Titanic 101, The Great Infographic History

Posté par Antoine le 22 août 2014

Parmi les livres publiés à l’occasion du centenaire, Titanic 101, The Great Infographic Story, sorti en 2013, me semblait prometteur. Écrit par Steve Hall, qui a notamment collaboré au précieux Titanic, the Ship Magnificent, il s’annonçait fiable. Aborder le Titanic sous l’angle des chiffres, avec des représentations graphiques destinées à les rendre plus vivants et clairs était par ailleurs une tâche intéressante et qui pouvait offrir un éclairage nouveau sur certains points de l’histoire du paquebot. Mais qu’en est-il réellement ?

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La lecture de l’introduction suffit en effet à émettre quelques doutes sur les qualités de l’ouvrage. Dès les premières lignes, en effet, Hall clame que jamais le Titanic ne fut déclaré insubmersible. Cette idée partagée par nombre de passionnés a pourtant été méthodiquement démontée par George Behe, preuves à l’appui. L’erreur, venant d’un auteur moins prestigieux, aurait pu être tolérée. De la part d’une pointure comme Steve Hall, elle ne peut l’être, d’autant qu’il cite Behe dans les remerciements. Dès le départ, donc, un mauvais point. De façon générale, le livre ne fait pas d’erreurs grossières qui sauteront aux yeux des passionnés. Mais il lui arrive de se permettre des approximations qui ne font pas honneur au prestige de leur auteur. Ainsi déclare t-il que l’hélice centrale disposait de quatre pales, alors que de plus en plus d’éléments tendent à penser que contrairement à son jumeau, le Titanic avait une hélice centrale à trois pales. Ici encore, l’erreur pourrait être acceptable si elle n’était pas commise par l’une des personnes reconnues comme spécialistes de la structure du navire. Dans un ouvrage qui s’attache aux chiffres, donc à une certaine précision, ce manque de rigueur fait tache.

L’ouvrage lui-même doit son titre de Titanic 101 au fait qu’il est composé de 101 diagrammes. Passons rapidement sur le concept même de diagramme qui est parfois ici usurpé. Certains sont particulièrement pertinents et intéressants, comme le n°3 qui permet de voir clairement quelle proportion des ouvriers de Harland & Wolff travaillait sur le Titanic, et combien parmi eux travaillaient de nuit. Une série de graphiques montrant les rescapés et victimes répartis par sexe et classe est également très intéressante, bien que l’information soit plus couramment présentée. Le souci, c’est que les graphiques vraiment pertinents pour le passionné sont très peu nombreux. D’autres illustrent de façon inutile certains chiffres. Quel est l’intérêt de présenter, sur une page, dix-huit roses des vents identiques et soigneusement alignées pour indiquer que dix-huit compas se trouvaient à bord ? Ou de présenter de la même manière seize portes closes pour illustrer le nombre de compartiments étanches ? Le lecteur serait donc incapable de compter jusqu’à 20 sans perdre toute idée de ce que représente le chiffre ? Cependant, la catégorie la plus nombreuse de « diagrammes » est en réalité le principe de l’illustration schématisée d’une courte information. Un Titanic schématisé entouré de petits cœurs accompagne ainsi l’information sur le nombre de jeunes mariés à bord. Une simple bouée (même pas fidèle à la réalité) accompagne l’information sur le nombre de bouées. Un Titanic percé d’une grande brèche accompagne une simple phrase précisant que la coque ne contient aucun gros trou. Et ainsi de suite.

Les infographies promises sont ainsi des dessins toujours très simplifiés, colorés pour la plupart en rouge et noir avec, parfois, quelques nuances de gris. Rien de bien esthétique. Ainsi, outre leur inutilité totale pour éclaircir le propos, les images sont également laides, ce qui fait perdre au livre son intérêt. « Un ajout parfait à toute bibliothèque », dit modestement le résumé en quatrième de couverture après avoir vanté la qualité des infographies « pointues ». Il sera permis d’en douter, car au final, le livre ne sera pas satisfaisant pour le nouveau venu qui ne verra ici que des données brutes ou presque, tandis que le passionné n’apprendra pas grand chose de plus. Véritablement, Steve Hall nous avait habitués à bien mieux.

Steve Hall (infographies de Katie Beard), Titanic 101, The Great Infographic History, The History Press, 2013

 

Les plus

  • Quelques infographies valent la peine en illustrant de façon pertinente des informations peu connues…

 

Les moins

  • … mais elles sont noyées dans la masse des infographies inutiles, quand elles ne prennent pas le lecteur pour un imbécile heureux.
  • Des dessins schématiques sans véritable intérêt esthétique.
  • De Steve Hall, et au vu des pointures mentionnées dans les remerciements, on aurait pu attendre plus.

 

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Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic

Posté par Antoine le 26 novembre 2012

Le monde du jeu vidéo se divise souvent en deux catégories de joueurs. Les connaisseurs, qui apprécient les jeux solides, avec un scénario et des graphismes travaillés, qui garantissent des heures de jeu ; et les amateurs, qui veulent un jeu vite fait, pas forcément très travaillé ni trop dur. Cette catégorie est particulièrement méprisée par les connaisseurs dont je fais partie. Et pour cause, c’est un peu comme si quelqu’un vous disait : « Ah oui, j’aime beaucoup la grande littérature, j’ai dévoré le dernier tome des aventures de Winnie L’ourson. » Oui, ça fait donc mal aux oreilles. Inutile de dire que ces joueurs amateurs (on dit « casual » dans le jargon), sont très appréciés des créateurs de jeux : en effet, ils ont la fâcheuse tendance à voir apparaître une étiquette indiquant « pigeon » sur le front de ces créatures maudites. Et quand à l’approche d’un tel individu, cumulée à un centenaire, vient aux oreilles d’un producteur de jeux… cela donne… Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic. Inspectons donc les lieux du crime.

Inspecteur Magnusson, Meurtre sur le Titanic dans Jeu vidéo inspector-magnusson-murder-on-the-titanic_1

Car en matière de meurtre, c’est ici le bon goût de nombre de joueurs qui est assassiné avec cet étron vidéoludique. Pire, c’est également leur bon sens qui est littéralement lynché quand on découvre que cette chose se vend à plus de dix euros, qui peuvent très probablement être mieux utilisés. Le scénario est simple : un soutier du Titanic a été assassiné, à vous de découvrir ce qu’il en est. Le jeu met en lumière une relation de la victime avec une dame de première classe… Mais je n’avoue ne pas être allé bien loin, vous comprendrez vite pourquoi. Je ne peux donc juger du dénouement, mais une des rares critiques que j’ai lues sur le sujet dit que c’est le principal point positif du jeu. Donnons lui le bénéfice du doute.

Le scénario déjà bateau (pas de mauvais jeu de mot s’il vous plait) est, qui plus est, desservi par une mise en scène pathétique. Comprenez le : là où des jeux pour « vrais » joueurs iront chercher des doubleurs de qualité, vous présenteront des scènes cinématiques à couper le souffle… Ici, on a une vague animation sous forme de bande dessinée où les personnages ne bougent pas. La seule animation… les cases de la BD se déplacent progressivement, les bulles bougent parfois. Et bien entendu, aucune voix, de tout le jeu. Je sais que le « rétro » est à la mode, mais depuis le début des années 1990, les personnages de jeu vidéo parlent. Avec de vraies voix.

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Cette séance d’objets cachés n’est que la première d’une longue série…L’Inspecteur Magnusson emporte décidément des choses étranges en voyage…

 

Pouvons-nous vraiment juger la vérité historique ? Les décors ressemblent (très) vaguement au paquebot. Vraiment très vaguement. J’ai cru reconnaître le café parisien, et la cabine de troisième classe (où est logé le soutier victime, no comment), semble relativement fidèle. Mention spéciale, aussi, à la morgue du navire, superbement reconstituée… quand on sait qu’elle n’existait pas. Mais à vrai dire, tous les décors sont surchargés par des avalanches d’objets divers. Car ont tombe dans le gros travers, la grosse mode du jeu « casual » à 10€ : les objets cachés. Le jeu est une alternance d’énigme simplissimes et de « saura tu trouver tous les objets demandés dans cette image ? » À vous, alors, de retrouver les écharpes, pièces de monnaie, cordes et bien entendu, les saxophones planqués dans la salle des chaudières. Pour ce qui est des énigmes, il faudra notamment ouvrir le couvercle d’un piano pour libérer un chien. Voilà voilà.

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Encore le coup des objets cachés. Ce jeu nous apprend au moins que l’équipage du Titanic était des plus désordonnés.

C’est ici la grande faiblesse du jeu : il est simplissime. Le QI requis pour le réussir est estimé à celui de la moule (frite). Depuis quelques années, certes, les jeux vidéos, même pour les connaisseurs, ont tendance à se simplifier… Mais il y a des limites ! En 1993, on découvrait le monde du jeu vidéo en se cassant la tête des heures durant sur les énigmes de Myst. Ici, on passe 10 secondes à chercher la cinquième vis manquante pour remettre en place une poignée de porte. Et si cela s’avère trop difficile, il est toujours possible de cliquer sur un bouton d’aide bien visible pour voir un indice apparaître, ou faire clignoter l’objet tant convoité. Et dans le cadre des énigmes… si elles s’avèrent trop compliquées, un bouton bien en évidence permet de, tout simplement, les sauter. Bref, le jeu est très facile… mais il est probable qu’il vous lassera trop vite pour que vous le finissiez.

Malheureusement, la malédiction du casual gaming a massacré tous les jeux touchant au Titanic, et aucun jeu décent ne nous a été offert depuis le magnifique Titanic, une aventure hors du temps… il y a 16 ans déjà. Messieurs les producteurs, laissez tomber les étrons, donnez nous de la qualité !

 

Les plus

  • Que dire ? Il semblerait que le scénario soit pas mal.
  • Les graphismes n’ont que 10 ans de retard. En tapant large. Mais l’esthétique « dessin animé » ne rend pas trop mal : sur une console DS ou un iPhone, ça serait très bien.

 

Les moins

  • Aucun intérêt ludique à moins d’être une huitre. Ressortez les classiques.
  • Aurait-il été trop dur d’enregistrer quelques voix ? Même, je sais pas, le programmeur et sa femme, faisant des voix différentes. Ça aurait été mieux que les bulles façon BD qui rappellent les jeux Game boy de mon enfance : la Game Boy avait l’excuse de ne pas pouvoir, techniquement, recréer la voix. Les PC le font depuis vingt ans.
  • Un coup d’objets cachés à l’occasion, c’est distrayant, et ça permet au concepteur de bâcler un passage en cas de manque d’inspiration. Mais quand tout le jeu ou presque est constitué de ça…
  • Vendu pour plus de 10€ : ce n’est plus de l’arnaque mais du grand banditisme.

 

 

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Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur

Posté par Antoine le 26 juin 2012

Ce titre à rallonge, je l’avais déjà entrevu dans une bibliographie il y a plusieurs années et il m’avait intrigué. À n’en point douter, il devait s’agir d’un récit romancé : peu probable qu’un rescapé ait pris note de la dernière conversation de J.J. Astor, quel qu’ait pu être son prestige. En réalité, il s’agit d’une nouvelle d’une dizaine de pages écrite par l’Allemand Gert Hofmann. Et pour tout dire, je suis bien content de l’avoir emprunté à la bibliothèque la plus proche et non acheté, tant ce fut pour moi une déception !

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Il n’y a pas à dire, le récit commençait bien. Je ne sais pas si c’est le fait de dire que J.J. Astor était propriétaire du Titanic, ou encore celui de le faire courir partout dans le navire pour dire que tout va bien qui m’a le plus atterré à la lecture du premier paragraphe. Dans tous les cas, le choc fut suffisant pour que la trame du récit elle-même ne me choque pas. Le Titanic coule, et donc Astor, fort logiquement, se rend au salon de coiffure du bord (tenu par son coiffeur personnel, bien entendu) pour… se faire raser, les pieds dans l’eau. Seule bonne surprise du récit, le coiffeur porte le nom authentique d’un des coiffeurs du bord, Weikman, mais comme, au final, rien ne correspond à la réalité, il eut tout aussi bien pu s’appeler Dupont. Ou alors le véritable August Weikman servait J.J. Astor depuis 21 ans, mais sans avoir quitté le Royaume-Uni (eh oui, puisqu’il dit dans le récit qu’il n’a jamais pris la mer). Comment pouvait-il donc raser un client américain depuis la Grande Bretagne, nous ne le saurons jamais ; mais le fait que l’auteur se trompe également lourdement en donnant à Astor un titre de noblesse britannique est peut-être un indice satisfaisant.

On l’aura donc compris, le récit lui même n’a a peu près rien à voir avec la véritable histoire du Titanic. En cela, il fera bien rire le passionné. D’autant plus qu’on sent que Hofmann a fait des recherches : il est fort probable qu’il ait en effet eu sous les yeux une liste de passagers dont il aura pris les noms au hasard. Pas beaucoup plus non plus, car, ne rigolez pas, l’auteur conclut son récit sur « M. Gatti, le chef de cuisine du Maxim (sic) qui le vit, alors qu’il se trouvait lui-même à bord d’un canot ». La prochaine fois que vous mettez en scène un rescapé du Titanic, M. Hofmann : assurez vous qu’il a survécu au naufrage ; autrement, ça fait tache. Mais, du fond de sa tombe de la section « Titanic » d’un cimetière de Halifax, Luigi Gatti appréciera l’attention.

D’un point de vue historique, donc, la nouvelle est à peu près aussi fiable qu’un article de Voici. Mais qu’en est-il du point de vue littéraire ? Mes quelques années d’apprentissages de l’Allemand ne m’ont laissé que de maigres souvenirs, mais il me semble bien que nos voisins d’Outre-Rhin utilisent aussi des guillemets pour signaler qu’un personnage parle. Pas le récit. Erreur de l’auteur, facétie du traducteur ? Toujours est-il que quand un dialogue se retrouve rédigé sans tirets et sans guillemets, et que les phrases des deux protagonistes se mélangent aux descriptions, cela engendre un beau magma incompréhensible. Allez savoir quand l’auteur vous fait une remarque de son propre cru, fait parler Weikman ou Astor… Du point de vue typographique, le récit égale à peu près une – mauvaise – rédaction d’élève de CP. Et je vous passe les fautes de Français. C’est bien la première fois qu’un traducteur considère qu’une moitié, c’est masculin.

Si malgré cela vous arrivez à lire, le style est lourd, lourd… L’auteur se perd dans des considérations psychologiquo-sociales avec des insinuations aux ficelles encore plus grosses que le film de Cameron. Par excès de vanité, le propriétaire du Titanic (Astor, donc…) a voulu cacher les hublots par des plantes pour oublier qu’on est en mer, et, bien entendu, même quand le salon de coiffure a les pieds dans l’eau, il reste persuadé que le navire est insubmersible (il me semble que même le film tourné par les Nazis sur le sujet était moins caricatural). On a également le côté conte social : aux portes de la mort (oui, dans les faits, Weikman a survécu, mais pas dans le récit. On a du confondre son corps avec celui de Gatti, voilà), les deux hommes se rendent compte qu’ils sont nés le même mois (bon, en fait ils avaient facilement quatre ans d’écart, mais on n’est plus à ça près), Astor, ce vil patron, s’intéresse enfin aux conditions de travail de son employé, et à la fin, ils se serrent même la main.

On pourra penser que j’ai la critique facile, mais je vous assure que, pour ma part, je n’ai pas caricaturé à un seul moment de ce compte rendu. Décidément, ce livre n’a pas grand intérêt. Pas sûr qu’il soit même à la bonne taille pour caler un meuble. Et si vous me croyez pas, vous pouvez même lire les premiers paragraphes ici.

Gert Hofmann, Conversation à bord du Titanic lors de son naufrage entre Sir John Jacob Astor et son coiffeur, Actes Sud, 1993.

Les plus

  • L’auteur a au moins eu le mérite de donner au coiffeur d’Astor le nom d’un des coiffeurs du Titanic. C’est léger, mais c’est le seul point positif que j’aie trouvé à ce récit…

 

Les moins

  • Tout simplement illisible. Style lourd, fautes d’orthographe… L’absence de signes typographiques dans les dialogues achève le tout : on est plus proches de l’épigraphie latine que de la nouvelle… Peut-être les dix pages les plus longues de ma vie…
  • D’un point de vue purement historique, le récit n’a aucune qualité et multiplie les erreurs. La première phrase parle d’elle-même : J.J. Astor propriétaire du Titanic ? Vraiment ?
  • Le fond du dialogue est téléphoné et classique. L’éternel thème du Titanic issu de l’orgueil humain surpassant la nature ; il a parfois été traité avec élégance… Ici, la subtilité n’est pas au rendez-vous. Quant au message sur les classes sociales… ce ne sont plus de grosses ficelles qui sont utilisées ici, mais des cordages !

 

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Titanic, la véritable histoire

Posté par Antoine le 10 avril 2012

Il y a comme une malédiction dans le monde des documentaires. Il y a ceux qui ne cherchent pas à trop se montrer, comme les deux que j’ai commentés hier, plaisants à regarder et fiables… Et il y a les bouses, les étrons, les horreurs. Ceux qui enchaînent les lieux communs, erreurs et bouffonneries. De façon intéressante, ceux-ci ont souvent des titres sensationnalistes, clamant détenir « la vérité », comme s’ils sentaient, au fond d’eux, qu’ils allaient dire une immense connerie. Lorsqu’un documentaire s’intitule Titanic, la véritable histoire, on peut sérieusement s’attendre à le placer dans la deuxième catégorie. Et ici, ça ne rate pas.

On peut aisément reconstituer la réflexion des réalisateurs : « Bon, on fait un documentaire sur le Titanic. Il nous faut une histoire d’amour, du suspense, de l’action, des trucs qui bougent. Respect de l’histoire ? On s’en fout. On prend les noms, et on leur fait faire des trucs qu’ils auraient pu faire, ça passera. » Le terme de docu-fiction n’a jamais été aussi malvenu. C’est de la fiction, tout court. Difficile ici de faire une liste des points positifs et négatifs : je n’ai pas trouvé de point digne d’entrer dans la première catégorie. Voici donc la liste (non exhaustive, je n’ai pas tout relevé, je ne suis pas une machine !) de toutes les horreurs proférées dans le documentaire.

  • On suit l’histoire d’une passagère, qui, lors du naufrage, retourne à sa cabine pour récupérer ses affaires, y est enfermée par un steward, sauvée par son amant après avoir vu de l’eau sortir par les lavabos et… Oui, bon, vous l’aurez compris, récit à l’authenticité douteuse (on me souffle dans l’oreillette que Berthe Mayné a envisagé de le faire retourner à sa cabine, mais en a été dissuadée et est partie dans un des premiers canots : on le voit donc, le documentaire est parti d’une supposition pour broder son histoire).
  • On a aussi le marin qui était parti inspecter les compartiments arrière, a vu les portes étanches se fermer, et s’est jeté dessous. Et hop, une jambe coincée. Ce n’est étayé par aucun témoignage (et pour cause, tout individu normal se serait rué vers l’échelle de service plutôt que de se jeter sur une porte jouant les guillotines), mais la scène revient pendant tout le documentaire. Notre marin essaie d’attraper une hache, d’atteindre la valve pour remonter la porte… Rien n’y fait. Répétitives, lassantes, inutiles et inexactes, ces scènes sont le grand moment du documentaire !
  • On a aussi la passagère de troisième classe qui prenait son bain à minuit pour éviter l’affluence (bien, sauf que je doute que les stewards chargés des baignoires, qu’on n’utilisait pas seul, aient travaillé de nuit). Mais ça permet de montrer un bout de sein, et ça, ça fait péter l’audimat. Le reste de son histoire permet de nous sortir le classique coup des troisième classes séquestrés dans les fonds du navire et ainsi de suite, le tout étalé sans recul…
  • On a aussi un inénarrable graisseur envoyé faire on ne sait trop quoi, et qui finit par monter dans la quatrième cheminée pour y… écrire un message dans une bouteille, qui parviendra sur les côtes irlandaises. Oui. Docu-fiction : si ceci c’est vraiment passé à bord, je me fais moine. Mais comme il n’y a pas de témoignages, on dira que c’est une liberté artistique. Dommage quand on clame raconter la véritable histoire…
  • On a aussi le coup du navire qui change brusquement d’inclinaison d’un côté à l’autre, renversant les passagers, la vaisselle, tout. Aucun témoin n’en a parlé, mais ça fait joli à l’écran. Oui, « véritable » histoire.
  • Et bien sur, on a les cloisons étanches. Enfin non : seules les portes sont étanches. Les cloisons autour pètent quand la pression devient trop forte. Comme ça, pouf.
  • Quant à l’électricité, bah pour parodier un chanteur à qui elle n’a pas porté chance, on dira qu’à bord du Titanic, « ça s’en va et ça revient » ! Non, le courant ne s’est pas coupé uniformément à la fin comme le disent tous les témoins. Il alternait. Un peu comme quand Jacquouille la Fripouille joue avec l’interrupteur.
  • Il y a aussi une superbe prise de bec entre le commandant Smith et Bruce Ismay. Je disais récemment qu’étonnamment, il souffrait peu dans les mauvais documentaires. Celui-ci a restauré l’équilibre : toutes les scènes où il est présent ont pour but de le faire passer pour le Diable en personne. Basées sur du rien ou, dans le meilleur des cas, s’inspirant de faits réels pour les modifier allègrement, je me suis surpris à trouver qu’à côté, le Titanic produit par les Nazis en 1943 était un trésor d’objectivité.
  • D’ailleurs, parlons en, du jeu d’acteurs ! Tous sont incroyablement mauvais. Tellement qu’ils auraient pu être recalés aux auditions d’Hélène et les garçons. Leur jeu est caricatural, exagéré, mauvais… Et franchement, Joseph Bell qui devient le sosie de M. Propre ! Rendez nous les acteurs des Héros du Titanic !
  • Les représentations 3D sont décentes. Les décors intérieurs pathétiques. Il n’y a aucune cohérence. Bruce Ismay descend des escaliers pour aller sur la passerelle de navigation… sur le pont le plus élevé. Le jeune Jack Thayer, fils d’un président de ligne de chemin de fer, sort de sa cabine pour errer en… troisième classe…
  • De plus, le documentaire s’attarde pendant près d’une heure (sur une heure et demie) à traiter des dix minutes suivant la collision : coulera ? Coulera pas ? Coulera ? Coulera pas ? Inutile de préciser que ce jeu sur le suspense prend mal. On voit les premiers canots vers la fin et, malgré les nombreuses scènes de panique vues auparavant, personne n’y monte.

Je pourrais continuer longtemps cette liste. Je préfère m’arrêter là. Ce documentaire ne mérite que l’oubli. On se demande comment la BBC a pu produire une telle horreur, et comment France 2 a pu la diffuser. Par pitié, la prochaine fois, demandez de l’aide aux connaisseurs…

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Les Secrets du Titanic

Posté par Antoine le 26 mars 2012

Avec le centenaire du Titanic arrivent inévitablement dans les rayons de nos librairies quelques livres francophones sur le Titanic. Bien sûr, nous n’aurons jamais la chance de lire dans notre langue des études aussi précises et poussées que ce que nous offrent nos amis anglophones, et le vrai chercheur Titanicophile a tout intérêt à s’attaquer à la VO ; mais cette année est celle où l’on trouvera du livre français sur notre paquebot fétiche et, dirons certains, ça se fête. Oui et non, car, pour quelques livres de vulgarisation bien écrits, pour quelques ouvrages complotistes drôles à lire et démonter, on trouvera également une catégorie maudite. Celle des livres dont l’auteur a essayé d’écrire quelque chose de décent sur le Titanic, mais n’a pas vraiment réussi.

Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre. Il aurait pu devenir, à l’image de Le Titanic ne répond plus, un de ces ouvrages de vulgarisation que l’on conseille pour aborder l’histoire du navire. Mais il a échoué sur certains points rédhibitoires qui font qu’il ne sera d’intérêt ni pour le passionné, ni pour le néophyte. Voyons ensemble pourquoi.

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Avec un titre pareil, à vrai dire, le livre ne part pas gagnant. Souvent, quand on nous propose de découvrir « les secrets sur… », on peut s’attendre au meilleur du pire ; aux thèses complotistes, à « ce qu’on nous cache depuis longtemps » mais que tout le monde connaissait en fait déjà. Lecteurs de Biblio-Titanic, je vous avais déjà présenté quelques documentaires souffrant de cette tare. À la décharge du livre, ce n’est pas son titre original : Titanic, the Tragic Story of the Ill-fates Ocean Liner, certes redondant, mais déjà moins sensationnaliste. Mais que voulez-vous, il faut croire que le Français aime le sensationnel, et c’est comme ça que le très bon documentaire Birth of a Legend s’était retrouvé affublé du titre le plus bateau au monde : Titanic, la légende.

Si l’on passe donc sur ce titre d’une triste banalité, le reste du livre est déjà plus appréciable sur la forme. Il est bien illustré, on y trouve des photocopies de documents rares (les cartes d’identité de certains membre d’équipage, notamment) ; mais dans la mesure où ces documents doivent se trouver ailleurs, ce n’est clairement pas une raison suffisante justifiant la dépense.

Passons au contenu. L’auteur, Rupert Matthews, est un sombre inconnu dans le milieu du Titanic. C’est un auteur assez éclectique et prolifique si l’on en croit la liste de ses publications fournies par son site : de la Première Guerre mondiale aux aliens en passant par les animaux préhistoriques, les chasses aux fantômes et les gladiateurs, on comprendra qu’il n’ait eu que peu de temps à consacrer au Titanic. De ce point de vue, force est d’avouer qu’il a tout de même fait des recherches et lu un certain nombre de témoignages, qu’il s’agisse des commissions d’enquête, des récits d’Archibald Gracie, Charles Lightoller, Harold Bride et de quelques autres. Il déclare également avoir lu La Nuit du Titanic, de Walter Lord. Bref, le plus gros des sources primaires. Malheureusement, il s’est peu penché sur l’historiographie récente qui lui aurait apporté une nécessaire mise en perspective des faits. On sent que le Titanic n’est pas son milieu, et qu’il se perd parfois.

Tentant d’être assez précis, Matthews débute par un rapide historique de la White Star Line, mais s’embrouille dans les navires, se perd dans les dates, et, comme une mauvaise démonstration de maths d’un lycéen, donne un résultat un peu brouillon en espérant que ça ne se verra pas trop. Cela passe certainement inaperçu pour quelqu’un qui ne connait pas le sujet et apprend des choses erronnées ; mais aux yeux du passionné, cela ne pardonne pas. De même, il s’emmêle lorsqu’il parle de la protection du Titanic contre les incendies. Comprenant mal le récit de Charles Lightoller, qui consacre une parenthèse à la protection anti-incendie des navires des années 1930, il imagine celle du Titanic de façon erronnée et explique qu’elle avait été conçue en tenant compte de l’incendie de L’Atlantique… qui a coulé vingt ans après. Plus drôle encore, et toujours par erreur d’interprétation, il imagine un temps que Lightoller s’est hissé non pas sur le canot B retourné… mais sur la quille du Titanic lui-même ! (il est cependant possible que ce soit là une erreur de la traduction, comme on le verra ensuite)

Le livre donne ainsi un certain nombre de témoignages et essaie de dresser un récit assez détaillé du naufrage. Mais les erreurs flagrantes que l’on relève parfois ont tôt fait de décrédibiliser tout le reste : on se sent obligé de vérifier pour chaque information si l’auteur ne rapporte pas un savant bidonnage monté par la presse. Et comme il ne donne pas ses sources, la tâche n’est pas aisée. Par ailleurs, s’il est objectif sur à peu près tout le monde, s’il traite assez objectivement la question du Californian en évoquant toutes les pistes… on ne peut pas en dire autant de son évocation de Bruce Ismay, qui hériterait presque d’un cache oeil et d’un couteau entre les dents. Il n’est, bonne nouvelle, pas accusé d’avoir fait accélérer le navire. Son comportement durant le naufrage est en revanche dressé de façon caricaturale. Lorsqu’il presse Lowe de faire descendre les canots et se fait rabrouer, c’est une preuve qu’il est en train de perdre le contrôle de lui-même et fait n’importe quoi (logique). Lorsqu’il va chercher des hôtesses et leur sauve la vie en les forçant de monter dans un canot, il se mêle de ce qui ne le regarde pas (logique ?). Même quand il sauve des gens, Ismay se comporte mal. Comique, d’autant que l’auteur traitait Archibald Butt en héros quelques pages plus tôt pour s’être, lui aussi, « occupé de ce qui ne le regardait pas ».

La qualité du livre est donc, on l’aura compris, douteuse, et ne pas l’acheter est une économie sensée. Certains diront tout de même qu’il est rare que des ouvrages anglophones soient traduits sur le sujet, et qu’il ne faudrait pas s’en plaindre. Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours eu une préférence pour la version originale dans les films ; ce livre est également un vibrant plaidoyer pour la lecture en langue originale tant la traduction est mauvaise. Outre certaines faute de français, heureusement rare, c’est surtout du point de vue du langage technique, que la traduction sonne un peu… « Google ». Tout au long du récit, les chauffeurs deviennent des « pompiers » (erreur assez répandue et contre laquelle je me dois de hurler : non, il n’y avait pas 200 pompiers à bord du Titanic, soyez logiques !), les gilets de sauvetage deviennent des « bouées », et les « membres d’équipage » deviennent des « équipiers ». Et je ne parle pas de l’erreur de typographie persistante qui fait que « Harland and Wolff » est constamment orthographié « Harlandand Wolff ». Une fois, ça va. Deux fois, bonjour les dégâts.

Editeurs à la recherche de publications, la prochaine fois que vous ferez traduire un ouvrage sur le Titanic, essayez de choisir un bon ouvrage, et un traducteur qui connaisse la marine un minimum. Cela évitera ce genre de désastre. Les Secrets du Titanic aurait pu être un très bon livre, tout comme le Titanic s’annonçait être un très bon bateau. Mais l’accumulation de nombreuses erreurs mineures a sur les deux le même effet : elle les entraîne inexorablement vers le fond. Bien essayé, pourtant.

 

 

Les plus

  • Globalement, le récit n’élude aucun aspect de l’histoire, de la construction du Titanic aux derniers films.
  • L’auteur a fait un bon travail de recherche dans les sources primaires.
  • Les illustrations sont souvent peu communes.

 

Les moins

  • Des erreurs trop nombreuses pour être pardonnables : l’auteur aurait dû faire relire par des connaisseurs qui les auraient repérées au premier coup d’oeil.
  • Un ouvrage très inégal : certaines pages sont très bonnes, d’autres sont un véritable massacre au vu du nombre d’erreurs et approximations. Impardonnable pour un ouvrage qui prétend devenir une référence historique.
  • La traduction est par endroits désastreuse. Cela entraîne au mieux des erreurs récurrentes, et peut-être aussi des confusions plus graves par endroits.

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Britannic

Posté par Antoine le 28 décembre 2011

Lorsque j’étais encore un innocent écolier de primaire, mais déjà fiché « Titanicophile », un ami connaissant ma passion m’avait un jour dit : « Mon père a trouvé un film un peu copié de Titanic, ça s’appelle Britannic ». Il ne s’agissait pas d’un plagiat, mais d’un téléfilm consacré au sort du jumeau du Titanic, le Britannic, coulé en 1916 suite à une explosion dont l’origine prête encore aujourd’hui à polémique. Pourtant, il est clair que ce téléfilm de Brian Trenchard-Smith sorti en 1999 a clairement surfé sur la vague du Titanic de James Cameron. Que vaut-il ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Affiche du film

L’action prend donc place en 1916, lors de la dernière traversée du paquebot transformé en navire-hôpital. Une épouse de diplomate, ses deux enfants, et leur gouvernante embarquent à bord du Britannic pour rejoindre leur proche. La famille ignore que la gouvernante, engagée sur le tard, est une espionne au service du Royaume-Uni, chargée de protéger le navire d’agents secrets travaillant pour l’ennemi. Et elle va avoir du travail, puisqu’un vil teuton a assassiné l’aumônier du navire et pris sa place. Sur fond de romance entre les deux agents, qui ignorent bien entendu leurs affiliations respectives, les Allemands tentent de couler le navire (qui transporte des armes au Caire), tout d’abord en organisant une mutinerie au sein des chauffeurs et soutiers irlandais, puis en demandant à un sous-marin de torpiller le paquebot. Notre espionne parvient cependant à contrecarrer ces plans, sans jamais trouver leur instigateur. Lorsqu’elle le démasque enfin, il déclenche sous ses yeux une explosion fatale au navire. Mais, héros au grand cœur, il fait tout pour l’aider à sauver les enfants dont elle a la charge. Elle même redescend le sauver lorsqu’il se trouve en difficulté (oui, on fait dans l’originalité), et tous deux s’échappent finalement du navire. Arrivés dans un canot vide aspiré par les hélices, ils doivent faire face à une mort certaine. L’agent du Kaiser fait alors preuve d’un formidable héroïsme en se sacrifiant pour permettre à sa douce de se mettre en lieu sûr. Sur fond de musique qui fait pleurer, on assiste à la triste fin du navire, puis à d’authentiques vues de son épave avec textes pour nous indiquer qu’il a existé pour de vrai. Fin.

D’un point de vue historique, que vaut cette histoire ? Pas grand chose, il faut bien le dire. Le Britannic n’aurait en aucun cas transporté de tels passagers, puisqu’il était navire-hôpital. Il est par ailleurs avéré depuis la découverte de l’épave en 1975 qu’il ne transportait pas d’armes. La théorie du téléfilm tombe donc à l’eau, d’autant que la même découverte de l’épave indique clairement que le navire a été coulé par une explosion venue de l’extérieur, et non par l’intérieur comme montré ici. À cela s’ajoutent un certain nombre d’invraisemblances : il est probable que si une mutinerie organisée par l’IRA avait pris place à bord et s’était finie par un bain de sang, on en trouverait quelques traces dans les récits des rescapés. De même pour une attaque à la torpille, d’autant que dans le film, un navire de guerre secourt le Britannic.

Les héros de Britannic
Même les acteurs principaux sont désespérés de jouer aussi mal.

Avec tant d’erreurs historiques, le téléfilm perd donc une part de son crédit. Mais reste t-il pour autant un bon divertissement ? Pas vraiment. Il se permet en effet des longueurs qui ont tôt fait s’insupporter le spectateur. Les acteurs principaux, Edward Atterton et Amanda Ryan, sont tout bonnement insupportables, la palme revenant à cette dernière, dont le jeu rappelle globalement le niveau de séries comme Hélène et les garçons. Et encore. Quelques acteurs de prestige sont présents pour remonter le niveau ; Jacqueline Bisset et surtout John Rys-Davies (alias Gimli, dans le Seigneur des Anneaux et Salah dans Indiana Jones) dans le rôle du capitaine Barrett (le vrai s’appelait Bartlett, mais on n’est plus à ça près). Mais leurs rôles sombrent parfois dans la caricature, avec un capitaine bonhomme et macho, et une riche femme un peu simplette ; après tout, ils doivent mettre en valeur les (trop fades) personnages principaux, mais n’y parviennent pas. Au final, on en arrive à se demander si le Britannic était un navire hôpital, ou un asile pour imbéciles. À noter que la version française est particulièrement savoureuse, puisque totalement horrible : les enfants ont les voix les plus insupportables imaginables, façon série américaine ; l’actrice principale donne l’impression d’avoir été doublée par Amanda Lear, et tous semblent lire un texte dans un dynamisme qui ferait passer un épisode de Derrick pour un film d’action. Ajoutez à cela une musique digne d’un documentaire animalier, et des vues en 3D qui ont très très mal vieilli… Et le tableau est complet.

Remarquez qu’au moins, il est drôle à voir, pris au second degré, et si ses longueurs ne vous envoient pas dans les bras de Morphée.

 

Les plus

  • Comme à un devoir d’élève audacieux mais totalement raté, on aurait envie de dire « De bonnes idées, mais a du mal à les réaliser » : le sujet était intéressant, et le réalisateur a du mérite d’avoir essayé de le traiter. Mais c’est malheureusement son seul mérite.
  • Pris au second degré et regardé entre amis, c’est toujours drôle à voir.

 

Les moins

  • Jeu d’acteurs souvent lamentable.
  • Visuellement, le Britannic est assez laid ; et ses intérieurs sont très peu fidèles à la réalité.
  • Musique que l’on pourrait, au mieux, qualifier de somnifère. Mais au moins, ils nous ont épargné Céline Dion.
  • Respect de l’histoire proche de zéro.

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Un film, une histoire : Titanic

Posté par Antoine le 21 août 2011

Diffusé hier sur France 5, l’épisode de la série de documentaires Un film, une histoire consacré au film Titanic de James Cameron pouvait faire saliver : beaucoup de choses pouvaient être détaillées dans une comparaison fiction/vérité, le documentaire aurait pu se pencher sur les inspirations de Cameron pour tel ou tel personnage fictif, sur ses prises de position, bonnes ou mauvaises et ainsi de suite. Malheureusement, il n’en est rien tant les points comparés sont anecdotiques. Au final, le film de Cameron sert de prétexte à un énième documentaire assez bateau sur le Titanic, et loin d’être exempt de reproches.

Un film, une histoire : Titanic dans Documentaire Titanic

Le documentaire part pourtant de bons sentiments et prend même la peine de se fonder sur le récit de Lawrence Beesley, The Loss of S.S. Titanic. Il est aussi fait appel à un « historien » du Titanic, qui se révèle cependant être inconnu dans le « milieu ». Sa présence est finalement un point négatif, puisque sous couvert d’expertise, le bonhomme déblatère un certain nombre d’énormités qu’aucun autre historien ne contre : un documentaire sérieux aurait cherché à recouper les points de vue. Pas celui-ci.

Des expériences sont également menées pour déterminer si plusieurs points du film correspondent à la réalité. La première cherche à évaluer le temps mis par le Titanic pour tourner, et éviter l’iceberg. Problème ? Le « navire virtuel » qui sert à l’expérience semble assez éloigné des proportions du navire original. Comment recréer une expérience qui se veut précise, si toutes les conditions ne sont pas remplies ? Et au passage, savent-il qu’en 1912, le test avait déjà été effectué sur l’Olympic pour déterminer ce même laps de temps ? Les conditions étaient, pour le coup, beaucoup plus proches, mais il faut dire que « le premier Titanic virtuel au monde » est beaucoup plus télégénique qu’une expérience centenaire. Au final, Un film, une histoire souffre de la même tare génétique que La Minute de vérité : il faut faire du vendeur quitte à biaiser les faits ou se moquer du téléspectateur. Au demeurant, les deux documentaires partagent le même hideux Titanic en 3D mal fichu.

E.J. Smith

« Tiens, cette fois c’est moi qui prends tout… »

 

Et puis il y a les jugements à l’emporte pièce de notre « historien » sur le commandant Smith ; particulièrement surprenants. Dans un documentaire sur le film de Cameron, on se serait attendu à ce que le cas d’Ismay soit évoqué, en bien ou en mal (vraisemblablement en mal pour l’audimat).  Eh bien son nom n’est pas cité une seule fois ; Smith lui sert de bouclier. Trop vieux, trop incompétent ; le commandant qui enchaînait les accidents… L’historien autoproclamé oublie de préciser que les accidents (ou plutôt, dans ce cas précis, incidents) de ce type étaient courants sur les gros navires, et oublie également de citer tous les marins qui encensent le capitaine du Titanic. Et puis on l’accuse aussi d’être allé trop vite : La Palisse revient en effet au galop pour nous expliquer que s’il était allé plus lentement, le Titanic n’aurait pas heurté l’iceberg mais serait arrivé en retard. Cela, tout le monde le sait depuis 1912 ; mais on sait aussi qu’aller vite dans ces circonstances revenait à appliquer la procédure habituelle, que le Titanic a justement fait changer. Enfin, il est également responsable de ne pas avoir essayé de surcharger les canots. La logique même : un bateau coule, risquons toutes les vies plutôt que de tout faire pour en sauver certaines. Tout ça part très mal.

 

Rose et Jack sur la planche

Y’a pas à dire, y’avait de la place pour deux sur cette foutue planche !

 

Il y a aussi du moins discutable : le film tente d’analyser l’origine du personnage de Rose. Si les créateurs avaient fait des recherches assez rapides, ils auraient pu constater que Cameron avait déclaré s’être inspiré de femmes de la haute société comme Emily Ryerson ou Helen Churchill Candee. Ils ont préféré se contenter de chercher le nom le plus proche dans la liste des passagers. Et donc de trouver une certaine Rosa Abott, dont Cameron n’a jamais dit mot, et qui n’a que le prénom vaguement en commun avec l’héroïne. Soit. Cela permet au moins de faire un portrait décent de cette personne. De même on tente par de grandes expériences scientifiques de tester la résistance à l’eau, dont on déduit que la femme résiste mieux au froid que l’homme grâce à sa graisse (cela explique d’ailleurs que les rescapés ayant longtemps séjourné dans l’eau soient… des hommes ; merci pour l’explication) et, plus intéressant, que nager accélérait la mort. Certes ; mais cette expérience devait à l’origine chercher à savoir pourquoi Jack était mort et non Rose. Au lieu d’invoquer les questions de graisse, ils auraient pu remarquer que ladite Rose état sur une planche, et pas Jack. Passons : l’expérience apporte au moins un résultat intéressant même si son point de départ est franchement tiré par les cheveux.

media--image-348649-article-ajust_300 dans Pas une grosse perte

Le point de vue du documentaire est parfois un peu tiré par les cheveux…

 

Il y a enfin ce qui est de l’ordre du pas mal, voir très bon. Tout d’abord, on ne nous sert pas l’éternel « pas assez de canots par pure audace », et les réalisateurs ont pris le soin d’expliquer qu’à l’époque, le public ne donnait pas aux canots le même rôle qu’aujourd’hui. De même, alors que l’on analyse le mystère du Californian, Stanley Lord n’est pas immédiatement accusé comme l’aurait fait un documentaire bateau : les auteurs expliquent même qu’il n’aurait de toute façon pas pu aider. Ils expliquent enfin que le navire semblait être plus près du Titanic à cause d’un phénomène de super-réfraction : ce dernier point est particulièrement surprenant et n’a jamais été évoqué : affaire à suivre pour voir si c’est potentiellement vrai, ou du pipeau.

Le documentaire souffre donc finalement de certains partis pris totalement grotesques, qui plombent d’autres parties nettement meilleures. L’historien auquel ils ont fait appel est un sombre incompétent qui se permet de nous expliquer que le Titanic a coulé sans emporter d’objets de valeurs avec lui comme le Coeur de l’Océan du film. C’est d’ailleurs pour cela que la liste des bijoux perdus que Charlotte Drake Cardeza a envoyé à sa compagnie d’assurance s’étalait sur trois pages. On le voit donc, quand le bon côtoie les énormités, il perd en crédibilité. C’est ici le problème de ce programme, que je ne conseillerais à personne à cause de cela : sans un minimum d’esprit critique, et donc de connaissance de sujet, on apprend autant de faux que de vrai ici.

bijoux

« Des objets de valeur sur le Titanic ? Non, jamais vu… »

 

J’attends donc venir les bonnes âmes me dire que « c’est facile de critiquer ; mais je ferais pas mieux » : essayer de faire mieux, je ne demande que ça si on me donnait les moyens. Quant à ceux qui diront que « au moins le Titanic a été mentionné sur une grande chaîne », je répondrai que si c’est pour apprendre aux gens des bêtises, c’est plutôt un mal. D’autant que de vrais documentaires de qualité ont été réalisés ces derniers temps, comme Birth of a Legend etc. Comme quoi c’est aussi possible de faire du bon sur le sujet.

 

Les plus

  • Des efforts de recherche ont été faits, comme le recours au livre de Beesley.
  • Certaines expériences apportent des faits intéressants.
  • Dans l’ensemble, le documentaire réussit à prendre des positions autres que les lieux-communs généralement balancés

Les moins

  • Gros problème d’organisation : le film ne sert que de prétexte vite oublié, et on saute d’une idée à une autre sans véritable fil conducteur.
  • Il y a tant d’historiens compétents sur le sujet… pourquoi avoir sorti ce sombre inconnu qui ne semble pas y connaître grand chose ?
  • Encore et toujours un documentaire réalisé avant tout pour l’audimat, quitte à passer par la trappe la vérité pour du plus « commercial ». Pourtant, certains ont bien réussi à faire du docu intéressant et véritable. Pourquoi pas eux ?

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La Minute de vérité

Posté par Antoine le 31 mai 2011

Les documentaires sur le Titanic sont souvent inégaux. On en trouve des très précis et de bonne qualité, des intéressants malgré leurs partis pris parfois gênants… et des tout pourris. L’épisode de la série La Minute de vérité consacré au Titanic entre clairement dans cette dernière catégorie, et y occupe vraisemblablement la première place. Voyons plutôt. Les plus fous d’entre vous peuvent dores et déjà aller s’abimer les yeux ici.

 

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 Il est beau, hein ? Non, je rigole.

La Minute de vérité est une série documentaire américaine produite par National Geographic, mais qui se révèle ici bien en dessous de la bonne réputation de ses auteurs. Prenons la forme tout d’abord. Il s’agit d’un documentaire tantôt fiction tantôt investigation, mais rassurez vous, aucune partie ne vient rattraper l’autre. En ce qui concerne la fiction, on nous gratifie donc pour la forme d’un Titanic virtuel fort laid et plus large que haut (voir ci-dessus), alors que dix ans plus tôt, Cybeflix était déjà capable d’en réaliser un plus convainquant. Nous avons également droit à un jeu d’acteurs digne d’un épisode d’Hélène et les garçons, la palme allant au pauvre capitaine Smith, qui, comme son navire, a gagné en largeur ce qu’il a perdu en hauteur, y compris au visage. Passons. On a également, bien entendu droit à la voix off rauque qui nous gratifie d’une phrase d’introduction fort originale : « On le croyait insubmersible… c’était une erreur ». Et tant qu’on y est, histoire de faire croire qu’on est dans 24h Chrono, on a aussi le décompte des heures, minutes, secondes, à la minute près (oui, Smith a inspecté le fond du navire à 23 h 48 pile), et tant pis si dans les faits, les historiens se cassent la tête sur les heures trop vagues depuis des lustres…

Côté investigation, c’est encore mieux : on nous sort ici le capitaine de frégate des gardes côtes américains, chargé de « trouver le responsable » et d’expliquer ce drame « dont personne n’a jamais vraiment compris les causes ». Vous l’avez bien compris, personne. Marrant quand même : j’avais quelques papiers sans prétention sur le sujet avant 2007, date de réalisation du documentaire. Passons. Notre capitaine, que nous appellerons capitaine La Palisse, nous sort des propos d’une originalité formidable. Le brave homme a une théorie qu’il juge être un regard nouveau sur le drame : le Titanic n’a pas coulé à cause d’un élément, mais du cumul de plusieurs petits problèmes. Pour ne pas choquer sa sensibilité, nous ne lui dirons pas que l’historien Walter Lord en parlait déjà en 1955, et qu’il n’était probablement pas le premier. Notre amie la voix rauque nous explique également que le capitaine est « chargé de rouvrir l’enquête ». Je ne savais pas que le dossier avait été rouvert de façon officielle, mais ça fait plus classe dit comme ça.  En parlant de classe, notre homme a d’ailleurs dans un premier temps l’idée fixe de trouver le responsable du drame, et, passant en revue plusieurs membre d’équipage, va jusqu’à parler du « principal suspect ». Après 24 heures, on est dans Les Experts. Les américains aiment la mise en scène.

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La Minute de vérité : mieux que Les Experts !

Passons donc au fond. Eh bien, force est d’avouer que ce documentaire le touche, et continue à creuser jusqu’à trouver du pétrole. Les erreurs s’accumulent à une vitesse accablante : on nous parle de William Murdoch, commandant en second (il était pas premier officier ?) ; on zappe totalement les personnages, pourtant clés, de Thomas Andrews et Bruce Ismay ; le Titanic ne coule plus à 2h20 mais a 1h45, et en un seul morceau ; on nous explique qu’il était « une fois et demie plus grand que le Mauretania » (ce qui tape dans les 390 m… à 100 près, on va pas chipoter)… Bref, bravo la rigueur et les recherches précises : nos amis historiens ont eu leurs diplômes dans un Happy Meal de chez McDo. Et ce ne sont là que de petites erreurs sans conséquence : par moment, on nous raconte carrément n’importe quoi, comme lorsque la voix off nous explique que « les constructeurs étaient si confiants qu’ils ont mis à bord moins de canots que nécessaire », et que « la presse s’est emballée face à tant d’audace ». Rappelons juste que c’était la règle à l’époque : La Minute de vérité redéfinit le concept d’audace : être audacieux, c’est faire comme tout le monde. Le monde est rempli de gens audacieux. On nous explique aussi que le Californian serait arrivé sur les lieux en à peine une demi-heure, alors que les historiens s’étripent sur le sujet depuis 100 ans, mais on n’est plus à cela près.

Et que dire de la démarche de ce cher capitaine La Palisse lorsqu’il tente de découvrir le terrible et vil coupable ! Il s’attaque tour à tour à Phillips, l’opérateur radio qui n’a pas écouté le Californian, puis au commandant Smith, qui allait trop vite, ou encore l’inattention des vigies. Rechercher à tout prix un coupable : voila de la méthode historique ! Lui aussi aurait donc pris un Happy Meal ? À chaque fois, par chance, il a l’intelligence de faire appel à des experts, qui lui démontrent que ces braves gens n’ont rien de coupables et se conformaient aux pratiques de l’époque. On est assez étonné (et positivement, pour une fois), que Bruce Ismay, alias Mr. Bouc émissaire, n’apparaisse pas. J’avoue que je l’ai attendu jusqu’à la fin, m’attendant à le voir apparaître sous les traits du Diable détournant l’iceberg en direction du paquebot.

 

J. Bruce Ismay se demande encore par quel miracle il ne s’est pas fait démolir dans ce documentaire

Vient finalement la partie la plus intéressante et rigoureuse du documentaire. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Elle est tout aussi mauvaise, mise en scène et ratée que le reste, mais au moins, on n’y voit pas (trop) d’absurdités, ce qui fait qu’au regard du reste du documentaire, c’est un chef d’oeuvre. Bien entendu, notre ami La Palisse enfonce plus de portes ouvertes qu’un policier un peu trop imbibé, et tente de mettre à l’épreuve la théorie de la longue brèche de plusieurs mètres qui aurait éventré le navire… Théorie déjà démontée et abandonnée depuis les années 1990. 15 ans après la guerre, on sent l’inédit. Il tente aussi de voir si l’incendie qui faisait rage avant le naufrage dans une soute a charbon a pu jouer un rôle, mais un spécialiste charitable lui suggère d’oublier cette hypothèse, avant qu’il ait eu le temps de se ridiculiser. Dommage. Finalement, il s’attaque à la dernière hypothèse, l’hypothèse en béton : les rivets trop fragiles. Et attention, avec des expériences scientifiques et tout à l’appui (d’une rigueur douteuse, mais on va faire comme si). Et La Palisse de nous expliquer que grâce à cette expérience… on a enfin résolu l’énigme du Titanic. Mouais. Sauf que c’est bien gentil, mais le coup des rivets, il est sorti bien avant lui. Rien de nouveau sous le soleil donc.

Et le documentaire finit en fanfare, la voix off nous expliquant ce qui s’est véritablement passé ce soir là. Grosso modo, on nous remet le docu-fiction du début avec une précision de plus sur les rivets, et bonne soirée à vous. Depuis une heure, on essaie de nous apporter « les causes du naufrage, cachées depuis longtemps », et au final, le documentaire nous résume ce qui était déjà connu… en s’attribuant les mérites de la découverte. Ces gens sont géniaux, ont une honnêteté à faire pâlir Patrick Balkany, et viennent de passer leur temps à démontrer ce que l’on savait déjà. La prochaine fois, ils découvriront que les crimes de Jack l’éventreur ont été commis par… Jack l’éventreur. J’ai hâte de voir le résultat.

Non, franchement, en fait, c’était pas la peine de cliquer sur le lien que j’ai donné au début.

 

Les plus

  • Difficile d’en trouver. Comme un mauvais travail d’écolier maladroit, on a envie de dire qu’ils ont essayé en y mettant de la bonne volonté, nous ont sorti deux ou trois images d’archives et un témoignage assez original qui nous change des classiques. Ils ont aussi la décence de faire invalider leurs hypothèses par des experts.
  • Au moins, J. Bruce Ismay n’est pas choisi comme coupable idéal comme le font d’habitude les Américains. En fait, il n’apparaît même pas.

Les moins

  • Un documentaire truffé d’erreurs qui montrent que les recherches ont été faites à la va-vite
  • Une manie quasi maladive de retrouver le coupable… mais pas l’iceberg, ce serait trop facile.
  • La mise en scène assez pathétique avec musiques d’ambiance, minutage à l’écran et plans « émotion ». Et encore, je vous ai pas parlé du naufrage avec la musique qui fait pleurer, les visages abattus, les flashbacks… et la mauvaise heure.
  • Un sentiment d’inachevé, de travail bâclé, qui fait qu’on n’accorde aucun crédit à ce documentaire, et par conséquent aux autres de la série. À éviter  tout prix, donc.

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Les enfants du Titanic

Posté par Antoine le 30 mai 2011

Première critique assez négative du site, avec Les enfants du Titanic, écrit par Elisabeth Navratil en 1998.

 

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Elisabeth Navratil est la fille de Michel Navratil, rescapé du Titanic. Et pas n’importe lequel des rescapés, puisqu’il est le dernier survivant masculin (et le dernier français), à être mort, en 2001. Son histoire n’était pas anodine : lorsqu’il était monté à bord du Titanic avec son frère Edmond et son père Michel, à l’âge de 4 ans, il était tout simplement enlevé à sa mère suite à un divorce difficile. Navratil père espérait refaire sa vie aux États-Unis avec ses enfants et, peut-être, faire revenir son épouse à ses côtés. Le destin en a voulu autrement puisque seuls les enfants ont survécu : des enfants non identifiés, ne connaissant pas leur propre nom, dont la presse s’est éprise, et qui ont finalement retrouvé leur mère après moult péripéties.

Les enfants du Titanic entreprend de raconter leur histoire, et venant de la fille d’un des héros, on pourrait s’attendre à du fiable, à du solide. L’histoire est d’ailleurs particulièrement propice à un livre tant elle semble improbable.  La mettre ainsi en lumière est une bonne chose… mais pas de la façon dont le fait Navratil. Le roman se lit bien, et on se prend d’étonnement devant ce que vit Michel, le héros, qui plaisante avec les opérateurs radio pendant leur pause, visite les salles des machines avec Thomas Andrews, rencontre des amis de son père voyageant en première classe et joue avec les immigrants. On tremble durant le naufrage lorsqu’il se retrouve bloqué en troisième classe…

Puis vient la postface, ce moment où l’auteure tente de nous expliquer ce qui est vrai et ce qui est inventé dans son récit… et on se rend alors compte qu’on a lu plus de vent qu’autre chose. Personnages inventés, d’autres existants mais modifiés pour les besoins du récit… Le bas blesse d’autant plus que la postface reste vague : au final, les Navratil avaient il connu les riches Straus à Nice ? Avaient-ils vraiment croisé les Astor dans le train ? Et le fond de l’histoire est-il aussi romancé ? À cela se mêlent des erreurs de l’auteure, qui, probablement en examinant les plans du navire, a considéré que les stores (réserves) étaient… une galerie marchande.

On reste donc clairement déçu par ce récit bancal où se mêlent le vrai et le faux sans savoir qui est quoi. C’est d’autant plus dommage que le style d’Elisabeth Navratil est particulièrement clair et agréable ; et que, comme elle a pu le montrer au cours de diverses prestations publiques, elle a beaucoup de choses authentiques à dire sur le sujet. Un livre sympathique si on cherche un roman ; qui ravira notamment les enfants, mais en rien un récit de vie comme il se présente. On aurait préféré un récit réel et fouillé, tant l’histoire est surprenante et touchante sans fard.

 

Les plus

  • Le roman se lit bien et est bien écrit
  • L’histoire reste cohérente et intéressante
  • Le livre a le mérite de mettre en lumière une histoire vraie

Les moins

  • Dommage qu’on apprenne à la fin que tout est faux : on ne sait plus ce qui est authentique et ne l’est pas
  • La postface, qui est censée différencier le vrai du faux, ne réussit pas à remplir son rôle, à tel point que tous les faits sont remis en question au final

 

Note : Une nouvelle édition de ce livre a été publiée en 2012 et diffère assez profondément de celle détaillée ici. Une critique de ce nouveau jet peut-être lue ici.

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