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Rencontre avec Gérard Piouffre

Posté par Antoine le 27 janvier 2012

Gérard Piouffre est historien, auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur l’histoire de la marine et de l’aviation publiés depuis une vingtaine d’années. Il est l’auteur de deux ouvrages consacrés au Titanic, Le Titanic ne répond plus et Nous étions à bord du Titanic. C’est à l’occasion de la sortie de ce dernier, il y a trois semaines, que j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail.

Biblio-Titanic : Le principe de ce livre est original et tranche pas mal avec Le Titanic ne répond plus ; quelles ont été les grandes différences dans vos démarches pour écrire chacun de ces livres ? Est-ce qu’écrire l’un a été plus dur à écrire que l’autre ?

Gérard Piouffre : Ayant déjà écrit un premier livre chez Larousse, je ne pouvais décemment, reprendre le même schéma. J’ai donc abordé celui-ci sous l’angle de la fiction historique. Fiction, car je me suis glissé dans la peau de mes personnages pour les faire parler. Fiction historique, car tous ces personnages ont existé.

En tant que passionné du Titanic, j’ai pris un énorme plaisir à écrire ces deux livres et j’espère avoir fait partager cette passion à ceux qui me lisent. Pour répondre plus précisément à la question : un livre est toujours difficile à écrire, mais reprendre le même thème est encore plus difficile. Je dirai donc que j’ai eu plus de mal pour le deuxième que pour le premier.

 

B-T. : Quelles sont vos principales sources de travail lorsque vous écrivez sur le Titanic ?

G. P. : Les ouvrages sur le Titanic, bien sûr, et en particulier l’excellent Beveridge. J’ai également utilisé les règlements de l’époque, manuel du matelot timonier de 1878, par exemple. Dans la marine de commerce, ces règlements s’appliquaient pour tous les pays.

J’ai également utilisé les scripts des enquêtes américaines et britanniques ainsi que l’excellent site Encyclopedia Titanica.

 

B-T. : En trois ans, votre point de vue a pu évoluer sur certains sujets : y’a t-il des choses que vous avez abordées différemment dans Nous étions à bord du Titanic par rapport au précédent livre ?

G. P. : Quand j’ai écrit mon premier livre, j’étais persuadé que le feu en soute n’avait eu aucune incidence sur le naufrage. J’en suis moins convaincu aujourd’hui et je pense que l’affaiblissement, puis l’effondrement de la cloison étanche n° 5, consécutive à cet incendie, a accéléré le naufrage.

 

B-T. : Le livre met en scène différents personnages : lequel a été le plus intéressant à raconter ? Lequel a été le plus difficile ? Et si on vous avait donné plus de place, qui auriez-vous aimé rajouter ?

G. P. : Pour moi, les deux opérateurs Marconi sont les héros du Titanic et je suis heureux d’avoir pu leur rendre hommage. J’ai également aimé raconter l’histoire des mécaniciens, des chauffeurs et des soutiers. Anna Sofia Turja a été le personnage le plus difficile à évoquer, car on ne connaît que très peu de choses d’elle.

Si on m’avait donné plus de place… Le rêve ! J’aurais aimé faire parler les musiciens, le steward John Edward Hart qui a sauvé un grands nombre de passagers en 3e classe. J’aurais donné la parole aux dizaines de héros inconnus. Ah si l’on m’avait permis de rédiger une encyclopédie en 45 volumes !

 

B-T. : D’un point de vue plus personnel, quand avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic, et comment ?

G. P. : En lisant le livre de Walter Lord, La nuit du Titanic. C’était en 1958. J’avais 8 ans.

 

B-T. : Si vous deviez conseiller un livre sur le Titanic, ce serait ?

G. P. : Celui de Walter Lord, bien sûr, mais aussi Titanic, la grande histoire illustrée de Don Lynch et Ken Marshall. Titanic de Ferulli Corrado est également un excellent ouvrage. Publié chez Hachette, il est aujourd’hui épuisé, mais on le trouve assez facilement sur l’internet.

 

B-T : Et pour finir, l’habituelle question troll : pour ou contre la remontée des objets qui se trouvent sur le site de l’épave ?

G. P. : Je ne fais aucune différence entre un galion espagnol du XVIe siècle et le Titanic. Pour moi, l’un et l’autre sont des sites archéologiques qui ont beaucoup à nous apprendre, sur la construction navale et la vie quotidienne à leurs époques respectives. N’oublions pas non plus la préservation des objets mis au jour. Ceux du Titanic ont été riches d’enseignements. Il me semble tout à fait possible de regrouper ces objets dans des musées. Je suis en revanche, opposé à ce qu’ils soient vendus à des particuliers.

 

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Titanic, témoignages de survivants

Posté par Antoine le 26 janvier 2012

Jeux vidéos, films, bande dessinée, le Titanic, on a déjà eu l’occasion de le voir, s’exporte sur tous les formats. Mais, le disque est peut-être le plus improbable de tous. En 2000 pourtant, surfant avec un peu de retard sur la vague cameronnienne, est sorti le double CD Titanic, témoignages de survivants. Un titre qui pouvait cacher beaucoup de choses : témoignages oraux ? Lecture par des acteurs de témoignages ? Combien d’entre-eux ? Longs ou courts ? Les questions au sujet de cet objet peuvent être nombreuses… Répondons-y donc.

 Titanic, témoignages de survivants dans Témoignage FA195

L’implication de l’INA dans ce travail, mais aussi de bases sonores britanniques, est clairement un bon point. On se retrouve ainsi avec une collection d’extraits originaux d’interventions d’acteurs de l’histoire du Titanic, de chansons composées au sujet du naufrage, d’extraits de films, et même du son, authentique, d’un des sifflets de cheminée repêchés sur l’épave du paquebot. Le tout est entrecoupé de brèves interventions d’un narrateur relatant de façon très (trop) succincte l’histoire du navire. Ce survol ne donnera clairement pas une vision globale de ce qu’a été le naufrage du Titanic et est assez bâclé (d’autant qu’il contient, avec le recul, des erreurs), mais soit. Le premier disque contient la narration en français et des témoignages majoritairement dans cette langue, le second est en anglais. Deux contenus différents, mais accessibles à condition de parler les deux langues. Faute de traduction, le livret ne contient que de vague résumés des interventions. Fort heureusement, les interventions en Suédois d’Agnes Sändstrom sont, pour leur part, traduites sur ce même livret. C’est déjà ça.

Mais qui parle, justement ? Quelques acteurs importants du drame : Charles Lightoller, Joseph Boxhall, Stanley Lord… Quelques passagers connus interviennent également : Michel Navratil (ainsi que sa petite fille Elizabeth, qui avait commis Les Enfants du Titanic mais apporte ici des informations intéressantes), Edwina Troutt, Eva Hart, Berthe Leroy… Le monde d’aujourd’hui est également à l’honneur avec Paul-Henri Nargeolet, qui intervient sur l’épave. Alléchante sélection, mais qui cache un contenu bien faible. Chacun n’intervient que très peu, moins de 2 minutes par prise de parole, parfois que quelques secondes. Dommage quand on sait que les témoignages de Boxhall et Lightoller peuvent être trouvés en version intégrale (vingt minutes chacun au moins) sur le site de la BBC, gratuitement. Le disque nous fait miroiter des plats délicieux, mais ne nous permet pas de les apprécier vraiment. Dommage.

À cela s’ajoute le fait que l’information n’est pas triée. On recense pas moins de trois témoignages d’imposteurs, dont celui, très savoureux, d’un suisse, monsieur Philipona, qui explique avoir été le secrétaire de Bruce Ismay et du capitaine Smith et les avoir entendu décider d’augmenter la vitesse en pleine zone de glaces. Crédible. Les producteurs du disque n’ont pas pris le temps de préciser qu’il s’agissait d’un faux témoignage : encore aurait-il fallu qu’ils le vérifient. Tous ces défauts laissent bien peu de crédit à ce disque, que je ne vous recommanderais pas d’acheter. Toutefois, entendre Paul-Henri Nargeolet parler de la découverte d’objets à bord, entendre « Lolo » Navratil nous raconter son expérience, ce n’est pas désagréable. Si vous avez l’occasion de tomber dessus sans trop débourser, c’est une jolie pièce pour une collection, sans pouvoir parler de référence, loin de là.

 

Les plus

  • Entendre la voix de Lightoller, Boxhall, Lord, Navratil, ou même Nargeolet, ça fait indéniablement quelque chose. Tous, d’une façon ou d’une autre ont été le Titanic, et ça, tout « fan » frémira en l’entendant.
  • Des témoignages assez divers et assez significatifs.

 

Les moins

  • Les extraits sont tristement courts, surtout quand on sait ce qui est disponible gratuitement et légalement sur Internet.
  • La narration n’apporte pas grand chose, et le livret est mal fait.
  • Non, M. Philipona, John Butler et Arthur Hay n’ont pas existé, et leurs témoignages ne sont qu’un mensonge. Comme quoi les imposteurs sont légion dans l’histoire du Titanic. Un article du n°42 de la revue Latitude 41 de l’Association Française du Titanic traite de différentes impostures de ce type.

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Un nouvel outil à votre disposition

Posté par Antoine le 25 janvier 2012

Depuis le début, Biblio-Titanic se construit dans un ordre assez anarchique, et une poule n’y retrouverait pas ses petits. Voici pourquoi je vous propose désormais un index, où vous retrouverez toutes les critiques faites jusqu’à présent. Les suivantes seront rajoutées à chaque mise à jour.

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Nous étions à bord du Titanic

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

L’année du centenaire voit le Titanic revenir à l’honneur dans les librairies francophones, et c’est tant mieux. Historien de marine auteur d’une trentaine d’ouvrages, Gérard Piouffre avait déjà publié en 2009 l’excellent livre Le Titanic ne répond plus qui, tout en restant simple d’accès, faisait rigoureusement le tour de la question. Il récidive cette année avec Nous étions à bord du Titanic, publié chez First Editions. Que se cache-t-il derrière la superbe couverture de l’ouvrage ? C’est ce que je vous propose de découvrir.

Nous étions à bord du Titanic dans Coup de coeur 9782754029773FS

Si Le Titanic ne répond plus avait pour but de relater l’histoire du Titanic comme un roman, mais de façon rigoureuse, Nous étions à bord du Titanic opte pour une forme beaucoup plus souple et ludique. Le parti pris est ici de raconter l’histoire du navire jour par jour, du 27 mars au 15 avril 1912 (l’accent étant bien entendu mis sur les derniers jours) en recoupant les points de vue de différents acteurs du drame. Ils sont venus, ils sont tous là : Edward Smith, Charles Lightoller, le commissaire McElroy, le chef mécanicien Bell, Violet Jessop, Harold Bride et Jack Philips pour citer l’équipage ; Madeleine Astor, Lawrence Beesley, William Thomas Stead et Helen Churchill Candee parmi les passagers. Et la liste n’est pas exhaustive. Chacun nous raconte, comme dans un journal intime, sa vision de la journée, des événements ; McElroy nous fait découvrir l’approvisionnement du navire ; les opérateurs radio nous racontent leur travail, et le lecteur éteint l’incendie de la soute à charbon aux côtés des mécaniciens et chauffeurs.

C’est là la grande qualité de Nous étions à bord du Titanic. Le style fluide de Gérard Piouffre aide à aborder de nombreux aspects, parfois techniques, sans forcément s’en rendre compte. La lecture est aisée, aidée par la présentation du livre écrit gros. Les pages défilent vite, et l’on découvre la vie à bord, comme si on y était. Car c’est finalement là le but de Nous étions à bord du Titanic : nous faire revivre la seule et unique traversée du géant, de ses préparatifs à sa fin prématurée. Le naufrage lui même n’occupe qu’une part assez réduite de l’ouvrage, et n’est pas racontée de la façon la plus détaillée qui soit (c’était au demeurant déjà le cas dans Le Titanic ne répond plus), mais on en sait suffisamment pour avoir une vision globale de l’événement. De même, la construction du navire et les suites de son naufrage sont rapidement expédiées en quelques pages d’introduction et de conclusion. L’objet du livre est véritablement de nous faire découvrir la vie à bord du Titanic, sous tous les points de vue possibles. Et cet objectif est atteint haut la main.

Que le lecteur ne cherche donc pas une synthèse scientifique des événements, d’autres livres sont nettement plus adaptés. Qu’il ne cherche pas non plus un livre où tout est certain : par moments, l’auteur a dû faire un travail d’imagination pour compléter certains « vides », mais sans jamais trahir l’esprit du Titanic. Rien n’est aberrant, rien n’est à proprement parler irréel, et les ajouts sont anecdotiques. De fait, Nous étions à bord du Titanic ne sera jamais un ouvrage de référence en « titanicologie » . Il sera en revanche un choix plus qu’appréciable pour ceux qui veulent redécouvrir une époque disparue, ou bien aborder l’histoire du Titanic en néophyte. Ce livre, destinés aux publics de connaisseurs comme aux nouveaux venus, sera certainement une bien belle porte d’entrée pour beaucoup de futurs Titanicophiles poussés par le centenaire.

 

Les plus

  • Facile à lire, style fluide, le texte est écrit gros et le livre est beau et bien fait
  • Les nombreux points de vue permettent d’aborder les choses sous tous les angles, de la passerelle à la salle des machines en passant par les salons du Titanic.
  • Une reconstitution très vivante de la vie à bord du paquebot

 

 

Les moins

  • Le naufrage est peut-être sous-évoqué par rapport à la traversée et à sa préparation.
  • Attention : ce n’est pas à proprement parler un ouvrage historique (dans le sens d’ouvrage de référence sur le sujet), mais plus une reconstitution très fidèle de la traversée, qui prend parfois quelques libertés avec la vérité pour reconstituer les vides.

 

 

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Du changement pour le centenaire !

Posté par Antoine le 22 janvier 2012

2012 est arrivée ; cette nouvelle année est, bien entendu, très chère aux Titanicophiles de tous horizons. Il faut dire que l’actualité nous a « gâtés » avec le naufrage du Costa Concordia, qui rappelle à la presse le naufrage du Titanic et le remet sous les projecteurs. En cette année, les nouveaux livres vont fleurir (ils fleurissent déjà, au demeurant), les anciens vont ressortir, et nous allons être abreuvés de bon, de très bon… et d’immonde. Plus que jamais, Biblio-Titanic sera là pour essayer de vous permettre de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Nouvelle année signifie également nouvel habillage, pour rajeunir et donner un peu plus de classe à ce blog qui en avait bien besoin. Le contenu évolue également en essayant de mettre plus que jamais l’accent sur votre participation : une nouvelle page a vu le jour à cet effet. Cette année verra toujours plus de critiques, d’interviews et, je l’espère, quelques surprises !

Enfin, à l’aube de cette année de centenaire, pensez à renouveler (ou inaugurer) votre inscription à l’Association Française du Titanic, qui prépare bien des événements pour cette année de commémoration.

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Rencontre avec Senan Molony

Posté par Antoine le 4 janvier 2012

Senan Molony est un auteur irlandais très prolifique dans le domaine du Titanic : avec des dizaines d’articles sur Encyclopedia Titanica et plusieurs ouvrages à son actif, c’est un des auteurs avec qui il faut compter. Suite à la lecture de son ouvrage consacré au Mount Temple, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions sur le sujet, et plus généralement sur sa passion pour notre paquebot favori. Merci à lui pour la rapidité de ses réponses, qui complètent avantageusement son ouvrage et apportent plusieurs éléments nouveaux.

 

Biblio-Titanic : Pour la plupart des chercheurs dans le domaine du Titanic, le Carpathia et le Californian sont les deux navires les plus connus et étudiés. Comment en êtes-vous arrivés à étudier le Mount Temple ?

Senan Molony : Le Mount Temple est un navire intéressant. J’en avais entendu parler il y a de nombreuses années, même durant mon enfance. En 2004, j’ai écrit un tract préliminaire, de 44 pages grand format, à propos des contradictions dans son histoire – j’entends principalement par là les arguments ridicules donnés par le capitaine lors de l’enquête américaine – et j’exprimais l’espoir que d’autre pourraient vouloir pousser plus loin l’enquête. À cette époque, j’étais très occupé avec nos jeunes enfants.

Par la suite j’ai décidé de faire le travail moi même. C’est un scandale que les allégations à propos du Mount Temple n’ont jamais été proprement étudiées à l’époque, et le livre qui a émergé de mes recherches après nombre de soucis et de dépenses a fini par être appelé Titanic Scandal.

C’est le seul livre à propos du Mount Temple, qui était le premier navire à voir le Carpathia le matin suivant pendant que la récupération des canots du Titanic était encore en cours. Je suis très satisfait, je ne vais pas dire fier, mais aussi heureux d’avoir écrit la première grande étude de cet important acteur du drame.

 

B.-T. : Combien de temps ont pris vos recherches sur le sujet ?

S.M. : Trois ou quatre ans une fois que j’ai sérieusement décidé de m’y lancer. Bien entendu, je savais déjà beaucoup de choses à propos du Mount Temple et j’avais un certain nombre de cartes postales de lui et ainsi de suite. J’ai deux photos de lui échoué sur l’île d’Ironbound en décembre 1907, et j’ai la seule image de lui à cette époque prise depuis la mer.

La chose importante en faisant des recherches pour ce livre était de trouver qui étaient tous ces gens qui faisaient des déclarations à propos du Mount Temple dans la presse en 1912. Une déclaration sous serment est inclue dans l’enquête américaine, celle d’un certain Dr Quitzrau. J’ai trouvé qui était cet homme, découvert quelle a été sa carrière par la suite, comme chirurgien carcéral réputé, et ai obtenu les premières photographies de lui. Passager dont il est attesté qu’il était sur le Mount Temple, il aurait clairement dû être appelé à témoigner. Pas seulement des passagers – j’en ai trouvé de nombreux autres, et ai obtenu leurs photographies et biographies – mais aussi des membres d’équipage ont dit que le Mount Temple était proche du Titanic et avait regardé ses fusées alors qu’il coulait. Les Américains ont fui cette histoire car ils venaient d’être abusés par un homme nommé Luis Klein, qui disait avoir été à bord du Titanic, et le Sénateur avait peur de faire une nouvelle erreur en donnant du crédit à des histoires dans la presse. La tragédie est qu’il aurait du prendre au sérieux l’histoire du Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Moore dit qu’il n’a vu aucune fusée, et qu’aucune autre personne n’en a vu sur son navire. Mais il dit aussi qu’il était à la position erronée du SOS à 4 heures, ce qui, comme nous le savons aujourd’hui, est à 13 miles nautiques de là où le navire a vraiment coulé. Mais voilà le souci : le Carpathia tirait aussi des fusées en venant à l’aide. Le Mount Temple aurait au moins dû voir celles-ci, selon les propres arguments du capitaine Moore. Son déni d’avoir vu des fusées n’est tout simplement pas crédible. Il y a de grandes parties de son autre témoignage qui ne sont pas dignes de confiance, mais malgré cela ces contradictions flagrantes et ces déclarations impossibles qu’il a faites ont été ignorées pendant un siècle. Il suggère qu’un navire proche du sien au début de la nuit pourrait être le navire fantôme vu par le Titanic. Mais alors le sien l’aurait pu aussi ! Mais il dit avoir été à près de 50 miles de là !

Pourquoi un capitaine tromperait-il une commission d’enquête, à part pour couvrir ce qu’il ne veut pas voir éclater au grand jour, c’est-à-dire la vérité ?

 

B-T : Quand le livre a été publié, restait-il des points que vous vouliez explorer plus en détail, des choses que vous n’avez pas réussi à trouver ? Avez-vous découvert de nouvelles choses depuis ?

S. M. : J’ai dépeint un tableau complet du Mount Temple, de son capitaine, de ses officiers, de son équipage et de ses passagers, et les photographies du navire et des personnes impliquées sont là pour le prouver.

Il y a une chose importante qui est ressortie après que j’ai écrit mon livre. L’enregistrement d’une interview donnée par le capitaine Lord du Californian en 1961, sur lequel j’avais travaillé, était amputé de deux minutes. J’ai finalement trouvé l’enregistrement en entier, mais après la publication de Titanic Scandal, et il se trouve que ces minutes manquantes contenaient une information très importante à propos du Mount Temple.

Ce que l’on savait est que le capitaine Lord s’était fait dire en 1912 par un certain Willliam Baker – qui a remporté une médaille pour bravoure l’année suivante dans l’incendie du Volturno – qu’il avait été recruté pour le voyage du retour du Mount Temple depuis le Canada (où il allait durant son voyage « Titanic« ). Il était embauché en remplacement car un officier nommé Arthur Notley avait quitté le navire subitement. Des coupures de presse de 1912 disent que Notley avait attiré l’attention du capitaine du Mount Temple sur des « signaux » de détresse, entendant par là des fusées, la nuit où le Titanic a coulé. Baker déclarait que durant le voyage de retour, les officiers du Mount Temple lui avaient dit que leur navire était le « navire fantôme » vu par le Titanic. Ils se sont par la suite désolés que le capitaine Lord ait été blâmé à tort.

L’officier de remplacement, Baker, a contacté le capitaine Lord et lui a donné ces informations. L’officier Notley a ensuite rencontré le capitaine Lord à Liverpool suite à cela, et – quand on y pense – Notley n’aurait fait cela que s’il avait des informations importantes à apporter. Il a demandé à ce que ce qu’il rapportait reste secret, car il était toujours employé par la compagnie qui possédait le Mount Temple.

Maintenant, le capitaine Lord a respecté cette demande de secret, à tel point qu’il n’a pas révélé ce que lui a dit Notley lors de cette rencontre en tête à tête. De mon point de vue, Lord aurait dû obtenir de Notley la permission de faire établir un compte-rendu écrit de tout cela, qui n’aurait pu être ouvert qu’après la mort de Notley. Cela n’a pas été fait, et il n’y a donc aucune information sur ce qu’a dit Notley. Je ne pouvais rien faire d’autre dans mon livre que de demander à mes lecteurs de réfléchir à ce qui a le plus probablement pu se dire entre eux. Pourquoi demander le secret si vous dites que votre navire n’a rien vu, comme le déclare le capitaine Moore ?

Quoi qu’il en soit, pour revenir au segment manquant de la bande de 1961. Il contenait une toute petite référence à cette rencontre avec Notley ! C’est longtemps après la mort de Notley, et Lord déclare sur la cassette : « Il [Notley] a vu – ils ont vu les feux verts de leur navire, m’a t-il dit. Et son avis est que nous n’étions pas ce navire. »

L’interviewer demande alors au capitaine Lord : “Que savait-il ?” et il répond : “Il a vu ce navire là. Et il savait tout ce que faisait le Mount Temple.”

Quand Lord dit que Notley « avait vu ce navire là », il ne peut faire référence qu’au Titanic. Le paquebot de la White Star Line était toujours à flot. Cela indique vraiment que le Mount Temple était le navire fantôme… bien entendu, nous n’avons que les paroles du capitaine Lord pour l’étayer, mais il est également apparu par la suite que le seul fils de Lord a déclaré suite à la mort du capitaine Lord, un an après cet enregistrement, que son père avait cru toute sa vie que le Mount Temple était le navire fantôme du Titanic. Il savait que le sien ne l’était pas !

 

B-T : Pouvez-vous rapidement expliquer votre point de vue au sujet du « navire fantôme », et comment a t-il évolué depuis la publication de votre livre ?

S. M. : Quiconque s’intéresse au « navire fantôme » (au lieu de se précipiter sur le Californian) devrait lire le témoignage de l’officier du Titanic Joseph Boxhall, tant à Washington qu’à Londres. On lui a demandé d’entrer en contact avec lui par lampe Morse, et il l’a observé avec des jumelles. C’est le témoin numéro un. Le capitaine Smith l’a également étudié avec des jumelles, mais le capitaine du Titanic est mort.

Le Californian était arrêté cette nuit-là, mais Boxhall mentionne à plusieurs reprises un navire mystérieux en approche, en mouvement, qui s’est étonnamment arrêté, puis est parti. S’il vous plait, lisez son témoignage !

Le Californian a vu des fusées à basse altitude en direction d’un petit ou moyen navire qui était arrêté, comme lui, au bord du champ de glaces. Les officiers du Californian Stone et Groves ont tous les deux dit que le navire était « stoppé dans les glaces ». Nous savons tous que le Titanic a heurté un iceberg isolé et n’a jamais atteint le champ de glaces.

Nous parlons donc de deux paires de navires. Il y avait une paire au nord, qui est composée du Californian et de ce navire proche de lui, tous les deux près du champ de glaces. Et il y avait une autre paire 20 miles au sud – le Titanic, immobile après la collision, et un navire mystérieux qui s’approche, stoppe, et s’en va finalement. Le Californian n’a jamais bougé, de dix heures vingt à six heures du matin. Il a vu des fusées à basse altitude, mais celles du Titanic montaient haut. Donc ils étaient très distants l’un de l’autre.

Les preuves suggèrent que le navire mystère venait de l’ouest, à l’inverse de la direction vers laquelle le Titanic se dirigeait, et répondait peut-être au CQD/SOS, ce qui indique qu’il avait la radio. Le Mount Temple a entendu les appels de détresse du Titanic. Pourquoi n’a t-il pas envoyé de messages lui-même durant la nuit alors qu’il tentait de porter assistance ? Pensez à cette énigme : il a atteint la position du SOS, et n’a pourtant rien dit.

Les officiers Boxhall et Pitman suggèrent tous deux que le Titanic a stoppé en direction de l’ouest. Si c’est le cas, alors le navire mystère a très vraisemblablement stoppé car il était bloqué par le champ de glace qui s’étendait du nord au sud. Le « navire fantôme » aurait ainsi été à l’ouest du champ de glaces, tandis que le Titanic était à l’est. Le matin suivant, le Mount Temple était à l’ouest de celui-ci et le Carpathia à l’est.

 

B-T : D’un point de vue plus personnel, quand et comment avez-vous commencé à vous intéresser au Titanic ? Outre la controverse du « navire fantôme », quels sont les aspects que vous aimez le plus dans cette histoire ?

S. M. : Je m’intéresse au Titanic depuis que je suis petit garçon. Quand l’épave a été découverte en 1985, mon intérêt s’est à nouveau embrasé. J’ai alors découvert que les noms officiels des passagers irlandais qui ont embarqué à Queenstown (Cobh) pendant sa dernière escale le 11 avril 1912 étaient tous faux. J’ai publié un livre en 1999 intitulé The Irish Aboard Titanic (Les Irlandais à bord du Titanic) qui corrigeait ces noms, donnait les véritables identités et leurs histoires, et publiait de nombreuses photographies d’eux pour la première fois. Le même livre ressort pour le centenaire avec de nouvelles photographies et informations, car la première édition est maintenant très rare et extrêmement chère. Ce livre était la première de mes recherches approfondies sur l’histoire du Titanic.

Je pense que les fous du Titanic peuvent se diviser entre les « techies » et les « non-techies« . Vous connaissez les « techies« , les gens intéressés par les  dispositifs de rejet des cendres, les machines alternatives, les questions structurelles, ingénierie et les mathématiques du navire. Je serais plutôt un « non-techie« , plus une personne intéressée par les gens. Et je suis peut-être inhabituel en cela que je suis très, très intéressé par les navires qui étaient dans les environs cette nuit-là. Il est très probable, de mon point de vue, que d’autres navires ont vu les fusées du Titanic ; le Times de Londres a calculé en 1912 qu’elles auraient pu être vues dans un rayon de plus de 20 miles.

 

B-T : Avez-vous de nouveaux projets en rapport avec le Titanic ?

S. M. : Je pars toujours en même temps dans différentes directions. J’ai écrit plus de 60 articles de recherche qui sont disponibles gratuitement sur le site Encyclopedia Titanica. J’aime collecter des photographies et objets authentiques liés au Titanic.  J’ai une médaille du Carpathia, une carte Marconi de l’Atlantique nord en 1912 originale (je pense que c’est la seule hors des archives de la Marconi), des douzaines de photographies originales, une carte postale envoyée par un couple de troisième classe qui a disparu dans le naufrage, envoyée de Southampton le jour du départ, une feuille de paie pour le Titanic d’un chauffeur rescapé, et beaucoup d’autres choses. J’aime ajouter des choses à ma collection et j’espère le faire pour des dizaines d’années encore.

En ce qui concerne un quelconque projet d’écriture qui pourrait m’intéresser dans le futur, je préfère garder ça pour moi pour le moment ! Mais j’attends avec impatience la croisière du centenaire en avril 2012, durant laquelle je vais donner quelques conférences à bord. Je pense que quiconque a de l’intérêt pour le Titanic peut s’attendre à une vie de fascination. J’ai de nombreux amis français qui sont passionnés par le sujet et font des choses intéressantes. Nous ajoutons tous à une mosaïque d’informations à notre propre manière. Les gens doivent penser à partir de zéro, et ne pas avoir peur de se trouver du mauvais côté de la « sagesse conventionnelle ». Car je vous promets une chose : une grande part de ce que nous pensons « savoir » sur le Titanic est très probablement complètement faux. Après tout, jusqu’à 1985, le monde pensait qu’il avait coulé intact dans un endroit à 13 miles de là où a été trouvée l’épave. De nouvelles découvertes sont possibles. J’aimerais trouver les dépositions données par les membres d’équipage à leur retour. Très peu ont été appelés ; quelles vérités cachées résident dans ces autres dépositions ?

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