Rencontre avec George Behe

Posté par Antoine le 30 mars 2012

Ancien vice-président de la Titanic Historical Society, George Behe est également un très prolifique auteur sur le Titanic. J’ai récemment eu l’occasion de vous détailler son site et d’en vanter les mérites. Je le reçois aujourd’hui dans les pages de Biblio-Titanic afin d’en savoir plus sur son travail en général.

 

Biblio-Titanic : Pouvez-vous expliquer quels sont les sujets de vos ouvrages récents ? Pensez-vous qu’ils apportent de nouvelles choses sur certains points de l’histoire du Titanic ?

George Behe : Le premier de mes travaux récents est intitulé Archie: The Life of Major Archibald Butt from Georgie to the Titanic, et c’est une biographie de 2 400 pages, en trois volumes, sur cette importante victime du Titanic. Ce projet m’a pris huit années de recherche et d’écriture, et a impliqué un voyage en Géorgie afin de pouvoir consulter les documents personnels d’Archie aux archives d’Atlanta où ils sont entreposés. Pendant cette période de huit ans, j’ai « vécu » avec Archie Butt chaque jour et ai été fasciné par ses descriptions des personnes célèbres qu’il a rencontré et l’intéressante manière dont il a passé sa vie de conseiller militaire présidentiel. À la fin de ces huit ans de travail d’écriture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir perdu un ami proche quand j’ai été forcé d’écrire sur la mort d’Archie sur le Titanic. Je n’ai jamais ressenti cela avec aucun des autres passagers du Titanic sur lesquels j’ai fait des recherches, et je suis certain qu’Archie continuera à avoir une influence majeure sur ma propre vie pour le restant de mes jours.

Le deuxième de mes plus récents livres est On Board RMS Titanic: Memories of the Maiden Voyage, qui est une compilation de lettres, cartes postales, extraits de journaux intimes et de mémoires écrits par des passagers et membres d’équipage avant, pendant et après le voyage inaugural (le livre contient aussi une brève biographie de chaque auteur de lettre). Je savais qu’aucun livre antérieur n’avait jamais raconté l’histoire du voyage inaugural du Titanic uniquement avec les propres mots des participants. Un certain nombre de personnes m’ont dit que mon livre leur avait procuré de grandes émotions comme aucun livre sur le Titanic ne l’avait jamais fait, et c’est exactement ce que j’espérais que le livre accomplirait quand je l’ai écrit. Après tout, le drame du Titanic est une tragédie humaine, et ce sont les récits des expériences d’êtres humains qui ont personnellement vécu une tragédie qui font la somme totale de notre connaissance d’un événement historique. Quel meilleur moyen pour nous d’apprendre des choses sur la tragédie que d’écouter les paroles de ceux qui étaient vraiment là ?

Le troisième de les plus récents livres est intitulé The Carpathia and the Titanic: Rescue at Sea. J’ai commencé à écrire ce livre avec dans l’idée de compiler autant de « lettres catastrophe » écrites par des passagers et membres d’équipage du Carpathia que je le pouvais. Cependant, j’ai vite réalisé qu’il était à ma portée de compiler et publier toute interview existante avec les passagers et membres d’équipage du Carpathia qui ait été publiée  dans les journaux de 1912, puisque le nombre de telles interviews est assez réduit pour rendre le projet réalisable par un chercheur seul. J’ai par conséquent modifié l’objectif de mon livre et ai essayé d’en faire la seule source d’information vers laquelle les autres chercheurs se tourneraient s’ils ont besoin de découvrir ce qu’un passager ou marin du Carpathia  a dit à propos du drame. Bien que j’aie presque certainement laissé de côté certaines sources obscures qui contiennent du contenu publié supplémentaire, je suis certain qu’aucun livre à venir ne contiendra de vue globale plus complète des interviews décrivant le rôle qu’a joué le Carpathia dans le naufrage du Titanic.

J’ai décidé d’auto-éditer tous les livres ci-dessus par le biais de Lulu.com de façon à pouvoir y inclure chaque pièce d’information historique qui me semblait importante, mais j’ai récemment retiré On Board RMS Titanic de la liste des ventes de Lulu.com puisque The History Press va publier une édition à l’automne 2012.

 

B.-T. : Avez-vous des projets d’écriture pour les temps à venir ? Sur quel aspect de l’histoire du Titanic aimeriez-vous écrire ?

G. B. : Il y a environ trente ans j’ai commencé à écrire un magnum opus qui racontait l’histoire du Titanic en utilisant les meilleurs témoignages de survivants que j’avais dans mes dossiers. Je n’ai cependant jamais terminé ce projet, et il a maintenant été surpassé par le très similaire On a Sea of Glass, qui vient juste d’être publié par Tad Fitch, Bill Wormstedt et Kent Layton.

Un jour futur, j’espère écrire une courte biographie de la victime du Titanic Harry Widener, mais je n’ai pas d’autre projet de publication spécifique lié au Titanic à l’instant présent.

 

B.-T. : Comment et quand avez-vous commencé à vous intéresser à l’histoire du Titanic ?

G. B. : Quand j’étais petit garçon j’ai trouvé le livre Sinking of the Titanic and Great Sea Disasters de Logan Marshall (1912) dans la bibliothèque de ma grand-mère.  Je feuilletais ce livre chaque fois que je lui rendais visite et étais fasciné par son contenu, et horrifié par une illustration du livre montrant un canot surchargé s’éloignant d’un nageur agonisant alors qu’il tendait sa main aux occupants du canot (je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ma mère, mon petit frère et moi-même dans ce canot, et me demandais comment je me serais senti si l’homme dans l’eau avait été mon père). J’ai été happé par le Titanic à partir de ce moment, et ma fascination pour le navire et ses passagers ne m’a jamais quitté.

 

B.-T. : Quelle part de cette histoire vous intéresse plus que les autres ?

G. B. : Je m’intéresse aux vies et expériences des passagers et membres d’équipage du Titanic. Je n’ai presque aucun intérêt dans la construction et la disposition physique du Titanic puisque, selon moi, le drame du Titanic est une tragédie humaine, tandis que le Titanic lui-même n’est qu’une « scène » inanimé où une pièce tragique a été jouée.

 

B.-T. : Quel est, à votre avis, le meilleur livre sur le Titanic ?

G. B. : Je suis énormément impressionné par On a Sea of Glass (probablement parce que c’est le même genre de livre sur le Titanic que j’avais commencé à écrire dans les années 1970). Je pense que le livre de Bill, Tad et Kent est facilement un des cinq meilleurs livres sur le Titanic jamais publié.

 

B.-T. : Que pensez-vous qu’il reste à découvrir sur le Titanic ?

G. B. : J’espère qu’il y a encore quelques mémoires impubliées du Titanic quelque part qui ont été écrites par des survivants après le drame, puisque chaque « nouvelles » mémoires peut nous révéler de nouvelles choses sur ce qui s’est passé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912. En ce qui concerne l’examen des restes de l’épave du Titanic avec comme idée de découvrir ce qui est arrivé au navire après qu’il a coulé sous la surface, j’avoue que j’ai très peu d’intérêt pour le sujet. Puisque tout interaction humaine avec le Titanic a cessé après sa disparition sous la surface de la mer, ça ne m’intéresse pas vraiment de savoir comment cet immense tas de métal inanimé s’est comporté en descendant vers le sol océanique.

Publié dans Rencontre avec... | 1 Commentaire »

Rencontre avec Gérard Piouffre

Posté par Antoine le 27 janvier 2012

Gérard Piouffre est historien, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’histoire de la marine et de l’aviation publiés depuis une vingtaine d’années. Il est l’auteur de deux ouvrages consacrés au Titanic, Le Titanic ne répond plus et Nous étions à bord du Titanic. C’est à l’occasion de la sortie de ce dernier, il y a trois semaines, que j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail.

Biblio-Titanic : Le principe de ce livre est original et tranche pas mal avec Le Titanic ne répond plus ; quelles ont été les grandes différences dans vos démarches pour écrire chacun de ces livres ? Est-ce qu’écrire l’un a été plus dur à écrire que l’autre ?

Gérard Piouffre : Ayant déjà écrit un premier livre chez Larousse, je ne pouvais décemment, reprendre le même schéma. J’ai donc abordé celui-ci sous l’angle de la fiction historique. Fiction, car je me suis glissé dans la peau de mes personnages pour les faire parler. Fiction historique, car tous ces personnages ont existé.

En tant que passionné du Titanic, j’ai pris un énorme plaisir à écrire ces deux livres et j’espère avoir fait partager cette passion à ceux qui me lisent. Pour répondre plus précisément à la question : un livre est toujours difficile à écrire, mais reprendre le même thème est encore plus difficile. Je dirai donc que j’ai eu plus de mal pour le deuxième que pour le premier.

 

B-T. : Quelles sont vos principales sources de travail lorsque vous écrivez sur le Titanic ?

G. P. : Les ouvrages sur le Titanic, bien sûr, et en particulier l’excellent Beveridge. J’ai également utilisé les règlements de l’époque, manuel du matelot timonier de 1878, par exemple. Dans la marine de commerce, ces règlements s’appliquaient pour tous les pays.

J’ai également utilisé les scripts des enquêtes américaines et britanniques ainsi que l’excellent site Encyclopedia Titanica.

 

B-T. : En trois ans, votre point de vue a pu évoluer sur certains sujets : y’a t-il des choses que vous avez abordées différemment dans Nous étions à bord du Titanic par rapport au précédent livre ?

G. P. : Quand j’ai écrit mon premier livre, j’étais persuadé que le feu en soute n’avait eu aucune incidence sur le naufrage. J’en suis moins convaincu aujourd’hui et je pense que l’affaiblissement, puis l’effondrement de la cloison étanche n° 5, consécutive à cet incendie, a accéléré le naufrage.

 

B-T. : Le livre met en scène différents personnages : lequel a été le plus intéressant à raconter ? Lequel a été le plus difficile ? Et si on vous avait donné plus de place, qui auriez-vous aimé rajouter ?

G. P. : Pour moi, les deux opérateurs Marconi sont les héros du Titanic et je suis heureux d’avoir pu leur rendre hommage. J’ai également aimé raconter l’histoire des mécaniciens, des chauffeurs et des soutiers. Anna Sofia Turja a été le personnage le plus difficile à évoquer, car on ne connaît que très peu de choses d’elle.

Si on m’avait donné plus de place… Le rêve ! J’aurais aimé faire parler les musiciens, le steward John Edward Hart qui a sauvé un grands nombre de passagers en 3e classe. J’aurais donné la parole aux dizaines de héros inconnus. Ah si l’on m’avait permis de rédiger une encyclopédie en 45 volumes !

 

B-T. : D’un point de vue plus personnel, quand avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic, et comment ?

G. P. : En lisant le livre de Walter Lord, La nuit du Titanic. C’était en 1958. J’avais 8 ans.

 

B-T. : Si vous deviez conseiller un livre sur le Titanic, ce serait ?

G. P. : Celui de Walter Lord, bien sûr, mais aussi Titanic, la grande histoire illustrée de Don Lynch et Ken Marshall. Titanic de Ferulli Corrado est également un excellent ouvrage. Publié chez Hachette, il est aujourd’hui épuisé, mais on le trouve assez facilement sur l’internet.

 

B-T : Et pour finir, l’habituelle question troll : pour ou contre la remontée des objets qui se trouvent sur le site de l’épave ?

G. P. : Je ne fais aucune différence entre un galion espagnol du XVIe siècle et le Titanic. Pour moi, l’un et l’autre sont des sites archéologiques qui ont beaucoup à nous apprendre, sur la construction navale et la vie quotidienne à leurs époques respectives. N’oublions pas non plus la préservation des objets mis au jour. Ceux du Titanic ont été riches d’enseignements. Il me semble tout à fait possible de regrouper ces objets dans des musées. Je suis en revanche, opposé à ce qu’ils soient vendus à des particuliers.

 

Publié dans Rencontre avec... | 5 Commentaires »

Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

Publié dans Rencontre avec... | 3 Commentaires »

Rencontre avec Andrew Nelson

Posté par Antoine le 4 novembre 2011

Andrew Nelson est un nom qui ne dira probablement rien à bon nombre de Titanicophiles. Pourtant, ce nom m’avait marqué dans mon enfance, tant il semblait prédestiné. Car, tout comme Thomas Andrews, cet Andrew là a (re)conçu le Titanic et l’a fait naviguer à nouveau. Andrew Nelson est en effet le concepteur du jeu vidéo Titanic, une Aventure hors du temps, qu’il a écrit et réalisé. Alors que le jeu fête aujourd’hui ses 15 ans sans avoir pris une ride, j’ai eu la chance d’interviewer l’homme qui en est à l’origine. Vous pouvez en savoir plus sur ses activités actuelles via son blog.

 

Biblio-Titanic : Avant d’écrire et de réaliser Titanic, vous avez travaillé sur Dust, un jeu de western plutôt déjanté. Comment êtes-vous passé du Far West au Titanic  ? Comment est venue cette idée ? Étiez-vous intéressé par ce navire auparavant ?

Andrew Nelson : Comme beaucoup d’enfants, je me suis intéressé au Titanic, mais la véritable motivation pour faire ce jeu est venue de ma belle-soeur, Debi Lambert, qui m’a demandé : « J’aimerais vraiment jouer à un jeu sur ordinateur, mais ils durent des heures. Peux tu faire un jeu qui ne prenne que deux heures pour être fini ? » Pendant le vol du retour, j’ai lu un article qui m’a fait me rappeler que le Titanic avait justement sombré en deux heures. C’est de là qu’est partie l’idée pour la deuxième partie du jeu. Une foi que vous avez tous les objets en main, le navire heurte l’iceberg et le joueur a alors deux heures seulement pour réunir les éléments et quitter le navire.

 

B-T : J’ai entendu dire que le célèbre historien du Titanic Walter Lord avait donné quelques indications pour la réalisation du jeu. De façon plus générale, qui s’est occupé des recherches historiques et quelles ont été vos principales sources d’information ?

A. N. : J’ai passé un après-midi à parler à Walter Lord dans son appartement de New York. Il m’a montré de nombreux objets sur le Titanic. Ca a vraiment été un merveilleux après-midi avec lui. Les principales sources d’information viennent de son livre, des rapports des audiences du congrès et d’autres sources, notamment un magazine de construction navale présentant en avant première le navire, publié en 1911.

 

B-T : Au cours du jeu, les personnages mentionnent des anecdotes sur ce qui s’est vraiment passé à bord, parlent des véritables passagers du paquebot, mais aucun de ces personnages n’est représenté dans le jeu. Ce choix était-il délibéré, et pourquoi ?

A. N. : Nous pensions qu’il serait trop difficile de recréer ces gens, et qu’il serait plus facile pour nous d’insérer des personnages fictifs – donnant aux personnages réels la possibilité d’ »exister » autour de vous, le personnage.

 

B-T : Combien de temps cela prend-t-il pour écrire un jeu comme Titanic ? Quelles difficultés avez vous rencontré ? Y-a t-il des passages que vous avez particulièrement aimé écrire ?

A.N. : Il a fallu environ quatre mois pour écrire et mettre au point le script – il était très difficile de mettre au point tous les niveaux. J’ai aimé écrire tous les passages, mais j’ai apprécié certains des personnages les plus évidemment drôles.

 

B-T : Quand il a été publié il y a 15 ans, le jeu était l’un des plus beaux réalisés et a connu de très bonnes critiques. En 15 ans, les jeux vidéos ont évolué. Que changeriez vous si vous deviez refaire Titanic aujourd’hui.

A.N. : Ce serait génial d’utiliser la puissance des processeurs et des cartes graphiques actuelles pour placer plus de gens dans les décors et créer un environnement plus largement recréé, avec encore plus de détail et de réalisme. Les personnages n’auraient pas à changer.

 

B-T : À ce sujet, de nombreuses personnes veulent voir un remake de ce jeu (il y a même une pétition !), car aucun jeu sur le Titanic produit depuis n’a su être meilleur qu’Une Aventure hors du temps. Y-a t-il une chance de voir un jour un remake de Titanic, une Aventure hors du temps ?

A.N. : Merci pour vos compliments. Je suis très surpris et heureux d’entendre qu’il y a une pétition pour le refaire. Y-a t-il un lien où jeu peux la voir ? [ici, NdR] Il n’y a pas actuellement de plan pour le refaire, mais on ne sait jamais… il pourrait peut-être y avoir un nouveau jeu sur le Titanic. C’est une des idées les plus séduisantes au sujet de ce navire, il peut être tout ce que vous voulez. C’est l’Histoire, et en tant qu’Histoire, il appartient au monde entier.

 

B-T : Sur une note plus personnelle, vous intéressez vous au Titanic ? Lisez-vous toujours des choses à son sujet depuis la réalisation du jeu ?

Oui. En écriant ces lignes, je regarde mon mur, et il y a une ancienne peinture du navire en train de couler. C’est un artiste candide qui l’a peint sur du verre. Et quand le film de James Cameron est sorti, je suis allé le voir à deux reprises. J’étais tellement heureux de voir un film sur le navire et de ne pas avoir travaillé dessus ! [Titanic de James Cameron est sorti un an après le jeu, NdR]

 

B-T : Y-a t-il un livre sur le sujet que vous recommanderiez ?

A. N. : Je commencerais, et terminerais, par La Nuit du Titanic. C’est le meilleur livre sur le sujet et il a été écrit quand des survivants étaient encore en vie et pouvaient toujours se souvenir du naufrage.

 

B-T : Quels ont été vos projets depuis Titanic ?

A. N. :  J’ai travaillé comme producteur pour Britannica.com et je suis auteur pour la National Geographic Society. Je suis actuellement professeur à l’Université de Loyola à la Nouvelle-Orléans. Concernant les jeux-vidéo, je pense qu’ils avaient besoin de s’améliorer techniquement, mais j’espère qu’ils seront capables de créer des personnages plus complètement développés et travaillés. Il est peut-être temps pour un nouveau navire de quitter le port.

Publié dans Rencontre avec... | 1 Commentaire »

Rencontre avec Clément d’Esparbès

Posté par Antoine le 24 octobre 2011

Clément d’Esparbès est le créateur du superbe Titanic en 3D connu sous le nom de Titanic Walkthrough Project, travail de fort longue haleine et de très bonne qualité que je suis depuis plus d’un an. Son site et son travail feront bientôt l’objet d’une critique séparée. À l’occasion d’une grande mise à jour de son site hier soir, j’ai eu l’occasion de poser à Clément un certain nombre de questions sur son travail et sa relation avec le Titanic. Je le remercie ici encore de ses réponses.

Rencontre avec Clément d'Esparbès dans Rencontre avec... 22

Biblio-Titanic : Pour commencer, quelques questions sur ton travail. Comment t’es venue l’idée d’un Titanic en 3D ? Est-ce le fait de pratiquer la 3D avant qui t’a donné cette envie, ou au contraire l’envie de recréer le paquebot qui t’a poussé à apprendre la technique ?

Clément d’Esparbès : J’ai toujours rêvé de pouvoir parcourir les ponts du Titanic, de pouvoir aller ou bon me semble sur le paquebot, mais c’est hélas impossible à faire dans la réalité. La 3D permet de pouvoir réaliser en partie ce rêve, même si, qu’on le veuille ou non, on sera toujours très loin du ressenti que pouvait procurer le vrai paquebot.

L’idée d’une reproduction en 3D m’est d’abord venue en voyant des plans du paquebot. Je me suis demandé ; pourquoi ne pas donner une troisième dimension à ces plans ? De là est venu un premier modèle assez grossier du Grand escalier de première classe qui s’est étoffé au fil du temps. Tout s’est ensuite construit autour petit à petit.

J’avais déjà quelques bases en 3D à cette époque puisque j’avais fabriqué quelques objets pour un programme de type MMORPG en « beta-test ». Programme qui ne s’est jamais concrétisé finalement. Ensuite, le Titanic m’a permis de progresser petit à petit, même s’il me reste encore beaucoup à apprendre aujourd’hui.

 

B-T :  L’étendue de ce que tu as déjà accompli est assez énorme. Quand as tu commencé ton travail, et globalement, combien de temps te faut il pour créer une pièce ? Dans le cas des cabines, réutilises tu les mêmes ou changes-tu des choses mêmes lorsqu’elles sont « standard » ?

C. d’E. : Mon premier modèle pour le Titanic remonte à Novembre 2008, c’était la première volée du grand escalier au pont A.

Au niveau du temps, des pièces comme le fumoir de première classe ou le salon prennent une quarantaine d’heures de travail en accumulé, avec les diverses modifications qui s’en suivent au fur et à mesures de nouvelles découvertes ou des apports d’informations.

Certaines cabines se ressemblent beaucoup, même si elles ne sont pas toujours homogènes au niveau des dimensions, cela étant essentiellement dû à la forme du navire. Il y a par conséquent plusieurs dimensions de lit et de garde-robes, mais le style se répétant, le travail en est grandement accéléré sur un bloc de cabines donné. Concernant les suites de styles différents, c’est une toute autre histoire !

 

B-T :  Si tu devais citer une pièce emblématique du paquebot dont la modélisation t’a marquée (que ce soit pour sa difficulté ou pour toute autre raison), ce serait… ?

C. d’E. :  La salle froide des bains Turcs (appelée cooling room en Anglais), très axée sur le « texture working« , m’a particulièrement marqué. C’est a mon sens, la pièce qui a vraiment tout changé dans ma façon de reproduire le Titanic. J’y ai fait beaucoup de progrès dans la manipulation et la conception des textures en particulier, et appris de nouvelles techniques lors de sa réalisation. Ce fut très intéressant.

 

B-T :  Quelles sont tes principales sources d’information pour ce travail ? Des gens t’aident-ils ?

C. d’E :  Je me documente surtout à partir de livres récents (en particulier Titanic – The Ship Magnificent de Bruce Beveridge et son équipe), et également pas mal sur les forums comme TRMA (Titanic Research and Modeling Association [NdR]), Encyclopedia Titanica… etc. J’évite en revanche de me référer aux décors du film de James Cameron qui sont certes très beaux mais pas tant fidèles que ça à la réalité (la recherche à beaucoup évolué depuis 1997, donc ça ressort de plus en plus).

J’ai également reçu toutes sortes d’aides jusqu’ici… D’abord au niveau de la conception directement, Nicolas Murgia ayant par exemple réalisé la carte illuminée du Gymnase, la texture bleue des fauteuils du grand escalier et la tapisserie d’Aubusson de la suite C55. Un grand merci à lui pour son travail.
Au niveau du conseil technique, je suis rentré en relation avec Parks Stephenson lors de la réalisation des bains turcs. Depuis peu, Daniel Klistorner m’aide également concernant les suites.

Je reçois également beaucoup de conseils et de suggestions de la part des visiteurs, chacun ayant des connaissances qui leurs sont propres. Je dois donc rassembler toutes ces informations et en faire une synthèse en vue d’améliorations futures. Je souhaitais d’ailleurs dire un grand merci à toutes ces personnes pour les différents feedback, sachez que je suis toujours preneur de conseil ou de critiques, c’est toujours le meilleur moyen de progresser. Quand je passe plusieurs heures sur un modèle en 3D ou une texture, je peut aisément passer à côté de grosses erreurs que je n’aurait même pas remarqué.

 

B-T :  Y’a t-il des moments où tu dois « combler les blancs » avec ton imagination ? Des pièces peu connues, des tableaux… Et comment procèdes-tu dans ce cas là ?

C. d’E. : Hélas, oui, il y aura toujours une part d’incertitude, même si de plus en plus d’informations sont révélées au grand jour depuis quelques années.

Dans le cas où j’ai une incertitude, j’essaie de me mettre à la place du concepteur du navire : qu’est-ce que j’aurais mis à sa place, sachant qu’il faut respecter un style donné, ou telle ou telle contrainte ?

Il y a des choses qu’on ne saura jamais, hélas. Par exemple les tableaux qui ornaient le grand escalier étaient des pièces uniques qu’il n’y avait pas même sur le jumeau du Titanic, l’Olympic. Ces pièces ont été détruites à jamais dans l’océan, et on ne saura certainement jamais ce qu’elles représentaient.

 

B-T :  Quelle pièce as tu hâte de faire ? Et au contraire laquelle t’effraie (par défi technique, ou juste parce qu’elle ne t’intéresse vraiment pas) ?

C. d’E. :  J’ai hâte d’attaquer les salles publiques de seconde et troisième classe parce qu’elles n’ont été que très peu reproduites en 3D jusqu’ici. Naturellement, beaucoup de réalisations que l’on peut voir sur le web représentent des pièces de première classe, mais je suis persuadé que ces autres salles peuvent amener à un défi d’autant plus intéressant à relever qu’elles sont à mon gout trop souvent oubliées.

Plutôt assez effrayé par l’extérieur, non pas parce que cette partie ne m’intéresse pas, mais parce que je sais pertinemment que je vais vouloir m’entêter à vouloir placer le moindre rivet et que ça va me prendre un temps fou ^^ !

 

B-T :  Quelle est la prochaine pièce sur la liste ? Tiphaine, une habituée du blog, demande par ailleurs quand viendront les quartiers des officiers !

C. d’E. :  Actuellement on travaille sur la suite qu’occupaient Ida et Isidor Straus : C55, viendront ensuite les corridors du pont B, les célèbres suites de Joseph Bruce Ismay et Charlotte Drake Cardeza, avec leur promenade privée.
Ensuite, je ne sait pas encore, pourquoi pas le quartier des officiers, pour faire plaisir à Tiphaine ? ^^ Il y aura bien évidemment possibilité de se mettre à la place du quartier-maitre à la barre du navire, j’en fais la promesse ! ^^

 

B-T :  D’un point de vue plus centré sur le Titanic maintenant : comment as tu découvert ce paquebot ?

C. d’E. :  Quand j’étais petit, j’avais un CD-ROM interactif qui racontait l’histoire du Titanic, de la naissance de l’idée entre Ismay et Pirrie à la découverte de l’épave. J’adorais ce truc, j’y passait des heures dessus à revoir en boucle toute les séquences.
J’étais déjà passionné. Ensuite est venu l’incontournable film, évidemment, qui a ravivé la flamme, et un jeu magnifique aussi : Titanic : une aventure hors du temps, auquel je porte une mention spéciale. Pour un jeu de 1996, quelle prouesse technique ! Et une super intrigue en plus, comme quoi on peut très bien marier les plaisirs de visiter le Titanic et la résolution d’énigmes ! (Une critique de ce jeu a été faite sur ce blog [NdR])

 

B-T : T’intéresses tu aussi à son histoire, ou te centres tu totalement sur sa structure et son apparence elle même ?

C. d’E. :  Ce paquebot avait une prestance inégalable à n’en point douter, il était vraiment majestueux. Les paquebots de l’époque en général avaient, à mon sens, beaucoup plus de charisme que les paquebots actuels, aussi gros qu’ils soient.

Mais je pense que si le Titanic est si célèbre, c’est surtout grâce, ou plutôt à cause de son histoire! Je ne suis pas un grand connaisseur au point de connaitre par cœur le nom de tous les passagers, loin de là, mais je m’intéresse beaucoup à la vie qu’il pouvait bien y avoir à bord, la façon dont les gens pouvaient bien vivre durant leur voyage, leurs occupations.

Concernant le naufrage, j’ai lu les rapports des enquêtes U.S et Britanniques, c’est très intéressant de voir comment cet évènement tragique à bien pu être vécu selon que la personne était un soutier, un officier, ou un passager…

 

B-T :  Y’a-t-il un livre qui t’a particulièrement marqué ?

C. d’E. :  Le livre The loss of S.S Titanic m’a beaucoup marqué. Lawrence Beesley, l’auteur, était passager de seconde classe, il y qui raconte son expérience à bord du Titanic. C’est un livre qui est pas mal basé sur le ressenti, et est de ce fait extrêmement prenant et plein d’authenticité.

A ce propos, je n’ai toujours pas lu le livre de Gérard Piouffre, Le Titanic ne répond plus. Il va falloir que je corrige cette bévue au plus vite… En plus on ne m’en a dit que du bien =)

 

B-T :  Et pour finir l’habituelle question troll : Murdoch s’est-il suicidé ? (Attention, la rédaction décline toute responsabilité vis à vis des réactions possibles de son fan club)

C. d’E. :  Personnellement, je ne pense pas, mais je vais éviter d’entrer dans les tentatives de justification, parce que j’en ai pas justement !

Alors là, pour le coup, je sais pas si je me suis fait plus d’amis que d’ennemis ^^
On le verra bien vite en même temps ^^

Publié dans Rencontre avec... | 3 Commentaires »

Rencontre avec Mark Chirnside

Posté par Antoine le 31 juillet 2011

Dans la série des rencontres avec des auteurs titanicophiles, j’ai eu la chance d’obtenir de Mark Chirnside (The Olympic Class Ships) qu’il réponde à quelques questions au sujet de ses livres et de sa passion.Voici donc ses réponses. L’interview devrait prochainement être disponible en version anglaise originale sur son site, Mark Chirnside’s Reception Room.

 

Biblio-Titanic : J’ai lu l’édition 2006 de votre livre sur les paquebots de classe Olympic. Outre les nouvelles images et la section en couleur, quels sont les principaux changements ? Y a t-il eu de grandes découvertes entre la première édition et celle de 2011 ? Avez vous changé d’avis concernant certains points de l’histoire du paquebot ?

Mark Chirnside :  L’édition originale, publiée en 2004 et réimprimée en 2005 et 2006 comportait 352 pages. Cette nouvelle édition comporte 32 pages supplémentaires et une section en couleurs de 16 pages, pour un total de 400 pages. Elle est ainsi nettement plus grande.

Tout comme la nouvelle section en couleurs et le texte supplémentaire au sujet des expéditions récentes sur les deux épaves, le texte en général a été amélioré et un grand nombre d’erreurs mineures ont été corrigées. Quelques appendices ont été ajoutés, dont un examinant le Germanic/Homeric, dont on a dit qu’il devait remplacer le Titanic, mais qui devait en réalité servir sur la ligne de Liverpool, et un autre expliquant en détail comment les nouveaux navires ont été financés. Contrairement à une croyance répandue, la White Star Line a rassemblé le capital par elle même,sans assistance directe de J. P. Morgan. L’index a été amélioré, et il y a des ajouts comme une note explicative qui souligne les raisons derrière un certain nombre de changements spécifiques que j’ai faits.

En général, mon point de vue est resté le même, mais dans certains cas, j’ai mis à jour le livre pour refléter des faits dont je n’étais pas au courant quand le livre original a été écrit (2001-02).

 

Biblio-Titanic : Vous avez commencé à écrire des livres d’histoire vers vos 20 ans. Comment cela vous est-il venu ? Avez vous réussi à le relier à vos études et cela a t-il été difficile de le publier ?

Mark Chirnside : J’avais 19 ans lorsque la première édition a été publiée. Je pense que j’ai eu de la chance de trouver un éditeur qui a reconnu que mon travail contenait de nouveaux éléments et était une contribution originale au sujet. J’ai travaillé très dur, mais j’ai pu le combiner à mes études et à une vie sociale active.

 

Biblio-Titanic : L’Olympic, le Titanic et le Britannic sont en bien des points liés, mais ont des histoires très différentes. Et-ce que lune d’elles vous intéresse plus que les deux autres ?

Mark Chirnside : Je les trouve tous les trois intéressants, mais je me centre plus sur l’Olympic et le Britannic.

 

Biblio-Titanic : Y a t-il encore quelque chose à découvrir au sujet des paquebots de classe Olympic ? Quels points voudriez vous encore approfondir ?

Mark Chirnside : Il y a toujours quelque chose de plus à apprendre quel que soit le sujet. Quand on trouve une nouvelle information, cela peut mener à une découverte sur quelque chose d’autre qu’on n’avait jamais envisagé auparavant. De même, si une information inexacte est largement diffusée, il est important de continuer à la corriger, même si ça peut être un procédé lent et frustrant.

Pendant 95 ans, à partir du moment où l’Olympic a terminé son voyage inaugural jusqu’à l’été 2006, on considérait qu’il lui avait fallu 5 jours, 16 heures et 42 minutes,  à une moyenne de 21,17 noeuds, entre Daunt’s Rock (après avoir quitté Queenstown) et le bateau feu du chenal d’Ambrose (en arrivant à New York). Cependant, quand Sam Halpern et moi avons fouillé toutes les preuves disponibles concernant son départ, sa vitesse, et ses heures d’arrivée, il est devenu clair qu’une erreur de 100 minutes s’était glissée dans les calculs. Au lieu de ça, elle avait mis 5 jours, 15 heures et 2 minutes et avoisiné les 21,43 noeuds. Les gens pourront penser que le problème est mineur et ça l’est, peut-être :mais si nous voulons faire l’effort de consigner toutes les performances de l’Olympic pour des besoins historiques, alors nous devons le faire correctement. Même quatre ans après que nous avons publié notre recherche sous le titre Maiden Voyages Mysteries (les mystères du voyage inaugural [NdT]), dans le journal Voyage de la Titanic Historical Society et en ligne sur Encyclopedia Titanica (lisible ici [NdT]), le temps incorrect est encore largement utilisé. En utilisant la durée correcte, on sait que sa vitesse moyenne et sa consommation de charbon étaient légèrement supérieure, ce qui a une influence sur d’autres domaines de recherche, comme la performance du Titanic lors de son voyage inaugural comparée à l’Olympic, et la consommation de charbon du Titanic.

Dans les années passées, j’ai découvert des détails sur les voyages d’Arthur Conan Doyle à bord de l’Olympic et une description intéressante qu’il a faite du navire ; la même chose est vraie avec J. B. Priestley, qui a écrit la célèbre pièce Un inspecteur vous demande, qui se déroule en 1912 et faisant référence à l’insubmersible Titanic. J’espère continuer à trouver des récits de passagers qui ont voyagé à bord de l’Olympic durant sa carrière, tout comme ceux qui étaient à bord durant la guerre.

Nous avons une assez bonne idée de la façon dont la conception des trois navires a évolué, dont les expériences de arland & Wolff avec d’autres navires comme l’Oceanic et l’Adriatic, mais c’est quelque chose qui m’intéresse et je vais continuer à chercher dans ce secteur. Je suis intéressé par beaucoup d’aspects de leur histoire, et je vais essayer de tous les explorer.

 

Biblio-Titanic : Sur une note plus personnelle, comment et quand avez vous commencé à vous intéresser à l’histoire de la classe Olympic ?

Mark Chirnside : J’ai lu le livre pour enfants L’Exploration du Titanic quand j’avais neuf ans, puis j’ai vu A Night to Remember (1958) et Titanic (1997). Mon intérêt pour le Titanic a ensuite débordé sur l’Olympic et le Britannic, dont j’ai fait le centre de mes recherches.

 

Biblio-Titanic : Avez vous une idée du sujet de votre prochain livre ? Vous avez déjà écrit sur l’Aquitania et le Majestic : quelle autre paquebot aimeriez vous étudier ?

Mark Chirnside : Olympic Titanic Britannic: An Illustrated History (Olympic, Titanic, Britannic : une histoire illustrée [NdT]) doit sortir au tout début 2012, donc je vais être occupé cette fin d’année à travailler avec les maquettes du livre et à relire le résultat final. Ce serait aussi agréable d’y aller un peu plus lentement en ce qui concerne mon travail d’écrivain. Toutefois, je prévois des opportunités pour fouiller des navires comme les ‘Big Four’ (Celtic, Cedric, Baltic et Adriatic) et de continuer à examiner certains aspects en particulier des navires de classe Olympic et de leur histoire. Une édition révisée de mon livre sur l’Olympic serait aussi une bonne chose : il est maintenant épuisé et certaines copies d’occasion se sont déjà vendues à plus de 100£ !

 

Biblio-Titanic : Pour finir, la « question troll » : quelle est votre position concernant la polémique tristement célèbre du Californian ?

Mark Chirnside : J’allais dire « no comment », mais ce serait trop facile ! Je souscris aux positions exprimées dans le livre à venir Report into the Loss of the SS Titanic: A Centennial Reappraisal (History Press, 2011)(Rapport sur le naufrage du SS Titanic : une réouverture centenaire [NdT]). C’est une entreprise collaborative menée par Sam Halpern, impliquant un grand nombre de chercheurs, à laquelle j’ai apporté une petite contribution. Le livre devrait être disponible avant la fin de l’année.

Publié dans Rencontre avec... | 2 Commentaires »

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic

Posté par Antoine le 28 juillet 2011

Parmi les ouvrages francophones publiés sur le Titanic, la plupart sont des travaux de synthèse (parfois excellents, comme on a pu le voir). Peu, en revanche, tentent d’apporter du contenu nouveau. C’est pourtant ce qu’arrive à faire l’ouvrage Les Français du Titanic (lire ma critique ici), co-écrit par François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret et Olivier Mendez et publié chez Marines éditions en 2011. J’ai eu la chance de pouvoir poser des questions à deux des auteurs de cet ouvrage, que je remercie chaudement : voici leurs réponses.

Rencontre avec les auteurs des Français du Titanic dans Rencontre avec... les-francais-du-titanic

Biblio-Titanic : Commençons par quelques questions au sujet du livre : comment est né le projet ? Qui a eu l’initiative, et comment l’équipe s’est elle formée ?

Franck Gavard-Perret : L’objectif était surtout de réunir quatre membres de l’Association Française du Titanic (dont son président et le rédacteur en chef de sa revue) afin de mettre en lumière les vies de quarante-neuf Français, aux parcours très différents et atypiques, pourtant tous embarqués sur le même paquebot.

François Codet : le projet d’utilisation des nombreux éléments recueillis par l’AFT sur les Français du Titanic entre 1998 et 2008 avait déjà été envisagé à plusieurs reprises. Il s’est trouvé pouvoir prendre forme à partir de l’été 2009, en particulier grâce aux conseils pratiques de Gérard Piouffre.

 

B-T : Travailler à quatre demande forcément une certaine organisation : comment vous êtes vous partagé les tâches ? Avez vous eu des difficultés de ce point de vue ?

F G-P : L’essentiel du travail repose sur les recherches généalogiques et biographiques réalisées par Alain Dufièf et Olivier Mendez pendant de très longues années, ainsi que sur les connaissances maritimes de François Codet, ancien commandant de vaisseau. Sur cette solide base se sont greffés quelques travaux que j’avais entrepris pour Latitude 41, la revue interne de l’Association Française du Titanic. François Codet a réussi à rassembler nos différents travaux tout en conservant une certaine fluidité du texte. La principale difficulté consistait à éviter toute répétition, un piège qui se tend facilement lorsque quatre personnes apportent leur propre pierre à un édifice. Ainsi, les derniers mois avant l’impression ont été consacrés aux modifications, ajouts, suppressions et bien entendu relectures.

 

B-T : Depuis combien de temps le livre était-il en préparation ?

F G-P : Si l’on excepte les recherches menées en amont, plus d’une année a été nécessaire pour élaborer un texte clair et trouver un éditeur. François Codet, Président de l’AFT, a mené les pourparlers avec Marines éditions.

 

B-T : Quelles ont été vos principales sources d’information ?

F G-P : Il s’agit essentiellement des centres d’archives départementales et municipales pour les recherches biographiques, ainsi que la presse de l’époque. Une bonne bibliographie que nous avons construite tous ensemble nous a également éclairé sur le Titanic, sa construction, ses installations et sa traversée inachevée. Des ouvrages plus spécialisés et des revues d’associations de « titanicologues », abordant souvent des thèmes particuliers, ont aussi retenu notre attention.

 

B-T : Certains sujets étaient probablement déblayés avant votre passage, mais quels sont ceux pour lesquels vous avez presque tout dû chercher ?

F G-P : Avant la sortie de ce livre, peu de Français du Titanic avaient intéressé les chercheurs. Les précédents auteurs relataient l’histoire de la famille Navratil, à la fois tragique, poignante et assez unique en son genre. Roger Bricoux était parfois mentionné car il appartenait au tristement célèbre orchestre de bord. Le nom de Ninette Aubart apparaissait aussi dans les biographies de Benjamin Guggenheim. Mais aucune publication ne traitait des familles Laroche, Mallet, Lefebvre, du personnel français du Restaurant à la carte, du sculpteur Paul Chevré etc… Certaines recherches ont parfois été épiques, comme celle concernant Marie Eugénie Spencer. Nous avons retrouvé ses origines après avoir établi qu’elle était de sa nationalité française quelques semaines avant l’impression du livre !

 

B-T : Y’a t-il des zones d’ombres qui vous ont vraiment résisté, des points que vous aimeriez encore approfondir ?

F G-P : Bien sûr, toutes les biographies ne sont pas complètes. Dans certains cas, les sources manquent, ce qui est fort regrettable pour l’historien ou le généalogiste. Mais nous savons que les familles de certains de nos compatriotes conservent encore des documents auxquels nous aurons peut-être un jour accès.

De formidables découvertes sur l’identité d’Henriette Yvois ont été réalisées par Alain Dufièf juste après la parution de l’ouvrage. De quoi promettre une belle mise à jour du livre lors d’une éventuelle réédition !

 

B-T : Quels sont vos prochains projets en lien avec le Titanic ?

F G-P : Ils sont nombreux et paraîtront prochainement dans les revues internes de l’Association Française du Titanic, la Titanic International Society et la Titanic Verein Schweiz ! J’achève un article sur les cent ans du voyage inaugural de l’Olympic, je co-écris un article avec Günter Bäbler sur la genèse de la Classe Olympic et je poursuis des recherches sur un mémorial de Glasgow en partenariat avec des centres d’archives écossais.

 

B-T : Et pour parler du Titanic, justement ; la question classique : comment l’avez vous découvert ?

F G-P : En 1997 en achetant le livre de Eddie E. O’donnell présentant les photographies du Révérend Père Browne. Mais je ne crois pas avoir contracté la « Titanicomania » consécutive à la sortie du film de James Cameron.

 

 

B-T : Quel est selon vous le meilleur livre sur le sujet (à part le votre, bien sûr !) ?

F G-P : Pour deux raisons, il est impossible pour moi de considérer un meilleur ouvrage parmi tous ceux proposés par le sujet. D’une part, un bon ouvrage représente l’avancée des recherches au moment même de sa parution. Pour chaque décennie, un ouvrage a semblé sortir du lot et devenir une référence absolue, incontestable (« A Night To Remember » en  1956, « The Maiden Voyage » en 1969, « Titanic, Triumph and Tragedy » en 1986 etc…) mais le Titanic occupe encore un centre d’intérêt si fort que le dossier n’est pas clos. En fonction des recherches, de nouvelles théories voient le jour, des débats sont tenus, des points de vue divergent etc…si bien qu’il n’existe aucun livre définitif sur le sujet. En conséquence, certaines informations ou considérations de Walter Lord, Geoffrey Marcus ou John Eaton et Charles Haas sont désormais contestables voire obsolètes.

D’autre part, l’intérêt à long terme peut concerner un livre abordant un thème particulier et précis. Je pense par exemple au débat entourant le Californian pour lequel le travail de Leslie Reade (« The Ship that stodd still »), qui a aujourd’hui 20 ans, reste une référence. Mieux encore, les travaux de Wilton Oldham (« The Ismay Line ») et Roy Anderson (« White Star ») datent respectivement de 1961 et 1964 mais demeurent incontournables pour l’étude de la compagnie maritime White Star. Des ouvrages biographiques ou autobiographiques conservent aussi une crédibilité. Mais un ouvrage très général comporte nécessairement des erreurs ou des observations qu’une partie des spécialistes contestera.

 

B-T : Pour finir, la question troll : Ismay, coupable ou innocent ?

F G-P : Concernant son évacuation critiquée du paquebot, il s’agit pour moi d’un faux débat. Le jugement manichéen du coupable ou de l’innocent ne relève pas de l’historien mais du sociologue, voire du psychologue. Le véritable intérêt pour l’historien est de définir les circonstances dans lesquelles Ismay a quitté le Titanic. Et force est de constater que peu de témoignages fiables viennent étayer une théorie incontestable.

A propos de sa discussion avec EJ Smith, seule la passagère Lines a « entendu » – je n’ai pas écrit « écouté » – quelques mots dans une pièce où un bruit de fond couvrait partiellement les propos tenus par les personnes attablées. Les deux hommes ont évoqué le fonctionnement général des machines et des chaudières. En réalité, Lines a surtout rapporté que Ismay a déclaré « Nous battrons l’Olympic ». Mais elle n’a jamais reconnu que ces mots avaient été prononcés  sur un ton impératif.

Ismay incarnait un dirigeant de prime abord antipathique tenu partiellement responsable de la catastrophe par l’opinion publique. Sa prétendue lâcheté a été grandement véhiculée par la presse américaine en quête de sensationnel et satisfaite de trouver en lui le parfait bouc émissaire. Certes Ismay a eu une discussion avec Joseph Bell à bord du Titanic. Mais pourquoi se focaliser sur cette entrevue qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire ? En effet, Ismay correspondait régulièrement avec les chefs mécaniciens par courrier pour s’informer sur la bonne évolution des machines de ses navires (Laurentic, Olympic…). Lors de leur dernier entretien, Ismay a demandé à Bell si le Titanic pouvait gagner New York plus rapidement que l’Olympic. S’agissait-il d’un ordre ? Plusieurs indices me laissent penser le contraire. Dans l’absolu, une traversée plus rapide était réalisable mais elle aurait nécessité une consommation excessive de charbon à laquelle Ismay s’opposait catégoriquement. De plus, les passagers n’auraient-ils pas été déstabilisés par une arrivée précoce à New-York ? L’organisation de leur séjour aux Etats-Unis aurait été chamboulée… Pour résumer en reprenant déclarations de EJ Smith accordées à la presse en juin 1911, un navire de la classe Olympic était un « Wednesday ship ».

F C : Je suis de ceux qui pensent que l’objectif de la White Star était bien, au minimum, d’égaler les performances obtenues par l’Olympic. Faire moins bien aurait certainement été d’un effet désastreux. Dans ce cas, Ismay était inévitablement partie prenante dans les décisions liées à ce projet (pour dire le moins). Cela dit, record en vue ou pas, même pour une arrivée à New York le mercredi, la vitesse adoptée par le Titanic aurait certainement été excessive face au danger présenté par la barrière de glace, danger dont le personnel du bord n’avait qu’une vision très parcellaire en raison du faible nombre de messages remis pour exploitation à l’officier de navigation. Or, tous les messages importants dans ce domaine ont bien été reçus à bord en temps opportun, et dûment rediffusés à d’autres stations. Même si Ismay n’était pas directement responsable de ces lacunes lourdes de conséquences, en tant que dirigeant de l’armement sa responsabilité personnelle était néanmoins engagée.

Publié dans Rencontre avec... | 1 Commentaire »

 

Renaissance et Unification |
Sciences |
collège Adberrahim Bouabid ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | DogPeople
| Géotechnique
| Le Scientifique