Nous étions à bord du Titanic

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

L’année du centenaire voit le Titanic revenir à l’honneur dans les librairies francophones, et c’est tant mieux. Historien de marine auteur d’une trentaine d’ouvrages, Gérard Piouffre avait déjà publié en 2009 l’excellent livre Le Titanic ne répond plus qui, tout en restant simple d’accès, faisait rigoureusement le tour de la question. Il récidive cette année avec Nous étions à bord du Titanic, publié chez First Editions. Que se cache-t-il derrière la superbe couverture de l’ouvrage ? C’est ce que je vous propose de découvrir.

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Si Le Titanic ne répond plus avait pour but de relater l’histoire du Titanic comme un roman, mais de façon rigoureuse, Nous étions à bord du Titanic opte pour une forme beaucoup plus souple et ludique. Le parti pris est ici de raconter l’histoire du navire jour par jour, du 27 mars au 15 avril 1912 (l’accent étant bien entendu mis sur les derniers jours) en recoupant les points de vue de différents acteurs du drame. Ils sont venus, ils sont tous là : Edward Smith, Charles Lightoller, le commissaire McElroy, le chef mécanicien Bell, Violet Jessop, Harold Bride et Jack Philips pour citer l’équipage ; Madeleine Astor, Lawrence Beesley, William Thomas Stead et Helen Churchill Candee parmi les passagers. Et la liste n’est pas exhaustive. Chacun nous raconte, comme dans un journal intime, sa vision de la journée, des événements ; McElroy nous fait découvrir l’approvisionnement du navire ; les opérateurs radio nous racontent leur travail, et le lecteur éteint l’incendie de la soute à charbon aux côtés des mécaniciens et chauffeurs.

C’est là la grande qualité de Nous étions à bord du Titanic. Le style fluide de Gérard Piouffre aide à aborder de nombreux aspects, parfois techniques, sans forcément s’en rendre compte. La lecture est aisée, aidée par la présentation du livre écrit gros. Les pages défilent vite, et l’on découvre la vie à bord, comme si on y était. Car c’est finalement là le but de Nous étions à bord du Titanic : nous faire revivre la seule et unique traversée du géant, de ses préparatifs à sa fin prématurée. Le naufrage lui même n’occupe qu’une part assez réduite de l’ouvrage, et n’est pas racontée de la façon la plus détaillée qui soit (c’était au demeurant déjà le cas dans Le Titanic ne répond plus), mais on en sait suffisamment pour avoir une vision globale de l’événement. De même, la construction du navire et les suites de son naufrage sont rapidement expédiées en quelques pages d’introduction et de conclusion. L’objet du livre est véritablement de nous faire découvrir la vie à bord du Titanic, sous tous les points de vue possibles. Et cet objectif est atteint haut la main.

Que le lecteur ne cherche donc pas une synthèse scientifique des événements, d’autres livres sont nettement plus adaptés. Qu’il ne cherche pas non plus un livre où tout est certain : par moments, l’auteur a dû faire un travail d’imagination pour compléter certains « vides », mais sans jamais trahir l’esprit du Titanic. Rien n’est aberrant, rien n’est à proprement parler irréel, et les ajouts sont anecdotiques. De fait, Nous étions à bord du Titanic ne sera jamais un ouvrage de référence en « titanicologie » . Il sera en revanche un choix plus qu’appréciable pour ceux qui veulent redécouvrir une époque disparue, ou bien aborder l’histoire du Titanic en néophyte. Ce livre, destinés aux publics de connaisseurs comme aux nouveaux venus, sera certainement une bien belle porte d’entrée pour beaucoup de futurs Titanicophiles poussés par le centenaire.

 

Les plus

  • Facile à lire, style fluide, le texte est écrit gros et le livre est beau et bien fait
  • Les nombreux points de vue permettent d’aborder les choses sous tous les angles, de la passerelle à la salle des machines en passant par les salons du Titanic.
  • Une reconstitution très vivante de la vie à bord du paquebot

 

 

Les moins

  • Le naufrage est peut-être sous-évoqué par rapport à la traversée et à sa préparation.
  • Attention : ce n’est pas à proprement parler un ouvrage historique (dans le sens d’ouvrage de référence sur le sujet), mais plus une reconstitution très fidèle de la traversée, qui prend parfois quelques libertés avec la vérité pour reconstituer les vides.

 

 

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Un forum Titanic particulièrement sympathique

Posté par Antoine le 11 novembre 2011

Petit hors sujet puisque ce dont je vais parler n’est pas à proprement une source d’information (quoique…), mais surtout un lieu de discussion particulièrement convivial : le forum Titanic fondé il y aura demain cinq ans par Sha’re. J’y ai personnellement posé mes valises il y a presque deux ans, et je ne regrette en aucun cas mon geste.

Contrairement à beaucoup, ce forum essaie de garder des sujets propres et sans trop de hors sujet ou de fautes d’orthographe, sans pour autant être servi par des gens trop à cheval sur les règles. Les discussions y sont donc agréables et souvent passionnantes. Facile de découvrir de bonnes adresses, des recherches originales, un bon livre… D’autant que plusieurs spécialistes de bon niveau, et même certains auteurs cités ici, y sont présents. Le forum est par ailleurs devenu cette année le forum officiel de l’Association Française du Titanic.

Côté convivialité, on est aussi servi. Membres sympathiques, chats réguliers et plusieurs rencontres dans la vraie vie qui se sont révélées très agréables : on ne peut est loin de l’austérité de certains lieux. D’ailleurs, cet un bel euphémisme de dire que je m’y suis fait quelques relations : j’y ai surtout gagné de véritables amis.

Bref, le seul souci de ce forum, c’est un relatif manque de visiteurs ces temps ci (très relatif tout de même). Donc si vous n’y êtes pas encore inscrit, vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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The Loss of S.S. Titanic

Posté par Antoine le 4 septembre 2011

The Loss of S.S. Titanic est un ouvrage particulier, puisqu’il s’agit d’un de ceux qui ont été écrits par un des acteurs du drame. Impossible, donc, de le critiquer de la même façon qu’un ouvrage d’auteur en citant ses points forts et faibles. Il en a, bien entendu, mais en tant que source primaire, on ne peut pas le juger sur les mêmes points qu’un ouvrage écrit avec du recul. Ce genre d’ouvrage est un moyen incontestable de comprendre ce qu’on vécu les gens à bord du Titanic, même s’il faut garder à l’esprit que leurs souvenirs sont parfois erronés.

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The Loss of S.S. Titanic (que l’on pourrait traduire par Le naufrage du Titanic) a été écrit en 1912 par Lawrence Beesley. Son témoignage est particulièrement intéressant dans la mesure où il est l’un des rares hommes de 2e classe à avoir survécu au naufrage. Au départ réticent, il a finalement écrit son récit pour mettre fin aux rumeurs qui circulaient dans la presse sur le déroulement du naufrage. Dès le départ, son but est clair : écrire par devoir de mémoire. Ce thème est une constante du livre, Beesley appelant à de nombreuses reprises à ne jamais oublier l’horreur du Titanic pour qu’elle ne se reproduise plus. Ce mot d’ordre n’a, cent ans plus tard, rien perdu de son actualité.

Beesley, professeur de sciences, rapporte les événements avec une précision impressionnante, se souvenant d’idées qui lui sont venues, de tableaux précis qu’il dresse parfois d’après ses souvenirs. Il a en effet une forte tendance à partir dans des comparaisons très élaborées, ou de longues parenthèses qui, si elles rendent son raisonnement parfois dur à suivre, sont en revanche particulièrement intéressantes.

Il a également cherché à faire appel à d’autres témoins pour compléter ce qu’il n’a pas vu. Ceci donne un récit assez complet pour son époque. Bien entendu, il n’en faut pas moins le lire avec le recul d’aujourd’hui. Certains faits n’ont par exemple pu être établis qu’après la découverte de l’épave, comme la théorie de la cassure du navire. Mais de façon générale ; ce livre est une description de l’intérieur du naufrage, qui lui donne une valeur inestimable. Tout passionné du Titanic qui se respecte se devrait de le lire ; et ça tombe bien, il vous attend gratis ici !

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Les Français du Titanic

Posté par Antoine le 6 août 2011

Les ouvrages scientifiques (comprendre par là des travaux qui apportent des connaissances nouvelles, au delà d’une simple synthèse des faits), sont très rares en français quand il s’agit du Titanic. Pourtant, en 2011, quatre courageux membres de l’Association Française du Titanic (AFT) ont décidé de réparer ce manque avec l’ouvrage Les Français du Titanic, publié chez Marines éditions. Du très beau travail, que je vais détailler de plus près.

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Contrairement à ce que le titre laisse entendre, Les Français du Titanic ne traite pas, et de loin, que des Français à bord du Titanic. Il va plus loin en élargissant à un grand nombre de personnes à bord ayant eu un rapport avec la France, même si le thème central reste cette cinquantaine de Français qui ont voyagé, passagers ou équipage, à bord du paquebot. De façon générale, le livre est très vaste et permet d’avoir une vision d’ensemble du sujet, tout en « zoomant » sur certains points et certaines personnes avec une précision plus que satisfaisante. Je m’attendais à trouver dans ses pages de quoi satisfaire ma curiosité sur des passagers français comme Paul Chevré ou Louise Laroche, et je n’ai pas été déçu, mais au delà de tout ça, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir des précisions très détaillées sur Bruce Ismay ou John Jacob Astor ! Plus étonnant encore, le livre va jusqu’à traiter du problème de concordance des heures entre le Titanic et le Californian, ce que ne faisait pas The Oter Side of the Night, pourtant consacré à ce dernier navire.

On pourrait de fait craindre que le livre soit inaccessible au néophyte. Ce n’est que partiellement le cas. Il est certain qu’il est probablement trop dense pour quelqu’un qui veut avant tout connaître l’histoire du Titanic. À cette fin, je persiste à considérer Le Titanic ne répond plus comme plus adapté. Cependant, il n’est pas nécessaire de maîtriser totalement le sujet pour comprendre Les Français du Titanic, ce qui le rend accessible et intéressant pour tous. Par ailleurs, bien qu’écrit par quatre personnes, il conserve un style uniforme et fluide.

À cela s’ajoutent des illustrations, certes assez rares, mais de qualité et souvent peu diffusées ailleurs ; ainsi que de larges extraits de témoignages. Le seul véritable reproche que l’on pourrait faire au livre est de ne pas être allé au total bout de la démarche scientifique, en ne donnant pas de notes et références précises de ses sources comme le font souvent les britanniques, ou avec un index qui aurait été bien pratique vu la masse d’information disponible. Mais il faut également comprendre que les éditions françaises étant très réticentes à publier des ouvrages précis à ce point, ces détails de formes ne sont qu’un maigre prix à payer pour un ouvrage de grande qualité.

François Codet, Alain Dufief, Franck Gavard-Perret, Olivier Mendez, Les Français du Titanic, Marines Editions, 2011. Une interview de deux des auteurs est également disponible sur le blog.

 

Les plus

  • Enfin un livre scientifique sur le Titanic publié en Français !
  • Une mine d’information très bien fournie.
  • Agréable à lire, accessible et illustré.

Les moins

  • Le manque d’index n’aide pas à retrouver facilement une information. Dans un ouvrage si bien fourni, la table des matières est rarement suffisante.

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The Band That Played On

Posté par Antoine le 16 juin 2011

Parmi les victimes du naufrage du Titanic, l’orchestre du navire a probablement connu la mort la plus légendaire. Mourir en accomplissant son (pourtant futile) devoir, à une époque où les anciens se plaignaient déjà de la jeunesse décadente, ça avait un bel impact. C’est l’histoire de ces huit héros que Steve Turner entreprend de raconter dans son ouvrage. Un auteur qui ne m’est pas inconnu puisqu’il a également écrit un ouvrage de référence sur mon autre sujet de prédilection, les Beatles, mais c’est une autre histoire.

 

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À la vue de la taille du livre (plus de 200 pages), on se rend compte qu’il y a plus à dire sur l’orchestre du Titanic qu’on ne l’aurait cru. Turner a l’idée originale de commencer son récit par la fin, en se concentrant sur l’arrivée du Carpathia à New-York, les témoignages des rescapés dans la presse et la naissance de la légende de l’orchestre. Il présente ensuite dans un deuxième chapitre les employeurs de l’orchestre, et le contexte de l’époque. Puis viennent six chapitres biographiques : cinq des huit membres ont en effet droit à leur chapitre, les trois autres étant regroupé dans le sixième. Dans tous les cas, les recherches ont été vastes et précises et les biographies sont très denses et appréciables.

Viennent ensuite les chapitres plus discutables sur la traversée et le naufrage. Turner annonce dès le départ qu’il ne cherchera pas à entrer dans la grande histoire et se concentrera sur l’orchestre. Mais lorsqu’il explique, probablement plus par simplification que par erreur, que le Titanic heurte l’iceberg à 23h45, ça pique les yeux. Du reste, les chapitres ne sont pas mauvais, au contraire : Turner relève les témoignages et ne cherche pas à établir une version unique des faits. Il se contente du conditionnel, et de reconnaitre que rien n’est sûr.

Enfin, les derniers chapitres étudient les conséquences : qu’il s’agisse des hommages, de la naissance du « mythe de l’orchestre » et de la réaction des contemporains, ou de l’aspect moins reluisant du traitement offert aux proches. Tout le livre est argumenté de nombreuses photographies en noir et blanc, et le livre est pourvu d’une très bonne bibliographie qui témoigne du gros travail de recherche effectué. Un index est également présent, ce qui n’est pas inutile vu la masse d’informations.

Steve Turner, The Band That Played On, Thomas Nelson, 2011, ISBN 978-1-5955-5219-8

 

Les plus

  • Facile à lire, bien organisé, aéré et illustré
  • Des recherches biographiques très approfondies
  • Beaucoup d’anecdotes et d’informations intéressantes

 

Les moins

  • Quelques approximations sur le déroulement des faits, pas forcément involontaires

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The Olympic Class Ships : Olympic, Titanic, Britannic

Posté par Antoine le 11 juin 2011

Dans la série des livres essentiels, celui-ci occupe à mon avis une bonne place. The Olympic Class Ships, par Mark Chirnside, tente de proposer une histoire précise des trois géants de classe Olympic. Il y parvient, et plus encore.

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Des trois paquebots, le Titanic est inévitablement le plus connu.  L’histoire de ses deux jumeaux, l’Olympic et le Britannic, n’en est pas moins touffue et intéressante, comme le prouve Chirnside avec son ouvrage. Les trois chapitres centraux sont en effet consacrés à chacun des navires, en accordant en moyenne 80 pages à chacun.  Et ces pages sont bien remplies : le naufrage du Titanic et sa traversée sont racontés en détail, de même que les carrières des deux autres navires, sans parler des nombreuses descriptions. La quantité d’informations données est énorme. S’y ajoutent deux chapitres sur les épaves des deux paquebots disparus, mais pas seulement. Les quatre premiers chapitres, bien que nettement plus courts, introduisent rondement le sujet : présentation de la White Star Line, des chantiers Harland & Wolff, et même des rivaux des paquebots (Lusitania, Mauretania et Aquitania).

À cela s’ajoutent les annexes : plus de cinquante pages proposant des tableaux comparatifs de données sur les navires, une analyse des légendes et « prémonitions » sur le naufrage, une présentation rapide des transbordeurs Nomadic et Traffic, et une analyse de l’énigme du Californian. Le lecteur en a clairement pour son argent. Et le travail est sérieux, comme en témoignent l’avalanche de références en fin d’ouvrage (rigueur peu, ou pas présente dans les ouvrages français), une très dense bibliographie et un grand nombre de photographies et de dessins rares, en noir et blanc. Revers de la médaille, le livre, disponible uniquement en anglais, passe rapidement d’un point à l’autre, mais reste aisé à lire quand on a quelques rudiments de la langue.

La première édition date de 2004 et a été légèrement revue en 2006. C’est de celle-ci que je vous ai parlé. Mais ce n’est pas celle que je vous conseille. Mark Chirnside a en effet annoncé une nouvelle édition produite au printemps 2011 sur son site officiel. Celle-ci est plus dense, mieux illustrée, et contient quelques « mises à jour » dues à l’avancée des recherches de l’auteur. Un achat très chaudement recommandé.

Mark Chirnside, The Olympic Class Ships ; Olympic, Titanic, Britannic, Tempus Publishing, 2004, 2006, 2011. Mark Chirnside a répondu à une interview sur ce blog à lire ici.
 

Les plus

  • Très complet, non seulement sur l’histoire des deux jumeaux méconnus, mais aussi sur celle du Titanic.
  • Regorge d’anecdotes et pousse les recherches très loin.
  • Un travail très sérieux et une méthode d’historien.
  • Des illustrations rares et de qualité.

Les moins

 

  • Parfois difficile à suivre quand on parle mal anglais, mais rien d’insurmontable.
  • Un index très minimal par manque de place, au grand dam de l’auteur. Il est très difficile de retrouver une information dans le livre. (problème peut-être résolu sur l’édition de 2011)

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Titanic, Birth of a Legend

Posté par Antoine le 8 juin 2011

Lorsque j’ai acheté la semaine dernière le DVD d’A Night to Remember, il était fourni avec un obscur documentaire intitulé Titanic, la légende. Face à ce titre d’une originalité folle, je sentais venir le documentaire épique… Il se trouve par chance que c’était là une traduction lamentable du titre original, Titanic, Birth of a Legend, documentaire dont j’avais entendu nombre d’éloges. Les méritait-il ? C’est ce que nous allons voir. Vous pouvez regarder le documentaire (amputé des premières minutes) ici.

 

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Première bonne surprise : le sujet est original. Là où la plupart des documentaires se penchent sur le naufrage, quitte à chercher un coupable, ou sur la récupération des objets de l’épave, ou encore, parfois, sur les mystères (réels ou inventés) qui entourent le drame, ce documentaire se penche sur un aspect jamais traité. Birth of a Legend nous rappelle en effet qu’avant de couler, le Titanic a d’abord été imaginé, conçu et construit. Qui sont les hommes qui l’ont pensé ? Comment a t’on travaillé à l’élévation de la coque ? Quelle était la vie des ouvriers ? Telles sont les questions auxquelles essaie de répondre le documentaire.

Sur la forme, la réussite est totale. Visuellement, le rendu est superbe pour un documentaire, et là où le Titanic de La Minute de Vérité faisait pitié, celui-ci est très ressemblant et convainquant. De même, les vues du chantier de construction sont réaliste, et le spectateur croit à ce qu’il voit. Ce n’est plus un documentaire, c’est un film. Et dans cette même veine, le documentaire nous prouve qu’il est possible de faire du docu-fiction au jeu d’acteurs crédible. Bien souvent, les répliques sont artificielles, mal jouées, et les parties fictionnelles sont là pour ne pas ennuyer le spectateur et remplacent juste le commentaire. Ici, le commentaire apporte beaucoup, et le jeu le complète, sans que les deux ne se télescopent (c’est du moins l’impression rendue par la VO).

 

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Voyons le fond maintenant. Incontestablement, le documentaire a fait l’objet de recherches très fouillées. Il est évident, par exemple, que les créateurs du documentaire ont lu la biographie de Thomas Andrews publiée après sa mort, car des anecdotes présentes dans le documentaire y apparaissent. Plus encore, le documentaire fait ce que je n’ai jamais vu, même dans un livre : il replace la construction du navire dans le contexte politique troublé que connaît l’Irlande à l’époque. Et il y parvient parfaitement. Enfin, Birth of a Legend ne cherche pas à dépasser les limites qu’il s’est fixé : il se cantonne à la construction du navire, et le naufrage n’est traité qu’en guise de conclusion. Au sensationnel qui fait vendre, les réalisateurs ont préféré la qualité.

Restent quelques défauts. Un avertissement pose dès le début problème : « alors que la plupart des personnages de ce documentaire sont réels, certains faits ont été ajoutés pour les besoins du film ». Jamais on ne nous précise quels sont ces faits. Pour en savoir plus, on est donc obligé de vérifier dans les sources. Par ailleurs, le documentaire se permet un peu de manichéisme en opposant un temps le « gentil » Alexander Carlisle au « méchant » Lord Pirrie qui refuse de mettre plus de canots, Carlisle partant en claquant la porte : les faits sont vraisemblablement plus complexes, et le documentaire laisse penser que la seule raison au manque de canots était économique, ce qui est faux.

Titanic, Birth of a Legend, n’en reste pas moins un excellent documentaire qui peut susciter l’intérêt sur une partie peu connue de l’histoire du paquebot. Reste ensuite, cependant, au spectateur la responsabilité de vérifier et approfondir ce qu’il a vu.

 

Les plus

  • Un sujet particulièrement original et peu traité.
  • Visuellement superbe et bien réalisé
  • Le travail de recherche est bien visible

Les moins

 

  • Dommage que l’on nous dise que « des passages ont été inventés »… sans préciser lesquels.
  • Parfois un peu simplificateur.

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A Night to Remember (Altantique, latitude 41°)

Posté par Antoine le 3 juin 2011

Je ne pensais pas pouvoir traiter ce film avant longtemps, ne l’ayant que sur une vieille cassette vidéo usée. A Night to Remember de Roy Ward Becker, sorti en 1958, est pourtant pour moi le meilleur film sur le naufrage du Titanic, nettement devant celui de James Cameron dont je parlerai plus tard. Le problème est qu’il est difficile d’accès, ce qui ajoute à sa qualité : en l’appréciant à sa juste valeur, on a l’impression de s’élever au dessus de la masse qui s’est contentée du film de Cameron, tout comme en bon fan des Beatles je préfère Strawberry Fields Forever au trop populaire Yesterday.

Il se trouve qu’après des années de recherche de ce film en DVD, dont je n’étais même pas sûr qu’il existât, j’ai aujourd’hui enfin pu l’acquérir. Et bien au dernier endroit où je l’aurais cru possible, puisqu’il se trouvait dans les DVDs en promo de mon supermarché classique, entre un nanard et un cours de gym tonique en vidéo. Aussitôt rentré, je me le suis donc repassé avec nostalgie (et un paquet de chips).

 

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Pourquoi s’agit-il du meilleur film sur le naufrage ? Un peu d’histoire pour commencer. A Night to Remember est à l’origine le livre culte de l’historien Walter Lord publié en 1955 et traduit en français sous le titre La Nuit du Titanic. Pour son ouvrage, Lord a interrogé nombre de rescapés, et son récit, s’il ne bénéficie pas des avancées technologiques et du recul actuel, garde cette authenticité car il est issu des souvenirs des acteurs du drame. Sa méthodologie peut cependant être par moments critiquée : ce sera l’objet d’un prochain post. Trois ans après sa sortie, le livre est adapté en film. Et pas par n’importe qui, puisque le quatrième officier du Titanic, Joseph Boxhall, en est le conseiller technique. Le rescapé Lawrence Beesley apparaît également sur le tournage, et malgré son grand âge, débarque sur le plateau pour couler avec le navire !

C’est donc un récit fort précis qui nous est ici dressé. Il ne s’encombre pas de personnages fictifs de premier plan comme Jack et Rose. Si l’on suit certains personnages, il s’agit plus de silhouettes anonymes : un petit groupe d’émigrants irlandais, un couple de jeunes mariés, une famille de première classe. À ceux-ci s’ajoutent des personnages historiques que le film suit, en particulier le deuxième officier Charles Lightoller, mais aussi le boulanger Charles Joughin, l’architecte Thomas Andrews… Cette multiplicité des points de vue donne une vue d’ensemble du drame, et le tragique n’en est que plus présent. Même ces anonymes, comme un vieillard qui, dans les derniers instants, prends sous son aile un enfant perdu qu’il sait être condamné comme lui, ont une personnalité qui ne laisse pas insensible le spectateur même lorsqu’il ne les voit que quelques minutes. Cette absence de héros, loin de pénaliser le film, lui donne sa force en décuplant son effet dramatique.

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Cette famille de 1e classe, que l’on ne voit pourtant pas plus de 5 minutes, donne lieu à une des scènes les plus poignantes du film.

 

Pourtant, le film ne cherche jamais à provoquer la tristesse chez le spectateur, il la laisse venir. La musique est très peu présente, même durant les scènes dramatiques. Lorsque le navire heurte l’iceberg, c’est le calme qui prévôt : calme sur la passerelle, où les officiers sont sous le choc, dans les salons ou nul ne comprend, opposé à l’agitation des salles de chaudières inondées brusquement. De même, lorsqu’un père dit adieu à ses enfants sans vouloir les paniquer et observe sa famille partir dans un canot, nul violons pour nous tirer les larmes : la tristesse de la situation transparaît par la seule action, sans fard.

Les scènes s’enchainent sans que l’on saisisse toujours ce qui les lie, on passe d’un navire à l’autre, des machines aux salons, pour nous rappeler le chaos de cette nuit là. La leçon de cinéma est d’ailleurs suffisamment convaincante pour que James Cameron ait repris mot pour mot certains dialogues dans son propre film, à l’image de la scène ou Thomas Andrews explique au capitaine Smith que son navire est condamné.

 

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« Il va couler, c’est une certitude mathématique »… James nous l’a aussi sortie celle là !

 

Historiquement, le film a les forces et faiblesses du livre de Lord. Si on touche ici de près le vécu des passagers, on est également témoin des faiblesses du récit et des souvenirs humains. L’exemple le plus flagrant est la scène où le navire coule d’un seul tenant, suivant ainsi les témoignages majoritaires parmi les rescapés. La découverte de l’épave a prouvé le contraire. Le passionné trouvera quand même de nombreuses allusions à maintes anecdotes sur ce qui s’est passé à bord, pour son plus grand plaisir.

D’un point de vue visuel, A Night to Remember se défend également bien malgré ses 50 ans passés : certes, les maquettes ne valent pas les effets spéciaux de James Cameron, mais l’artifice n’est pas non plus évident au point de choquer et de faire passer l’action au second plan. Les décors intérieurs sont pour leur part très fidèles, et montrent que le film a disposé de grands moyens. Les acteurs, enfin, sont convaincants, notamment Kenneth More, impressionnant en Lightoller.  On notera aussi l’apparition de David McCallum, plus connu des jeunes pour son rôle dans NCIS, ou Bernard Fox qui a diversifié ses sujets de film en tournant dans Titanic en 1997.
On l’aura compris, il s’agit là d’un grand film, et de la référence. Le rêve pour moi serait un re-make avec les moyens d’aujourd’hui… et les connaissances acquises. Mais en serai-on capable sans sombrer dans le pathos ou le sensationnalisme ?

Atlantique, latitude 41° (A Night to Remember), film de Roy Ward Baker sorti en 1958.

 

Les plus

  • De loin le film le plus fidèle à ce qu’ont vécu les passagers.
  • Un style sobre, sans fard, qui donne un plus émotionnel certain.
  • Une multiplicité des points de vue qu’on ne trouve dans aucun autre film.
  • De très bons acteurs et un rendu visuel fort convenable pour un film catastrophe des années 1950

Les moins

  • Désormais dépassé sur un certain nombre de points qui ont depuis été reconsidérés suite aux découvertes. Le film n’est pas à prendre comme un récit de ce qui s’est passé, mais plutôt comme un récit de ce que les gens se souviennent avoir vu. La différence n’est pas évidente au premier abord, mais est pourtant essentielle.

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Titanic, The Ship Magnificent

Posté par Antoine le 2 juin 2011

Pour tous les modélistes et artistes titanicophiles, ou plus largement pour tous ceux qui sont intéressés par la structure et les interviews du Titanic, Titanic, The Ship Magnificent, de Bruce Beveridge, est la référence. Plus de 1100 pages divisées en deux tomes d’une précision énorme.

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Le premier tome est probablement le plus difficile d’accès. Il traite de la construction du navire, et de tous les aspects techniques. Tout est passé en revue : la forme de la coque, les compartiments étanches, les formes des superstructures, des portes et fenêtres, l’installation électrique, la propulsion, et même les équipements de sauvetage et les appareils radio. Si tout cela est passionnant, on peut regretter que le livre soit très technique, et donc difficile d’accès, d’autant plus lorsqu’on ne parle pas un anglais parfait.

Le deuxième tome est à mon avis les plus passionnant : on y trouve en effet toute la description des intérieurs du navire. Après quatre chapitres thématiques (un sur la vie à bord, un sur les styles décoratifs, un sur l’hygiène et un sur la cuisine), les chapitres suivants décrivent pont par pont toutes les installations du navire, photographies à l’appui. Dans la mesure où ces descriptions se rapprochent plus de la vie des passagers et d’aspects plus commun, le livre est bien plus accessible.

Dans les deux cas, ces livres, s’ils coûtent fort cher (envisager plus de 100€ les deux), sont un investissement pour le passionné. Les photographies (rares et superbes) suffisent, d’ailleurs à elles seules à justifier l’achat quand bien même l’anglais ne serait pas votre fort.

Bruce Beveridge, Titanic, The Ship Magnificent, 2 tomes, The History Press, 2009, ISBN 978-0-7524-4626-4

Les plus

  • Le sujet est passionnant et traité de la façon la plus détaillée possible. On serait presque tenté de dire que ce qui n’est pas dans le livre de Beveridge… n’existait pas.
  • Les photos sont magnifiques, et souvent inédites.

Les moins

 

  • Le prix : le livre n’est pas à la portée de toutes les bourses
  • Les parties les plus techniques ne sont pas accessibles à ceux qui ont des difficultés avec l’anglais. Elles ne représentent pas la majorité de l’ouvrage. Je conseille en priorité le tome 2.

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Titanic, une aventure hors du temps

Posté par Antoine le 31 mai 2011

Le Titanic s’exporte sous tous les formats, y compris le jeu vidéo. Et quel jeu ! S’il devait y avoir un coup de coeur sur ce site, ce serait celui-ci. Titanic, une aventure hors du temps est en effet celui qui m’a donné le virus lorsque je l’ai acheté du haut de mes huit ans.

 

Titanic, une aventure hors du temps dans Coup de coeur titanic

 

Le scénario ? Franck Carlson, agent secret de son état, se repent dans son appartement miteux de son échec au cours d’une mission secrète à bord du Titanic, 30 ans plus tôt. Nous sommes en effet à Londres, en avril 1942, et une bombe mal placée a tôt fait de renvoyer le pauvre homme ad patres. Enfin, pas exactement : le voila de retour le 14 avril 1912 dans sa cabine à bord du Titanic, en début de soirée. Il n’a que quelques heures pour accomplir sa mission : localiser un livre précieux, le Rubaiyat (qui se trouvait véritablement à bord), volé par un colonel allemand. Bien vite, l’affaire connait des rebondissement, et au fur et à mesure des rencontres, Carlson se rend compte que les enjeux sont très élevés. Une autre rencontre, avec un iceberg, accélère également les événements…

Graphiquement, le jeu était superbe. Mais plus encore, 15 ans après sa sortie, il reste très agréable à regarder. La reconstitution est assez fidèle au véritable Titanic. Certes, on n’a pas là un travail au détail près (pour cela, voyez plutôt ici), mais c’est clairement le Titanic le plus fidèle vu dans un jeu vidéo. La musique est sympathique et les dialogues agréables tant en français qu’en anglais. Les concepteurs ont pris le parti (plutôt judicieux d’ailleurs), de ne faire figurer aucun personnage réel dans le jeu, pour ne pas prêter atteinte à la mémoire des acteurs du drame. Cependant, la véritable histoire du Titanic n’est jamais loin, et il n’est pas rare qu’un personnage du jeu y aille d’une petite anecdote réelle sur le navire et ses occupants. Le travail de recherche des concepteurs a été poussé, très poussé, (l’historien Walter Lord a servi de conseiller) et mieux encore, les choses ne paraissent pas artificielles et n’empiètent jamais sur l’action.

 

Le jeuest graphiquement superbe

 

L’action, parlons en. Le scénario est bien ficelé, avec de nombreux personnages au caractère bien trempé. Plusieurs heures sont nécessaires pour arriver au bout lorsque l’on connaît la solution, d’autant que les chemins sont multiples. Comme dans les jeux d’enquête classiques, le joueur se promène (en vue subjective s’il vous plait !) dans les coursives du navire, aidant les passagers en espérant un retour d’ascenseur, et tentant de sauver le monde. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : à condition qu’il emporte avec lui différents objets clé dans le canot de sauvetage (en supposant qu’il y embarque), Carlson peut empêcher les deux Guerres mondiales et la révolution russe ! Un épilogue montrera en images le sort du monde en 1942 selon les actes de notre héros… Un échec, et on en revient au Blitz… ou pire !

Mais je m’emporte et ne voudrais pas vous gâcher la surprise. Le jeu est difficilement trouvable dans le commerce aujourd’hui. Et pour cause : il est sorti en 1996. Cependant, on peut le télécharger gratuitement et (quasi) légalement sur LTF Abandonwares, ici. Les anglophones trouveront également un blog très détaillé sur le jeu à cette adresse, avec captures d’écran, extraits audio, solution, anecdotes… Le site que j’aurais aimé faire, en somme !

Titanic, une aventure hors du temps, Cyberflix, 1996

Les plus

  • Un scénario béton, à rebondissements, et cohérent.
  • Une foule d’anecdotes authentiques, notamment dans le mode visite guidée.
  • Graphiquement très beau pour un jeu de cet âge.
  • Bonne durée de vie.

Les moins

 

  • Parfois quelques problèmes de compatibilité. Paradoxalement, j’ai eu moins de bugs avec lui sous Vista que sous les versions précédentes.
  • Dommage que les visites guidées téléchargeables ne soient que partiellement traduites, donnant un côté inachevé au tout.
  • Introuvable dans le commerce.

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