Britannic

Posté par Antoine le 28 décembre 2011

Lorsque j’étais encore un innocent écolier de primaire, mais déjà fiché « Titanicophile », un ami connaissant ma passion m’avait un jour dit : « Mon père a trouvé un film un peu copié de Titanic, ça s’appelle Britannic ». Il ne s’agissait pas d’un plagiat, mais d’un téléfilm consacré au sort du jumeau du Titanic, le Britannic, coulé en 1916 suite à une explosion dont l’origine prête encore aujourd’hui à polémique. Pourtant, il est clair que ce téléfilm de Brian Trenchard-Smith sorti en 1999 a clairement surfé sur la vague du Titanic de James Cameron. Que vaut-il ? C’est ce que nous allons voir aujourd’hui.

Affiche du film

L’action prend donc place en 1916, lors de la dernière traversée du paquebot transformé en navire-hôpital. Une épouse de diplomate, ses deux enfants, et leur gouvernante embarquent à bord du Britannic pour rejoindre leur proche. La famille ignore que la gouvernante, engagée sur le tard, est une espionne au service du Royaume-Uni, chargée de protéger le navire d’agents secrets travaillant pour l’ennemi. Et elle va avoir du travail, puisqu’un vil teuton a assassiné l’aumônier du navire et pris sa place. Sur fond de romance entre les deux agents, qui ignorent bien entendu leurs affiliations respectives, les Allemands tentent de couler le navire (qui transporte des armes au Caire), tout d’abord en organisant une mutinerie au sein des chauffeurs et soutiers irlandais, puis en demandant à un sous-marin de torpiller le paquebot. Notre espionne parvient cependant à contrecarrer ces plans, sans jamais trouver leur instigateur. Lorsqu’elle le démasque enfin, il déclenche sous ses yeux une explosion fatale au navire. Mais, héros au grand cœur, il fait tout pour l’aider à sauver les enfants dont elle a la charge. Elle même redescend le sauver lorsqu’il se trouve en difficulté (oui, on fait dans l’originalité), et tous deux s’échappent finalement du navire. Arrivés dans un canot vide aspiré par les hélices, ils doivent faire face à une mort certaine. L’agent du Kaiser fait alors preuve d’un formidable héroïsme en se sacrifiant pour permettre à sa douce de se mettre en lieu sûr. Sur fond de musique qui fait pleurer, on assiste à la triste fin du navire, puis à d’authentiques vues de son épave avec textes pour nous indiquer qu’il a existé pour de vrai. Fin.

D’un point de vue historique, que vaut cette histoire ? Pas grand chose, il faut bien le dire. Le Britannic n’aurait en aucun cas transporté de tels passagers, puisqu’il était navire-hôpital. Il est par ailleurs avéré depuis la découverte de l’épave en 1975 qu’il ne transportait pas d’armes. La théorie du téléfilm tombe donc à l’eau, d’autant que la même découverte de l’épave indique clairement que le navire a été coulé par une explosion venue de l’extérieur, et non par l’intérieur comme montré ici. À cela s’ajoutent un certain nombre d’invraisemblances : il est probable que si une mutinerie organisée par l’IRA avait pris place à bord et s’était finie par un bain de sang, on en trouverait quelques traces dans les récits des rescapés. De même pour une attaque à la torpille, d’autant que dans le film, un navire de guerre secourt le Britannic.

Les héros de Britannic
Même les acteurs principaux sont désespérés de jouer aussi mal.

Avec tant d’erreurs historiques, le téléfilm perd donc une part de son crédit. Mais reste t-il pour autant un bon divertissement ? Pas vraiment. Il se permet en effet des longueurs qui ont tôt fait s’insupporter le spectateur. Les acteurs principaux, Edward Atterton et Amanda Ryan, sont tout bonnement insupportables, la palme revenant à cette dernière, dont le jeu rappelle globalement le niveau de séries comme Hélène et les garçons. Et encore. Quelques acteurs de prestige sont présents pour remonter le niveau ; Jacqueline Bisset et surtout John Rys-Davies (alias Gimli, dans le Seigneur des Anneaux et Salah dans Indiana Jones) dans le rôle du capitaine Barrett (le vrai s’appelait Bartlett, mais on n’est plus à ça près). Mais leurs rôles sombrent parfois dans la caricature, avec un capitaine bonhomme et macho, et une riche femme un peu simplette ; après tout, ils doivent mettre en valeur les (trop fades) personnages principaux, mais n’y parviennent pas. Au final, on en arrive à se demander si le Britannic était un navire hôpital, ou un asile pour imbéciles. À noter que la version française est particulièrement savoureuse, puisque totalement horrible : les enfants ont les voix les plus insupportables imaginables, façon série américaine ; l’actrice principale donne l’impression d’avoir été doublée par Amanda Lear, et tous semblent lire un texte dans un dynamisme qui ferait passer un épisode de Derrick pour un film d’action. Ajoutez à cela une musique digne d’un documentaire animalier, et des vues en 3D qui ont très très mal vieilli… Et le tableau est complet.

Remarquez qu’au moins, il est drôle à voir, pris au second degré, et si ses longueurs ne vous envoient pas dans les bras de Morphée.

 

Les plus

  • Comme à un devoir d’élève audacieux mais totalement raté, on aurait envie de dire « De bonnes idées, mais a du mal à les réaliser » : le sujet était intéressant, et le réalisateur a du mérite d’avoir essayé de le traiter. Mais c’est malheureusement son seul mérite.
  • Pris au second degré et regardé entre amis, c’est toujours drôle à voir.

 

Les moins

  • Jeu d’acteurs souvent lamentable.
  • Visuellement, le Britannic est assez laid ; et ses intérieurs sont très peu fidèles à la réalité.
  • Musique que l’on pourrait, au mieux, qualifier de somnifère. Mais au moins, ils nous ont épargné Céline Dion.
  • Respect de l’histoire proche de zéro.

8 Réponses à “Britannic”

  1. Dinde dit :

    J’adore!

  2. Antoine dit :

    Le film ou ma critique ? :p

  3. Tiphaine Hirou dit :

    L’affiche me laisse septique, j’aime pas quand les personnages posent l’air grave sur fond de scène dramatique.

    Sinon, le coup du « un film un peu copié sur Titanic, qui s’appelle Britannic », mon frère m’a également fait le coup. Il pensait que c’était un plagiat, aussi lui ai-je expliqué et il a patiemment écouté. Pour finir, je ne lui ai pas conseillé le film, et pourtant, moi-même je ne l’ai pas vu donc mon avis ne devrais pas compter. Un jour peut-être, mais après avoir lu cet article, je pense que ce n’est pas demain la veille.

  4. Antoine dit :

    On doit en trouver assez facilement des extraits sur Youtube. Avec un paquet de chips et quelques amis, c’est toujours agréable. Comme le fameux « Star Wars Holiday Special » : même les fans refusent de croire que ça existe, et lorsqu’ils le regardent, c’est plus pour rire qu’autre chose :D

  5. Rémiposéidon dit :

    Totalement en accord quant au jeu des acteurs et à la platitude de la réalisation. Les décors intérieurs sont ratés à l’exception notable de la passerelle de commandement et des chaudières.
    Historiquement, il est vrai que ça divague pas mal et même beaucoup.
    MAIS !
    Deux choses à dire.
    Il y avait effectivement une rescapée du Titanic à bord du Britannic, Violet Jessop, femme de chambre sur l’Olympic le jour de la collision avec le Hawk en 1911, sur le Titanic en 1912… et infirmière volontaire sur le Britannic en 1916 !
    En 1975, l’épave a été découverte et Cousteau a été le premier a dire que le navire n’avait pas été torpillé, car la coque montre clairement une déchirure ouverte vers l’extérieur. Il a été incapable de l’expliquer, l’accès à la zone d’impact étant difficile. Il a pensé à un coup de grisou, hypothèse démontée en 1985 lors de l’exploration de la soute à charbon qui ne montrait aucun signe d’explosion. Reste donc deux options : le sabotage ou la cargaison secrète. Le réalisateur a mélangé les deux. On sait aujourd’hui (ouverture des archives secrètes de l’Amirauté en 1997) que le Lusitania avait été transformé en croiseur auxiliaire (avec des canons sur sa passerelle) et transportait, le jour fatidique, une importante cargaison de coton-balle (détonateur à cartouches) et probablement quelques caisses de munitions, le tout chargé secrètement sur ordre de l’Amirauté britannique. La torpille allemande a eu la mauvaise idée de frapper pile le compartiment où tout était entreposé, avec les résultats que l’on connait : un naufrage en moins de 20 minutes. Alors après tout, pourquoi un chargement similaire sur le Britannic à destination du front des Balkans ?

    Et toi qui est titanicophile, vas donc faire un tour sur mon blogue, onglet « Titanic », tu me diras de quoi.

  6. Antoine dit :

    Pour Jessop, nous sommes bien d’accord (et ce n’était pas la seule rescapée du Titanic sur le Britannic : on compte aussi, au moins, le chauffeur Arthur John Priest et le vigie Archie Jewell), mais tu reconnaîtras que le personnage féminin principal n’est pas franchement inspiré d’elle ! :D

    Concernant l’explosion venue de l’intérieur, je n’y crois pas pour une raison fort simple : le fait que les soutes à charbon soient intactes. La cassure évoquée par Cousteau a une origine bien plus simple : la proue s’est fichée dans la vase alors que le Britannic sombrait, puis le navire a basculé sur tribord, la proue toujours fichée dans la vase. La pression a fait casser en un point faible du navire : juste en dessous de la passerelle de commandement. La thèse de la mine reste la plus probable, cumulée avec les hublots ouvert et les portes étanches avant endommagées.

    Concernant ton blog, je m’empresserai d’y jeter un coup d’oeil dès que possible ! ;)

  7. Papy 75 dit :

    Ce film a tout d’un nanar que la belle Jacqueline Bisset n’arrive pas à sauver. Mais j’adore les nanars…

  8. Antoine dit :

    Je ne suis pas certain qu’il y ait grand chose pour sauver ce film, oui. Jacqueline Bisset a, si mes souvenirs sont bons, le mérite de jouer convenablement dedans ; ce qui n’est pas le cas des acteurs principaux. La VF est tout bonnement immonde, il faut bien le dire !

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