes de bas de page émaillent le récit. Si celles sur le Titanic même comportent parfois de légères approximations et confusions, celles sur la famille Navratil elle-même apportent de précieuses informations sur l’histoire des deux « orphelins de l’abîme » et de leur famille. Par certaines allusions, également, Elisabeth Navratil réussit à faire ressentir la façon dont ce naufrage a par la suite été vécu dans sa famille ; la façon dont la mort subite et dramatique de ce père a été apréhendée, et apprivoisée, par les générations suivantes.

Les Enfants du Titanic n’est donc pas un ouvrage historique que l’on lirait si l’on veut en savoir plus sur le Titanic lui-même et sur son histoire. Ce blog a apporté des critiques de nombreux ouvrages et sites aptes à étancher votre soif de ce point de vue. C’est en revanche un roman agréable ayant pour décor notre paquebot favori, et qui permet de saisir quel fut l’histoire de cette famille qui, déjà déchirée avant le naufrage, a vu son destin basculer le 15 avril 1912. Plus encore, c’est la somme définitive d’information sur la famille Navratil avant et après ce naufrage.

Les plus

  • Un roman vivant et bien écrit : c’est, en soi, un livre agréable à lire de ce point de vue.
  • Avec Les Français du Titanic, il s’agit certainement du livre le plus précis et le plus à jour pour aborder la famille Navratil. A travers, notamment, les notes de bas de page et la postface, Elisabeth Navratil tord le cou à certaines idées reçues qui avaient la vie dure depuis des années, en soulignant notamment la citation apocryphe de son père : « Je n’ai vécu que jusqu’à quatre ans. Depuis, je suis un resquilleur de vie, un grappilleur de temps et je me laisse aller sur cet océan » (en réalité inventée par les auteurs du roman Navratil)
  • L’illustration du livre est de qualité, avec plusieurs photos de famille : il est émouvant de mettre un visage sur des noms jusque là abstraits.

 

Les moins

  • Encore quelques erreurs factuelles sur le Titanic, mais globalement assez bénignes. Aucune erreur aussi voyante que la dernière fois, ni même de partis pris « à la Cameron ».
  • Le livre n’est, extérieurement, peut-être pas assez présenté comme un roman. Ayant déjà lu la version précédente, je savais à quoi m’en tenir et ne peux vraiment juger : le point de vue d’un néophyte serait ici intéressant.

 

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